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LA SEMAIiNE 



DU CLERGÉ 



LA SEMAINE 

DU CLERGÉ 

BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DU PRÈTBE 

PRINCIPAUX COLLABORATEURS : 

MgrFÉvRE,protonotaiie apostolique.— Mgr PELLETiER.cliapelain d'honneur de sa Sainteté. 

Mgr Barbier de Montault, prélat de la Maison de Sa Sainteté. 

Mgr PÉRONNE, évêque de Beauvais. — M. Champon, chanoine titulaire d'Amiens. 

M. AtBER, chanoine titulaire, historiographe du diocèse de Poitiers. 

M. EcALLE, vicaire général àTroyes. — M. Desorges, ancien professeur de théologie 

curé de Ste-Elisabeth à Versailles. 

M. PiOT, curé-doyen de Juzennecourt. — M. P. DHauterivk. auteur du Grand Catec/u'sme 

df la Persctcrancc Chrclienne et de la Somme du Prédica/.eur. 

M. l'Abbé Fretté, éditeur littéraire des Œuvres de St-Tlwnias.— M. l'abbé 

LoBRY. aii'ien professeur de dogme au giand séminaire de Troyes 

auteur des Instructions Populaires.— M. l'abbé Bernard, auteur des Instructions 

d'un curé de cantpagne. — M. le JQ'' Hettinger, auteur 

de l'Apologie dn Chrii^tiunisme. — M. l'abbé E. Daras. M. Xavier Roux. 

M. H. Fépou, curé-doyen de Nailloux. — M. L'abbé Defolrny, etc. etc. 

— O — 

NOUVELLE ÉDITION 
TOMEVIII 

DEUXIÈME PARTIE 



PAUIS 

SOCIÉTÉ DE LIBRAIRIE ECCLÉSIASTIQUE ET RELIGIEUSE 

13, RUE DELAMBRE, 13 
1899 



iAU65 



Tome VIII. — N" W- Qualrièmp antitVe. 



1 août 1876. 



SEMAINE DU CLERGÉ 



Prédica«*on. 

PLAN D'HOMÉLIE SUR LtVANGILE 

DU M.XIÈME D1MA^C^E Al BÈS LA PENTECOTE. 
(Luc, xviM, et seq.) 

ImA vaine gloire. 

L'Évangile d'iuijouril'hui, mes frères, nous 
présente un exemiile de la fatuité avec laquelle 
l'orguenleuxserepait île sesmoiiulre-avautages. 
Ce sera pour nous l'occasion de méditer les dan- 
gers de la vaine gloire et la nécessité de nous 
mettre en garde coutre celte ûlle de l'orgueil. 
Trois motifs nous y e; gagent. Car, de toutes les 
passions, la vaine gloire est la plus envahis- 
sante, la plus injuste, et la plus funeste. 

l. — La plus envahissante. Car rien ne lui 
échappe. Tout lui est b' n pour se satisfaire. 
Les moindres avantages de la nature et de la 
fortune, — avantages souvent imaginaires. La 
vue ou le récit des fautes et des défauts du pro- 
chain, le- occasions de paraître, les politesses 
qu'il reçoit, tout eu un mot sert à composer la 
ftimée dont se repaît l'homme vaniteux. Il ne 
voit, il ne remarque, il n'entend rien dont il ne 
cherche à s'applaudir. Le publicain prosterné 
dans la poussière au bas du temple est pour le 

pharisien une occasion de vaine gloire Il le 

regarde... il se contemple et il se glorifie. 

Rien ne coûte au vaniteux pour satisfaire sa 
passion. Les obs'acles ne l'effrayent point. L'a- 
mour-propre ranime les plus faibles courages et 
leur impose les entreprises les plus laborieuses. 
Ce qui, sans lui, révolterait la nature, ne lui 
coûte rien... Souvent, — notre pharisien en 
est un exemple, — les exercices de la pénitence, 
le jeûne, les mortifications sont les œuvres delà 
vanité, parce qu'elles pourront lui servir d'esca- 
beau pour se présenter à l'admiration du 
monde. 

Riin ne plaît à l'homme atteint de la vaine 
gloire, s'il neréunitquelqueagrémentetnedonne 
une pâture à sa vanité. Mettez une jeune per- 
Kune au centre des plaisirs,... elle s'ennuie si 
elle ne rencontre quelju'un pour lui parler 
d'elle, de ses agréments, de sa beauté, etc.. Il 
y a des gens qui se retirent du monde; pour- 
quoi ? Parce que le monde a perdu l'habitude 
de rafraîchir eu eux l'idée fantastique qu'ils se 
sont format! d'eux-mêmes. Qui sont ceux, mes 
frères, don* la conversation nous gêne ou nous 
déplaît ? Ceux qui, en montrant leur esprit, ne 



savent pas nous faire voir que nous en avons 
aussi... Ah! pourrions-cous dire aveoEsdras (1): 
Vanitate seducti svmus... Nous sommes tous les 
victimes de la vanité... Et le Psalmiste disait 
bien vrai quand il s'écriait en promenant ses 
regards sur toute la race humaine: Universava- 
m/as oninis homo vivens (2). 

n. — La vaine gloire est la plus injuste des 
passions. — Elle ignore et foule aux pieils tou- 
tes les lois de l'équité. Confandantur su/terbi quia 
injuste iniquilatem fecerunt in m". (3). Dans un 
homme vain, point d'équité envers Dieu, point 
d'équité envers le prochain, point d'équité en- 
vers lui-même. 

Dieu est l'unique auteur de tous les hif-ns et 
l'homme vain ose s; les approprier tous comme 
son patrimoine personnel... Dieu donne tout 
avec abondance... Il ne s'est réservé que sa 
gloire Gloriam meam alteri non dabo. L'homme 
vain, par le plus téraénure de tous les larcius, 
en veut surtout à la gloire do Dieu. Dans un 
autre langage, il s'écrie aussi comme le premier 
orgueilleux: In cœlum conscendam,svpei' astra 

Dei exaltubo sollun meum (4) . 

Injuste à l'égard de Dieu, l'homme vaniteux 
ne manque pas moins d'équité envers ses frères. 
Il les juge, les condamne et les mépris's Sur 
leur ruine, il devient la terreur du reste des 
mortels. Et s'il pouvait à ce prix établir sa do- 
mination sur l'univers entier, il n'hésiterait pasà 
détruire tout ce qui n'est pas lui-même . Qu'avait 
fait le publicain au superbe de notre Evangile 

pour en être méprisé avec tant de hauteur ? 

Point d'équité enfin envers lui-même. Tout 
le monde lui rend justice et chacun est éclairé 
sur son compte; lui seul s'aveugle sur ses pro- 
pres détauts. Il voit en lui-même des qualités 
qui n'y furent jamais, et n'aperçoit pas les vices 
qui s'y donnent rendez vous. Quid habes quod 
non accepisli? Si autem accepisti quid gloriaris 
quasi non acceperis (5) ? Itaque nolite anie tem- 
pvs judicare quoadusgue vcnial Dominus qui illu- 
minabit abscondita tenebrarum et tnanifestabit con- 
cilia cordium (6). Ne... unus adversus alterum 
infletur pro alto (7). Tels sont les conseils que 
donnait l'Apôtre aux chrétiens de Corinthe... 
L'homme vaniteux ne met en pratique que leur 
contradictoire... Il s'enfle... Il juge... Il fait pa- 
rade de ce qu'il a reçu comme de son bien pro- 
pre... C'est l'injustice sous toutes ses formes. 

1. II Esidr., L 7. — î. Psalm.vxxTiir., 6. — 3. Psalm 
Cxviii , 78. — 4. I«ai., XIV., 13. — 5. I Cor., IV., 7. — 
6. IbiJ., V., 5. — 7. — Ibid., V., 6. 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



m4 

in. — La vaine gloire est la pius funeste de 
lonlfs les passions. — Sans parler des châti- 
ments qu'elle s'attire dès ce monde pai le mé- 
pris dont ou l'environne et la haine dont on la 
poursuit, la vaine gloire conduit mevitablement 
à la damnation éternelle. C r, r elle estl ccue.l 
de toute vertu. Eu vain l'orgueiheux safl.ible 
des livrées de la vertu, en vain embra^se-t-i! içs 
sacrifices, les mortificalions.iu'impose sa prati; 
due, devant Dieu, il n'a aucun mérite... fc>t si 
d'abord ses œuvresen elles-mêmes avaient I oncUe 
le cirur du Très-Haut, la complaisance vaniteuse 
avec laquelle il s'en glorifie lui enlevé sans re- 
tour le mérite qu'il avait acquis... Ce fut le sort 
de notre pharisien.., - i i„ 

2. La ^^mitéest le principe detous les péchés. 
L'oreueil, par la curiosité qu'il allume dans les 
âmes eni-'endre souvent, pour ne pas dire tou- 
jours l'incrédulité... L'orgueil n ayant run a 
i,- rcnr cher, ne veut rien souffrir... L orgueil, 
pour ne p^.s se reconnaître, s'abandonne a la dis- 
sipalion et à foubii de Dieu... L orgueil, quand 
on i'aisrit, devient la haine et la vengea uce.... 
L'orgueil, s'il rencontre des rivaux, se trans- 
forme eu jalousie... Envoûtant plaire il devient 
l'immodestie... Pour s'applaudir aux dépens des 
autres, il les condamne el noircit leur réputa- 
tion... S'estimant le plus sage et le plus habile, 
il dédaigne la sagesse des lois et la prudence 
des sui.erieurs. L'orgueilleux veut s'enrichir par 
tous les moyens, parce qu'il veut huiler i tout 
prix... Pour suri.r.uaie lesame des hommes, 
il ne recule pas devant l'hypocrisie... >il ou ja- 
mais monstre plus fécond eu ressources et, par 
suite, en désordres?..- 

30 La vaniti' est le chemin de 1 impénitence fi- 
nale... Comment, eu eCel, se déterminer a faire 
unevéïitableet sincère pénitence, quaudon est 
as^ez aveu^'le pour ne pas faire l'aveu de ses dé- 
sor.lres ou assers haulaiu pour les diminuer ou 
les déguiser aux pieds des ministresde Dieu, ou 
assez téméraire pour les cacher enlièreineut et 
de propos délibéré ? Or, mes frères, voilà, en 
deux mots, les eifets jouruaUers de la vaine 
gloire... Ou ne veut pas se voir,... «n se dé- 
guise,... ou bien on se cacbe entièrement. Pou- 
vons-nous être assez eu garde contre ce vice? 
Initium onnis fjeccdti superbia (1)... 

Conclusions. — 1° Examiner chaque jour les 
progrès de la vaine gloire; — 2° Détester ses ra- 
vages;— 3° Combattre ses attaques. Autrement 
nous serions perdus et bientôt sans ressources ; 
car, selon la parole de l'Esprit-Saint, qm tenueril 
illam adimplebilur malediciis et subvertet ium in 
finem... 

J. Deguin 
earé d'ËcUannay. 

t. Eccli.. X.. 15 



SERMON 



POUR LA FÊTE DE l'ASSOiMniON DE LA S.\!NTE VIEROB 

Quce est ist.i quu asoendit 'le ileserto. 
{Cant., VIII, 5.) 

ExoRDE. — Dans nu admirable sermon sur 
la fête de ce jour, saint Bernard >'éeriait : Qui 
rai'ontera les merveilles de r.\ss'jmptiou de Ma- 
rie? Car autant elle a surpassé les homme? eu 
grâce sur la terre,au tant ?urpasse-t-elle en ïloire 
tous les bienheureux habitants du ciel. Que si 
l'œil n'a point vu, si l'oreille n'a pas entendu, 
si le cœur de l'homme n'a jamais compris le 
bonheur que Dieu prépare à ceux quiraimeut; 
qui pourrait exprimer celui qu'il a préparé à 
sa divine mère, à celle qu'il a aimée plus que 
tous les autres? Apres un tel aveu d'impuis- 
sanci', tombé des lèvres d'un si grand docteur 
de l'Eglise, je n'entrei>rcndrai point, mes Iréres, 
de vous redire combien fut glorieux le triomphe 
de Marie qui remiilil aujourd'hui ei'allégresse 
tous les cœurs chrétiens. Mon dessein est plus 
modeste, Je voudrais seulement vous montrer 
comment notre augu-te mère est parvenue à 
un si haut degré de gloire. 

Depuis qu'il a fallu, selon la doctrine de 
l'Apôtie, eju'un Dieu ail souffert pour être glo- 
rifié, aucune créature ne doit plus prétendre 
avoir part au bonheur du ciel sans passer par 
le creuset des souffrances. Tous les saints l'ont 
compris, et c'est pourquoi ils sont entrés si gé- 
nér.'usement, à la suite du divin Maître, dant 
le chemin royal de la sainte Croix. Et plus ils 
ont été abreuvés de douleur, sur la terre, plus 
ils sont rassasiés de bonheur dans l'éternité. 

Mais Marie, qui devait surpasser en gloire 
tous les bienheureux habitants de la cité céleste, 
devait aussi être ici-bas la plus affligée de 
toutes les créatures. Elle a éprouvé principale- 
mant trois sortes d'amertumes qui, pendant sa 
vie terrestre, ont été comme trois traits qui ont 
percé ^on cœur et consommé son sacrifice : 
1° Amertume de délaissement; 2» Amertume de 
zèle; 3° Amertume de désir. La générosité à 
supporter ces épreuves lui a mérité le glorieux 
triomphe de sa mort. 

1" POïST. 
La première amertume de la vie de la très- 
sainle Vierge fut son délaissement. La conduite 
(*u Sauveur à son égard nous paraîtrait même 
inconcevable si nous ne savions que les pen.sees 
de Dieu sont bien loin de ressembler aux nôtres. 
Que voyons-nous dans l'Evangile? Il y est parlé 
de Marie en peu de mots. Lorsqu'elle parait à 
côté de Jésus, ce n'est pas pour jouir, comme 
les autres mères, de la gloire de son divin flto, 
mais pour être comme rabaissée par lui. Quand 



LA SEMAINE U CLERGÏ 



1S85 



elle le relronvc, a • â2;e de douze ans, dans le 
Ti'mple cl qu'elle lui demande avec un doux 
reproche poui-cjuoi il a agi ainsi, il lui répond : 
Pourquoi me cherchiez-vous; ne saviuz-vous 
pas que jf. dois êlrc toul entier à l'œuvre de 
mon Père? A Cana, il est en apparence plus dur 
encore; et, un jour, quand on lui annonce que 
sa mère et ses proches l'attendent, il s'écrie, 
comme s'il eût parlé de personnes étrangères: 
Oui est ma mcro et qui sont mes proches? Ces 
paroles, n'est -il p:,s vrai, devaient être bien 
dures au cœur de M;irie qui les entendait. Mais 
ce n'tst pas assez. Transportons-nous par la 

I ensée sur le Calvaire ; c'est là que le délaisse- 
ment de Marie paraît dans toute son amertume. 
Pour adieu, Jésus dit à sa mère désolée, eu lui 
montrant le disciple bieu-aimé : Femme, voilà 
vo'.re fils; puis il dit au disciple : Voilà votre 
mère. Vous l'entendez, mes frères, Jésus mou- 
r.irst n'a pas de nom plus doux à donner àMarie, 
que celui de femme, et, au moment de se sépa- 
ler d'elle, il lui donne pour enfants, dans la 
personne de saint Jean, tous les hommes, dont 
les péchés causent sa mort. Comprenez-vous 
maintenant, jiourquoi l'Eglise l'appelle la mère 
des i'ouleurs? Est-il rien ici-bas qui puisse se 
comparer à ce délaissement? 

Mais comment expliquer celte conduite en 
apparence si rigoureuse du Sauveur à l'égard 
do sa mère? 

Mes frères, Marie devait servir de modèle 
aux ùmes afflig'-es. Sou dciaissemoiit nous ap- 
prend à ne point iions ali.i!treau milieu de nos 
sécliere-ses et de nos dégoûts. Le Seigneur se 
plnlt quelquefois à éprouv. r les siens, en se 
laissant cherehei-; il veut voir par là si nous le 
cherchons pour lui-même ou pour les consola- 
tions que procure sa présence. Il emploie les 
aridités pour nous détacher plus sûrement des 
biens de la terre ; nos épreuves nous font mieux 
sentir l'amerUirae de l'exil et disposent notre 
àme à ne plus vivre que de la pensée du ciel, 
où nous jouirons de notre Dieu pleinement, 
sans crainte d'en être jamais séparés. 

Tel a été le délaissement de Marie sur la 
terre. Aussi était-il juste que la présence visible 
de Jésus fût la première récompense de sa mort. 

II n'est donc pas étonnant que, selon une pieuse 
tradition, Jésus ait apparu à sa sainte mère en 
son dernier combat. Il voulut recevoir lui- 
même le saciifice de sa vie et la récompenser 
ainsi, par son empressement à venir à sa ren- 
contre, de l'indiflérence qu'il avait paru lui 
témoigner parmi les hommes. 

U< POINT. 

Pénétrons plus avant dans les douleurs de 
Marie, et voyons pour elle une nouvelle amer- 
'.ume dans le zèle dont elle était animée pour 



la gloire de son Fils. Elle pouvait s'appliquer 
justement ces paroles du iirophèle : « Zclus 
doDuis tuce comedit me. » Aussi quelle tristesse 
pour cette àme tout occuiée des intéiéts de 
Dieu, que le spectacle sans cesse renouvelé de 
riuiiilférence ou de l'ingralitudc des hommes I 
Les pr-idiges que l'Homme-DIeu semait sur 
chacun de ses pas, dans ses courses à tra , ers la 
Judée, étaient inutiles pour la multitude. Des 
milliers de personnes, il est vrai, s'attachaient 
à la suite du Sauveur, mais elles ne formaient 
qu'un petit nombre piisillus grex, en comparai- 
son de la foule qui demeurait imlifîércnte. La 
présence corporelle et visible du Messie était 
impuissante à ramener tous les cœurs à Dieu. 
Marie en éprouvait une grande douleur; dans 
son zèle elle aurait désiré que toutes les âmes 
fussent embrasées par le feu sacié de l'amour 
divin que Jésus avait apporté sur la terre. Ah! 
si du moins les Juifs s'en fussent tenus à l'in- 
diflérence. Mais non. L'indifférence fait place 
à l'envie et à la haine. Marie entend déjà gron- 
dersourdement l'orage qui s'apprête à fondre 
sur la tête de son Fils; elle connaît les pièges 
que tendent à son innocence les scribes et les 
pharisiens; elle est témoin de la défection des 
disciples; elle voit l'ingratitude et l'endurcisse- 
ment du peuple juif qui rejette son Sauveur et 
demande sa mort à grands cris. Ce spectacle 
remplit son cœur d'amertume. Et ce qui auc;- 
mente encore cette amertume, c'est la connais- 
sance qu'elle a des maux qui menacent sa patrie. 
Plus d'une fois, elle a versé des larmes, comme 
son divin Fils, à la pensée de la vengeance 
côleste qui devait un jour tomber sur le peuple 
déicide. Car l'amour, lorsqu'il est parfait, est 
moim touciié de son propre intérêt, que de 
l'intérêt de l'objet aimé. 

Venez donc, âmes chrétiennes, apprendre de 
Marie à vous occuper souvent, aux pieds des 
autels, des besoins et des maux de l'Eglise, 
à gémir sur les seanilales qui l'affligent, à de- 
mander la fin des divisions qui déchirent son 
sein. Apprenez de votre mère à solliciter les 
grâces du ciel pour ce moude que le torrent 
des plaisirs emporte, que le vent clés tentations 
soulève et ([ui vit dans un si honteux oubli des 
choses du ciel. 

Le zèle de notre divine Mère fut abondam- 
ment consolé à sa mort. Alors, son âme, pas- 
sant des ombres de notre condition mortelle, 
dans la lumière des conseils de Dieu, elle voit 
à découvert les raisons profondes de la sagesse 
infinie sur les événements qui avaient tant 
contristé son zèle; elle voit tous les fruits pré- 
cieux que les hommes doivent retirer de la 
passion de Jésus Christ : la joie dont elle est 
mondée à cette vue lui fait oiildier toutes les 
angoisses qui l'ont torturée pendant la vie. 



128G 



LA SEMAINE DU CLEUGÈ 



m* POINT. 



La derniôrn épreuve île Maiie a été une 
aniciiiituc i!e désir. Depuis surlout que ron 
a(loriil>lo Fil- eut quille la lene, tous les dé-irs 
de son cœur le suivirent dans le séjour de l'ini- 
morlalité. Son plus .urand sacrifice fut d'accrp- 
tcr de rester, après l'Ascensiou de Jésus, cjucl- 
que temps a>rec les apôtres, pour coinolcr 
l'Eglise naissante qui allait se trouver exposée 
à tant de dangers. Mais son cœur n'était plus 
ici-bas : elle ne regardait plus cetle vie mor- 
telle que comme un long et triste exil. La pré- 
sence de saint Jean, substitué à Jésus, ne pou- 
vait la consoler de l'absence de son Fils. Que 
de fois ne dit-elle pas aux anges quilavcnrâent 
visiter: « Alli-Z dire à mon bien-aimé qiCil pro- 
longe trop moii exil. N'y a-t-il pas assez de temps 
qu'il me l/iisse languir loin de lui dans cette vallée 
de larmes? » 

Elle se mourait tous les jours d'amour et de 
tristesse, et la véhémence de ses désiis, qui fai- 
sait la plus pai faite de ses vertus, faisait ainsi 
la plus vive de ses amertumes. 

Cependant la mort n'osait frapper ce corps 
exempt de toi.te souillure; elle spmblait res- 
pecter cette chair virginale qui avait donné au 
monde le fruil de vie. Aussi ce no fut pas |iar 
un effet de la maladie ou de la vieilles-e que 
la Irès-sainle Vierge mourut, l'amour seul qui 
la consiiLcait se i ara sa bienheureuse âme de 
son corp:-. 

«Alors, (lit Bossnet, la divine Vierge londit 
5an< peine et sans violence sa srilute et bien- 
heureuse âme entre les mains de son Fils. 
Comme la plus légère secousse dctaclie de 
l'arbre un fruit déji mur, comme une Camme 
s'élève et voie d'elle-même au lieu de son cen- 
tre, ainsi fut cueillie celle âme bénite pour 
être tout d'un coup transpo.iée au ciel. Ainsi 
mourut la divine Vierge par un élan de l'a- 
mour divin; son âme fut portée au ciel sur 
une nuée de désirs sacrés. Et c'est ce qui fait 
dire aux saints anges ; Qui est celle-ci qui s'élève 
comme la fvmée odoriférante de la myrrhe et de 
rencens ? a 

Une tradition rapporte, en effet, que les anges 
apparurent au chevet de leur Reine et que leurs 
chants saluèrent l'entrée de son âme au ciel. 

Cependant les apôtres, qui se trouvaient réu- 
nis à la mort de Marie, portèrent le corps de 
leur mère dans le jardin de Gethsémani et l'en- 
sevelirent là où avait réposé le corps de Jésus. 
Ils vi niaient depuis trois jours auprès du faint 
t^^iiibeau, quand l'apôtre s^iint Thomas, '.['.'.c la 
dislance avait empêché d'assister à la mort de 
sa mère, deman^la comme uue dernière grâce 
de revoir sou visage. Ses frères ouvrirent le 
tombeau. Ils n'y trouvèrent olus que les i'curs 



qui avaient été jetées dans la grotte par la 
rjciin (les fiilèles et les linges dont le corps vir- 
ginal avait été enveloppé. Aussitôt, un cri de 
joie s'élève parmi les disciples, et l'Eglise, qui 
ne voulait pas se consoler parce que Marie 
n'était plus, tressaillit d'allégresse à cette heu- 
reuse nouvelle : Marie est ressuscitée, Marie 
est dans les cieux. 

Il est vrai, cette glorieuse résurrection n'a 
pis encore été mise au nombre des dogmes de 
noire foi, mais l'Eglise regarderait comme des 
enfants téméraires ceux qui oseraient soutenir 
que leur divine mil're est (lemeurée en proie aux 
horreurs du tombeau; que le sanctuaire véné- 
rable du Verbtî éternel est devenu la pâture des 
vers II était digne de Jésus de rendre à Marie 
un véli'meut de gloire et d'immortalité pour la 
chair fragile qu'il avait tirée de son sein virgi- 
nal. 

Vierge glorieuse, autrefois la mère de l'am-r- 
tumc et de la douleur, montez aujourd'hui vers 
le trône de gloire qui vous a été préparé de 
toute éternité. Jésus lui-même s'avance pour 
vous couronner, le^s anges et les saints déposent 
à vos (lieds leurs palmes immortelles. Comme 
autrefois la mère de Salomon pouvait s'a=seoir 
à la droite de son fils, vous serez à la droite du 
Sauveur des hommes. Vous partagerez sa gran- 
deur et sa félicité : digne récompense de vos 
vertus et de vos m(''vites. 

PÉitORAiso.v. — iV'joiiissons-nous donc en ce 
jour, chrétiens, et tournons nos regards vers le 
trône qu'occupe désormais notre Mère. C'est pour 
nous qu'elle est tout ce (iM'elie est. Dieu ne l'a 
rendue si grande qiie pnur l'associer aux mys- 
tères de Notre-Seiyiieur, à ceux surlout où U 
mi-:Oricorde éclate davantage. Comment pet- 
on n'avoir pas en elle uue confiance sans bor- 
nes, lavoquons-la dans nos maux : elle est le 
secours des chrétiens cl le refuge des pécheurs. 
Aimons-la de tout notre cœur. Imitons surtout 
ses vertus. Sa vie est le type parfait de la vie 
chrétienne et transfigurée ; son assomption est 
aussi le type de notre vie au-delà du tombeau. 
Nous ne parviendrons j-iaiais à une gloire pa- 
reille, parce que nos douleurs n'égaleront ja- 
mais ses douleurs. Mais si, A travers la lerlec- 
tion surhumaine qui éclate dans la vie de Marie, 
nous voyons ce que [leutdevi'nir la nôtre, nous 
voyons, àtravers les rayon-; de sa gloire céleste, 
ce que peut être un jour notre béalilude. 
Soyons donc ses humbles imitateurs dans le 
temps, et nous mériterons de l'avoir pour Reine 
dans les cieus. Amen. 

L'abbé Girardb, 
caré de SaÏDte-Uarie. 



LA SEMAINE DU CLEUCÉ 



1287 



INSTfiL'CTIONS FAMILIÈRES 

SUR LES COMMANDEMENTS DE DIEU 

28* Instruction. 

TROISIÈME COMMAXUEMENT 
2* Instruction. 

Tffets désastreux produits par la profanation dn 
dimanche: 1' sur notre âme ; 2' sur la famille; 
3° sur la société. 

Texte. — Mntnenlo ut diem Sabbati sanctifiées 
Les dimanches l!i garileras en servant Dieu dé- 
votement. {Exode, chap. .\.\, vers. 8 et suiv.) 

E.xoRDE. — Mes frères, en vous parlant sur le 
olasphème, je vous disais que blasphémer le 
Dom du Seigneur, c'élail un des péchés les plus 
graves... il faut croire que la profanation du 
dimanche le touche de bien près, car, comme 
lui, elle attire sur les individus, sur les familles 
et sur les saciélcs elles-mêmes, la malédiction 
de Dieu, c'est-à-dire d'incomparables malheurs... 
C'est la saiute Vierge elle-même qui nous l'a 
enseigné. 

Il y a environ trente ans, deux petits bergers, 
une fille de treize ans et un garçon de dix, 
avaient conduit leurs troupeaux sur le flanc 
d'une montagne aujourd'hui célèbre, illustrée 
par l'apparition d'une source miraculeuse et 
Dardes prodiges sans nombre. ..C'estlaSaletle... 
Vers midi, au moment où ces enfants ne son- 
geaient qu'à faire paître leurs chèvres et leurs 
agneaux, une dame brillante leur apparut 
assise sur la pierre même d'où jaillit aujour- 
d'hui la fontaine miraculeuse, dont je vous 
pailais... Eflrayés de celte vision, les petits 
bergers se regar.ieut avec surprise, et n'osent 
approcher... Mais la dame leur fait signe; 
d'ailleurs elle paraissait si bonne que, malgré 
sa majesté, ils avancent avec confiance. . . C'é- 
tait la vierge Marie, la patronne de lu France, 
qui, s'intéressant à nous, vonait donner à noire 
patrie, un conseil, un avi>, dont nous avons, 
hélas! tropbesoin... Des larmes abondantes cou- 
laient desesyeux. Or, voici, àpeu près, ce qu'elle 
dit à ces jeunes eufarits : « Les iniquités se 
multiplient, les blasphèmes se propagent, le 
dimanche est presque partout profané... Mon 
Fils est près de frapper... Jusqu'iei, j'ai retenu 
son bras; mais bientôt il me sera impossible 
d'arrêter sa justice; et alors que de fléaux, que 
de malli.'ursl.. . Dites, mes enfants, que si l'on 
veut éclia[iper aux châlimanls qui se préparent, 
il faut éviler le blasphèuïe, et sanctifier le jour 
que le Seigneur s'est réservé... u Telles furent 
les paroles de la divine mère de Jésus... N'allez 
pas dire que celte apparition est un conte 
inventé à plaisir, le sanctuaire élevé dans ces 
lieux agrestes et sauvages, parlerait pour vous 
confondre ; tant de E^ràces obtenues, des milliers 



de miracles opérés à Notre-Dame Je la Solette, 

vous donneraient îe plus foudroyant démenti!... 
_ Proimsitiox. — Vous l'avez compris, frères 
bien aimés, deux crimes surtout sont signalés 
par la saifil • Vierge, comme devant attirer sur 
nous la colère divineet lesfléaux du liel : ce sont 
le blasphème et la profanation du dimanche; 
c'est donc un bien ^rand crime que de profaner 
le jour que 1.; Seigneur s'est réservé. Oui, et 
c'est ce que je me propose de vous montrer en 
vous exposant quelques-uns des effets désastreux 
qu'il pruduiL. 

Division. — ia dis donc que la violation du 
dimin'Jie produit des eflets funestes; première- 
ment,, sur notre âme ; secondement, sur nos 
familles; troisièmemen!, sur la société tout 
entière... 

PRr.MiÈUE P.'.RTIE. — Je ne vous conduirai 
pa>, mes frères, au sein de nos villes manufac- 
tun res, je ne vous montrerai pas le pauvre 
ouv!i?r, devenu une sorte de machine, con- 
dari;;:i; à manier je ne sais quels ressorts dans 
une usine, à exécuter je ne sais quels travaux 
dans i!u atelier; la vapeur chauffe, les engre- 
nai:! i lournent; pauvre ouvrier, travaille, tra- 
vaille encore. Ne demandez pas à cet infortuné 
ce i| lo signifie le dimanche, il ne le sait pas; 
mais :1 connaît le lundi, son épouse et ses en- 
fants pourraient vous le dire... Vous avez vu 
des ieuimes pâles et flétries avant l'âge, les 
pauj iéres rougies pnr les larmes qu'elles versent 
si Souvent; vous avez rencontré des enfants 
souffreteux et en guenilles; eh bien, soyez-en 
sûis : liis époux de ces femmes, les pères de ces 
enfants travaillent le dimanche... 

Le chemin de l'église, ces ouvriers de nos 
villes ne le tonnaissent plus; mais il en est un 
autre, fur h.juel, grâce à eux, l'herbe ne 
poussera pas, c'est celui de la taverne ou du 
cabaret... Ils iront là le lundi, dépenser dans 
les jeux cù drins l'orgie, le gain de leur se- 
maine... Etres abrutis, depuis vingt ans peut- 
être, ils n'ont entendu parler ni du bon Dieu, 
ni de notre doux Jésus, ni de sa saiute Mère; 
ils ne pensent plus, ils ne savent plus qu'ils ont 
une âme immortelle rachetée par le sang du 
Calvaire!... Pourtant il fut un jour où, pieux, 
recueillis et pénétrés d'une foi naïve, ils ont 
lait leur première communion. Doux souve- 
nirs, comme vous êtes oubliés, et c'est la 
proldualio;! du dimanche qui vous a efi'acés, 
c'est elle qui a fait, de cet enfant pieux, je 
ne sais quel èlre sauvage, à la voix rauque, 
au regard haineux, dominé par les instincts les 
plus pervers... 

il semble, frères bien aimés, que, dans nos 
campagnes, la profanation du dimatiche ne pro- 
duise pas s:ir les àraes des etlels au<si désas- 
treux... Mais regardez autour de vous, réflâ. 



I2R8 



LA SEMAINE DU CLERGË. 



cLisscz bien, et vous compren.hez... Laissoii3 
de colé ce lundi que, même tlaiis nos villages, 
certains ouvriers cliomenl au lieu du diman- 
che... Je m'adresse à l'uo de ces honnêtes culti- 
vateurs, de ces ouvriers probes qui, grâces à 
Dieu, sout encore en grand nombre dans cette 
paroisse, et jo lui dis : J'ai parlé, dimanche 
dernier, des ellets que produisait sur le corps le 
travail du dimanche, croyez-vous que la pro- 
anation de ce saint jour reste sans effet sur 
votre âme?... Ignorance des vérités religieuses, 
oubli de la prière, diminution et, peut-être, 
perte totale de la foi, voilà les fruits que pro- 
duit, j'en suis sûr, sur les plus honnêtes d'entre 
vous, le travail du dimanche!... Savez-vous 
encore les vérités qu'on vous a enseignées au 
tatéchisme?... Non I... Et si vous êtes sincères 
vous ne me démentirez pas... Depuis que vous 
manquez au saint sacrifice de la messe, que 
vous travaillez sans scrupule le jour que le 
Seigneur s'est réservé, ètes-vous aussi fidcles 
il dire vos prières du matin et du soir? Non 
encore... Ne dites pas que vous avez conservé 
/a foi, vous qui risiiuez votre salut éternel pour 
quelques misérables avantages temporels... 
Vous ne savez plus ce que c'est qu'un péché, 
vous ne croyez plus ni au culte que nous de- 
vons à Dieu, ni au bonheur du ciel, ni aux 
peines de l'enfer; vous qui, pour piocher une 
vigne, cultiver un champ ou l'aire n'importe 
quelle œuvre servile, vous dispensez d'assister 
à la sainte messe, et volez au bon Dieu l'honneur 
et le jour qu'il s'es tréservés!... Quoi ! Dieu est là, 
avec son souverain pouvoir; vous avez ses pro- 
messes, vous connaissez ses menaces; et cepen- 
dant, de gaieté de cœur, pour le gain le plus 
léger, pour l'avantage le plus frivole, vous 
renoncez aux joies du paradis, et vous vous 
exposez aux supplices de l'enfer!... Non, je 
vous le répète, vous n'avez plus la foi, l'avarice 
l'a tuée dans votre âme... 

Seconde partie. — Mais quels effets produit 
dans la famille la profanation du dimanche?... 
Qu'il était beau, mes frères, qu'il était doux et 
respecté de tous, ce faisceau de pieux amours 
qu'on appelle lu famille, lorsque le dimanche 
était observé!... Le père conduisait par la 
main sou petit enfant à la messe, la mère le 
suivait accompagnée de ses petites filles; 
comme alors l'assistance était nombreuse, ces 
chers petits enfants n'avaient souvent pour 
sièges que les genouillers du banc... Avec 
quelle joie on revenait tous ensemble, avec 
quelle douce gaieté ou fêtait le jour du Sei- 
gneur!... L'Eglise, c'est une école de respect; 
1 enfant sortait du temple plus docile, plus sou- 
mis, plus respectueux... Délicieuse journée, 
elle s'écoulait saintement, les pères étaient à 
côté de leurs fils, les mères savaient alors ce 



que devenaient leur filles; tous ensemble pas- 
saient au milieu de jeux innocents, la soirée 
qui se terminait par une lecture pieuse et la 
prière du soir ; puis le lendemain on se remettait 
vaillamment à l'ouvrage. 

Que les temps sont changés!... Quand le 
travail a cessé, le dimanche soir, ce n'est plus 
l'union, c'est la dispersion de la famille. Le ca- 
baret appelle les hommes et les jeunes gens, 
les danses, où des assemblées tout aussi dange- 
reuses réclament les jeunes filles... Pauvre 
mère, tu restes là, seule et désolée, raccommo- 
dant peut-être, près d'une lampe fumeuse, les 
bardes de tes enfants... Moins malheureuse 
pourtant, si tu as la foi, si tu as assisté à la 
sainte messe, tu pourras du moins, dans ton 
isolement, pensera la sainte Vierge, et réciter 
quelques dizaines de chapelet... Ici, mes frères, 
je parle d'une femme, d'une mère qui com- 
prend sa dignité; car si elle ne la comprenait 
pas, je n'oserais vous dire ce qu'elle devieut 
dans cette dispersion de la famille. Mille et 
mille fois, l'on a vu des unions brisées d'une 
manière scandaleuse, et cela, soyez-en sûrs, 
tenait à la profanation du dimanche Oh! je 
veux me servir d'un terme adouci. L'homme 
courait; hélas! la femme aussi courait; si tout 
deux eussent sanctifié le dimanche, je vous 
affirme que le foyer n'eût été ni désert oi 
profané. 

Mille et mille fois, vous dis-je, et hier encore, 
nous avons entendu des mères déplorer la con- 
duite de leurs filles, nous avons entendu des 
pères, gémir de ce qu'ils n'étaient plus les 
maîtres de leurs enfants; nous les avons vus 
pleurersur des désordres de nuit, sur des dettes 
contractées au cabaret... Si nous n'eussions 
craint d'insulter à leur douleur, nous leur au- 
rions dit : « Frappez votre poitrine, car c'est 
votre faute, votre très-grande faute; si vous 
aviez appris à vos enfants à sanctifier le diman- 
che, si, au lieu de les mener au travaU, puis 
dans certaines maisons, vousles eussiez conduits 
à la messe, ils seraient plus respectueux, et 
les désordres dont vous vous (daignez, n'auraient 
pas lieu... Mais vous détruisez vous-mêmes, 
dansl'âmede voseofauts, les leçons de respect 
que nous leur donnons; vous les faites tra- 
vailler le dimanche, presque aussitôt leur pre- 
mière communion... Vous leur apprenez à 
méconnaître l'autorité de Dieu ; ils finissent 
bientôt par mépriser la vôtre. .. C'est lajustice de 
Dieu qui passe, et vous n'avez que ce que vous 
méritez!... 

Un enfant de treize ans venait de faire sa 
première communion. Trois semaines après, 
comme il prenait sou livre pour su rendre à la 
messe, son père lui dit: Ou vas-tu? — Mais 
c'est aujourd'hui dimaache, mon pùi-e, et je 



LA SfOlAiNK t>L Cl.Wll,:- 



1X81 



vais à la me^sc. — L i nie;»..'? Ost bon p>>ur 
ta mi^ic c! t.-i smiir. pcuir des femmes, mais toi, 
tu es trop f;rauJ, lu vas venir avec moi au clioxi- 
tier... L'enfant avait (;o< laimes! dans les yeux; 
c'est si beau, c'est sicandiMe, l'âme d'un enfant 
i|ui a bitm fait sa première communion!... 
4[)rès une minute du r-'iLicilleinent, il répondit : 
Mais, mon ['ère ce n'est jias sruiement pour les 
femmes, c'est pour tous .lue Dieu à fait ce com- 
mandement : Les dimanc/ies tu gardei-as en servant 
Dieu dévotement. — Bèiise! répliqua le père... 
\ ce blasphème, l'enranl s'enhardit et con- 
.inua : Et le commandement qui dit : o Tes 
jère et mère honoreras, est-ce aussi une 
>êlise?... Le père se tut el laissa libre son en- 
ant, qui, depuis, est devenu religieux et mis- 
ionnaire... Donc, pour conclure, désunien et 
Jésordre au foyer qui devrait réunir l'épaux et 
'épouse, inconduile et révolte îles enfants con- 
je leurs parents, tels sont les tunestes effets 
{ue produit dans la famille la profanation du 
onr consacré au Seigneur... 

Troisième partie. — Disons maintenant les 
jfifels désastreux que la [irofanation du diman- 
che produit sur la ^ocièlé tout entière. Frères 
oieu aimés, autrefois nos pères auraient frémi 
s'ils avaient été témoins du spectacle que nous 
ivons chaque dimanche sous les yeux... En 
.^nlei..la!jt ce bruit de iimes, de marteaux, 
ie métiers «econés, même pendant la sainte 
messe; en voyant ces chevaux attelés soit pour 
.ionduire la charrue, soit pour voilurer des en- 
Srrii- ou tout autre chose, leurs cœur? auraient 
tressailli, leur foi se serait révoltée, ils auraient 
dit : Il nous arrivera malheur... Bons parents, 
vous auriez eu raison, nous avons profané le 
Jimani-he, il nouse.st arrivé malheur. Celle pro- 
fanation scandaleuse, publique et jiresque uni- 
verselle du jiiurdu Seigneur est un crime s-ocial, 
particulier à notre France; car, partout ailleurs, 
eti Auiileterre comme aux Etats-Unis, chez les 
catholiques comme chez les protestants, le 
dimanebe est respecté... Aussi, [-.eudant les 
tri-tes jours où les Prussiens foulaient en vain- 
queurs le sol sacré de la patrie, que de fois 
a-t-on entendu dire à leurs soldats : a Plus de 
dimanche en France; pays perdu et abandonné 
du l'on Dieu... » Ce langage est énergique; je 
n'oserais dire qu'il est vrai, il me répugne de 
penser que Dieu nous ait abandonnés, mais, 
vous le savez, la leçon fut dure et nous dùmea 
la payer bien cher. La profanation du diman- 
che est en France un crime universel et social ; 
la société i-nlière fut punie. Vous avez dit, et 
peut-être diles-vousencore : ce qu'on gagne le 
iimanrhe est toujours gagné... Et mcA je vous 
affirme que ce que l'on gagne le dimanche est 
ti>ujours perdu. Le bien volé ne profile jamais, 
il, comme le disait le saint curé d'Ars, tra- 



vailler le dimanche, c'est voler au bon Dieu le 
jour qu'il s'est réservé... Depuis longtemps nous 
volions au hon Dieu le septième jour, celte 
profanation à cfrûté à la France sept milliards, 
qu'elle fut obligée de verser aux Allemands... 
Pauvre chère patrie, tu travailleras encore b'in 
des dimanches, avant ilc les avoir regagnés , 
C'est là, mes frères, la punition sociale de cette 
profanalioi! scandaleuse ilu j^Mir du Seigneur, 
D'autres eicore nous allendenl, si nous persé- 
vérons dans cette voie. Honnêtes gens, bons 
cultivateurs, à quelque classe que vous appar- 
teniez, ne sentez-vous pas le sol trembler sous 
vos pieds, ne voyez-vous [as s'élargir i-t s'é- 
larsir encore à vos côtés tout un abîme de con- 
voiti-^es qni ronge et dévore sans être jamais 
satisfait, les faibles digues qu'on lui oppose 
comm- le- pâtures qu'on lui jette... Attendez 
encore '[ueiques années, puis vous verrez oi'i h 
profanation du dimanche conduira notre pau- 
vre société mouran'ii' et éperdue... Nos pères 
ont vu dans îles jours de délire, le décadi subs- 
titué au dimanche, Dii-u hanni de ses temples, 
son nom rayé comme un mot inutile; l'im- 
pureté en chair et en os, offerte aux adorations 
d'un peu[de qui, en violant le jour du Seigneur, 
se ravale au niveau de la brute, et ne croit 
plus ni à son âme, ni à sa dignité. Si Dieu ne 
nous protège, profanateurs effrontés du diman- 
che, le châtiment sera encore plus terrible qu'au- 
trefois, et nous descendrons d'un cercle plus bas 
dans cet enfer... 

Péroraison. — Frères bien aimés, c'est triste, 
mais nous, chrétiens, qui avons notre conscienc» 
et notre foi, nous pouvons toujours, par nos 
paroles et surtout par notre conduite, protester 
contre ce scandale envahissant... Dix justes 
eussent sauvé Sodomi'; quelques grains de sel 
empêchent la viande de se corrompre; peut-être 
aussi que des chrétiens zélés, en sanctifiant le 
jour du Seigneur, préserveront notre société de 
ces calamités qui la menacent... C'était encore 
en quatre-vingt-treize, la Terreur, comme uu 
horrible vautour, planait sur la Fiance, 1~' 
serres ouvertes, les ailes largement étendues... 
Non-seulement, dire la sainte messe mais y 
assister était un crime puni de mort... Et 
pourtant, malgré ces menaces, tantôt dans un 
réduit obscur, tantôt sous l'ombre d'un chêne 
au milieu d'une forêt, le saint sacrifice ét^.it 
célébré, en présence d'une foule recueillie. En 
Bretagne, sur les bords de la mer, le prêtre 
montait sur une barque, que cent nacelles 
chargées d'un peuple immense environnaient. 
Au moment de l'élévation, cette multitude 
de fi'lèles venus de tous les coins du rivage 
tuml.aie.t à genoux... Parfois l'Océan lui-même 
se taisait ; le souffle léger de la brise, agitant le* 
voiles iicndantes, était le seul chant qu'on eti- 



1Î90 



Lv semain:^ ':iU clergé 



trn.lilàl'éléva!inn...D'iiulicsf..isuniielsombrc 
«1 rmagi'ux dérobait cette asslslance aux bour- 
1 aux impies qui la guettaient du rivage... 
Joui- plusieurs de ces chrétiens énergiquis, la 
luart semblait préférable à la profanation du 
(iimanihe... Dieu léciHnpensa leur foi, les au- 
tels furent redressés et la liberté du cul e rendue 
à notre patrie... Puissions-nous, mes Ireres, 
tomme ces fidèles chrétiens, rendre à Uieu, 
(Pverset contre tout, le culte qu'il reclame le 
dimanche, détourner par notre fîdehle les 
fl.^iux qui nous menac.nt, et attirer sur nous, 
sur nos familles, et liOtre patrie, les bénédictions 

du ciel. Ainsi soil-il. , , , , 

Labbe Lobrt, 

caré de Vaucbassis. 



Actes officiels du Saint-Siège 

CGNGRÉGATiON DES RITES 

niïJSCA^A.. 

Sacerdos Rapbael Vccchi Redactor Kalendarii 
in usiim Nuscau» Diœcesis a Sacra Rituum 
Congrcgationeqnaj sequnntur Uubiorum decla- 
ratiouem enixe postnlavit. nimirum : 

Duhium 1. Qiiura Aloisius Maria de Carpe in 
Kalendario Per/!eiuo, Cn[iite V, De Concurrentia, 
num. il, tenet : Quod in concurrentia Festorum 
ejusdem ritus, sed diversse diynitatis praeferen- 
dura sit in Vesperis festum primarium juxta 
pnsloriora décréta ctiamsi secundarium habeat 
digtiitatemobjectivam, exempligratia : In Regno 
Ncapolitauo die 4 augusti Fcstum s. Dominici 
Conf. et Patroni minus priucipivis sub rilu du- 
plicis majoiis cum odava concurrit cum Festo 
5. Marias ad Nives etiam duplicis majoris : Item 
in Dioecesi Festum Malris Uivini Pastoris, ad- 
si;;natum Dominiea 4 Octo'iris, concurrit cum 
Feslo s. Raphaelis Archang. Festum s. Joacbim 
Patris B. M. V., quando transfertur, concurrit 
cum Festo fs. Nominis B. M. V et Frstum Sacr. 
Cordis Doraini Nostri Jesn Christi cum Festo s. 
Barnabse Apo^tob. Ilis positis quœritur in supra- 
dictis casibus Vcspciœ quomodo ordinandae 
sint, de s. Bominico, =. Rapiiaelc, s. Jo:ichim, 
et s. C:iriiaba, uti Fesîis primariis, un de s. 
Maria ad Nives, Mi.tn; Divini Pastoris, ss. No- 
mine B. M. V. et S.icr. Corde D. N. L. C. uti 
dignitate praeditis, sed secundariis. 

Duiium II Festa B. M. V. Septem Dolorum 
Mcusis Marlii, et Septembris sunt arubo Festa 
primariii, au secundaria? et Festa primai ia B. 
M. Y. an sint soluminodo septem Feslivitatcs, 
nempe, INirilicaiionis, Annnntiaiionis, Visita- 
tionis, As.-umptioniSjf'aliviiiitis Praesenlationis, 
et Coucepliouis? dummoJo aliqua Fe=ta secun- 



daria non gnudeant alicubi prîero2;ativa Patroni 
priiicipUis loci et Titularis liccles se? 

Dabiiiin III. (n Dominiea ultima Juliipro hac 
Diœcesi adsiguatum est Festum Putrocinii s. 
Amati Ejiis. Patroni principalis Diœcesis, qua;- 
ritiir : quando occurrit cum fe-to s. Annœ Ma- 
t! is B. M. V. ejiisdem rilus duplicis majoris 
transferendum est Festum Patrocinii s. Amati, 
an s. Annae? 

Dubium IV. In Kalendariis cujusdam Diœce- 
seos die secunda Novembris legitur prœscripta 
in praecipuis Ecclesiis uua Mis-^a lecta in Altari 
majori de die occurreiite cum juxta Riibricas so- 
lummodo praecipitur canenda in Calhcdrali et 
CoUegiatis. Quœritur : praiter Calhedralem et 
Col!ej;int;is potest ne dici in praecipuis Ecclesiis 
nna Missa lecta lu altari majori de die occur- 
renle? an vero omnes sint dicendae de Requie 
pro Defunctis? 

Dubium V. Quum ex Brevi Aposlolico die 
22 octoluis ISaO concessa fuit pro Rci^uo ulrius- 
que Sicilia; Vigilia Immaculalae Conceptionis 
tam iu Ofticio, quam in Mi-sa, consiiîerandum 
ne est uti privilegium spéciale cum incidat sem- 
per tempore Adventus? 

Dubium VI. Quum hoc anno in Civitate Mon- 
tismarani Feria VI in Parasceve iociderit Fes- 
tum duplicis prœcepli s. Joaunis Ep. praecipui 
Patroni, quéeritur : An Parochus tencatur Mis- 
sam adplicare pro populo in die, quo transfertur, 
quamvis absque onere audiendi Missam, et 
abstinendi ab opcribus servilibus ? 

Dubium VII. Ex Decreio generali sub die 
27 maii I8i6 prohiijitum fuit suli qunvis prae- 
lextu processionaliter circumferre Rcliquias et 
Imagines Sancliuum sub Baldachino. seu ['tillio, 
et juxta senteidiaiu vrro Aloisii Gard liiui ad 
Decr. 4570, penitus velitum est circumferri, cum 
sit honor tantum SS. Euchaiistia; debitus ; 

Quaeritur : an liceat circumterri processiona- 
liter Baldachiiium sallem rétro rieliquia"!, et 
simulacra Sanctoiuiu uti pluribus in locis in 
praxi observari vldetur? et si uegative, an liceat 
saltem c.ircumferri dum Episcopus Diœcesanus 
ad Processionem intervenerit? 

Dubium Mil. De iMissis votivis quœritur : ut 
piis fiil lium votis fiât salis, an liceat in Missis 
votivis b'si Missa piopria de Monte Carmelo, et 
de SS. RosMrin juxia Aioisium de Carpo, quem- 
admodum in Missalibus notatur concessi;in pro 
Missis septem Dolorum B. M. V. et Immaculalae 
Conceptionis, an vero una de quinque Votivis 
B. M. V. JMxIa temporis qualitatem? Et quo- 
niam ex Rubrieis vetitnm est leg'Te Missas pro 
festivitatibns B. M. V. idest, de Puritic.itione, 
^<i Aiinuntiatione, de Visil itionc, *Je Assump- 
tione, de N.itivitate, et de Pr»-entation<;, aa 
saltem liceat légère Missas i)roprias suli prae- 
claris tiiulis de Gratia, de Jicictidc, de Bono 



L\ SEMAINE DU CLERGE 



I'<9i 



Consilio, de Arco, de Succursu, et de Puri- 
tatf, etc.? 

Duhium IX. Qiuindo in Missa adjungitur de 
mandato Kiiiscopi collecta exlraordiuaria pro 
Papa, Deus omnium fid.lium, etc., est ne dere- 
liniiuend.i, ve! miitanda ia alla Oratione, 
qiiando oconrri* Anniversarium Consecrationis 
EpUcOj.i Diœrcsani? 

Sacra jiono eadem Congregalio, rcferente 
iufrascripto Secretario, audita seutentia iu scri- 
ptis alti'iius ex Apostolicarum Cairemouiarum 
Magistris. omnibus mature perpensis ac cousi- 
deralis rcsciibere rata est : 

Ad I et II. Ponantur in folio (1). 

Ad m. Tum in Concurrentia quant in Occur- 
rentia in-œfbiendum esse Festum sanctœ Annie. 

Ad IV. Servelur Rubrica Missalis die 11 No- 
vembris. 

Ad V. Servetur Rubrica ut in Vigilia s. Tho- 
mœ Aposloli, scilicet in Officio nihil de Vigilia. 

Ad VI. Recurrat ad Sacram Congregationem 
Conciiii. 

Ad VU. Négative in omnibus, et servetur Be- 
cretum Générale diei 27 maii 1826. 

Ad VIII. Dentur Décréta in una Mexicana diei 
12 Marlii 1678 ad VIII, et in una Oïdinis Mino- 
ruin sancii framisci Capuccinorum die 30 Sep- 
tembris 1671.1. 

Ad iX. Iii casu omittatur Collecta pro Papa, 
Alquc ita re.-cripsit. declaravit, ac scrvari 
maiidavit. Die 22 Januarii 1876. 

C. Ep. OsïitN. ET Velitern. Card. Patrizi 
S. H. C. Pr^f. 

Plac. Ralli S. R. C. Secretarius. 

Décréta q'iœ cit^ntur in re-ponsione ad Du- 
biuin VIII in una Nuscana iliei 22 januarii 1876 
ex Re.-isliis Secretariœ Sacrorum Rituum Coa- 
gregaliou s cxcerpla suul quîe sequuntur nimi- 
rum : 

MexiC/\na — ... 8. lu multis Ecclesiis soient 
ccleliruri Mi^sœ <le re>tivitalibus Bealae Marias 
Virginis cum solemuitale pro le gravi, et cou- 
cursu pn|mli; 

Quarilur : An quando celebratur Missa de 
Anuuuliiilione luodo dicto, bit f cieudum ad 
Incarnat II s, quod lit iii ipsa die Aunnulintionis? 

Et eadum Sacra Rituum Cougrei;alio respon- 
dit... 

1. Dabia (^<.\x sub numeri» I et II comprehenduntur ita 
gravia esse crcdiiiit S. l'.ituuin Coagr. ut resoivi non 
possent de piano, et absqiie solerti studio, 

Oiiaproptor ii'l I et 11 quoil attinot respondit : Ponantur 
471 /b/jo Ejnsinodi rcsponso, soieaduiu est. S, R, Congre- 
gationem ilimitiei-e s >lere dabia, quœ propter eorum gra- 
vitatein dis^cptanda esse putavit coram S, Tribunali 
ejusdem Oongrcgationis. 

.\ttamen disceiilatio h^eo locum haud habere solet, 
oisi vel |iostulator aut quivis alius de ejus mandato, iiistet 
pro lesolutioae ejusmodi, et necessariis subjaceati ex- 
fosis. 



« Ad 8, Missas proprias de Festivitatibus 
lieatai Mariae Virginis non esse celebrandas, 
nisi diebus, in quibus dictae solemnitates occur- 
runt, et pcr eorum Octavas quas liabent ; ceete- 
ris temporibus earum locum celebrandam unam 
ex Votivis Beatse Mariae Virginis in fine Missalis 
positis, juxta distribulionem temporis in eo 
factam cum intenlioae ad Iionorem Annuutia- 
tionis, Assumptionis, etc. Hac die 12 martii 
1678. » 

OrDINIS MINORUM CAPUCCINORUM. — Cum post 

ultimam approbationem a S. R. C. factam Ka- 
lendarii ad usum Fratrum Minorum Cappucci- 
norum supervenerint noimulla Sanctorum Offi- 
cia, de mandato ejusdem S. C. in Breviario 
Romano apponenda : quapropter P. Procurator, 
et Commissarius Generalis Fratrum Minorum 
Capuccinorum (ad uniformem Divini Officii 
recitationem in sua Religione servandam) sup- 
plicavit pro assignalioue sequcnlium dieruiu 
infrascriptis Sauclis prout eadem Sacra Congre- 
galio a^signavit pro sequentium Dubiorum de- 
claratione, nempe... 

I. An Missa assignata Festivitati Conceplionis 
Virginis Mariée in Fratribus Minoribus, possit 
celebrari in Sabhatis, ut Votiva?... 

Ad supradict... dub. Sacra Congregatio res- 
pondit, ut si'quitur : 

Ad I. Négative, etc. Die 30 Septembris 1679. 

In quorum fidem, etc. Ex eadem Secretaria 
Lac die 8 lebruarii 1876. 

PiAC. Ralu S. R. C. Secretarius. 



Liturgio- 



MATÉRIEL DU CULTE 

DE LA LAMPE DU SAINT-SACREMENT 
(3* article.) 

Est-il permis de remplarer par le pétrole les 
liuiles végétales prescrites et employées pour 
la lampe «in Saint-Sacrement? La question 
étant ainsi posée, il ne sera pas difficile d"y ré- 
pondre ; il nous suffira de rapporter le décret 
que rendit à cette occasion le sacrée Congréga- 
tion d-^s Ri'.çs en 180i, et les interprétations 
qui le suivirent. Voici à qu'elle occasion cette 
question fut posée à Rome. 

Un curé du diocèse de Beauvais avait inventé 
une lampe propre à brûler du pétrole dans les 
égii^es. Cette lampe paraissait offrir plusieurs 
avantages; mais il s'agissait de savoir si le nou- 
veau combustible pouvait satistaire à la loi 
liturgique. Monseigneur l'évêque de Beauvais 
prit le sage parti de consulter le Saint-Siège, 
et,dans une supplique qu'il lui adressa, il solli- 



r20-> 



I.A SK-tAINE DU CLF.K'.f. 



cita raulorisaiioii d'user ùe OiUe liuily. Sa 
Grandeur fit surtout valoir en faveur du pétrole 
le motif iréconomie, qui n'aurait plus sa raisoa 
d'être, aujourd'hui que sa sub-lancc, frappée 
d'un impôt cunsiilérable, en a fait remoutcr le 
prix presque au nivi.au de l'Iiuile ordinaire du 
colza. Quoi qu'il en soit, voici en abrégé ce que 
disait Mgr l'évèque de Beauvais,auquel s'adjoi- 
gnirent quelques autres évèques : l'huile d'ulive 
est rare et d'un prix élevé, dans une grande 
partie de la France. La plupart des églisfs de 
campagne sout pauvres, et ne peuvent acheter 
une huile qui se vend si cher. Les autres huiles 
végétales, telles que celle de colza sont encore 
trop coûteuses pour les faibles ressources de 
beaucoup d'églises; elles =ont malpropres et 
salissent tout ce qu'elles atteignent : elles sont 
souvent de mauvaise qualité. D'autre part, le 
pétrole se vend meilleur marché, ne tache pas 
et fournit une lumière plus brillante et plus 
durable. En eonsé.iuence, sa Grandeur supplie 
instiimmeut le Saint-Père de ne pas improuver 
l'huile d.i pétrole pour la lampe du sanctuaire, 
et même d'en autoriser l'usage avec l'assenti- 
ment de l'ordinaire : «His itaque maxirai mo- 
menti, ut arbitratus, raiionibusfixus, episcopus 
jrator enixe postulat ut Sanctitas Vestra decla- 
rare dignetur usum petreoli pro lampade sanc- 
tuariiiion imprubari, et quidem permitli posse 
arbitrio oïdinarii. Sanctitalis Vestrae humilli- 
oaus et addictissimusin Christo filius. {Jos. Ar., 
Ep. Bellovucensis, die 9 aprilis 1864.) 

Telle était la demande. Voici la réponse ; 

« Quelques évèques de France, considérant 
« sérieusement qu'un grami nombre d'églises 

• de leurs, liocéses ne peu veut qu'avec beaucoup 
I) dedifliculté et à grands frais, se procurer de 
» l'huile d^olve pour alimeuter Jour et nuit, 
i une lampe devant le très-s;iint Sacrement de 
» l'Eucharistie, prient le Siégeapostolique de dé- 
i clarer que, dans le cas de difficulté et de pau- 
« vreté des églises, ou puisse rem; lacer l'huile 
» d'olive par d'autres huiles végétales et même 
» par du pétrole. La sacrée Congrégation des 
» Rites, quoique jalouse de conserver, à cau-e 
» de ses siguiticalions mystiques, l'usage d'huile 
» d'olive qui remonte jusqu'à l'origine de l'E- 
» glise, a cru néanmoins devoir tenir compte 
I) des raisons alléguées par ces mêmes évèques. 
» Après avoir d'abord demandé levotum de l'un 
I) des maîtres des cérémonies apostoliques, le 
a cardinal soussigné, préfet de la même sacrée 
t Congiégation, a proposé toute cette afiaire 
» dans le» comices ordinaires, tenus aujour- 
» d'hui au Vatican. Les Emiueotissimes et" I\é- 
» vérendissimes pères préposés à la garde des 
» rites sacrés, ayant posé avec soiu et examiné 
» avec grande diligence toutes les raisons, ont 

• jugé à propos de répondre : qu'en règle géné- 



» raie, il faut se servir d'huile d'olive; mais 
« que, si on ne peut eu avoir, il faut laisser à 
'( la prudence des évèijues le soin de décider, 
« si les lampes peuvent être alim -ntées avec 
« d'autres huiles autant que possible végétales, 
n (Le 9 juillet 1864). 

a Nonnulli Rmi Gailiarum Antistitcs, serio 
» perpendente^, in multis suarum diœceseum 
» ecclesiis, difticile admodum et nonnisi ma- 
1) gnis sumptibus comparari posse oleum oliva- 
» rum ad nutriendam, diu noctu'pie, sallem 
» uuam lampailem ante Sanctissimum Eurha- 
» ristiae Sacramcotum, ab Apostolica Sede de- 
» claiari pidierunt utrum in casu, attentis dif- 
» ficultatibus et ecclesiarum paupertate, oleo 
» olivarum substitui possint alla olea, quœ ex 
» vegetalibus habentur, ipso non excluso pe- 
» treolo. Sacra porro l'itiium Congrcgatio, 
» etsi semper sollieia ut eliam in h io p;ir e 
» quodusqueab Eeclesiaeprimordii.^ eircausum 
» olei exolivis inductum ('st,ob my=t cas .=igni- 
» ficationes retineatur; attamen sdentio prajte- 
I) rire minime censuit rationes ab iisdem epis- 
» copis prolatas; ac proinde exquisito prius 
» voto alteriusexapostolicarum c^'eromoniaium 
t magistris, subscriptas Carciinalis Prœfeclus 
» ejusdem Sacrse Congre;;ationis rem orun^-îu 
» proposuit in ordiuariis comitiis ad Vaîica- 
» num hodierna die hahitis. Etid. aulem ot 
I) Rmi. Patres sacris tuendis ritibus prœposi'i 
M omnibus accurate perpensis ac diligentissime 
1) examinatis, rescribendum censuerunt : Ge- 
iineratim utendum esse oko olwai-um : ubi vcro 
» fiaberi nequeat, remittendum prudentiœ Epis- 
» copnruin ut tampades nutriantur ex aliis olcis 
Il quantum fieri possit vegetalibus. Die 9 aprilis 
« 1804. » 

Ou le voit, le présent décret insiste beaucoup 
sur l'usage antique et sur les significations 
mystiques et symboliques de l'huile d'olive; 
ensuite, à défaut de cette huile, là où on ne peut 
pas s'en procurer tant à cause de sa cherté que 
de sa rareté, il est permis, avec l'assentiment 
des évèques, d'user d'huiles végétales. Quant 
au pétrole, qui finissait l'objet de la demande de 
l'évèque de Beauvais, le décret n'en parle même 
pas. Que faut-il penser de ce silenee? Mgr de 
Ségur dit, dans son opuscule sur La lampe du 
Sainl-Sacremenl./iue lasacrée Cong^é^atio.l,pa^ 
te (iécret exclut le pétrole et, à plus forte rai- 
son, l'essence de pétrole, en ce sens que ces 
substances ne sont aucunement des huiles. Il 
ajoute qu'il ne serait permis en conscience, de se 
St-rvir de pétrole pour la lampe du sanctuaire, 
que dans le cas d'extrême nécessité, ou d'impos- 
sibilité absolue d'en avoir d'autre ; or ce cas, 
dit-il, esL véritablemi'ot chimérique (pages 13, 
14 et 15). En ellet, ajoute ce saint prélat, les 
plus pauvres gens de nos plus pauvres provinces- 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



1293 



trouvent moyen d'avoir soilpnur mnnf^er, soit 
pour d'autres iisnjç.'S, di-s huiles V(gétalos, de 
vraies huiles. Poiin|uoi le curé et la fabrique 
ne pourraient-ils pas s'en procurer é.tçalemi'nt? 
C'est un peu plus cher que le pétrole, dit-on. 
Depuis le nouvel im[iôt qui pèsi^ lourdement sur 
le pétrole et les essences, la diflférence de l'en- 
tretien annuel de la lampe liturgique avec de 
l'huile vcgélale ou avec du pétrole n'est pas 
grande. En outre, dit encore Mgr de Si'gur, 
depuis les horreurs de la Commune, le pélrole 
est devenu une substance maudite, synonyme 
d'incendie, d'extermination sociale, de sacri- 
lège, de révolution. En 1864, quand la ques- 
tion fut posée à Rome les incendies de la Com- 
mune n'avaii-nt pas encore stigmatisé le pétrole 
et ne lui avaient point donné un caractère quasi 
satanique; la démagogie ne criait point encore, 
jusque dans le sein de Rome sous les fenêtres 
de Pie IX, prisonnier : « Vive le pétrole ! mort 
au Pape 1 » Cela ne sutfirait-il pas pour faire 
exclure à tout jamais le pétrole de nos sanc- 
tuaires? Un pieux pèlerin avait l'honneur d'en- 
tretenir le Souverain-Pontife de celte question, 
au mois de décembre 1871. Le Pape se leva, 
et, avec l'accent de l'indignation, il dit : « Oui, 
» cette substance doil-ètre anathématisée? ie 
» ne l'ai jamais permise et je ne le permettrai 
» jamais. » Ces paroles décisives, dit Mgr 
de Ségur, je les tiens de la bouche même de 
celui à qui elles ont été dites. Après cela quel 
est le prélre qui aura le courage de se servir 
encore de la lampe pétroleuse? Quanta l'esprit 
ou essence de pétrole, qui n'a plus même l'ap- 
parence d'huile, cl dont les explosions sont 
encore plus faciles et beaucoup plus redouta- 
bles, la chose ne fait pas même un doute : il 
est interdit, absolument interdit de s'en servir 
pour la lampe du Saint- Sacrement (voir le 
même opuscule, pages 17, 18, 19.) 

L'auteur des Lampes sur le Saint- Sacement 
est du même avis. « U faut convenir aussi qu'il 
» y aurait une inconvenance flagrante à rem- 
» placer l'huile sortie des plantes, des fleurs ou 
» des arbustes lus plus propres à nous rappeler 
M les dons elles bienfaits de Dieu, par les pro- 
» duitsdes industries modernes. » 

En pré-^ence de ces déclarations si nettes, 
dit l'ubVié Jobin, dans son livre sur les Lamjies 
du Samt-Sac7-ement, le sens du décret de la 
sacrée Congrégation ne peut [dus être douteux. 
L'usage du pétrole n'est pas autorisé ; il est 
aussi contraire à l'espril de la liturgie calho- 
liciue qu'aux intentions du Souverain-Pon- 
Ulc. 

il est contraire même aux intérêts matériels 
pour lesquels on en invoque l'usage; car il est 
d"-xpérience que le pétrole noircit les cuivres, 
détériore les doruies et expose à de graves ac- 



cidents. Lorsine, par suiln d'une imprudence 
quelcoDtjue, ce liquide s'enflamme dans une 
lampe, il fait explosion, éclate avec bruit, et 
lance des globes de fni. Ou sa figure aisément 
l'cifet que doit produire au milieu d'une assis- 
tance recueillie le bruit d'une lamiie qui, tout 
à coup, fait e.xplosion et lance des gerbes de 
feu; le cas n'est malheureusement pas chimé- 
rique. 

En outre, beaucoup de personnes délicales 
s'éloignent des églises où. la lampe du Saint- 
Sacrement est entretenue au pétrole; et ccia 
parce que son odeur nauséabonde lessutToi|uc en 
entrant dans le saint lieu. Ceci est d'autant phis 
vrai que, dans la plupart des églises où des 
ventilations n'existent pas, les gaz dégagé.* par 
cette substance qui brûl ; jour et nuit s'accu- 
mulent dans l'atmosphère au point de devenir 
insupportables. 

Enfin, les fidèles ont toujours aimi' à trouver 
dans la lampe du sanctuaire le symbolisme le 
plus pieux et le plus touchant. {)r, dit encore 
» Myv de Ségur. le pétroK;, substance sulfu- 
» reuse, bitumineuse et nauséabonde, dont la 
» flamme empi-stée rappelh? parfaitement le l'eu 
» de l'enfer, dont le nom seul est devenu un 
I) épouventail, ne saurait, en aucun sens,réali.ser 
» le précieux et céleste symbolisme de la lu- 
» mière eucharistique. La lampe pétruleusu a 
I) quelque chose de sinistre; et quiconque se 
» rappellera la substance qu'elle contient, qu'elle 
M brûle, pensera tout naturellement non au ciel 
» mais à l'enfer; non à l'amour de Jésus-Clirist, 
» mais à la haine sauvage de ['Internationale 
M incendiaire. » 

Donc, [dus de pcV.role dans nos sanctuaires! 

L'abbé d'Ezerville. 

euro de Saiiit-Valérien, 



Droit canonique. 

U QUESTION DES DESSERVANTS 

TROISIÈME SÉRIE 
(i* article.) 

Le sixième livre des décrétales, communé- 
ment appelé le sexle, contient un chapitre de 
cappellis monachorum, qui a été constamment 
cité comme une des sources de l'inamovibilité 
curiale; il est ainsi conçu : Presbyteri, qui ad 
curam populi per monachos in eorum ecclesiis prœ- 
sentnntur episropis, et instituuntur ab ipsis, cum 
debeant esse perpetui, ab eisdem nequeant ecclesiis 
{nisiper episcopos et ex causa rationabili) amo- 
veri. Le docteur Bouix, en présence de ce texte, 
fait une distinction. Il convient que les curés. 



mi 



LA SEMAINE DU CLEÎU.T 



pourvus (le l'institution canonique, laquoUe 
su[>pose un litro de sa nature iirimovihle, joui^- 
Beni effectivement de l'inamovibilité; mais il 
ajoute qu'il faudrait prouver que, aux temps de 
ladite décrétale, il n'existait pas ou (]u'il ne 
pouvait exister d'autres bénélices, pour losqufl-, 
l'institution n'était [las requise, bénéfices mt- 
nuels et révocables. M . ral>bé Craisson ne man- 
que pas de s'emparer de cette distinction, il la 
reproduit même à satiété. 

A ce sujet, dans notre article précédent, 
nous ne faisons aucune difticulté d'acci'ptcr 
l'hypothèse dont il s'agit, quoi [u elle nous pa- 
raisse simplement imaginée pour le besoin de 
la cause, les do -uments historiques étant muets 
à cet égard. Mais nous répétons qu'il ne s'en- 
suit absolument rien au profit de la thèse que 
veulent établir MM. Bouix et Craisson, savoir 
que nos évèques, eu 1802, ont pu canon'que- 
ment constituer la presque totalité des cures 
sous le régime de la manualité. Une exception 
demeure exception, elle ne saurait jamais de- 
venir rè:;le, à moins d'une concession spéciale 
du législateur, qui, dans l'espèce, n'existe pas, 
comme nous le verrous en son lieu. 

Examinons de plus près le chapitre Presby- 
îeri. I>uisque M. Bouix distingue deux espèces 
de révocabilité, la révocabilité au gré des curés 
principaux, et la révocabilité au gré des évèques, 
il faut se demander de quelle révocabilité, ou, 
ce qui revient au même, de quelle inamovibi- 
lité il est ici question. Evidemment de l'inamo- 
vibilité au regard des curés principaux. De là 
M. Bouix devrait conclure, pour rester dans l'or- 
<3re des idées suivi par le législateur, que la 
disposition du chapitre ne s'applique pas aux 
bénéfices manuels, mais bien aux bénéfices per- 
pétuels dépendant des curés principaux, et, 
âans l'espèce, d'un monastère. Donc, le chapitre 
ne traite pas des bénéfices, soit perpétuels, soit 
manuels, dépendant de l'évêque, donc il est 
étranger au sujet. 

A la véritr^, M. Bouix pourrait dire ceci : si les 
curés principaux avaient sons leur dépendance 
non-seulement des cures inamovibles, mais en- 
core des cures amovibles, pourquoi, à l'époque 
de notre chapitre, n'en eùt-il pas été de même 
en ce qui touche les évoques? A-t-on prouvé 
que les évèques n'avaient pas à leur disposition 
des cures soumises au régime de la manualité? 
Et parce que, jusqu'à ce jour, personne n'a pu 
répondre, ni affirmativement ni négativement, 
à cette question, sauf pour certains diocèses 
d'Espagne, le canoniste prend l'hypothèse pour 
la réalité, et il conclut que rien n'obligeait et 
n'oblig' les évèques à constituer les cures sous 
le régime de la perpétuité. Nous persistons à 
soutenir qu'une telle conclusion n'est pas ren- 
fermée dans les prémisses. 



Pour demeurer dans Tordre d'id'*es tracé par 
le légi'^lateur, il fant dire que l'évêque, consi- 
déré comme curé principal, a pu avoir sous sa 
dépeu'lance des bénéfices cures, les uns perpé- 
tuels, les autres manuels. Le fait subsistant 
pour les curés priucip lux appelés chapitres ou 
monastères, il ne ri'pugue pas de l'admettre au 
regard d'un évêque, non pas d'un évèque envi- 
sagé comme tel et jouissant d'une juridiction 
sur un territoire défini, mais d'un évèque envi- 
sagé comme curé principal. Nous prions le lec- 
tenr de saisir la différence, qui e>t profonde. 
C'est ici que l'exemple allégué de certains dio- 
cèses d'Espagne trouve naturellement sa place. 
Cet exemple et d'autres prouvent, sans doute, 
que l'amovibilité, prise en elle-même, n'est pas 
entièrement repoussée par l'Eglise, mais ils dé- 
montrent en même temps que celte amovibilité 
n'est acceptée que pour certaines paioisses dé- 
pendant d'un curé principal. 

Curé principal ! Ici l'équivoque se présente. 
On dit avec raison que l'évêque est le premier 
pasteur du diocèse, qu'il répond des âmes ipii 
lui sont confiées, etc.. A merveille ! mais il ne 
s'ensuit nullement que, comme évèque, il soit 
vraiment et proprement le curé de chaque pa- 
roisse est que les curés, institués ou non, soient 
simplement ses vicaires. Toutefois, il pourrait 
être curé principal, si, par exemple, dans l'or- 
dre des faits, les paroisses dont il s'agit ont dû 
leur origine à la munificence d'un préiécesseur 
qui, en qualité de fondateur, aurait fixé des con- 
ditions spéciales et notamment donné pour curé 
aux dites paroisses l'ordinaire diocésain. Les fi- 
dèles eux-mêmes, ont pu procéder ainsi, et, par 
leurs libéralités, doter des églises curiales an- 
nexées purement et simplement à la mcnse de 
l'évoque. Or, il n'est personne qui ne constate 
que, de faits semblables, il ne ressort absolu- 
ment rien d'utile, encore moins de péremptoire, 
en faveur d'un droit épiscopal jirctendu iiiimilé 
de constituer, a priori, des paroisses en masse 
sous le régime de la manualité. 

Du moment que les évèques, considérés 
comme curés principaux, au sens ci-dessus dé- 
terminé, ont été dans la nécessité de se donner 
des vicaires propres à exercer la cure actuelle, 
ils ont été astreints, aussi bien que tous autres 
curés principaux, en vertu des disposiiions con- 
ciliaires alléguées par M. Bouix, à se donner des 
vicaires perpétuels, c'est-à-dire à établir des 
cures inamovibles; la conséquence est rigou- 
reuse, sauf toutefois les conditions posées par les 
fondateurs, et ceci nous explique pourquoi, en 
Espagne, deux ou trois évèques, au .wii' siècle, 
maintenaient la manualité au regard d'un grand 
nombre de paroisses unies à leur mense, et 
pourquoi le tribunal de la Rote a respecté cet 
ordre de choses. 



LA SEMAINE DU CLERGB 



il^i 



On pourrait cependant fournir une autre 
explication. Il ne nous répugne nullement d'ad- 
mettre que, nonobstant les dispositions conci- 
liaires précitées, plusieurs curés principaux 
aient fini, au nom de la coutume, par prescrire 
contre ces mêmes dispositions. On voit, par les 
décrets du Concile de Trente, que le système 
des vicaircs-curcs amovibles n'a pas été pres- 
crit. Les tendances du Concile eu faveur de la 
stabilité des vicuire."Curé.s sont visibles. Néan- 
moins, les curés princip.iu.^ qui, eu fait, prati- 
quaient encore l'amovibilité, évidemment en 
vertu d'une coutume plus que centenaire, eu 
égard à la ilate des décn-ts conciliaires imposant 
la perpétuité, ces curés principaux, disons-nous, 
n'ont pas été ramené? d'une manière absolue 
au priucipe de l'inamovibilité; seulement les 
évètpn s ont été investis de la faculté de conf - 
rer, selca les cas, la perpétuité aux vicaires- 
curés député- par les curés principaux. C'est 
ainsi que le régime, subsistant dans certaius 
diocèses d'Espagne, s'est trouvé couvert d''s ré- 
clamations formulées par les curés amovible,-. 
Leurs évéques respectifs pouvaient, aux termes 
des décrets de Trente, accorder la perpéiuilé, 
ils pouvaient aussi maintenir la manualité. jiais 
cette manualilé n'apparaît que dans les cures 
uniis à d'autres bénéfices, soit à une mense 
épiscop.de, soit à une mense capitulaire ou mo- 
nastique. "Tels sont les faits, nul ne peut les dé- 
naturer. 

En résumé, quatre points doivent être mis 
hors de conteste. Savoir, premiiTement, que les 
curés principaux ont constamment joui de l'ina- 
movibilité ; secondement, qiie l'Eglise a voulu 
que linamovibité fût égaltment acquise aux 
vicaires investis de la cure actuelle, nommés eu 
conséquence vicaires per, éluels; troisièmement, 
que la manualité, en vertti, soit de la coutume, 
soit de.s conditions po?ées par les fondateurs et 
bienfaiteurs, soit eutiu de la discipline décrétée à 
Trente, maintenue dans im certain nombre de 
paroisses, ne se rencontre que dans des paroisses 
eépendantes d'un curé principal; quatrième- 
ment, que les paroisses indépendantes, même 
soumises au patronage, ont constamment joui 
de l'inamovibilité, et joui paci.'iquemeiit; à tel 
point que tous les canouistts ne donnent le nom 
de curé, dans sa pleine acception, qu'aux curés 
inamovibles, tant ils sont convaincus que la dis- 
cipline générale exige l'inamovibilité. 

Donc, lorsque le Concordat de 1801 et les 
lettres apostoliques annexées parlent de pa- 
roisses et de curés, ils parleot la langue de tout 
le monde, et, dans la laugvie de tout le monde, 
eu 1801 et 180J, à une époque où l'on n'avait 
pas mis en ciriulation les disiinctions trop in- 
génieuses de Mj:. Loiiix et consorts, un curé 
était un bénéûcier inamovible. Le naoe évidem- 



mi-nt entendait et voulait que les nouveaux cu- 
rés, en France, fussent des curés de tous points 
semblables aux curés existant dans les autres 
contrées catholiques; et, pour constituer les pa- 
roisses sous un régime différent, une autorisa- 
lion spéciale, apostolique, eût été nécessaire. 

Cela e>l si vrai que nous trouvons, sous la 
plume de M. l'abbé Craisson lui-même, les li- 
gnes suivantes : « Bien que 7ious soutenions 
que los saints canons ne prohibent pas l'érection 
des paroisses à titre amovible, et que, en les 
érigeant, les évêqucs ne font rien d'irrégulier 
et d'anticunoriique, nous convenons néanmoins 
que, pour organiser de semblables paroissesdans 
tout un royaume et même dans tout un diocèse, 
les évéques ont besoin de n'agir qu'avec l'assen- 
timent du chef de l'Eglise (I)... » Pour affaiblir 
la valeur de cet aveu, le canoniste s'empresse 
d'ajouter : « Qui p'iis est, nous croyons que 
cette autorisation leur serait nécessaire, même 
pour une organisation semidable, où il ne se- 
rait question que de paroisses à titres inamo- 
vibles (t). i> 

Ecoutons ce que M. l'abbé Craisson croit nous 
donner et nous faire accepter pour une démons- 
tration : 

a Conçoit-on, en effet, qu'un évèque, qui 
serait parvenu à convertir toute une nation in- 
fidèle, put se permettre, sans coucert avec !e 
chef de l'Eglise, d'organiser en paroisses, même 
à titulaires inamovibles, toute celte nation de 
convertis? Mais, de même que l'orgaiilsalion 
serait alors canonique, étant faite avec l'assen- 
timent du Souverain-Pontife, sans dispense de 
sa part d'aucune loi ecclésiastique opposée à la 
mesure, de même régulière et canonique sera 
celte organisation fai;e en paroisses amovibles, 
si le Pape y donne les mains, sans qu'il soit 
besoin qu'il déroge à aucune défense, puisqu'on 
n'a pas démontré que bs saints canons créent 
un obstacle véritable à un pareil ordre de 
choses, et que même des diocê es entiers, eu 
Espagne, ont été établis sur ce pied. » 

N'en déplaise au vénérable canoinste de Va- 
lence, le passage que nous venons de citer est, 
à notre avis du moins, un curieux spécimen 
d'idées étranges, étrangement enchevêtrées el 
aussi de sophistique, (jue le lecteur attentll 
prenne la peine de faire une analyse sér euse, et 
il reconnaîtra que sa pensée est ici tirée en sens 
divers, sans pouvoir s'arrêter à quoi que ce soit 
de net et de solide. Nous y reviendrons. 

(.4 suivre.) ViCT. Pelletieh, 

clianoine de l'Eglise d'Orlcaas, 
I, Rctiu de$ sciencit eccl., sept. 1874. — 2. Ibid. 



i296 



LA SEMAINE DU CLERC, É 



Patrologie 



SYMBOLISME 

Vn. — l'église constate elle-même la réalité 

DE SES INSTITUTIONS MYSTIQUES. 

Après .ivoir élahli la convenance et raême 
la nécfssité du symbolisme ecclésiastique, nous 
devons, pour suivre notre méthode ordiuaire, 
constater le fait de son existence, en interro- 
geant l'Eglise qui sera toujours le meilleur 
témoin de SCS œuvres et de ses intmlions. 

Plus haut, nous avons déjà signalé, comme 
règles décisives et comme preuves pénnoptoi- 
res' des symboles de l'Eglise, les sacramentai- 
res, les ouvrages dos Papes, les décrets des 
conciles, les livres des Pères et les traités des 
écrivains liturgisles. Voyons ce que nous di- 
sent ces organes divers. 

I. — Lessacramentaires, ou recueils des for- 
mules. de la prière catholique, rcmonlent assu- 
rément jusqu'à l'ère des apôtres : aussi l'his- 
toire nous fait-elle mention de la liturgie de 
saint Jacques, à Jérusalem ; de saint Marc, à 
Alexandrie ; de saint Pierre, à Rome et dans 
l'Occident. Comme les douze disciples du Sau- 
veur prêchèrent d'abord l'Evangile, dans la 
J.idèe, et vécurent ainsi, les douzo premières 
années de leur ministère, dans la plus étroite 
communauté d'idées et d'actions, ils durent, 
sans aucun doute, avant leur séparai ion défini- 
tive, concerter entre eux les formules île la 
priera sociale, de la même manière, et pour les 
mêmes motifs, qu'ils avaient réglé cnsemide 
les articles fondamentaux de la croyance catho- 
lique ; mais l'on conçoit pourtant que ce tra- 
vail de la première heure ait subi quelques 
modifications légères, en s'accommodant au 
génie et surtout à la langue des différents 
peuples de l'univers. Aussi nos liturgie-, que 
la loi du secret défendit d'écrire jusqu'au 
ye siècle, nous montrent, aussitôt leur publica- 
tion, le double signe de l'unité au fond et de 
la variélé dans le style. 

Si nous envisageons les liturgies anciennes, 
sous le rapport de leur idiome respectif, nous 
aurons quatre grandes familles des sacramen- 
taires : les livres cophtes, syriaques, grecs et 
latins. Le cophte ne date que du \« siècle. Il 
règne en Egypte et dans l'Abyssinie. Le peu- 
ple n'entendant plus le grec de l'Evan^éliste 
saint Marc, l'un se vit oblipé de lui traduire en 
langue vulgaire les liturgies de saint Cyrille 
d'Alexandrie, de saint Basile et de saint Gré- 
goire de Naziauze. L'! syriaque com[irend les 
formules de saint Jacques, évêque de Jérusa- 
lem; cependant l'œuvre de saint Basile et 
venue plus tard se fondre dans les prières des 



églises de la Syrie. La liturgie grecque, adop- 
tée dans le patriarcal de Conslanlinople et de 
la Russie, renferme l'ordre de saint Basile et 
de saint Jean-Clirysostome ; mais ces évêques 
ne firent que revoir et véi ilîer le- traditions 
apostoliques de leurs églises. Le plus ancien 
saTamentaire de l'Occident est celui de Rome. 
11 a subi trois phases. Depuis saint Pierre jus- 
qu'au pape Gélase, il avait un texte, que la 
tradition conservait soigneusement et que 
l'histoire à perdu. Gélase fit transcrire les sou- 
venirs des premiers siècb's, dans un livre qui 
nous est resté. Enfin saint Grégoire le Grand 
corrigea l'essai du pape Gélase, et donna au 
romain sa forme actuelle, sauf i]uolques peti- 
tes variations. A côté de la litur:àe de saint 
Pierre, l'on voit, dans nos conIréi'S occidenta- 
les, les missels milanais, gallican et mozarabi- 
que. A Milan, l'on a conservé des prières que 
l'on aîtiibue à la plume de saint Ambroise; 
mais, si nous retirions du propre amitroisien les 
liymnos du docteur, nous ,Tnrii':=i h p "i p'~'"'"^ 
le sacramentaire du saint Gicguav. La niur^i;; 
gallicane, au contraire, se rapproche de l'O- 
rient plutôt que de Rome. On pense, avec beau- 
coup de probabilité, que les disciples de saint 
Polycarpe, envoyée dans la province de Lyon, 
inaugurèrent, dans les é^^lises construites par 
leurs mains, les rites et les cérémonies de leur 
pays natal. Le mozarabique, réglé par saint 
Isidore de Séville, paraît être une copie du gal- 
lican, et nous oflre, par là même, beaucoup de 
ressemblances avec 1rs usages orientaux. 

Cette variété, que l'on remarque à l'exté- 
rieur du ces diS'ércntcs liturgies, ne détruit 
point, comme nous le disions tout à l'heure, 
la merveilleuse unité qui les relie au fond.« Le 
style de ces prières est souvent diftérent, dit 
l'abbé Bergier, le sens est partout le même, et 
il y a peu de variété dans l'ordre des cérémo- 
nies. Dans toutes, l'on retrouve les mêmes par- 
ties : la lecture des Ecritures de l'Ancien et du 
Nouveau Testament, l'instrution dont elle 
était suivie, l'oblation des dons sacrés faite 
par le prêtre, la préface ou exhortation, le 
Sanctus, la prière pour les vivants et pour les 
morts, la consécration faite par la parole de 
Jésus-tlhrist, l'invocation sur les dons consa- 
crés, l'adoration et la fraction de l'hostie, le 
baiser de paix, l'oraison dominicale, la com- 
munion, l'action de grâces, la bénédiction du 
prêtre. Telle est la marche à peu prés uniforme 
des liturgies, soit en Orient, soit en Occident. 
(Z)^>^ deThéoL, art. Liturgie.) n 

Tous ces sacramentaires, et leur nom même 
nous l'indique assez bien, fourmillent de sym- 
boles ecclésiastiques. On pourrait dire que, 
lîans toutes les prières consacrées à l'adoration 
Dubliuue, OD sent uartout la orésence léelle du 



LA SE-MAINE DU CLERGÉ 



1297 



mysticisme. C'est ce «lernier qui fait, de nos 
fêtes, UD tableau d'histoire ; c'est lui qui nous 
cbarme par ses tours poél''i|ues; c'est lui qui 
réveille nos àinrs do l'enfiourdissement. (Ve- 
nons, entre mille, la cér.jmouie des Rameaux, 
que l'on bénit au premier jour de la semuiac 
«ainle. Elle a cela de [iropre, qu'elle nous 
révile en même temps la tbéarie et la pratique 
de l'Eglise. 

D'abord ces palmes bénites ont une vertu 
salutaire, ainsi que tous les autre-s sacramen- 
taux : « Bénissez aus-i ces liranches de pal- 
mier et d'olivier, que vos serviteurs vont 
recevoir pour l'honneur de voire nom; afin 
que, dans quelque lieu qu'elles soient placées, 
ies !:abitants de ce lieu obtir'nncnt votie Lé- 
nédielion, et que voire main, éloignant toute 
adversité, protège ceux qu'a rachetés Notie- 
Seiyneur. » Voilà le sens littéral de laliéuédic- 
lion des rameaux; voici le côté rays'i (ue : 
« Dieu! qui, par une orlonnance admirable, 
avez voulu, dans la dispensalion i!es choses 
insensibles, nous figurer l'économie de notre 
>alut : faites, s'il vctus plait, que les cœurs de 
vos fidèles, pénétrés d'une dévotion salutaire, 
saisissent ce qu'il y a de mystique dans la con- 
litiou de cette foule qui, iaspirée par la lu- 
aiière d'en haut, s'avance au-devant du Ré- 
dempteur, et étend sous ses pas des rameaux 
de palmier et d'olivier ! » 

Et quels sont les mystères cachés sous l'enve- 
loppe du fait ecclésiastique ? Nous rencont-o: ? 
iléjà une allégorie : « L> s enfants des B.'breii.'v, 
!')!tant des lameaux d'olivier à la main, allè- 
rent au-ilevant du Seigneur, criant et disant : 
//os («n-ï au plus haut des lieuxl » La proces- 
sion des filiales nous représente donc la démar- 
che que hrenl les enfants des Hébreux pour 
aller au-devant du lils de David. .Nous uoiis 
apjiroprious ni:us-;nèiues celte action et cette fi- 
gure : « Les palmes annonçaient le triomphe 
sur le prince de la mort, et l'olivier semblait 
proclamer que ronclioii des joies spiriluelles 
était venue. Oui, cette bienheureuse multitude 
i-ompril alors, p ir ces erablemr's, que notre Ré- 
dempteur, compatissant aux misères humaines, 
devait, pour donner la vie au monde, combattre 
avec le priuce de la mort et le vaincre en mou- 
rant. Et c'est pour cela qu'elle lui oflFrit, par 
hommage, les signes ei desunglorieux triomphe 
et de son abondante miséricorde. » 

Nous passons immédiatement à une leçon 
morale : « Nous-mêmes donc, nous appropriant, 
dans 11 plénitude de cette foi, et cette artion, et 
cette figure, Seigneur très-saint, Père tout-puis- 
sant, Dieu éternel, nous vous demandons, par 
le même Seigueur, Jésus-Christ, Notre-Seigneur, 
la grâce de remporter eu lui et par lui, dout 



nous venons de devenir les membres, la victoire 
sur l'empire de la mort. » 

L'anngogie couronne l'œuvre symbolique : 
« Faites que, par notre foi, nous préparions 
aussi la voie à son règne, en écartant toutes les 
occasions de chute et toutes L s [.ierres de scan- 
dale, en croissant en bonnes œuvres, comme 
des rameaux féconds. » 

D'autres bénédictions, par exemple, celle des 
fonts baptismaux et celle du cicri,^e pascal, sont 
de véritables traités sur le symbolisme ecclé- 
siasti(]ue de l'eau et de la lumière. 

Voyez avec quelle grâce de style et quelle 
abondance de doctrine se déroule à nos yeux 
le mysticisme de l'oiseau matinal, dout léchant 
émut un jour le cœur de saint Pierre! Lisor.s 
ces strophes de l'hymne des Laules du diman- 
che : ^lerne rerum rondilor. 

(I Flambeau uocturue du voyageur, qui sé- 
pare la nuit de l'aurore, le rhintre du jon:- fait 
déjà retentir sa voix et appelle la lumière du 
soleil. » 

(. A ses cris, l'étoile du matin se réveille et 
dissipe l'i.mbre du vole : c'est alors que loutf 
l'aimée des vagabonds quitte ses embûches mal- 
faisan tes.» 

« C'est alors que le nnutonnier reprend ses 
torces, et que la fureur de l'Océan s'apaise ; ce 
fut au bfuit de cetle voix que la pierre de l'E- 
glise se puri.Ha de son péché. » 

« I.,cvous-nous donc sans retard : le coq ap- 
pelle ceux qui reposent , blâme ceux qui 
dor.'nent et gourmande ceux qui pèchent. » 

« II chante : resjiérance revient, le malade 
recouvre la santé, le brigand cache son poi- 
gnard, la confiance renait au sein de l'âme 
tombée. » 

« Jésus! voyez ceux dont les pas chancellent, 
et que votre œil redresse nos erreurs : votre re- 
gard f.iit couler nos larmes et lave ainsi nos 
souillures. • 

«0 lumière ! éclairez nos sens et rompez le 
sommeil de nos âmes; ipie nos lèvres vous 
nomment d'abord et vous exjiriment nos 
vœux. » 

11. — S), dessacramentaires, nous passons aux 
écrits des Souverains-Pontifes, nous y trouve- 
rons des témoignages pareillement irrécusables 
sur l'existence des ligures ecclésiastiques et la 
solidité de leurs explications. Que signifie, par 
exemple, cetle rose d'or que le pape a l'habi- 
tude de bénir, le dimanche de Lœt-ire, c'est-à- 
dire au jour de la Mi-Carè.ne ? Lisez le xvni° ser- 
mon d'Innocent Il[ : il vous apprendra lui- 
même le sens d'une cérémonie à laquelle il pré- 
sidait, et dont il voulut donner le double com- 
mentaire au peuple. 

C'est pour deux raisons, nous dit ce pontife, 
que l'évèque de Rome expose, en ce, jour, une 



12)8 



LA SEMAINE DU CLERGf. 



fleur cVor aux yeux de rassemblée: Li prcL.à.rc 
de ces raisons est littérale, et la secoudc est 
symbuliijue. 

Au point de vue naturel, la rose bénite a 
pour but d'inicrrompre nu moment les tris- 
tesses de la ponilence, afin de nous donner plus 
de courage pour nchever l'œuvre de noire pu- 
rification. C'est dans les mêmes vues i|ue VJn- 
tvoit de la messe nous invite à la charité, à la 
joie, à l'enivrement de l'àm'^; trois choses que 
figurent la couleur, le parfum et le ;joùt de la 
rose, dont la propriété est de récréer la vue, de 
flatter l'odorat et <le fortifier le cœur. 

Dans le sens mystique, cette rose représente 
Jésus-Clirist, qui, dans le livre des cantiques, 
se nomme la fleur des champs (6'nn/.,i), elqu'I- 
saïe a découvert sous l'emblème d'une fleur de 
la tige de Jessé {Isa., ii). Le plus beau des en- 
fants des hommes charme nos yeux, comme 
l'éclat d'une rose ; les jeunes vierges courent à 
l'odeur de ses parfums, qu'elles préfèrent à 
l'encens le plus exquis; et le pain qu'il donne 
au monde, son corps divin, nous communi|ue 
toute espèce de plaisir et de force. Mais, remar- 
quons-le, la rose bénite se compose de trois élé- 
ments divers; c'est à la fois de l'or, du mu^c et 
du bar.me; le musc s'allie à l'or par le mi>3'en 
de l'autre matière. C'est qu'il y a, dans Jebus- 
Christ, trois sortes de substances : la divinité, le 
corps et l'àme; et c'est par l'intermédiaire de 
l'àme que la nature corporelle s'unit, en sa per- 
sonne, à la nature divine. C'est au Souverain- 
Pontife que revient l'honneur de porter la n-se 
d'or, parce qu'il est le successeur de Pierre, le 
vicaire de Jésus-Christ, la tète de l'Eglise, le 
centre de toute juridiction. Cependant il ne 
l'otlVe à la vue du peuple que le septième di- 
manche après la septuagésime : car il ne nous 
est pas permis de voir Jésus-Christ, sinon dans 
le septième àgs, ou dans le royaume de l'éter- 
nité. L'on ne bénit celte fleur que dans la basi- 
lique, nommée de la Sainte-Croix-à-Jérusalem, 
par la raison que cette dernière ville est une 
figure de la Jérusalem céleste, ou les saints 
anges et les âmes bienheureuses contemplent 
le Sauveur, non plus en énigmes, mais face à 
face et tel qu'il est. 

L'ancien cardinal de Lorraine nous dit ail- 
leurs, en son prologue du Saint mystère de 
l'autel : « L'office de la messe fut réglé avec un 
ordre à intelligent, qu'il renferme, en grande 
partie, les œuvres opérées par le Christ, ou 
pour lui, depuis le moment qu'il est descendu 
descieux^ju-qu'aujouroii il y remonta. Ce sont 
les paroles ou les signes qui nous repré-eutent 
tout dans un cadre merveilleux. L'office se 
Compose de quatre choses : il y a les personnes, 
les œuvres, les paroles et les choses propre- 
ment dites. Nous avons trois ordres de person- 



nes : les célébrants, les servants et les assis- 
tants. Les œuvres sont de trois sortes : le geste, 
l'acte et le mouvement. Trois paroles aussi : 
les oraisons, le chant et les lectures. Trois cho- 
ses enfin : savoir, les ornements, les instru- 
ments et les éléments. Toat cela est rempli de 
divins mystères et répand, sur nos âmes, les 
délices des anges; pourvu cependant qu'il ren- 
contre un serviteur habile, qui sache tirer le 
miel de la pierre, et l'iiuile du rocher le plus 
dur [De S. Altar. Myst., in prolog.). » Non 
ccntent de poser ce large principe, Innocent III 
en fait une application très-détaillée, dans son 
magnifique traité sur le Mystère du saint autel. 

III. — Les conciles n'ont pas une autre doc- 
trine que celle de leur chef. Dans sa xxii" session, 
l'assemblée des évêque? de Trente justifie d'a- 
bord rem(doi du symbolisme liturgique : «Telle 
est la nature des hommes, disent les prêtres, 
qu'il ne serait guère facile de les élever jus- 
qu'à la méditation <les choses divines, sans le 
secours des objets matériels; aussi notre pieuse 
Mère, l'Eglise, a-t-elle établi certnins usages, 

[»ar exemple, de prononcer quelques parties île 
a messe à voix basse, et d'autres endroi'.sà 
voix haute. C'est encore pour le même motif 
que, fidèle à la di-ci[dine et à la tradition des 
apôtres, elle se sert de cérémonies, de bénédic- 
tions mystiques, de lumières, d'encensements, 
de vêtements sacrés et de beaucoup d'autres 
choses du même genre, afin d'inspirer de la 
vénération pour un si grand sacrifice, et d'ex- 
citer l'àme des fidèles par les marques sen- 
sibles de rLdigion et de piété, à réfléchir sur 
les profonds mystères cachés sous l'enveloppe 
de la messe (Ses. xxii, c. v). » Dans un nou- 
veau chapitre, le concile de Trente revient sur 
le profit que les chrétiens retirent (ies symboles 
ecclésiastiques, et recommande aux prêtres, 
qui ont charge d'âmes, d'expliquer souvent 
par eux-mêmes ou par d'autres prédicateurs, 
surtout les jours de dimanche et de fête, quei- 
ques-nns des textes, lus pendant le sacrifice, et 
quelques symboles ou mystères, de cette sainte 
obtalion : car la messe est une excellente école 
pour instruire le peuple fidèle (Id., c. viii). En- 
fin, le vu' canon, se rapportant au sacrifice de 
la messe, proclame hautement la légitimité 
du symbolisme liturgique, et voue à l'ana- 
thème tous ses contradicteurs : « Si l'on dit 
que les cérémonies, les ornements et les signes 
extérieurs, dont l'Eglise fait usage, pour la cé- 
lébration des messes, sont plutôt une amorce à 
l'impiété qu'une marque de dévotion : que 
l'on soit anathéme. » 

IV. — Les Pères de l'Eglise nous ont laissé des 
écrits sans nombre touchant les droits et l'uti- 
lité des symboles de la liturgie. Dans l'i^a pos- 
sibilité où nous sommes d'en fournir le cata- 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



1291 



logue complet, nous ilésisnerons aux lecteurs 
d'abonl les traités sur li; liaptème, l'eucliarislliî 
et la confirmation; ensuite la plupart des an- 
ciennes catéciièses, et particulièrement celles 
lie Jérusalem ; les sermons el homi'lies de Tem- 
pore ou l'on explique le sens de la dédicace 
d'une église, de la consécration d'un autel, 
d'une bénédiction mystique, de la célébration 
d'une lete ; enliii, les .^ouïmes théolof^iques. ([ui 
ont j>,uu ilaiis le moyen âge et renferment de 
précieuses analyses sur cet immense sujet. 

Voici, par exiMnple, de quelle manière saint 
Thomas d'Aquin résume, dans sa réponse à 
une objection, la théorie tiaditionnelle des si- 
gnes de croix que le célébrant doit faire, pen- 
dant l'action du saint sacrifice : 

« 11 faut dire, à la troisième objection, que 
le prêtre, dans la célébration de la mwsse, se 
sert du signe de la croix pour rappeL-r la pas- 
sion de Jésus-Cluist, qui s'est terminée à la 
croix. Or, la passion de Jésus-Christ se distin- 
gue en plusieurs actes. D'abord il fut livre par 
son Père, par Judas et par les Juifs ; et c'est ce 
que représentent les trois signes de la croix, 
que l'on forme en récitant ces paroles : hœc 
dona, hœc munera, hœc sancta sacrificia illibata. 
En second lieu, Jésus-Chsist a été vendu aux 
prêtres, aux scribes el aux pharisiens ; et c'eit 
pour l'aire allusion à cette vente que l'on forme 
trois autres signes de croix, au moment de ces 
paroles : Benedictam, adscriptam, ratam; à 
moins que l'on ne veuille ici montrer le prix 
de la trahison, qui était de trente deniers. On 
ajoute un double signe de croix, sur ces mots : 
Ut nobis corpus et sanguis, afin de figurer la 
personne du traître Judas et du Christ vendu. 
Troisièmement, il y eut à la Cène, un prélude 
de la passion de Jésus-Cbrist ; et c'est là ce que 
nous redisent les deux croix faites, l'une à la 
consécration du corps, et l'autre, à la consécra- 
tion du sang, lorsque l'on prononce : Benedixit. 
Qualrièmeuient, c'est ensuite la passion même 
de Jésus-Christ. Nous honorons le souvenir des 
cinq plaies de Jésus, au moyen des cinq croix, 
qui accompagnent les paroles : Bostiam puram, 
hosliam sanctam, hostiam immuculatam, panem 
sanctum vùœ œfemœ, et calicem salutis perpétuée. 
Cini|iiièmemeut, l'extension de ses membres, 
l'etfusion de son sang et les fruits de ses souf- 
frances ont pour emblèmes les trois signes de 
croix que le prêtre fait, en disant : Corpus et 
snnguimm sumpserimus, onini benedictione . . . 
Sixièmement, il est fait mention des trois priè- 
res que Jésus-Christ a faites sur la croix : l'une 
à l'intention de ses persécuteurs, quand il disait : 
Mon Père, pardonnez leur! l'autre pour être 
délivré de la mort, lorsqu'il dit : Mon Dieu, 
mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé? la 
dernière avait oour but d'obtenir la tiolio. 



dans le moment où il disait : Mon Père, je re- 
mets mon âme entre vos mains! C'est ce qae 
redisent les trois signes de crinx faits au mo- 
ment où le prêtre \\von<)nc(i sanctificas, vioificas, 
benedicis... Septièmement, l'on fait mémoire 
des trois heures que Jésus fut attaché à la croix, 
c'est-à-dire de la sixème à la neuvième heure; 
de là les trois croix que l'on forme à ri-s mots : 
Per ipsum, et cum ipso, et m ipso. Huitièmement, 
les deux signes de croix faits en-dehors du ca- 
lice ont trait à la SL'paralion de l'âme et du 
corps. Lu résurreilion, qui arriva le troisième 
jour, nous est signalée par les trois derniers 
signes de la croix, tracés au momiiot où l'on 
dit : Pax Domud si( semper uobiscuin (S. S. 3* 
q. Lx.\xni a. v ad m). » 

Jusqu'à présent, nous avons interrogé, dans 
ses principaux organes, l'Eglise fondée par 
Jésus Christ sur Pierre et ses autres collègues 
dans i'épiscopat. Nous l'avons demandé aux 
sacramentaires dont l'origine remonte aux pre- 
mières années du christianisme; aux évéïjues 
de Rome, témoins irréfragaliles et conservateurs 
fidèles des traditions ecclésiastiques; aux con- 
ciles généraux, juges infaillibles de la doctrine, 
des mœurs et de la discipline chrétiennes; aux 
Pères de l'Eglise, qui sont aussi les véritables 
canaux de la science et de la saioteté. Tous 
nous affirment qu'à l'exemple de Dieu et des 
saintes Ecritures, l'Eglise s'est créé un système 
de symbolisme, dont elle explique les secrets 
par la bouche de ses prédicateurs, et qui fait 
une partie intégrante de l'instruction des fidè- 
les. 

Quand la voix de l'autorilé s'est fait entendie, 
nous devrions regarder la chose comme étint 
jugée en dernier ressort. Elle l'est, en efii;t. 
Mais l'Eglise qui, à l'exemple de Dieu, traite 
l'homme avec beaucoup de respect, ne s'oflcnse 
jamais des services que la raison offre à la foi, 
et voit même avec plaisir la science s'emparer 
des matériaux bénits par le pape et les évèques, 
et les disposer sur le plan d'un édifice aussi 
vaste que régulier. Il nous resie donc, pour 
compléter notre étude du symboli-me de 
l'Egli-sa, à rapporter lu naissance, les progrè-!, 
les ouvrages et les résultats de l'école litur- 
giste, qui marcha toujours de pair avic l'école 
du mysticisme divin. Le sommaire historique 
qui va suivre, nous offrira le double avantage, 
et d'attester l'existciice clés symboles ecclésias- 
tiques, et de nous indiquer le nom de leurs 
principaux défenseurs. 

PlOT. 
curé-doyen de Jazennaooort» 



1300 



LA SEMAINE DU GLERGf; 



COURRIER DES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES 

UNIVERSITÉ C\TI10LI0UE DANGERS. 

llîe^tori<|ue et ron<lation. 

L'afFuiblissement indisiutable et d'ailleurs 
avoué de l'enseigiiPineut supérieur en France 
faisait, depuis long;temps prévoir qu'un jaiir 
vieutirait où l'on s 'mit forié d'en détruire le 
monopole créé au profil de l'Université, et d'en 
cheicher le lelévement dans un régime de li- 
berté. Mgr Freppel, qui avait occupé avec tant 
d'éclat les chaires de cette Université, avant 
d'être él'vé sur le siécre d'Anaers, en connais- 
sait la décrépitude mieux que personne. Aussi 
ue cessa-t-ii lie s'apprêter, dès qu'il eut pris 
possession de son diocèse, pour le jour des pro- 
chains labeurs. 

Sa pell^ée principale était la restauration de 
l'antique et célèbre université d'Angers. Eln 
toute occasion, il m.inifestait son -iésir, et en 
faisait monter l'expression jusqu'aux pouvoirs 
publies. 

11 faisait mieux encore : il obtenait du Pape 
l'autorisation de conférer des grades théologi- 
ques aux élèves qui viendraient, avec le con- 
sentement de l'Ordinaire, achever leurs études 
dans son grand séminaire, et fondait une école 
des hautes études littéraii'es qui s'est distinuruée 
par de nombreux succès dans la préparation à 
la licence es lettres. 

Le vote de la loi sur la hberté de l'enseigne- 
ment supéxieur le trouva donc dans les meil- 
leures conditions pour en profiter. Aussi s'em- 
pressa-t-il d'écriie à ses (iilèles diocésains qu'il 
allait les doter d'une université Ubre, et tpi'il 
réclamait pour cela leur concours. Ce document 
important, véritable pierre fondamentale de l'u- 
niversité catholique d'An^iers, porte la date du 
45 août 1875. Sa longueur ne nous permet pas 
de le reproduire en entier, nous en citerons 
seulement les passades les plus importants. 

Mgr Freppel reporte d'abord ses regards vers 
l'anci-une université d'Angers, œuvre de ses 
évéques, des Papes et des rois, qui comprenait 
les facultés de théologie, de droit lanouique, de 
droit civil, de médecine et des arts, et dont 
Charles V disait, eu 1364, qu'elle était « une 
source incessante de sciences, » et qu'elle « pro- 
duisait depuis des siècles des hommes de haut 
conseil. » 

A cette université « venaient se rattacher, 
comme autant de rameaux, une quarantaine de 
collèges, dont un seul, le collège Neuf ou d'An- 
jou, comptait, eu 1268, plus de 2,000 élèves. 
Et ce n'e^t paslWnjou seulement qui alimentait 
cette source féconde de vie scientifique et litté- 
raire ; sous le nom de nations, les provinces 
avoiiinautes, comme les régions nlus éloignées 



venaient, chaque année, v verser leur tribu!. Il 
y avait là, outre l-i natior» d'Anjou, les nations 
de Bretasne, du Maine, de Normandie, d'A|ui- 
taine, <le France el d'.\lleraasne On eût dit un 
temple majestueux veis lequel ou affluait île 
ton': côtés par autant de portiques à la lois sem- 
blables et divers. » 

.Mgr Freppel n'ignorait pas qu'il ne convenait 
de fonder, eu ce moment, qu'une seule univer- 
sité catholique pour tout l'ouest de la France, 
et que plusieurs prélats avaient jeté b'syeux sur 
d'autres villes pour en être le siège. Voici com- 
ment il plaide en faveur d'.Aiiirers : 

" Il y a des villes prédestinées, dit-il, pour 
telle fin plutôt que pour telle antre : c'est la 
tradition des siècles qui leur marque la voie pro- 
videntielle ; et il ne faut pas aller téméraire- 
ment contre ces traditions consacrées par le 
temps et par le consentement tîénéral. On ris- 
que de se heurter à la volonté de Dieu, qui dis- 
pose en souverain des hommes et des choses 
d'ici-bas. H se forme, à la longue, des centres 
d'attraction qu'on ne rléplace pas facilement, et 
auxquels il faut toujours en revenir pour ne pas 
manquer le but. Si, lar exemple, au lieu île 
suivre la tradition qui b'ur indiquait Louvaiu, 
nos vénérables collègues de Belsique avaient 
transféré à Bruxelles ou à Anvers leur institu- 
tion universitaire, ils eussent commis unegrande 
faute et compromis peut-être à jamais le succès 
de leur œuvre. 

.) D'autres cités de l'ouest, sœurs de la vôtre, 
peuvent lui disputer la palme du commerce et 
de l'industrie; mais l'université d'Angers est un 
fait historique qui s'impose à tout le monde et 
qui a traversé les siècles avec un éclat que nul 
ne saurait contester. La ville au sein de laquelle 
ont afflué, tant de siècles durant, le Maine et la 
Bretii'.,'ne, la Normandie et l'Aquitaine, comme 
luie iniage vivante des fleuves qui viennent se 
joindre et se mélanger sur notre sol; la ville qui, 
d'UIger à Charles V et à Charles VU, de 
Jean XXII [ à Euuène IV, a vu les évèques, les 
Papes et les rois travaillera faire d'elle un foyer 
permanent de sciences et de lumières ; la ville 
qui, au commencement du xvi' siècle, recueillait 
les débris des écoles de Paris pour n'constituer 
les siennes ; la ville au nom de laquelle se rat- 
tachent les souvenirs d'une université que l'un 
de nos prédécesseurs pouvait appeler, sans pré- 
somption, « la seconde du royaume (1), » et 
dont le P. d'.\vriguy disait « qu'il n'y en avait 
pas dont la foi fût plus pure, ni qui eut été plus 
constamment attachée a l'Eglise et au centre de 
l'unilé 1:2); » notre ville, dis-je, avec son doux 
climat, ses habitudes paisibles, sa population 
aussi intelligente qu'hospitalière, est marquée 

1. 3Igr 1; Ljrry. i -lire pastorale du 6 novembre 1771, 
— 2^ mémoires cAranola^ifMl du P. d'Avrigny, 



LA SEMAINE DU CLERGE 



<3C< 



du doigt t1e Dieu pour rcilevenir ce qu'elle avait 
été, le sii ge d'une {jrande université. .) 

Ce plaidoyer si confinant valut la victoire à. 
Angers sur les autres villes concurrentes. Mgr 
l'aichcvètiue de Renne?, en particulier, qui 
avait eu des vues sur sa métropole, te rallia 
sans réserve aux raisons et aux projets de Mgr 
Freppfel. 

Dans sa lettre du 15 août, Mgr Fi i^ppel parle 
eusuite de l'organisation de la iuturc université. 
Il dii ce qu'on pourra faire dans un prochain 
avenir. « Mais c'est à la faculté de droit, ajoute- 
t-il, que nous désirons consacrer, pour le moment, 
nos principaux efforts : suivant l'avis des per- 
sonnes considérables qui nous aidant de leur 
concours, nous avons formé le projet de l'urga- 
niscr tout entière, dès le mois de novembre pro- 
chain, suivant toutes les conditions exigées par 
la loi. Siège d'une Cour d'appel à laquelle res- 
sortissent trois grands départements, Angers est 
un centre de vie juridique qui appelle de lui- 
nième et avant tout une école de droit. C'est 
autour de cette faculté, la première dans l'ordre 
des sciences humaines, que viendront se grou- 
per les autres, en attendant qu'elles puissent 
trouver toutes ensemble, dans la théologie, leur 
faite et leur couronnement. » 

Enfin, Mgr Freppel, après avoir dit que les 
constants ttiorls de l'uni VL-rsité angevine seront 
d'élever le niveau de l'enseignement supérieur, 
qu'il y va de l'iutérot du pays et de l'honneur 
de l'Eglise, ajoute que ce ue sera l.i cependant 
que la moitié de sa tâche. « Nous entendons, 
dit l'éminenl prélat, mener de Iront le dévelop- 
pement de l'esprit et la culture du cœur, en 
nous efforçant de donner une grande place à 
l'éducation religieuse et morale dans la vie uni- 
versitaire. Car ce serait une grave erreur de 
s'imaginer que l'éducation s'achève au collège 
et qu'il ne reste plus au joune lauréat qu'à com- 
pléter sou instruction. La haute éducdtiou reli- 
gieuse et morale commence précisément au seuil 
des facultés; et l'université catholique, telle que 
nous la comprenons, devra remplir dans toute 
leur étendue les devoirs que renferme le beau 
titre de mère, aima mater. Il ne lui suffira [las 
d'ouvrir à ses élèves la voie des carrières socia- 
les par l'enseignement complet des sciences, des 
lettres et des arts. Rien ue serait fait, ou du 
moins elle n'aurait rempli sa tâche qu à moitié, 
si, au sortir des cours, elle les abandonnait à 
eux-mêmes, pour tout le reste, sans guide ni 
direction morale ; si elle les jetait, pour ainsi 
dire, sur le pavé d'une grandeville,loin de leurs 
pères et de leurs rnères, sans s'inquiéter d'autre 
chose que de leur assistance aux cours, et ea- 
core ! 

a A cet âge périlleux de la vie, où il est si fa- 
. elle de subir l'entraînement des passions et où 



les habitudes s* forment pour toujours, les jeu- 
nes étudiants ont besoin de trouver autour 
d'eux une sollicitude active et vigilante, qui les 
suive partout, et qui ne craigne morne pas de 
s'étendre à leur vie privée, ne serait-ce que pour 
en étarter le vice et le déshonneur. Ce qu il faut, 
ce sont des conseils donnés par des voix amies 
et autorisées; des associations où les délasse- 
ments honnêtes excluent jusqu'à l'idée du plai- 
sir qui avilit et qui dégrade; des conférences re- 
ligieuses et philosophiques, où les vérités de la 
foi, scrutées et approfondies, deviennent pour 
l'intelligence une buse inébranlable; des règle- 
ments disciplinaires dont la stricte exécution 
sauvegarde l'honneur et la réputation du corps 
entier : bref, tout un ensemble de secours ei de 
moyens, d'œuvres et d'institutions (fui préserve- 
ront la jeunesse du danger de risoJement, et lui 
permettront de se retrouver, au terme du stage 
universitaire, avec une foi intacte et des mœurs 
restées pures, n 

Mgr Freppel termine en faisant appel à la 
prière et en exprimant l'espoir que les secours 
de toute sorte ne lui manqueront pas. 

Il eut tout d'abord la joie de re(;evoir l'adhé- 
sion de l'archevêquo de Rennes, comme nous 
l'avons dit plus haut, Mgr Brossais Saint-Marc, 
depuis cardinal de la sainte Eglise, et de NN. 
SS. Fruchaud, archevêque de "Tours, Wicarl, 
évêque de Laval, Fillion, évêque du Mans, et 
d'Outremont évêque de Laval. 

Le 25 août suivant, une réunion très-nom- 
breuse, composée d'ecclésiastiques et de laïcs, et 
présidée par Mgr Freppel, assisté de Mgr .Mer- 
millod, se tint àrévêché, pour discuierles voies 
et moyens de fonder définitivement à Angers 
l'université libre. 

Il y fut arrêté, conformément à ce qu'avait dit 
Mgr Freppel, qu'on commencerait parla seule 
faculté de droit. Et quant à la question finan- 
cière, on jugea que les meiUeurs mnyeiis pour 
assurer l'avenir de l'université étaient les qua- 
tre suivants : 

1° Les fondations de chaires, qui garderont 
les noms di' leurs fondateurs. A cette époque, 
deux chaires déjà étaient fondées et chacune 
avait coûté à son généreux fondateur 80,000 
irancs; 

2° Les soufcriptions, qui ne pourront être 
moindres de 500 francs, pour assurer aux sous- 
cripteurs le titre de fonclateur de l'université. 
3° Le- cotisations inférieures à 500 francs. 
4° Les collectes populaires, soit sons lormt; 
de quêtes annuelles, soit sous forme d'uue ccHisa- 
tion dams le genre de celle pour la Propagation 
de la Foi, et qu'on pourrait appeler le sou de 
l'université. 

Les offrandes ne tardèreut pas à , affluer de 
toutes parts, depuis les plus modestes jusqu'aux 



130Î 

plus opulentes. Le duc de Larochefoucauld-Bi- 
saccia donna à lui seul une somme de douz'? 
cent mille iranrs. Le clergé surtout, malgré sa 
siluatidu modeste, se fit remarquer par son gé- 
néreux empressement. 

Mgr Freppel fut donc en mesure de tenir 
l'engagement qu'il avait pris dans sa lettre du 
15 août, et le ^5 novembre, il inaugurait la fa- 
culté an droit, après avoir fait la déclaration lé- 
gale le i" octobre. En taisant cette déclaration, 
il avait déposé, comme la loi l'exige, le Règ/e- 
ment, qui avait reçu rapprobatioii des prélats 
dont nous avons donné plus haut les noms. 
Voici cette pièce : 

Règlement de la factilté de droit d'Angers. 

Titre 1". — de l'inscription. 

(i Article premier. — Pour prendre une ins- 
cription à la faculté de droit, il faut avoir seize 
ans révolus, et fournir les pièces suivantes : 1" 
Une expédition dûment légalisée de sou acte de 
naissance; 2° son diplôme de bachelier es lettres 
ou un certificat d'admission à ce grade, visé par 
le recteur de l'Académie dans laquelle on aura 
été reçu. 

« Si l'étudiant est mineur, il doit justifier du 
consentement du parent sous la puissance du- 
quel il se trouve, ou de sou tuteur. 

« Art. 2. — Ceux qui n'aspirent qu'à obtenir 
qu'un certificat de capacité, ne sont pas tenus 
de produire le diplôme de bachelier es lettres. 

« Art. 3. — Le registre des iuscriptioi]s pour 
le premier trimestre de l'année scolaire est ou- 
vert du 1°' au 15 novembre, de 1 heure à 4 
heures. 

« Ceux qui ont été reçus bacheliers es lettres 
dans la session de novembre sont admis à pren- 
dre leur première inscription jusqu'à la fin de la 
session. 

« Le registre sera ouvert : pour le deuxième 
trimestre, le 3 janvier ; pour le troisième, le l"r 
avril ; pour le quatrième le 1" juin. Il sera clos 
le 13 lies mêmes mois. Le prix d'inscription est 
de 40 francs. 

« Art. 4. — Les étudiants ne peuvent pren- 
dre (le nouvelles inscriptions qu'après avoir jus- 
tifié leur assiduité aux cours du trimestre 
écoulé. 

Titre IL — de la fréquentation des cours. 

« Art. 5. — La durée de chaque leçon est 
d'une heure au moins et d'une heure et demie 
au plus; personne ne peut sortir de l'auditoire 
avant que la leçon soit terminée. 

« Les professeurs peuvent s'assurer des pro- 
grès des étudiants en leur adressant des ques- 
tions sur les matières de l'enseignement. 

« Art. 6. — Les étudiants sont tenus à fré- 
quenter avec exactitude tous les cours, même 



LA SEMAINE DU CLURGÉ 



extraordinaires et facultatifs pour lesquels ils se 
sont inscrits et qui sont mentionnés dans le pro- 
gramme. La même obligation existe pour les 
conférences préparatoires du baccalauréat, de la 
licence et du doctorat. 

« Art. 7. — Les étudiants qui désirent être 
dispensés de la fréquentation d'un ou de plu- 
sieurs cours doivent adresser une demande à la 
faculté. 

Art. 8. — Ne sont admis à fréquenter les 
cours que ceux qui ont été portés au registre 
des inscriptions, et qui sont munis de leur carte 
d'entrée. 

« Art. 9. — Ceux qui, sans avoir été inscrits, 
veulent suivre un cours, doivent s'adresser par 
écrit au professeur qui transmet leur demande 
au recteur. Le professeur leur communique ce 
qui a été arrêté. 

« Ceux qui désirent assister à une leçon doi- 
vent en faire la demande au professeur, soit di- 
rectement, soit par l'entremise de l'appariteur. 

« Art. 10. — Un concours annuel sera ou- 
vert entre les étudiants de la même année. Des 
prix seront distribués aux lauréats. 

Titre IIL — des autorités de la faculté 

« Art. h. — La faculté sera administrée 
contormément à l'art. 4 de la loi du 22 juillet 
J87S. 

« Art. 12. — Les autorités académiques de la 
faculté sont le recteur et le doyen. Les profes- 
seurs, conjointement avec le secrétaire, forment, 
sous la présidence du recteur, le conseil docto- 
ral. La réunion ordinaire du conseil a lieu le 
premier lundi de chaque mois. 

Titre IV. — de la. discipline de la faculté 

« Art. 13. — Le maintien de la discipline est 
spécialement confié au recteur. 

« Des internats seront ouverts pour les étu- 
diants au gré de leur famille. Les maisons au- 
ront chacune un règlement particulier approuvé 
par le conseil rectoral. 

a Art. 14. — Les étudiants doivent professer 
la religion catholique et en remplir les devoirs. 

« Art. 13. — Les dimanches et jours de fêtes, 
les étndiants externes assisteront aux offices de 
leur église paroissiale. 

« Art. 16. — Des conférences religieuses, obli- 
gatoires pour tous les étudiants, auront lieu à 
diverses époques de l'année. 

« Art. 17. — Les étudiants externes doivent, 
dans les trois jours de leur prise de domicile, 
remettre au recteur leur adn^sse portant le nom 
de la rue, le numéro de la maison, le nom et la 
profession des personnes chez lesquelles ils sont 
logés. 

<i Les mêmes renseignements doivent être 
fournis à chaque changement de domicile. 

Art. 18 — Les étudiants externes devront 



LA SEMAINE DU CLERi.È 



1303 



habituellement rentrer chez eux à dix heures ilu 
soir. 

« Les habitants de la ville qui louent des ap- 
partements à des étndiants sont engagés à prêter 
leur concours au maintien de cette disposition. 

« AiiT. ly. — L'cuiroeilc toute maison donlla 
réputation on serait pas reconnue irréprochable 
est rigoureusement détendue. 

Titre V. — des peines académiqces. 

Abt. 20. — Les peines académiques sont : 
1* les ailmonitions; 2° la suspension du droit de 
fréiiuenler les cours;3'rexrlusiou de la faculté. 

« Art. :2I. — Lee admonitions sont faites par 
le professeur ou par les autorités académiques : 
les autres peines sont appliquées par le conseil 
rectoral. » 

Ce règlement fut fort remarqué des amis et 
des ennemis. ïcus y viri^tit un puissant moyen 
de succès. Aussi les ennemis, après avoir jeté 
les hauts cris et proclamé que c'était intolérable 
et impraticable, ont-ils fini par imiter les me- 
sures qu'ils avaient le plus critiquées. Pour n'en 
citer qu'un exemple, un chef d'institution, à 
Paris, ay.int transfnrmr .«on établissement en in- 
ternat pour les éludiants en médecine et en 
droit, avec engagement de sa part à « faire scru- 
puleusement respecter les traditions religieuses 
de la famille, quelles qu'elles soient, d'en sur- 
veiller la pratique, etc. etc., » a aussitôt reçu les 
lélicitatious des plus hauts dignitaires de l'Uni- 
versité, tels que M. Giraud, inspecteur général 
des facultés de droit, ancien ministre de l'ins- 
Iruction publique, et M. Wurtz, doyen de la 
faculté de médecine. Cela eu dit plus long que 
beaucoup de paroles. 

Nous ferons connaître, dans notre prochain 
numéro, le personnel, les cours, le règlement 
administralit et l'mauguraSion de la tacullé de 
droit. 

P. D'Hacterive. 



V ariétes. 



: WllCHELET ET QUINET 

I {Suile.) 

Ces maux, déplorés par Michelet, sonlla con- 
séquence des principes posés dans son livre du 
Prêtre. Les célibataires voluptueux, les femmes 
sans vertu, le concubinage, l'adultère, les co- 
cottes et les pelils-ct-evés, comme on dit dans le 
langage du jour, sont les produits naturels de 
la libre-pensée, les fruits mûrs de l'impiéli". 
Là où la foi règne, là où l'Eglise fait respect''- 



ses prescriptions, la corruption peut-être une 
faiblesse passagère, point un fait universel et 
constant, encore moins un principe. 

A cette peste des mauvaises mœurs, Michelet 
oppose, comme remède, ses deux ouvrages. 
Dam r Amour, il traite de la création de la femme 
par l'homme, de l'initiation de la femme à l'a- 
mour et de la communion des époux dans le 
mariage, de l'incarnation de l'amour par la 
grossesse, de son alanguissement par l'Hnfan- 
tement et de son rajeunissement. Dans la femme, 
il traite encore de l'éducation de la femme, de 
sa vie dans le ménage et de sa mission dans la 
société. Tout n'est pas faux, dans ces deux li- 
vres, il se trouve même quelques détails tou- 
chants et un principe honorable, la réaction 
contre le sensualisme. Mais le moyen choisi 
pour remplir ce dessein, va tout à l'enconlre. 
Michelet fait de la femme une poupée et une 
déesse; de l'homme, le prêtre, le médecin et le 
domestique de la femme; du mariage, une per- 
pétuelle contemplation; et de l'amour, une quin- 
tessence éthérisée, sensuelle d'ailleurs, qui pro- 
met aux époux d'éternelles voluptés. Là est 
l'erreur, la grande erreur, le grossier men- 
songe des théories de l'historien. La femme n'est 
ni une déesse ni une jwupée, c'est l'aide de 
l'homme, semblable à lui, quoiqu'ioférieure, à 
certains égards; c'est son associée, non pour ef- 
feuiller des roses, mais pour porter la croix. 
L'homme n'est ni le chambellan, ni le médecin, 
ni le prêtre de la femme; il est époux, père et 
chef de famille, rien de moins, rien de plus. Le 
mariage n'admet pas cette contemplation sans 
fin, il veut le travail, les sacrifices, les immcda- 
tions : le travail pour se sustenter, les sacrifices 
pour se respecter, les immolations pour élever 
les enfants. Surtout, l'amour n'est pas une af- 
faire de sensation, un intérêt de passion, une 
volupté éthéiisée et permanente, c'est la néga- 
tion delà volupté. C'est parce qui- les jeunes 
gens entendent l'amour comme Michelet qu'ils 
ne se marient pas; c'est parce que les liommes 
mariés pratiquent ses théories, qu'ils déshono- 
rent leur foyer, vouent leur femme aux dou- 
leurs innommées et leurs enfants à l'abandon. 
I\ une erudimini I 

Dans un sujet si grave, Michelet est souvent 
ridicule. Par exemple, il conseille à l'homme 
d'inspirer l'amour à sa femme en la conduisant 
à l'église de la nature... au Jardin des plantes. 
Ailleurs, il dit que la femme moderne aimera 
l'homme moderne par respect pour Turgot. Pa- 
pin et les autres héros delà marmite. Dans d'au- 
tres endroits, il est odieux, comme, par exemple, 
quand il prêche la stérilité volontaire, autre- 
ment l'onanisme, ou quand il donne à l'épouse, 
pour directeur... une rose. On se demande sou- 
vent, en lisant Michelet, s'il n'est pas candidat 



1304 



LA SEMAINE DU CLERGË 



pour Bicctre : il parait soucieux de fournir, c . 

Lveur (le son admission, des pièces justificatives. 

Le Peufjle, publié en 1846, sert de tiansilioa 
ft r('tu<ie des questions religieufes et envisage, 
au point de vue économique, la question An la 
famille. Dans la première partie, l'auteur ilé- 
noni'.e les servitudes du régime comtemporain, 
servitudes du paysan, servitudes de l'ouvri'-T, 
servitudesdu fabricant, servitudes du marchand, 
servitudes du foactionnuire, servitudesdu riclie 
et du bourgeois, haiue d'ignorance entre ces 
diflférentes classes, société réduite au machi- 
nisme administratif, industriel, philosophique 
et littéraire. Dans les deux dernières, il pose 
les rè-les de l'affranchissemeul par l'amour de 
la nature et l'amour delà patrie. L'amour de la 
nature est inculqué par une appi-éciatiuii flat- 
teuse dt's instincts populaires et des inspirations 
liu génie; il est molivé encore par nne ridicule 
(«clamalion en faveur des animaux. ((Le Christ, 
ilit à ce propos Miclielet, n'a pus sauvé l'animal, 
l'Iip^i-e refuse de le recevoir dans son sein ; 
mais riiomme le lui amène dans la nuit de Noël 
et le l'ait entrer dans l'Eglise; enfin la science 
vient de leur rendre sa place et c'est l'homme 
qui doit reprendre l'éducation de l'animal (1). » 
L'amour de la patrie comprend l'amitié en- 
tre coDoitoyeus, l'amour daos le mariage, l'as- 
socialion pour le commerce, l'éducation par 
l'école, le s»;Dtiment de la patrie française, et la 
supériorité de la Fiance comme iégemie, comme 
dogme, comme religion. Arguments peu clairs, 
qui touchent d'ailleurs auxquestioiis religieuses. 
Avant d'eu entamer l'exposition, nous devons 
donner la biographie de Valter ego de Miclielet, 
Edgard Qninet. 

Edgard Quinet, naquit à Bourg, en J8ôî, 
fils d'un ancien commissaire des guerres. Après 
de brillantes études, il partit pour l'Allemagne, 
ce pays de la science, de la rêverie, dont l'ift» 
fluence, dit Vapereau, se fait assez voir dans ses 
écrits. Dès 1823, il publiait un petit écrit inti- 
tulé : Les Tablettes du Juif etrant. En 1827, il 
traduisit l'ouvrage de Herder, Idé'is sur l'his- 
toire de l'humanité, qu'il publia, à Strasbourg, 
chez Pétou-Levranlt Membre de la commission 
scientifique envoyée en Morée, eo 18:28, il ras- 
sembla, sur place, des documents pour son ou- 
vrage : De la Grèce moderne et de ses rapports 
avec l'antiquité. Dès cette époque, il fut le col- 
laborateur assidu de la Revue des Deux Mondes, 
où il fit paraître successivement : De l'avenir des 
religions ; De la révolution et de la philosophie ; 
Rapport sur les épopées françaises du XU° siècle ; 
De l'épopée des Bohèmes ; Du génK des traditions 
épiques de l' Allemagne du J\ord ; Du pont d' Ar- 
éole; De r Allemagne et de la révolution; De l'art 
en Allemagne, 6l Ahasvérus, ceilQ œuvre étrange 

t. l* Ptuplt, D. 330. 



,)nbliée à part, en 1833, qui, suivant l'auteor 
lui-même, est (d'histoire du monde, de Dieu dans 
le monde et enfin du doute dans le monde. » 
Ce livre, et plusieurs autres du même auteur 
furent mis à l'Index par le Saial-Siéi-'e. Quinet 
rêvait alors une épopée «lémocratii|ue : après 
avoir publié, dans la susdite revue, des éludes 
sur les Poêles de l'Allemagne, Homère, l'Epopée 
latine, l'Epopée française, il s'cti'on^a de réaliser 
son rêve dans deux poëmes : A'apy/éon, I83G, et 
Promet hée, 1838. 

Quinet, se multipliant en quelque sorte, écri- 
vait dans la Revue de Paris, et continuait d'é- 
crire dans la Revue des Deux-Mondes, où il don- 
nait ses Etudes sur l'Allemagne; le Champ de 
Waterloo; De la vie de Jésus, par Strauss; De l'u- 
nité des littératures modernes ; Du génie de Fart, 
En même temps, il publiait ses Voyages d'un so- 
litaire, nouvenirs d'Italie; Allemagne et Italie, 
jthilosophie et poésie, et ^jomplétait ses travaux 
sur la poésie épique par une double élude : 
L'Epopée indienne et De Indice poesis origine, ihèse 
qu'il soutint à Strasbourg. 

Professeur de litteiature étrangère à la fa- 
culté des lettres de Lyon et chevalier de la Lé- 
gion d'honneur, Quinet lan(;ait, eu IS40, à l'oc- 
casion desaflaires d'Orieot, une brochure très- 
vive intitulée : 1815 et 1840, suivie bientôt 
d'une autre brochure polilique : Avertissement 
au pays. En 1842, le Collège de France ne le 
nomma pas moins titulaire de la chaire nouvel- 
lement créée pour l'enseignement de la langue 
et de la littérature du Midi : Quioet s'en fit une 
tribune pour réi>audre, dans la jeunesse, des 
passions révolutionnaires. De là, plusieurs ou- 
vrages emjireints du détestable esprit de ces 
temps-là : Le Génie des religions, les Jésuites, 
rinquisition et les sociétés secrètes en Espagne, 
F Ultramontanisme et la Société modei-ne, De la 
renaissance dans C Europe méridionale. De la li- 
berté de discussion en matière religieuse et réponse 
à quelques observations de Mgr l' Archevêque de 
Paris. 

Le gouvernement retira la parole à Quinet en 
1846. La jeunesse des écoles et les journaux de 
l'opposition protestèrent, mais la majorité du 
Collège de France approuva la mesure, et Quinet 
consacra ses loisirs forcés à visiter l'Espagne. 
A son retour, il publiait une partie de ses an- 
ciennes leçons sous ces titres : Mes vacances en 
Espagne, et le Christianisme et la Révolution 
française. 

Quinet combattait avec ardeur, dans la presse, 
le gouvernement et l'Egli-e. En 1847, ro(ipe- 
sition du collège de Bourg l'élut député; il prit^ 
à ce titre, une part active à l'agitation réfor- 
miste, porta les armes, en février, contre le 
prince dont il avait cajolé les fils, et vint bien- 
tôt « inaugurer la République au Collège de 



LA SEMAINE DU CLEUGE 



130S 



Fnnœ, dans la clinirn d'un lecteur du roi. » 
Coloni'l lU: la onzièiui- lé.;ion. il atteignit, sur 
son l'hevfil de t;.irdr national, les plus bautes 
5ommii6s du ridicule, re (]ui ne. l'empêcha nulle- 
meut il'êlre élu di'puU' à ladinstituante et à la 
Législalive. où il ii'fenilitcoiislauiment la poli- 
liiiue révolulininaiic. A l'occasion de l'expédi- 
liuii do Rirai", Qiii'iet qui avait i>ublié, l'année 
précéJcnlf, t-an livre sur les Révolutions cT Italie, 
fil p:\iailie, coup ?ur coup, \a. Croisade autri- 
chienne française, napalilniae et espagnole contre 
la république romaine, l' Etat de siège, de C En- 
Kignement du peuple, et la Réuision de la consli- 
tuiion. Le décret i!u 9 janvier 1831 l'expulsa 
de France. Quinet se relira en Bi^lgique, où, 
veuf en première" noces de la fille d'un ministre 
protestant, il épousa une jeune veuve moldave, 
la fille du poète Asstiki. 

Depuis, Quinet s'était relire en Suisse, à Ver- 
taux, fraternisant avec, Garibaldi, le héros de 
ses pensées, et altenlantque lu démocratie en- 
voyât le réfugié volontaire au Corps législatif, 
en compagnie de Victor Hugo, de Félix Pyat et 
autres rouiaiiciers de la vie politique. La révo- 
lution du -4 septembre en a refait un homme 
politique, qui fi'faitses premiers ouvrages et re- 
fait aussi son grand rêve. Toujours fécoml, 
d'autant plus fécond qu'il est moins difficile et 
moins scrupuleux, Quinet a donné, dans ces 
dernières annéiîs, un poëme dramatique, les 
Esclaves, dont Spartacus est le héros; Mumix 
de Sainle-Aldegonde, ou la fondation de la répu- 
blique des Provinces-Unies; la Philosophie de 
rhisioire de France, sorte d'appel à tous les écri- 
vains de ce siècle, que l'auteur conjure de ré- 
tracter toutes les erreurs au service desquelles 
ils ont mis leur talent; la Révolution religieuse 
au X[.\' siècle; Merlin l'enchanteur, allégorie 
philosophique qu'il ne faut pas confondre avec 
leMirdhuin ducointe Hersartde la Viilemarqué, 
et /'( Campagne de 1815. 

|yi viodKdi;ard Quinet, abrégée dans le Dic- 
ti'mnaire des contemporaine, a. éXé écrite en détail 
par uik'jeunepublicisle, Charles-Louis Chassin; 
ses œuvres couipièies, sauf les deux dernières, 
oui été recueillies par la maison Pagucrre. 

Nous n'examinerons pas ici tous les ouvrages 
de Quinet, où l'imagination joue d'ailleurs un 
plus grand rolf^ que la science; nous nous bor- 
nerons aux publications qui traitent des ques- 
tions religiuu-es. 

Le livre de Herder, Idées sur F histoire de l'hu- 
manité, jouit, dit Prouilbon, d'une réputation 
méritée, et je n'y trouve qu'un défaut, c'est 
que les idées n'y sont absolument pour rien. 
'Tout le système repose sur le fatalisme géogra- 
phique, chimique et organique, sol, climat, 
plaines et montagne-, rivières, lacs et mi'rs. 
d'où se déduisent successivement, pour chaque 



latitude et méridien, la flore et la faune, puis 
l'homme; finalement, la société et son histoire. 
Rien à y reprendre, seulement, on se demande 
ce que la liberté et le progrès ont à faire là- 
dedans; on ne voit pas même de quoi y sert 
rinlelligence (1). » 

Or, c'est sur cette vaine théorie de Herder que 
Quinet asseoit tous ses systèmes, comme Michelet 
asseoit les siens sur la .«cience soi-disant nou- 
velle, et, eu effet, lrès-nouvelh',de Giamhattista 
Vico. Celui-là réduit la religion à une philoso- 
phie de la nature, celui-ci aune philoscqihie de 
la raison nationale; l'un et l'autre aboutissent 
an progrès humanitaire et, partai:t, du pan- 
théisme. 

Pour apprécier leurs idées sur les matières 
religieuses, il faut exposer leur notion générale 
de la religion, leur manière d'entendre la ré- 
volution française et d'esquisser les perspec- 
tives de l'avenir. 

La notion générale de la religion est déve- 
loppée dans le Génie des religions et la Bible de 
f humanité. 

En parlant de l'homme antique, Quinet dit : 
« Dans son premier culte, embrassant tout, 
adorant tout, n'oubliant que lui-même, il a une 
théogonie, une cosmogonie et point d'histoire. 
De l'univers, il descend aux empires, auxquels 
son être est si bien attaché qu'il n'est rien que 
par eux, sans force, sans valeur, presque suns 
nom, soit que de vastes générations se confon- 
dent sous une seule personne, soit que lui- 
même il ne puisse se distinguer dans ses prières 
avec Dieu. C'est la Médie, la Perse, l'Egypte et 
l'Assyrie. Des empires, (il relomtie, par degrés, 
sur lui-même, quoique son moi, encore à 
demi confondu avec la cité, n'emprunte encore 
que d'elle sa valeur et son indépendance. La 
cité se brise avec la Grèce, avec Rome, et son 
moi, restant seul dépouillé du sii;ne qui en ca- 
chait la grandeur absolue, découvre en lui-mê- 
me un infini plus vaslc que le premier qu'il 
vient de découvrir. C'est l'univer- chrétien. Cet 
infini, il le divise encore, asjiirant, après des 
siècles, à ne relever c^ue de soi. C'est la réforme, 
c'est le cartésianisme, et. ce qui en est la suite, 
c'est la fin du moyen âge et l'avenir que j'i- 
gnore. » 

Après ce coup d'oeil général, voici comment 
il résume la période antique. « L'Orient, dit-il, 
avail développé le dogme de l'Incarnation dans 
la Trinité divine : la Judée avait ramené cette 
Trinité à l'Unité; la Grèce y joint l'idée de 
Dieu dans l'homme. Ainsi s'achève l'Ancien 
■Testament du monde sacré et du monde pr«- 
fane. » 

A propos de l'Orient moderne, il dit : « L'his- 

1. lir l» iutlicf dant la Révotution el doiu tEglite. t. Ul 



me 



LA SEMAINE DU CLEUGÉ 



loire de l'Orient moderne, avec toutes ses vicis- 
situdes, n'est rien que la grande âme de Mu- 
ùumet, déployée comme un drapeau de siècle 
en sièoli'. » 

Et ailleurs, à propos du même Mahomet : 

(1 II délivre pour jamais le monde de ce pan- 
théisme matérialiste, qui rt'naissait de toutes 
parts sous la forme des hérésies du christia- 
nisme asiatique. La réforme est si radicale dès 
lecommencement,qu'elle rend,en quelque sorte, 
toute réforme impossible dans l'avenir : le 
Moïse arabe est aussi un Messie. * 

Ailleurs, il appelle Pindare le David hellé- 
nique; il (lit que les sphinx de Memphis prédi- 
sent l'avenir aussi bieiique les cèdres du Liban; 
enfin il fait sortir la religion de la nature, donne 
à la révélation divine autant d'organes qu'il y a 
de créatures dans le monde et de peuples dans 
l'histoire. La religion, c'est l'ensemble de toutes 
les religions, ou, comme dit le peuplf, toutes 
les religions sont bonnes, à moins que, pour ar- 
river à la religion pure, il ne faille s'élever au- 
dessus de toutes les confession», dégager la 
formule qui les résume et les explique, en éli- 
minant les contradictions : auquel cas, Dieu est 
Dieu, et Qui net est son prophète. 

Vuici maintenant la 5îé/e de L'humanité écrite 
par Michelet, sous l'éviMente inspiration du dia- 
ble, au mépi is de toute humanité, de toute his- 
toire et de toute raison. 

« L'humanité, dit-il dans sa préface, dépose 
incessamment son âme en une Bible commune. 
Chaque grand pi'uple y écrit son verset. 

» Ces versets sont fort clairs, mais de forme 
diverse, d'une écriture très-libre, ici en grands 
poèmes, ici en écrits historiques, là en pyra- 
mides, en statues. Un Dieu, parfois, une cité 
en dit beaucoup plus que les livres, et, sans 
phrase, exprime l'âme même. Hercule est un 
verset. Athémes est un veiset, autant et plus 
que ï Iliade, et le haut génie de la Grèce est 
tout dans Pallas Alhéné. 

» Il se trouve souvent que c'est le plus pro- 
fond qu'on oublia d'écrire, la vie dont on vi- 
vait, agissait, respirait. Qui s'avise de dire : 
Mon cœur a l'attu aujourd'hui. Ils agirent en 
héros. A vous de les écrire, deretiaccr leur 
âme, leur magnanime cœur dont tous les temps 
se Donrrissenl. 

» Hii- de négatif en ce livre, il n'est qu'un fil 
vivant ,/'/ trame universrlte qu'ont ourdie nos aïeux, 
de leur pensée et de leur cœur. N'US continuons, 
sans nous en reudre complu, el notre âiue y sera 
damnée. 

» Ce n'est pas, comme on pourrait croire, une 
histoire des reliyioiis. Celte hisioire uc peut plus 
s'isoleretse lairo à p;ni. Nous sortons tout à 
fait des classifications. Li' hl général de la vie 
que nous suivons se tisse de vingt fils réunis, qu'on 



11' isole qu'en les arrachant. Au fil religieux, 
s'emmêlent {\) incessamment ceux d'amour, de fa- 
mille, de droit, d'art, (l'industrie. L'activité vio- 
Taie comprend la religion et n'y est pas comprise. 
La religion est cause, mais lieaucoup plus effet. 
Elle est souvent un cadre où la viaie vin se 
joue. Souvent un véhicule, un instrument i'"'S 
énergies natives. 

»Quaud la foi fait le cœur, c'est que déjà lui- 
même, le cœur, a tait la foi. i» 

D'après cette idée mère, Michelet devrait en- 
tendre tous les peuples et consigner leurs ora- 
cles. Mais, tout d'abord, pour simplitier son li- 
vre, il écarte : 1° les essais de la vie sauvage ; 
2° le monde qu'il appelle excentrique, tel que 
la Chine; 3° le mon Je qui a peu laissé, tel que 
les Celtes; 4° le monde moderne et même les 
Romains du liMUt em[)ire; 5° euhn les grands 
philosophes, qui étaient peu lus, dit-il, même 
en Grèce. 

Justin Fèvre, 

protonotaire apostolique. 



CHRONIQUE HEBDOMADAIRE 

Une réception de vieilles femmes infirmes au Vatican. 

— Lettre du Pape à IVIi^i- l'évè(iue dOlinda toiict-.aut 
le conflit soulevé par les francs-mnçons hrésilL-n?. 

— CHUsei de canonisation les VV. Menoccluo et 
Bfllesini. — Société sectaire pour l'aire atiiibuer 
au ptuple l'éleclioQ du Pape. — Pie IX et la Révo- 
lution; par un protestant anglais. — Mmt île Mgr 
Epivent. — L'oralolrede M. Dupont, de Tour-, trans- 
formé en ctiapelle en l'tionneiir de la Sainte-l''.ice, 

— Le jubilé eucliari-tique d'Avign m.— Ret"iir d'une 
relique de sainte Madeleine à Vezeluy. — li'-j t par 
le Sén.t ilu projet de loi Waddington. — Uij^on- 
reuse interdirtion des processions religieuses en 
Italie. — Projei de loi pour la répression des abas 
des ministres île» cultes. — Circulaire pour la com- 
plète liberié des cabareis en Italie. 

28 juillet 187C. 

Rome. — C'était une réception déjeunes fil- 
les appartenant à la classe aisée, dont nous pré- 
sentions le rétit dans notre dernière chronique. 
Aujourd'hi» c'eA au milieu de pauvres vieilles 
femmes, ponr la plupart infirmes, que nous 
trouvons le Saint-Père. Ces bonnes vieilles sont 
k'3 pensionnaires d'un hospice spécial qu'à 
fondé Pie IX et qu'entretient le prince D. 
AlexandroTorlonia. Quelques-unes atteignent 
ou dépassent l'âge de 90 ans, et sont accompa- 
gnée et lilti'ialemenl soutenues parles filles 
de la Charité, qui ont la diicction de l'hospiic 

C'est dans le< loges de Raphaël, où elles l'al- 
ti-ndaicnt, que le Saint- Père a daigné venir les 
recevoir. Il les a accueillies avec bonté, et a 
loué le zèle des religieuses et la chajité du 
prince. Puis il a exhorte les pauvres infirmes à 



LA SLMAUSE DU CLERGÉ 



1307 



la patience, leur faisant observer qu'au miliùi 
même de leurs maux elles doivent remercier 
Dieu de leur avoir ménagé dans leurs vieillesse 
un asile ouvert par la charité chrétienne. Enfin 
il les a héniss avec une visible émotion et leur a 
donné, eu passant au milieu d'elles, sa main a 
baiser. 

.\vant de quitter Rome, Mgr l'évêque d'O- 
linda, que nous avons retrouvé aux récentes fê- 
tes de Lourd rt's, avait reçu du Souverain- Pon- 
til'o une lettre qui vient d'être publiée et que 
nous reproduirons dans notre prochain numé- 
ro. On voit, par ce document, que les évèques 
d'Olinda et de Para n'ont fait que suivre, dès 
l'origine du conûit, les instructions du Sainl- 
Siége. Ils sont ainsi vengés des calomnies dont 
les francs-maçons les avaient chargés, et aux- 
quelles, il est vrai, les catholiques n'avaient ja- 
mais cru. Le Pape saisit cette occasion, dit-ii 
expressément, pour « déclarer a nouveau et af- 
firmer que li's sociétés maçonniques, aussi bien 
celles qui sont pu Biésil que partout ailleurs, — 
et dont un grand nombre, qui sont trompés ou 
qui trompent, di-ent qu'elles n'ont d'autres but 
que l'utilité sociale, le projirès et la lâentai- 
sance mutuelle, — sont atteintes et proscrites 
par les constitutions et condamnations aposto- 
li(jues, de telle sorte que tous ceux qui, par 
miillieur, ont inscrit leur nom au registre de 
ces sectes sont soumis ipso fado a l'excomniu- 
nicution majeure réservée au Souverain-Pontife. 

La sacréo Congiégation des Rites s'est réunie 
eu séance ordinaire, les 10 et H de ce mois, 
pour procéder à l'instruction des procès apos- 
toliques des vénérubles serviteurs de Dieu Jo- 
seph Meuo( chio cl Ctienne Bellesini, tous deux 
de l'ordre des ermite.^ de Saint-Augustin. Le 
premier fut sacriste de Pie VIT, avec le titre d'é- 
véque de Porphyre; ce lut le seul évêque qui 
put rester à Rome durant Tinvasion napoléo- 
nienne du commencement de ce siècle, et qui, 
par la sainteté da sa vie, sut inspirer le respect 
aux envahisseurs eux-mêmes. Le second fut 
curé du célèbre sanctuaire de Gennazzano, aux 
environs de Rome. 11 y a encore des témoins de 
leurs vertus et de leurs prodiges, qui, dans le 
cours du procès apostolique, ont été appelés à 
déposer avec serment. 

L'Avertissement aux catholiques, dont nous 
avons parlé et même donné un extrait a été re- 
produit, après avoir paru d'abord dans rOsser- 
vatoie romano, par tous les journaux catholi- 
ques. Mais, détailcurieux à noter, aucun journal 
libéral n'en a parlé ! Evidemment ce silence 
unanime est dû. à un mut d'ordre. Cependant 
les menées dénoncées par C Avertissement sui- 
vent leurs cours, mais on a-sure que c'est sans 
beaucoup de résultai. Ces menées consistent à 
lenter d'arracher des signatures aux calholi- 



vjues ignorants, à force d'argent et d'intrigue^, 
sous piélexte de faire restituer au peuple ro- 
main le prétendu drcil d'élire le Pape. Un co- 
mité a été constitué dans ce but, et c'est le mi- 
nistre des cultes, M. Mancini, qui serait à la 
tête de celte machination. On assure que l'idée 
serait de M. de Bismarck, qui voudrait, comme 
on sait, provoquer un nouveau ?c!m^iu''. La 
plan des sectaires est d'iiilleiir3cxp(jbo sans am- 
bages dans une sorte d'appel ou de programme 
qu ils lancent dans le public, et dont voici les 
parties cssentieibs: 

« Société italienne pour la revendication des 
droits appartenant au peuple chrétien et en pai ti- 
culier aux citoyens romains. 

Règles fondamentales de l'Association. 

n i. Qui adlière au programme devra, de 
sa main, signer le bulletin d'association en pré- 
sence de deux témoins, qui signeront égale- 
ment. 

» 2. Les citoyens majeurs peuvent seuls faire 
partie de l'associalion. 

» 3. Tout associé prend l'obligation de s'em- 
ployer pour trouver des adhésions à l'idée du 
programme et pour les souscriptions à la So- 
ciété. 

» 4. Quand les adhésions auront atteint un 
nombre respectable, lus souscripteurs seront 
invités à former un comité général et des co- 
mités dépendants. 

1) 3. En dehors de l'obligation imposée aux 
associés, toute autre charge pourra être libre- 
ment déclinée. 

Programme. 

» Notre œuvre est la réforme de la papauté. 
Le peuple et le clergé ont exercé le droit d'é- 
lire le Pape jusqu'à Alexandre in, c'est-à-dire 
pendant douze siècles. En attendant, notre so- 
ciété reconnaît le Pontife actuel comme évêque 
de Rome et primat de la chrétienté. Notre so- 
ciété, par le moyen d'une représentation offi- 
cielle, travaillera aux réformes salutaires de la 
di-cipline qui serviront à rendre l'Eglise indé- 
pendante de la curie romaine. Le gouverne- 
ment a promis de réviser l'article 18 de la loi 
sur les garanties. Pour ne pas compromettre 
inutilement la partie saine du clergé qui adbèrc 
à notre œuvre, des laïques seuls figureront dans 
la formation des premiers comités. » 

Les sectaires tonl intervenir, on le remar- 
quera, le gouvernement, qui leur aurait promis 
la révision de l'article 18 de la loi des garan- 
ties. Il n'y a rien là qui doive surprendre, puis- 
que ce sont les sectaires eux-mêmes qui sont 
Ir gouvernement. On peut donc tenir pour cer- 
lidn que les choses se passeront comme elles 
sont annoncées, et que l'article J8 de la susdite 
loi sera modifié. Mais que nous voilà loin du 



1308 



LA SEMAFNC »C CLERGÉ 



point de rlépart ! On ne vonlnit alors que débar- 
iMSSi-r le Pape de son tem|iorel, pour rendre 
pins libre son ponvoir spirituel. Et l'on veut 
s'emparer à présent du spirituel comme on s'est 
emparé du temporel. Mais ici encore ceux-là 
seuls peuvent être surpris, qui ne croient pas 
que la Révolution est l'œuvre de Satan, et, par- 
tant, une œuvre d'hypocrisie et de mensonge. 
Il est pourtnnt a?sez aisé de voir dans ses agis- 
sements à Home li'S tortnosités sinistres dm ser- 
pent qui a tenté Eve dans le paradis terrestre. 
Chose remarquable! ce ne sont pas les ca- 
tholiques seulement qui, malgré tous les atten- 
tats déjà consiimmés et les menaces pour l'a- 
venir, restent fermes dans l'espérance de la 
victoire finale ; les protestants eux-mêmes les 
plus éminents croient aussi que la Papauté fi- 
»ira par friompher dus projets de la politique 
humaine. Qu'on nous permette de citer quel- 
ques passages d'une étude siïr Pie IX, publiée 
par ua Anglais dans Paris- Jow'nal, et où ces 
idées se fout sentir. 

« Je fus envoyé, dit-il, en 1849, auprès de 
Pie IX par lord Palmerston. Les sympathies de 
la nation anglaise avaient accompagné le Pape 
à Gaëte. Ces sympathies sont toujours les 
mêmes pour l'homme. L'Angleterre ne recon- 
naît pas sa priorité comme vicaire du Christ ; 
elle salue en lui la priorité des plus hautes 
vertus..,. 

» Quand j'eus Thonneur d'approcher du chef 
^irituel des catholiques, on était au lendemain 
du premier orage. Pie IX venait de passer, sans 
transition, de i'apothéoae aux gémonies. Le sou- 
verain que le peuple avait porté en triomphe de 
la Porte-du-Peuple au Forum de Trajan, dont 
3 a^ait une fois dételé les chevaux, avait dû 
fuir sous nn déguisement vulgaire. Je n'ai 
jamais vu une figure plus sereine que celle du 
Pape proscrit ; je me trompe, j'en ai vu une 
autre, celle de ce même Pontife n'ayant pins en 
1870 de l'héritage de Pierre que les clefs de la 
foi catholique et le Vatican.... 

» Nos journaux ont souvent accneilU par le 
sarcasme la parole du Vatican. Au fond, l'An- 
gleterre comme la Russie savent bien que cette 
parole de morale divine, de justice éternelle, 
est la seule qui éveille, dans la conscience des 
peuples et des rois, les devoirs réciproques ; 
elles savent que le jour où on ne l'entendr.jit 
plus, ce serait le silence de la mort sociale.... 
n Quand les catholiques, qui, depuis dix-huit 
siècles, avaient reconnu le Pape comme |>asteur 
infaillible, apprirent que cette reconnalssaiiee 
était un dogme, ils n en furent pas étonnes : 
le dogme était déjà dans leur cœur comme 
dans leur raison; ils en furent coosolés. ll.ms 
le domaine des mystères et du siunaturel, la 
foi ne oeut se fortiher que nai- la lui. La deû- 



uition des dogmes est donc, pour l'Eglise ca- 
tholique, une loi d'une étemelle opportunité.... 

n Les Italiens ont créé la patrie italienne; 
ils ont couvert Naples, Florence, Turin avec les 
plis du drapeau italien; mais N.nples, mais ia 
Toscane, mais le Piémont lui-même frémissent 
encore sous le suaire, et l'autonomie expirée 
parle encore de résurrection... 

• Pie IX sait tout cela mieux encore que les 
Italiens, et, pendant que tous, autonomistis, 
unitaires, mazziniens. se préparent dans l'at- 
tente d'un événement, il a confiance dans la 
victoire. 

» Cette victoire, il sait qu'il ne la verra peut- 
être pas; il croit que la papauté y assistera. Il 
tient cette foi inébranlable de deux cents papes 
ses aïeux. Le Christ, d'après les catholiques, 
n'a-t-il pas promis à son Eglise cette fiKation 
mystique : Je serai avec vous jusqu'à la consom- 
mation des siècles/ 

B Quel est celui qBÏ a traversé l'Italie, pen- 
dant ces deux dernières années, sans être 
frappé de la situation que je signale? Qui n'a 
pas entendu gronder sourdement le méconten- 
tement (lu peuple romain?... 

» Lorsque le doux Pontife qui règne depuis 
plus de trente ans aura disparu, il y aura un 
vide douloureux dans le monde. Personne n'a 
plus aimé l'humanité que Pie IX, personne n'a 
plus aimé Rome et l'Italie. Il manquera à la 
ville éternelle un je ne sais quoi qu'on ne re- 
verra pas de longtemps. Il y aura de grands 
papes, des docteurs et des confessiîurs; y aura- 
t-il jamais au bercail un pasteur aussi clément? 
Les splendeurs de la terre illumineront encore le 
monde ; d'aussi doux rayons éclaireront-ils 
jamais la campagne romaine?... 

» Dieu, qui mesure les jours, lui donnera 
peut-être au-si la joie de voir la terre promise. 
Les plus jeunes, Cavour, Napoléon 111, ont passé; 
des empires plus puissants que l'Italie ont été 
démembrés. Avon.s-nous le droit de sourire 
quand les vrais CMtholiqnes proclament la poli- 
tique de Dieu? Prétons plulôiroreille à la viiix 
du canon. Qui sait si de grands événements 
encore ne vont pas venir déjouer les priijets ife 
la politique des humains? 

France. — Mgr Epivcnt, évèque d'Aire et de 
Dax, est mort le 22 de ce mois, après deux 
années de cruelles souffrances, supportées avec 
la plus chrélienne résignation. MgrLnui.*-Marie 
Olivier Epivent était né à la Ville-Auvraye-en- 
Pordic, près de Saint-Brienc, le 30 juin 1803. Ll 
lit SCS humanités au collège de Saint-Biieuc et 
ses études th'ologiques au grand séminaire de 
ri'tte ville. Ordonne prêtre le 19 sciiiembre 
■ISi'J, iltut d'abord chargé penilant deux ans 
du cours (k philosophie au t;iand séminaire. 
Ea lH'6~i, il devenait curé de la cathédrale de 



LA SEMAINE DU CLEKCE 



)r.o« 



Saint- Eiieuc. 11 occupait encore ce poste 
lorsqu'un iléoret impéiial du 30 juillet 1839, le 
oomiua nu siège d'Aire. Son épiscopat )^t si- 
g aie par la i'ondalion d'une clîiipelle et d'un 
hospice au lieu où naquit saint Vincent de 
Paul ; par l'installation d'un couvent de domi- 
nicaines dans l'andenne maison des Clarisses, 
à Dax ; par l'établissement du Denier de Saml- 
pierre, d'une caisse de secours pour les prêtres 
âgés et inGrmes et le développement des Con- 
férences ecclésiastiques. Mgr Epivent, dont l'amé- 
nité était incomparable, était l'un des plus 
anciens et des plus fermes champions des 
idées romaines. Il laisse 175 mandements on 
lettres pastorales d'une graniie valeur. 

Il est mort récemment à Tours un autre 
grand serviteur de Dieu, M. Dupont, bien 
"•on nu par sa dévotion à la Sainte-Face et son 
iiiéiiuisable générosité pour les bonnes œuvres. 
Lorsqu'il alla s'établir à Tours, il possédait 
une fortune évaluée a 800,000 francs ; en mou- 
rant, elle n'était plus que d'environ 200,000 
francs. Tous les revenus et 600,000 francs du 
capital s'étaient dune écoulés es libéralités 
chrétiennes. 

Sou salon, qui lui servait d'oratoire, vient 
«l'elre transformé en chapelle. On y ajouté sa 
salle à manger en abattant le mur de sépara- 
tion. Ce nouveau sani;tuaire a été inauguré, 
sous le nom de la Sainte-Face, par Mgr l'ar- 
chevêque de Tours lui-même, qui a voulu y 
dire le premier la sainte messe. Il doit deve- 
nir le centre d'une archiconfrérie destinée à 
faire réparation. En tète des noms des nombres 
de la nouvelle œuvre se lisent ceux de Pie IX 
et de Mgr l'archevêque. 

La Semaine religieuse de Tours donne de la 
nouvelle chapelle la description suivante : 

« L'austère et pourtant gracieux autel, avec 
l'élégant baldaquin qui le surmonte, recouvre 
le marbre de la cheminée et la dalle où tant 
de fois l'homme de Dieu s'est agenouillé et a 
prié au milieu des pèlerins venus de toutes 
parts pour honorer la Sainte-Face. La pré- 
cieuse et célèbre image est elle-même suspendue 
à gauche dans la même place qu'autrefois, avec 
la lauipe allumée, et entourée, comme d'une 
couronne, de nombreux ex-voto. Au-dessus 
est le fiU3-sia)ile de l'inscription de la vraie 
crois. A ilroiie de l'autel se déploie, troué de 
halles et ensanglanté, le glorieux drapeau du 
Saiié-Cœur de Patay, que le général de Cha- 
rctie avait envoyé fa veille (de l'inauguration 
de la chapi'lle) (lour enrichir à jamais le lieu 
même où li l'avait reçu (en 1870). 

» Tout autour de l'enceinte, à l'instar de ce 
qu'on voit à Home dans les petites chapelles 
dites '■'■ chambres de saint Ignace ou chambres 
de sainte Philippe de Néri, » sont peintes sur 



la muraille des sentenc*;s, de pieuses inscrip- 
tions rappelant les actions et les vertus du ser- 
viteur de Dieu. 

» A l'entrée, sur un des panneaux de la 
porte, on lit eu lettres d'or : /ci la sainte Face 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ a été publique- 
ment exposée et honorée en toutes manières par un 
fervent serviteur de Dieu, mort en odeur de saiit' 
télé le 18 mars 1876. En haut, comme frontis- 
pice, on a, avec les armes du Carme I, peint et 
gravé ces mots : Samctissima faciès Christi 
Jesd. 

« Puis, ce qui parle encore plus vivement aux 
yeux et au cœur, on voit, dispo-sés également 
tout autour de l'enceinte, de nombreux ex-voto, 
composés de bâtons et de héquilles de toutes 
sortes, offrandes des boiteux et des infirmes, 
témoignage irrécusable des grâces miraculeuses 
obtenues par les onctions de l'huile de la sainte 
Face. 

« C'est an milieu de ces souvenirs, continue 
la feuille tourangelle, dans cette atmosphère, 
pour ainsi dire, tout imprégnée d'un parfum 
surnaturel et céleste, que Monseigneur à célé- 
bré la messe et distribué la communion. 

V Combien elle a dû tressailliir de joie, l'àme 
du pieux défunt, de celui que nous appeb>n,« 
« le saint homme de Tours, » en voyant, du 
haut du ciel, Notre-Sei;;neur descendre lui- 
même dans sa maison, s'immoler et s'offrir sur 
ce petit autel, se reposer et s'enfermer dans un 
tabernacle situé là où lui-même l'a tant de fois 
invoqué, se donner en nourriture à des âmes 
ferventes et amies à une sainte table précisé- 
ment fixée à l'endroit où, assis à son bureau, il 
écrivait jour et nuit des demandes de prières 
ou des lettres de consolation et de piété I... » 
M. le chanoine Janvier, doyen du chapitre, 
a été chargé, par Mgr l'archevêque, d'écrire la 
vie du vénéré serviteur de Dieu. 

De grandes fêles religieuses continuent d'é- 
lever vers Dieu les cœurs sur tous les points de 
la France. Quelques mots seulement de deux de 
ces solennités. 

Pendant leur séjour à Avignon, les Papes 
accordèrent à cette ville la faveur d'un Jubilé 
spécial, qui se célèbre tous les ving^-cinq ans, 
et se termine par une procession du très-saint 
Sacrement. Cette fête a été célébrée le 9 de ce 
mois. « Jamais, disent dans leur atlresse au 
Souverain-Pontife les évèques qui yassistèrent, 
jamais, |ieut-être, fête n'a été plus belle. » Les 
rues n'étaieul plus des rues, c'étaient des 
églises; mais des églises ayant chacune -un 
, ulel et un autel majestueux, mais des églises 
au sol jonché de fleurs, aux murs couverts des 
plus élégantes tapisseries. La population de Is 
ville était triplée, et cependant tout s'est passé 
avec le calme le plus parfait. Ce qui a fait 1« 



m9 



LA SEMAINE DU CLF.P.GE 



cacliet parliculier de la procession, ce sont les 
jiéuileiils, avec leur costume gris en foi me de 
tac, qui les enveloppe de la tête aax pieds. Ces 
pénitents ne sont autre chose que les meiiiures 
d'une confrérie. La plupart étaient d'Avignon, 
mais il en était aussi venu beaucoup des loca- 
lités voisines et même de plusieurs villes éloi- 

CD66S* 

Le dimanche 23 jnilltit, l'antique cité de Vé- 
zelay, au diocèse ilc Scus, célébrait le retour 
d'une relique de sa patronne, sainte Madeleine, 
qui se trouvait depuis plusieurs siècles dans le 
trésor de la cathé.lrale de Sens. Cette relique 
avait été olfertp par les moines de Vézelay, en 
liSl , au pape Martin i V, qui lui-même en avait 
fait don à la cathédrale métropolitaine. Ce qui 
restait à Vézelay des reliques de sainte Made- 
leine ayant été profané et dispersé lors de la 
Révolution, Mgr Bernadou, archevêque de Sens, 
résolut de rendre à Vézelay la relique que pos- 
sédait se cathédrale, et c'est à l'occasion de ce 
retour qu'eurent lieu les fêtes du 23. NN. SS. 
Dubreuil, archevêque d'Avignon, et de Ladoue, 
Meignan, Coriet, évêjues de Nevers, de Châ- 
ions et de Troyes, répondant à l'invitation de 
l'archevêque de Sens, étaient venus rehausser 
cette solennité par l'éclat de leur présence. 
Malgré la circonstance du dimanche, deux 
cents prêtres au moins avaient aussi pu s'y 
rendre. Quant à )a foule des pèlerins, elle 
«tait innombrable, encore qu'on fût au milieu 
des travaux de la moisson et que la chaleur lût 
presque insupportable. Beaucoup de fidèles 
s'approchèrent le matin de la sainte Table. A 
dix heures, Mgr l'archevêque d'Avignon célébra 
pontificalement la messe, et le soir, après le 
chaut des vêpres, Mgr i'évèque de Troyes parla 
avec tant d'éloquence sur la divinité de l'E- 
glise, qu'il souleva lesapiilaudissements de son 
immense auditoire. Ensuite, on porta proces- 
sionnellement la relique de sainte Madeleine 
par toutes les rues de la ville, et la fête se ter- 
mina par la bénédiction solennelle de tous les 
évèques réunis. 

Mais le grand événement de cette dernière 
huitaine, c'est le rejet par le Sénat du projet 
de loi Waddington, concernant la collation oes 
grailes. Ce projet de loi ne tendait à rien moins, 
ou le suit, i|u'u friipper au cœur la loi de l'an 
dernier sur hi liberté de l'enseignement supé- 
rieur, en su[quimant le jury mixte. Déjà la 
Chambre îles députés l'avait volé à une grande 
majorité, après une seule lecture et de rapides 
débats. Le Sénat l'a rejeté à une majorité de 
cinq voix. La bataille qui a précédé te vole a 
duré plusieurs jours, etoll're un grand intéiêt, 
encore que la question ait déjà élé traitée à 
fond l'an dernier. C'est pourquoi nous eu don- 
■ nerons prochainement le résumé. 



Italie. — Le nouveau minitère italien n'est 
couniosé, on le sait, que de sectaiies, francs- 
maçons ou carbonari. I.a guerre contre l'Eglise 
va donc être poussée avec une nouvelle vigueur. 
On a vu plus haut comment, sous son patro- 
nage, est travaillée la population romaine. Dans 
la sphère administrative, l'objectif des ministres 
n'est pas moins visible. Celui des eulles, l'avo- 
cat Mancini, a dernièrement envoyé à tous les 
préfets du royaume une circulaire pour inter- 
dire, sous les peines les plus sévères, les pro- 
cessions religieu-rs. Il est vrai (pie des intruc- 
tions dans ce sens avaient déjà été piccédem- 
ment données; mais la piété despopulation* est 
telle encore qu'on n'avait pas juyé à propos 
de les exécuter rigoureusement. Cette lois, 
M. Mancini ne veut plus de ménfigcnienls. 

Le même Mancini ne se borne pas à interdire 
la voie publique aux catholiques, il aura l'œil 
ouvert sur ce qui pourra se passer dans les é;.;li- 
ses. Il vient de présenter au.x Chambres un jiro- 
jet de loi « pour la répression des aluis des 
ministres des cultes. » En voici le premier nr- 
ticle, qui est, à lui seul, toute la loi : « le minis- 
tre d'un culte qui, abusant des actes de son 
propre ministère, trouble la conscience publique 
ou la paix des familles, est puni par la prison 
pour la durée de quatre mois à deux ans, et par 
l'amende jusqu'à mille lires. » Quelle trou- 
vaille que cette phrase, (rouble de la conscience 
publique ou la paix des familles f Quel prêtre, en 
efi'et, ne poiirra-t-on pas accuser d'un délit si 
vaguement énoncé? M. Mancini a soutenu au 
Sénat les draits de l'athéisme; d'autres soutien- 
nent les droits du vice et de la débauche; le 
gouvernement pratique le vol, et il a des com- 
plices dans ses acheteurs; il y en a qui disent 
que la conf ssion trouble les familles; bref, 
toute fonction du prêtre peut, d'une manière 
ou d'autre, être accusée de troubler la cons- 
cience publique ou la paix des familles; il ne 
pourra donc ni confes-er, ni parler contre l'a- 
théisme, le vice, le vol et l,e recel, ni exercer 
aucune de ses fonctions, qu'au péril de sa li- 
berté et de sa bourse. 

De son côté, le ministre de l'intérieur, 
M. Nicotera, va lancer une circulaire sur la li- 
berté absolue des auberges et des débits de 
boissons. La licence pour le mal, l'oppression 
du bien, c'est toute la Révolution. Heureuse- 
ment que son triomphe ne peut être long, 
puisque pour elle triompher, c'est se luer. 

d'Hauterive. 



Tome VIII. — N» 42. Quatrième année. 



9 août 187G. 



SEMAINE DU CLERGÉ 



PrédicatloA 

PLftN D'HOWÉLIE SUR L'ÉVANGILE 

DU Xi' DI.MANCUE AmÈS LA PENTECOTE 

(St-Marc, cli., 7, v. 21-;i7.) 

Sur le délai (te la convorslon. 

Mes frères, par les cérémonies multiples dont 
le Sauveur environna le miracle que nous li- 
sons dans l'évangile de ce jour, Jésus-Christ 
voulait nous faire comprendre qu'il n'est pas 
de démon plus dangereux que celui qui nous 
ferme la bouche et nous empêche de découvrir 
les plaies de notre âme. Nul pécheur plus diffi- 
cile à convertir que celui qui est sourd à la voix 
de Dieu. Ah! que M'hommes endurcis, et sourds 
à cette divine parole qui les excite et les presse ! 
ils remeticnt coDtinuellement de travailler à la 
grande atfaire de leur salut. L'un dit : je le ferai 
un peu plus tard. L'autre : j'y penserai quand je 
ser.ii débarrassé de c-tle aËFaire importante. 
Celui-ci dit : j'y songerai sérieusement, quand 
je serai plus avancé en âge; cet autre allègue 
qu'il ne peut pas sitôt rompre les liens qui te 
retiennent. Ceiiendant )a mort frappe ses coups, 
et l'on parait devant Dieu. 

Je veux lâcher aujourd'hui d'ouvrir les oreil- 
les à ces sourds, et de leur faire entendre la 
voix de Dieu ; en leur disant que : 

1» Dieu leur fait de terribles menaces; 

2° Ces menaces ont leur exécution ; 

3" Il arrive un temps où Dieu, à son tour, est 
tourd aux prières de ceux gui ne l'ont pas écouté. 

]. — Alenares de Dieu. — Eu voici plusieurs 
qui sont bien capables d'épouvanter ceux qui 
diÛ'érent la grande affaire de leur conversion. 
D'abord, Dieu déclare qu'il se lasse de pardon- 
ner, et qu'il vient uo temps dans lequel il n'est 
disposé, ni à oublier les péchés des hommes, ni 
à leur en accorder la rémission. M:ii-i le Sei- 
gneur, dites-vous, est toujours prêt à pardon- 
ner. C'ett lui-même qui vous dit le contraire 
dans le prophète Isaï'^, et voici comment il s'en 
explique : Je me suis lu /usgu'à cette heure, je 
tuis demeuré dans te silence, mais maintenant je 
me ferai entendre, je détruirai tout, j'abîmerai 
fout (/s., xiai, V. 14). Vous voyez, par ces paro- 
les, que le Seigneur n'est pas toujours dans la 
même disposition d'exercer sa miséricorde. 
Cette doctrine est celle des saints pères, de saint 
Basile, de saint Jérôme, de saint Ainbroise, de 



saint Cyrillle d'Alexandrie, de saint Jean-Chry- 
sostome, de saint Augustin, et de beaucoup 
d'autres qui enseignent que Dieu a déterminé 
le nombre des péchés qu'il veut pardonner, 
passé lequel, il n'y a plus de pardon à espérer, 
car la mesure est comliie, dit saint Augustin : 
illud sentire nos convenit tamdiu unumquemgue a 
Dei patienlia suslineri, quo consummato, nullam 
illi veniam réservai i {De Vita Chrisli, c. m). 
Eusèbe de Césarée dit de même : D>us expectat 
usque ad certuni numerum, et postea deserit, 
(lib. VIII, c. II). Saint Liguori, cependant si 
bon et si indulj;ent pour les pécheurs, a con- 
sacré un sermon tout entier à développer cette 
doctrine. Et si ces Pères et ces docteurs se sont 
exprimés de la sorte, ce n'est qu'après avoir 
trouvé cette terrible vérité dans nos saints li- 
vres. En eil'et, Is;iïe ne dit-il pas encore : Cher- 
ehez le Seif/neur pendant qu'on peut le trouver 
{Is. Lv, V. 6)? Il y a donc un moment auquel 
on peut trouver le Seigneur, et un autr.i où on 
ne peut plus le trouver. Vous dites que vous 
pourrez toujours trouver le Seigneur : le pro- 
phète vous dit que vous vous trompez, et qu'il 
viendra un temps où vous ne le pourrez plus. 
Et cet autre texte si connu, n'est-il pas de na- 
ture à glacer d'épouvante : Je m'en vais, dit 
Jésus-Christ, vous me chercherez et vous mourrez 
dans votre péché; vous mourrez dans votre péché: 
c'est à quoi doivent s'attendre ceux qui irritent 
Dieu par de criminels délais; cela mérite qu'on 
y prenne garde. 

II. — Ces menaces ont leur exécution. — Ne 
faites point cette injure à la parole de Dieu, 
de dire que c'est une parole vaine, et qui n'a 
point Sun effet. 11 est vrai que quelquefois Dieu 
menace, et ses menaces ne sont point exécu- 
tées. Ainsi Dieu se servit du ministère de Jonas 
pour menacer les Ninivites. Il ordonna à ce 
prophète d'aller annoncer ces terribles paroles: 
Encore quarante jours, et Ninive sera détruite. 
Mais pourquoi la menace du Seigneur n'eut- 
elle point son effet? Vous le savez, c'est que 
Ninive fut docile à la voix de Jonas; par une 
prompte et sérieuse pénitence elle désarma le 
bras de Dieu. Dieu ne veut point la ruine et la 
destruction du pécheur, mais il demande sa 
pénitence et sa conversion. Il nous dit par la 
bouche d'un prophète : Je ne veux point la mort 
de l'impie, mais je veux que l'impie se convertisse, 
qu'il quitte sa mauvaise voie et qu'il vive. Coucxr- 
(issez-vous, quittez vos voies corrompues (1). Les 
1. Prov., I, T. 24. 



1316 



LA SEMAINE DU CLERGE 



menaces du Seigneur ont donc toujonrs leur 
efifet, mais seulement quand If pécheur ne 
change point. Le Seigneur dit : Retournez vers 
moi, et je retournerai vers vous (1). C'est donc 
une condition essentielle, pour que le Seigneur 
retourne vers nous, que nous retournions vers 
lui. 

111. — // arrive un temps où Bien, à son tour, 
est sourd aux prières de ceux gui ne l'ont pas 
écouté. — Dieu eu cela mit les lois de sa justice. 
Si cette vérité vous paraît difficile à croire, 
écoutez ces paroles. Voici comment 1- Seigneur 
s'exprime par la bouche du Sage : Parce que 
je vous ai appelés, et que vous n'avez point voulu 
m'écouter, que vous méprisez mes conseils, je me 
rirai df^ vous à votre mort. A lors ils m'invoqueront, 
et je ne les écoutei-tti point (-2). Voulez- vous en- 
tendre la même vérité confirmée par un pro- 
phète? Voici ce que dit Jérémie : Je ferai fondre 
sur eux des maux dont ils ne pourront sortir, ils 
crieront vers moi, et je ne les écouterai point (3.) 
Pécheurs impéuitents et obstinés, ne craignez- 
VDiis pa- que ces paroles ne se réalisenl pour 
vous? Dieu vous a appelés par des avertisse- 
ments, par de saintes inspirations, par des dis- 
grâces, par des maladies, par des séparations 
cruelles, par des morts inopinées. Le Seigneur 
vous a appelés ; qu'avez-vous répondu à la voix 
du Seigneur? vous y avez été insensibles, vous 
avez persévéré dans votre péché, vous n'arez 
point voulu travailler à vous corriger de vos 
mauvaises habitudes. Vous êtes donc de ceux 
que le Seigneur a appelés, et qui n'ont point 
voulu écouter. Méditez maintenant quelle est 
la punition de ce péché. La voici clairement 
exprimée dans ces paroles : Je ne vous écouterai 
point, je me rirai de vous, à votre mort. Mais, 
me direz-vous, comment se peut-il faire qu'un 
Dieu de miséricorde n'écoute point les prières 
qui lui sont adressées, un Dieu qui a dit qu'il 
exauce ceux qui crient vers lui? 11 est vrai que 
Dieu exauce ceux qui crient vers lui avec de 
saintes dispositions, Mais ceux qui remettent 
de jour en jour, ceux qui attendent à l'extré- 
mité, ceux qui ne reviennent à Dieu que quand 
ils ne peuvent pas faire autrement, ont-ils ces 
saintes dispositions? reviennent-ils à Dieu par 
amour, ont-ils la haine du péché, ou du moins 
ont-ils une ferme volonté d'abandonner le pé- 
ché? On le voit par expérience ; si le péril cesse, 
si leur santé se rétablit, ils retournent à leurs 
anciens dérèglements. Preuve certaine qu'ils 
n'étaient pas solidement convertis. Comment 
donc vouli z-vous que Dieu les exauce pendant 
que le péché est vivant dans leur cceur? 

N'alléguez point que Dieu a pardonné à des 
pécheurs qui ont vieilli dans le crime, il a par- 

1. Ezech., xxnn. ». 11.18. 31. — 2. Zachar., i, t. 3,4. 
S. Jérémie., xi, t. il 



donné à quelques-uns afin que le pécheur ne 
désespère pas; mais ce sont des coups delà 
giài-e rares et «lifticiles, sur lesquels on ne doit 
pas compter. Voudriez-vous vous jeter dans le 
feu, parce que les enfants de Babylone ont été 
au milieu de la fournaise ardente s;ms brûler? 
C'est pourquoi, mes frères, c'est aujourd'hui 
qu'il faut se convertir, parce que vous n'êtes 
p;is sûrs du lendemain. Faites pénitence pour 
fléchir la colère de votre juge justement irrité; 
afin que le Seigneur, apaisé par vos larmes, vous 
mette au rang de ceux dont les péchés sontefia- 
ces par le sang de l'agneau, et qui, étant revê- 
tus des mérites de Jésus-Christ, régneront avec 
lui dans l'éternité bienheureuse. Ainsi SDit-il, 

L'abbé d'Ezerville, 
Curé de Saint- VaJérien. 



INSTRUCTIONS FA.MIL fÉRES 
SUR LES GûiYllMi^OLiiitiitS Ût UIEU 

29» Instruction. 

TROISIÈME COMMANDE.MENT . 
3' Lnstmction. 

SUJET : Ce que nous devons éviter, ce que nous 
devons faire pour sanctifier le Dimanche. 

Texte. — Mémento ut diem sabbati sanctifiées. 
Les dimanches tu garderas en servant Dieu 
dévotement. — {Exode., chap. xx, vers. 8 et 
suiv.) 

E.xoRDE. — Déjà, mes frères, je vous ai parlé 
du repos du dimanche, et, dans ma première 
instruction sur ce troisième commandement, je 
vous ai montré les avantages que nos corps 
eux-mêmes retiraient de ce repos... Force, 
santé, vieillesse robuste, exempte d'infirmités, 
tels sont les heureux eflets que produit la 
cessation de nos travaux pendant le jour 
consacré au Seigneur... Failjlesse, maladies, 
forces brisées avant le temps, douleurs, infir- 
mités, vi-^illesse caduque et prématurée, tels 
sont, je l'ai dit, et l'expérience oe chaque jour 
nous le montre; tels sont les funestes résultats 
que produit sur nos corps un travail inces- 
sant... 

Dimanche dernier, j'ai essayé de vous mon- 
trer les désastreux eÔets causés par la profana- 
tion du dimanche : l'homme avili, oubliant son 
Dieu, sa dignité, sa noblesse, ses destinées im- 
mortelles, croupissant dans l'ignorance, se vau- 
trant peutrêtre dans le désordre; la famille dé- 
sunie et dissoute ; pins d autorité dans les pères, 
nul lespect, nulle soumission dans les enfanls. 
J'ai ajoulé que c'était celle même profanation 
publique et scandaleuse du jour consacré au 
Seigueur, qui avait attire sur notre mallieu- 



LA SEMAINE DU CLERGE 



1317 



rcuse patrie les malheurs que nous .ivons vus, 
sans parler de ceux i]ni n(n\< atleiiilent, si nous 
conlinuon< à jeter à lu Providence de l>ieu cet 
insiilent diMl. et à mci-nnnnitre ce commande- 
ment : Les dimanches lugardvras en. servant Dieu 
défotemenl. 

PiiorosiTioN. — Aujourd'hni je vais entrer 
dans ijucUjiii'S dofails. et vnns expliquer en peu 
de mol< ce que nous di'vons éviter, et ce que 
nous l'evous faire pour bien sanctifier le jour 
du Seigneur... 

Division. — Donc, premièrement, ce qui est 
défendu le dimanche ; secondement, ce qui nous 
est commandé, telles sont les deux considéra- 
lions sur lusqiîclles nous allons nous arrêter. 

Première pa>-tie. — Commençons par citer 
en entier le texte même du commandement 
divin, a Souviens-loi. dit le Seisrneur, de sanc- 
tifier le jour du Sabbat. Tu travailleras pendant 
les six jours qui sont consacrés à toutes tes 
œuvres. Mais le septième jour est le repos du 
Seigneur, ton Dieu. Ce jour-là, tu ne vaqueras 
à aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta iille, ni 
ton serviteur, ni ta sfrvante, ni l'animal do- 
mestique qui te sert, ni l'étranger à qui lu an- 
ras ouvert tés portes. Car le Seigneur a créé en 
en six jours le ciel, la terre, les mers avec tout 
ce qu'ils renferment, et il s'est reposé le sep- 
tième ; l'est pourquoi il a béni et sanctifié le 
jour du sabbat... » 

Pouvait-on- mes frères, s'erîprimer avec plu; 
d'énergie pour prescrire le repos du septième 
jour?... Mais que ^autil entendre par œuvre 
servile? Tous les travaux où le corps agit l'Ius 
que l'espiit.La culture des terres, faucher, mois- 
sonner, sarcler et une foule d'autres travaux se 
rapportant à l'agi icullnre. Bûcherons, maré- 
chaux, bonnetiers, charrons, menuisiers et une 
fiiule d'autres ;a-ofcssions, qu'il serait trop Long 
d'énumi'rer. ne doivent point être exercées le 
jour du dimanche... tt pourtant, frères bien ai- 
més, qu'il est bien loin d'en être ainsi!... Vaine- 
ment nous prolestons; vainement, du haut de 
cette chaire, nous insistons souvent sur celle vé- 
r:té,nos avis ne sontpoint entendus, nos paroles 
se perdent dans le vide: impossible de faire 
UQ pas, soit dans nos villages, soit au milieu 
de la campagne, sans voirie repos du,dimanche 
scandaleusement violé... 

Un jour de fête d'obligation ou bien un jour 
de dimanche, je ne sais plus lequel, nn saint 
religieux, que, depuis, l'Eglise a placé sur ses 
autels (1). aper<jul des ouvrier? qui coupaient 
du bois dans une lorèt voisine; emporté par 
son zéli-, il va droit à eux et leur reproche la 
faute qu'ils commettent en profanant ainsi le 

I. Le bieubeureux .\n<.'.e Masaccio, oananisé l< 22 avril 
1842, Conf, Gauiue. CiHéckmnt de versétératice. 



jour du Seigneur... Ces scélérats endurcis et 
furieux, au lieu de se rendre aux remontrances 
du saint, tombent sur lui avec leurs cognées et 
l'assassinent lâchement... Dieu, pour justifier 
le zèle de son serviteur, permit que le crime fût 
découvert et les meurtriers punis... On recueil- 
lit pieusement les restes mutilés du martyr, et 
de nombreux miracles s'opérèrent à son tom- 
beau... Bienheureux missionnaire, si vous re- 
veniez de notre temps, votre zèU- pour la sanc- 
tifi(uilion du dimanche trouverait largement à 
s'exercer ; vous verriez l'ouper du bois, piocher 
la terre, voiturcr des engrais; vous entendriez 
le bruit lie la lime et du marteau; sous vos 
yeux s'agiteraient, même à l'heure du saint sa- 
crifice, toute une fourmilière de travailleurs.. 
Devant un tel scandale, votre sainteté elle-même 
serait impuissante, et peut-être, subir.ez-vous 
un nouveau martyre... 

Mais est-il quelquefois permis de travailler le 
dimanche? Dieu, plein de bonté pour ses en- 
fants et compatissant à leurs besoins, permet 
de travailler quand il y a nécessite. C'est pour 
cette raison que Jésus-Christ excuse ses disci- 
ples qui, pressés par la faim, ramassaient des 
épis le jour du Sabbat... l'eut-ètre pourrait-on, 
par ce même motif, excuser certains pauvres 
qui, sans le travail du dimanche, ne pourraient 
subvenir a leurs besoins... Lorsque II' temps est 
douteux, la saison mauvaise, il est permis de 
soigner les fourrages, de rentrer les récoltes, 
qui, sans cela, seraientgravement conapromises. 
J'excuserais encore une mère qui, n'ayant pas 
d'h-abils de rechange à donner à ses enfants, 
laverait ou raccoœmoierait ceux dont ils doi- 
vent se vêtir le lendemain... Un accident arrive, 
il est permis de le réparer, s'il demande à l'être 
de suite ; un deuil imprévu survient, il est per- 
mis à une ouvrière d'- préparer, métue en tra- 
vaillant le dimanche, ce qui est nécessaire pour 
l'enterrement... Je ne puis entrer dans tous les 
détails, mais voici deux considérations qu'il ne 
faut point oublier. Premièrement, il est indis- 
pensable qu'il y ait une véritable uécessiié; 
dans le doute, on devrait consulter, comme le 
dit le catéchisme, ses supérieurs ecclésiasti- 
ques ; souvent l'intérêt nous aveugle, et nous 
montre une nécessité où elle n'est [las. Secon- 
dement, dans ces cas, la nécessité, quelle qu'elle 
soit, ne nous dispense point d'assister à a 
sainte messe... 

Il est une autre sorte d'œuvre servile, et dont 
on doit s'abstenir en tout temps, mais surtout 
le dimanche, si l'on veut réellement sanctifier 
ce saint jour. C'est le péché. Or, frères bien ai- 
més, n'est-ce pas précisément le dimanche que 
Dieu est le plus offensé. En quels jours les ca- 
barets sont-ils plus fréquentés? Et quels jours 



1318 



LA SEMAINE DU GLERGÊ 



se comiret-il plus d'extès? Quand donc, si ce 
n'est le dimanche, y a-t-il plus de médisances, 
de calomnies, de disputes, de querelles, de blas- 
phèmes... Le dinannclie, c'e?l le jour du Sei- 
gneur, et pourlanl, je le dis l'àme navrée, et le 
cœur rempli de doiih^ur, pour un trop grand 
nombre, c'est le jour de Satan. Voyez donc ces 
danses immodestes, ces jeux indécents; écoutez 
ci's chants impurs, ces propos libertins, je ne 
parle ni de ces rendez-vous secrets, ni de ces 
promena.li'S nocturnes, j'aurais trop à dire. 
Mais n'esl-il pastrop vrai que, pou'- plusieurs, le 
jour du Seigneur est devenu un jour conssacré 
à Satan, et aux plus vil^s passions. (■ Hélas 1 
s'écriait saint Augustin (I), il vaudrait mieux 
qu'il n'y eût plus île dimanches pour nous, et 
que tous ces jours fussent des jours de travail, 
que de les voir si honiblement prostitués au 
péché, que de voir en ces saints jours les chré- 
tiens s'abandonner corps et âme au libertinage 
et au désordre... » Inutile, mes frères, d'ajouter 
que ces divertissements dangereux, devenant si 
souvent nés occasions de péché, doivent être 
évités par quiconque veut sanctifier le diman- 
che. 

Seconde partie. — Voyons ce que nous de- 
vons faire, pour honorer dignement le jour du 
Seigneur; premièrement, c'est une obligation 
pour tout chrétien d'assister au saint sacriUce 
de la messe ; secondement, la sanctificalion de 
ce saint jour ne serait pas complète, si nous n'y 
joignions l'assistance aux autres offices et cer- 
tains exercices de piété. 

Déjà, mes frères, je vous ai parlé du saint 
sacrifice de la messe, je vous ai dit que c'était 
la continuation du sacrifice de la croix, l'acte 
de religion par excellence, le plus grand témoi- 
gnage de respect que nous puissions donner au 
Dieu suprême... En expliquant le premier com- 
mandement de l'Eglis"': Les dimanches messe en- 
tendras, je vous dirai avec quelles dispositions 
nous devons entendre la sainte messe (2). Au- 
jourd'hui, je me contente de vous dire que, 
sous peine de péché mortel, nous devons enten- 
dre la sainte messe chaque dimanche... Mais 
quelle messe devons-nous entendre?... Dans 
nos villages, cela ne souffre aucune difficulté; 
il n'y a qu'une seule messe, chantée et solen- 
nelle, où nous faisons les annonces, le prône, 
une courte instruction sur les vérités de notre 
saiule religion, c'est là ce qui constitue la 
naesse de paroisse, à laquelle nons devons as- 
sister de piéférence... Si j'avais à parler dans 
une paroisse de ville, où l'on célèbre plusieurs 

î. Confer Pelit$ aermoru. 

2. Jai cru ne pas devoir épuiser ici ce que je me pro- 
pose de dire sur la sanctification du dimanche. Les ins- 
tructions sur les deux premiers commandements de l'Eglis» 
combleront les lacune* que nous laissons à dessein. 



messes, je vous dirais : Ce sont de pauvres chré- 
tiens, ceux qui, pouvant faire autrement, sa 
contentent d'assister chaque dimanche, à mje 
messe basse... Et si je m'adressais ù lies lîlèlos 
que leur po.sition, leur fortune, le zèle qu'ils 
affichent, les œuvres dont ils font partie, met- 
tent en relief, je leur disais : — Vous êtes obli- 
gés, vous, pour donner l'édification, d'assister à 
la messe de paroisse; vous avez besoin d'enten- 
dre la parole de Dieu. — Mais j'ai des livres 
pieux, je suis instruit; d'ailleurs les prédica- 
teurs s'en tirent si mal, ils sont si peu inté.-es- 
sants! - Quoi! vous avez la foi, vous pratiquez 
peut-être, et vous osez tenir un pareil lan- 
gage!... Ah! vous avez besoin d'une leçon, mal- 
gré votre science, et moi, humble prêtre, au 
nom du Dieu que je représente dans cette 
chaire, je vais vous la donner... D'abord, une 
lecture ne vaut jamais un sermon. David iisail, 
sans doute, il avait, entre autres, le livre de la 
loi; et pourtant il demeurait dans Lî desordre, 
il fallut que leprophète Nathan, qui, sans doute, 
était moins instruit que ce prince, vînt lui faire 
un sermon pour le convertir... Quel que soit 
notre éloquence ou nos talents, des grâces par- 
ticulières sont attachées aux paroles que le 
moindre d'entre nous prononce du haut de 
cette chaire, qui ne s'appelle pa^ en v.iin la 
chaire de vérité... Non, aucune lecture ne sau- 
rait vous dispenser d'entendre les insti-uctio:)3 
du prôoe, lorsque vous pouvez le faiie... 

Pour se dispenser d'assister à la sainte messe, 
frères bien-aimés, on trouve mille prétextes 
plus frivole l'un, plus frivole l'autre. Je n'ai 
pas le temps... Vraimeut !... je vousdemandais 
l'autre jour si vous auriez le temps de mourir... 
Celui-là, il faudra bien le prendre, faites de 
même pour la sainte messe; croyez-moi, prenez 
le temps d'y assister... Mais l'été, il lait si chaud, 
l'hiver, il fait si froid !... Allons donc ! vaines 
raisons, venez, venez chaque dimanche à la 
messe, et si vous souffrez un peu, votre mérite 
sera plus grand... Mais j'habite si loin de l'é- 
glise, le temps n'est pas sûr, les chemins sont 
mauvais... Oh ! mes frères, comme nous som- 
mes lâches, quand il s'agit de servir Dieu, de 
travailler au salut de notre âme !... Si une fête, 
si une vente, si une transaction quelconque 
réclamait votre présence à une distance plus 
graude, et par un temps plus m^iuvais, lauiaia 
sur le cœur,dites-moi, en toute sincérité, ce que 
vous feriez, et votre réponse montrera assez la 
valeur de vos excuses... Les missionnaires ra- 
content souvent qu'ils ont vu de pauvres sau- 
vages faire dix, vingt lieues et davantageencore 
pour assister au saint sacrifice de la messe; et 
nous, lâches chrétiens, nous croyons qu'une 
distance de quelques pas, suffit pour nuus eu 
ilispenser... Que c'est triste 1... 



LA SEMAINE DU CLEUGÈ 



13I« 



Tenez, une histoire, tirée des Actes des mar- 
tyrs, v;i vous montrer qu'elle importance les 
premiers chrétiens attachaient à assister au 
saint sacrifice, le dimanche C'était sous le règne 
de l'empereur Dioclétieu, alors sévissait contre 
l'Eiîlise la plus violente, comme la plus longue 
des persécutions. C'étuil un jour de dimanche, 
une jeune vierge, appelée Anysia, traversait les 
Tues de Rome, recueillie et moilestcmcnt voi- 
lée... Un garde de l'empereur l'aperçut, devi- 
nant sans doute qu'elle était chrétienne, il s'a- 
vance au-devant d'elle... Arrête, lui dit-il, où 
vas-tii? Anysia craignant, à son ton, qu'il ne lui 
fît (|ueK)ue insulte, traça sur son front le si- 
gne de la croix... Irrité de ne recevoir que ce 
seul signe pour réponse, ht soldai insiste... Qui 
es-tu'? ou vas-tu ? Je suis une servante de Jé- 
sus-Christ, répondit la jeune vierge, et je vais 
à l'assemblée du Seigneur. — Je t'empêcherai 
bien d'y aller; tu vas venir sacrilier aux dieux; 
nous adorons aujourd'hui le soleil, lépartit le 
soldat... Il lui arracha en même temps le voile 
dont son visage était couvert. Anysia s'efforça 
de l'empêcher en lui soufflant au visage : Misé- 
rable, lui i!il-elle, Jésus-Christ te punira... Le 
soldat furieux tira son epée, et la lui plongea 
dans le cœur. La jeune vierge tomba baignée 
dans son sang, martyre de l'observation du di- 
manche; mais, tandis que son corps gisait sans 
vie, son âme couronnée de gloire allait adorer, 
sur l'autel -lu ciel, l'agneau que le prêtre im- 
molait sur l'autel de la terre... 

Frères bien-aimés, je remarque que, ayant 
insisté longuement sur l'assistance à la sainte 
messe, je ne puis traiter avec détail les autres 
exercices de piété auxquels nous devons nous 
livrer pour sani'tilîer, comme il convient, le 
saint jour du dimanche. Nous y reviendrons, 
quand j'expliquerai les commandements de l'E- 
glise; je me contente de vous dire en deux 
mots, que nous devons assister aux vêpres, au 
chapelet, aux autres exercices du soir. Sans 
doute, ils ne nous sont point imposés sous peine 
de péché mortel; mais si nous connaissons bien 
l'amour que le bon Dieu nous porte, nous ne 
liarderons pas avec lui pour lui témoigner no- 
tre amour et notre respect... 

Péroraison. — Je termine, mes frères, en 
insistant paiticulièrement sur la fuite de ces 
désordres, qui, plus que le travail encore, pro- 
fanent le jour du Seigneur... Nous lisons dans 
la vie de saint Etienne, évéque de Saint-Dié, 
qu'ayant trouvé son peuple livré au trafic, à 
diverses occupations défendues lejour du diman- 
che, il en gémissait profondément; mais ce qui 
attristait surtout son cœur, c'étaient les danses, 
les jeux, les divertissements dangereux pour 
les mœurs qui profanaient ce saint jour... Il 
prêchait à temps, à contre-temps sur cet impor- 



lan! sujet, sans obtenir de résultat; il demanda 
un miracle qui put ouvrir les yeux à ce peuple 
aveugle; il l'obtint.. Une foule de démons, 
excitateurs invisibles de ces spectacles dange- 
reux, de ces danses défendues, apparurent tout 
à coup aux yeux du peuple consterné... Il 
comprit alors la vérité des paroles du saint évé- 
que; un changement complet se produisit dans 
les mœurs; le dimanche fut désormais sanctifié. 
Fières bien-aimés, que nous aurions besoia 
anJDurd'hui, dans chaque paroisse, d'un pareil 
prodige I... Nous comprendrions alors comment 
le démon, sachant que le dimanche est un jour 
de grâce ec de salut, redouble ses eflorts pour 
nous (lorter à le profaner, et, éclairés par un 
reste de foi, nous prendrions la résolution de 
mieux sanctifier le jour du Seigneur, et d'ob- 
server avec plus de fidélité ce commandement : 
Les dimanches tu ganderus en seivant Dieu dévo- 
tement. Ainsi soit-il. 

L'abbé Lobrt, 

cdré de Vaacbassis. 



SUJET DE CIRCONSTANCE 

ftLLOCUTION POUR L'ADORATION PEaPEÏUELLE 

Bis es! panis qui de cœlo ilescendil, — 
C'est ici le pain descendu du ciel 
(St-Jean, c. vi). 

Ainsi, dans l'Evangile, le ditNutre-Seigneur, 
affirmant sa présence réelle sous les espèces 
eucharistiques; ainsi le constatent les saintes 
Ecritures; ainsi l'enseigne l'Eglise; ainsi nous 
le croyons tous. Cependant, à voir la conduite 
du grand uombre.ne semblerait-il pas qu'il en est 
autrement, cl que là, sur l'autel, n'est pas le 
pain ilesceudu du ciel? Hé quoil Que le Dieu 
de toute majesté, que le Tout-Puissant, que le 
Très-Haut soit ici au milieu de uous, et qu'on 
n'y pense pas, ou, que si l'on vient k lui, ce soit 
sans recueillement, sans prière! Que notre di- 
vin Rédempteur, notre juge soit ici présent, 
et qu'on ne songe ni à répondre à son amour 
ni a satisfaire à sa justice, est-ce possible? Ah! 
chrétiens, si le sacrement el votre conduite ne 
s'accordent pas ensemble, ce n'est pas la vérité 
du sacrement, c'est l'irréflexion de votre con- 
duite qui est à changer; car le sacrement, 
qu'on l'adore ou qu'on ne l'a'îore pas, reste 
toujours le même, tandis que toute insouciance 
à son égard ne peut que mener aux abimes, si 
elle ne se change ni en ferveur ni en fidélité. 
Or, justement, c'est pour nous rendre plus fer- 
vents et fidèles envers l'Eucharistie que c lie 
fête est instituée, profitous-en donc bien ; et, 
pour cela, rappelons-nous ce qui se passa lors- 
que Notre-Seigneur, proférant les paroles 



1320 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



mêmes de mon texte, ne faisait encore que 
promeUre cet adorable sacrement. 

Jésus-Christ était donc au milieu de sas apA- 
tres et de beaucoup de disciples et autres Juifs; 
voulant leur faire sentir le prix de la ci'l 'ste 
nourriture qu'il promettait, il leur dit : Vos 
pères ont mangé de la manne, et ils sonlm 'its; 
mais quiconque mangera ma chair et boira 
mon sang, vivra éternellement. En l'enten- 
dant aius'i parler, beaucoup de Juifs et rin'Tie 
de disciples le quittèrent, murmurant et -■ di- 
sant entre eux: Durm est hic sermo. Us i!i)u- 
vaient de telles paroles impossibles à croire, 
il les entendaient donc d'une vraie nourri- 
ture et d'un vrai breuvage ; si, en cela, ûa 
s'étaii'nt trompés, eumment Jésus-Christ ne 
les eût-il pas détrompés? Mais non, eut-il pu 
leur dire, vous faites erreur, dans le sacrement 
mon corps et mon sang ne seront qu'en fiL;ure;, 
pour les désnbuser, les retenir auprès de lui, 
il eût suffi de ce seul mot, et ce mot, quii lui 
eût dicté son amour de la vérité et sa tendresse 
pour ses disiiples, il ne l'a pas dit! C'est que 
ceux-ci ne s'abusaient pas, ne se trompaient 
pas; e'est que l'Embaristie devait contenir, 
non en figure, mais en toute réalité, le corps, 
le sang de Jésus-Christ. Or, c'est justement ce 
que nous croyons, et ici notre foi a pour_ ga- 
rant non-seulement ce que Dieu a dit, mais ce 
qu'il a fait dans celte mémorable circonstance 
de la promesse. 

Mais, va-t-on dire, si Jésus-Christ, rien qu'ea 
promettant son sacrement, se voyait déjà aban- 
donné debeaui'oiip, pourquoi donc l'a-t-il ins- 
titué? Et de fj.il. Seigneur, si telle est l'ingra- 
titude des hommes qusla faveur que vous leur 
di'Slinez, est autant au-dessus de leur bon vou- 
loir que de leur chétivité, ne la leur accorilez 
pas; et puisque les hommes sont tels qu'ils 
vous quittent par cela seul que vous voulez 
rester avec eux, n'y restez pas, délaissez-les, 
et alors ils ne vous délaisseront pas... — Ainsi 
eût pu penser tout autre que Jénis-Christ; mais 
lui, ce divin Sauveur, dans les ingratitudes et 
les abandons que devait lui attirer son sacre- 
ment, ne vit qu'un nouveau moyen, pour luii, 
de mieux nous térao; .çner sou amour, et, pour 
nous, de mieux lui prouver le nôtre. 

Sans doute, rien qu'en la promesse qu'il fai- 
sait de son sacrement, Jésus-Christ se voyait 
indignement méconnu, délaissé, et il savait 
qu'il le serait encore plus dans le sacrement 
lui-même; mais, en même terni, s, il savait que, 
dans la suite des siècles, si beaucoup le métonr 
naîtraient, le dédaigneraient, le blasphérae- 
raii^nt, lieaucoup d'autres l'accueilleraient, le 
recuercheraiiMit. l'adoreiaienl; et, comme l'a- 
mour n'est jamais plu>grand que lorsqu'il af- 
Ironte toute sorte de mépris et d'outrages ea 



vue de ceux qu li aime, plus Jésus-Christ s'cs- 
posait aux ingratitudes des impies pour rester 
auprès de ses fidèles, plus il témoignait d'ar 
mour envers ceux-ci. Oui, âmes fidèles, voub;z- 
vous savoir combien Jésus vous aime, comptez 
tous ceux qui ne l'aiment pas. 

Mais si l'ingratitude dont Jésus est ici l'ob- 
jet ne fut pour lui qu'un nouveau moyeu de 
djous témoigner sou amour, à plus forte raison 
est-elle pour nous un pressant motif de lui 
prouver le nôtie: c'est ce qu'ont bien comjiris 
les apôtres. Aussi, lorsque, au moment île la 
désertion de quelques disciples, le Seigneur, 
se tournant non sans tristesse vers ses douze 
apôtres, leur eut dit: « Et vous au?5i, voulez- 
vous me quitter? » tous aus.-iôt, par la bouche 
de Simon-Pierre, lui répondirent: Seisneiir, à 
qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie 
éternelle. — Jamais, ainsi qu'on peut le voir 
dans l'Evangile, les apôtres n'eurent pour Jésus 
des paroles plus chuleui'euses, plus aimantes; 
et pourquoi ? C'est que plus ils voyaient leur 
maître méconnu et blessé dans son amour par 
l'ingratitude des autres, plus ils se sentaient 
portés et se croyaient obligés à le dédommager 
par un généreux retour. le grand exemple 
pour nous tous ! 

Dans ce monde composé, comme il l'est, de 
fidèles et d'infidèles, de bons et de mauvais 
chrétiens, le Dieu de l'Eucharistie ne pouvait 
cesser d'être un objet de contradiction. Tou- 
jours et partout il devaits'en trouver, soit pour 
imiter les Juifs dans leur hiclie défection, soit 
pour imiter les apotrcs dans leur sincère dé- 
vouement. A chacun de voir de quel côté il 
veut se ranger. Du fond de son tabernacle, 
Notre-Seigneur est là qui vous dit : Vous, un 
tel, une telle, voulez-vous me quilt6r comme 
ceux-là, ou me suivre comme ceux-ci? — Cbré- 
tiiîns, je vou.s le demande, que répondez-vous à 
votre Maître? Tous, êtes- vous prêts a lui dire : 
Seigneur, à qui irions-nous? Vwus avez les pa- 
roles de vie. Oui, mes frères, si j'en crois vos 
cœurs, tous, vous répondez ainsi, comme les 
apôtres ; — fort bien ; mais pourvu que, comme 
eux aussi, à la vue de l'ingi^atitride do tant 
d'autres, vous redoubliez d'amour et de fidélité 
envers le très-suint Sacrement. 

Telles étaient vos dispositions, voyez les con- 
séquences : si vous ea rencontrez d'autres qui 
ne rendent aucun culte à la divine Eucharistie, 
ni par le recueillement à l'église, ni par la 
communion pascale, ni même par la sanctifica- 
tion du dimanche, s'ils vont jusqu'à aificher 
l'incrédulité ou une indifféienee pire que la 
haine, vous sera-ce une raison de faiblir 
dans votre foi? Tout au contraire, ce vous en 
sera une de vous y affirmer davantage, et de 
compenser, auprès du Sauveur, tantd'oulragca 



i.A sKwaiMt: 



Cl.IiUi»^ 



ic:t 



par i^Ii's (ra'nrniinns, tnnt île li.'iiner par pins 
d';tniiinr, l.inJ il'- M.i-iplirinijs par |liis ilo pro- 
le?iaUoiis i!i', fi''élil(>. 

I ciici.rr!. s'il cil est qui, mnl-iré un cr-rtaia 
e-pri! (le îcliiîi'in, ne voii^ spinhlfiit ni moins 
vauiiiMix, iti tnuir.s ;imliilioux, ni moins or- 
jnit'ilicux, ni iiioins- pm-lcs à s'txaupri'r leurs 
droils et oublier ceux lici autre-^ ; ilirez-vons: à 
qui)i bon la pii-lé? Non certes ! Mais d'anli^-s, 
seiii! vous, tout en se rnn'aut liilclcs ;i Jcsns- 
Christ, le serviraient :i:al; •lonc vnn?, par com- 
pensation, servez-le bii-n; servez-le, con-seule- 
ment en adorant ?a diviaiU'-, mais aussi en i:nf- 
tanl st'S vertus ; efforcez- vous d'avoir son is- 
prit cl*abnéi;alion et de chariti- ; soyez sév.'ces 
pour vous-mèmi-s, iiululgcn's pour lès autn's, 
justes et bons pour tous ; i-t alors, par voi ac- 
tions jilus encore ijue par Vos paroles, comme 
les apôtres, vous auiez dit : Sfij/neur, à qui 
ùimn-tious? — et fonn'mcnl attaclu'S à Jéfus- 
Ctiriât, vous aurez le vrai bonheur, qui est 
d'aller au ciel par celui qui en est descendu, 
et qui est ici pré^eut : IJic est panis, qui de cœlo 
deuendù. 

L'alibé PoiRET. 



Liturgie. 



LES LITANIES 

(11' article.) 
Vil. — f^s Litanies da Lorette. 

1* Nous avons traité jusqu'ici des litanie' 
liturgiques, c'est-à-'iire de celles que l'Eiilise 
a placées d;ins les livres proprement appelés 
lilurgiiiues. lin règle générale, comme nous le 
verrons, celles-là seulement sont autorisées 
pour les offices publics, et même il est interdit 
d'en réciter d'autres en particulier. Nous avons 
cependant à signaler deux exceptions touchant 
des litanies, extra-liturgiques, savoir celles de 
Lorette et celle du saint nom de Jésus. Les pre- 
mières sont approuvées d'uue manière généra e, 
pour toute l'Eglise, les autres ne le sont (lue 
par des induits pirticuliers et pour les lieux 
désignés dans ces induits. Et parce que les 
litanies de Lorette sont connues et dites en tout 
lieu, et que celtes du saint nom de Jésus ont 
été accordées de fait, à presque toutes les 
églises particulières, elles ont été insérées avec 
l'autorisation du Souverain -Pontife, dans le 
supplément ajouté récemment au Rituel romain, 
a&n que l'on soit assuré partout d'en avoir les 
textes authentiques. 

Nous parlerons d'abord des litanies de Lo- 
rette, parce- qu'elles ont sur les autres l'avan- 
tage de l'approbation générale. 



Les litanies de Lorette sont de* litanies de 
la sainte Vierge, ainsi appelées, parce qu'elles 
sont ciiantées depu s des siècles dans la sainte 
maison de Lorette, d'où elles se sont répandu*» 
dans toute la catliolifilé. 

L'origine des litanies de la sainte Vierge est 
assez obscure, ce (pii prouve qu'elles sont lort 
anciennes. On en j)eiit faire remonter la pre- 
mi're idée au moins jiis.|ii'à Seriiius 1", qui fut 
élavé sur la Gliaire pontilicale en l'an 087. Ou 
ctJiinaît plusintirs institutions liturgiques de ce 
pa[)e. Annstase !e Bib'.iotliécaire dit de lui : 
« Ce pape |;rcscrivil qu'au moment de la frac- 
tie;i du corps du Seigneur, le clergé et le 
peuple chanteraient : Agnus D<i, qui tollis 
P'crata niumli, miserere nobi'^. l\ orlonna au;sL 
que la litanie Sortirait) de Saint-Adrirnet ifue le 
peupie se réunirait à Sainte-Marie (majeure), 
les jours de l'Annonciation du Seigneur, de la 
Nativité et delà Dormition (ou Assom.ition) de 
sainte Marie, mère de Diiv.i et toujours Vie^^B, 
et de saint Siméon,. que les Gri'cs appellent 
Hypapaute (1) (la présentation de Noire-Sei- 
gneur). » Ce pontife établit ces proces-irius 
pour témoigner à la sainte Vierge sa reconnais- 
sance de la grâce insigne qu'elle lui av dt 
accordée en faisant évanouir une calomnie 
très-grave dirigée contre lui (:2). Nous avuns 
vu que, dans les textes semid ililes à celui- ■!. le 
mot litanie signifie propiement supplication 
publique et qu'il désigne encore la procoss'.o.T 
où se faisaient les supplications; mais nous 
savons aussi ifue, dans ces cirt^onstancos, les 
principales prière^ en usage étaient les ii voca- 
tions des saints, appelées pareillem nt lit mies. 
Il est donc à peu près certain que l'on chantait 
des litanies dans les processions ordonuées par 
le pape Sergius, aux fêtes delà sainte Vierge 
qui viennent d'èlre indiquées. Etait-ce les 
litanies ordinaires des saints, ou bien des 
litanies spéciales, composées en l'honneur de 
la mère de Dieu ? On est fondé à affirmer que 
les premières n'étaient pas omises, mais il est 
très-probable aussi, que des invocations ])arti- 
culiéres à la sainte Vierge, en l'honneur de qui 
se faisaient ces processions, y étaient ajoutées, 
ou bien, étaient chantées séparément, et de 
là a pu vpnir la pensée de dédier à la vierge 
Ml rie, des litanies spéciales, dans lesquelles 
furent énoncés symboliquement ou formelle- 
ment les litres et les prérogatives de cette 
auguste créature. A quelle époque ces litanies 
reçurent-elles la forme définitive qu'elles ont 
[irésentemenl ? Nous l'iguorons. Tout ce que 
l'on sait sur ce point, c'est qu'elles sont chan- 
tées depuis des siècles dans la sainte maison de 

i. Anastasius, De vilii Rom. Pont. Sergius, oum. t6i. 
Migne, Pair. lat. tom. GXXVUI^ col, 8â7 et 898. — 2. 
Baruti'aldi, Ad RUuaUrotn, com»ien(.,tit. LX.X1X, num- 10. 

T. VIIL N* 42. 



«322 



LA ShIMAINE DU CLERGR 



Lorette, où le Verbe s'est fait diair dans le 
très-cliaslc sein de la Vierge immaculée. 

Ces litanies, fixprimantia doctrine do l'Eglise, 
touchant la sainte VierRP. obtinrent Tapproba- 
tioD du Saint-Siège. L'abns 'ies litanies, qui se 
multipliaient à l'infini et dan- lesquelles pre- 
naient place loutPS les conceptions de l'esprit 
particulier, et toutes les imaginations de la dé- 
votion privée, rendit néoessaire l'intervention 
(It! l'autorité ecclésiastique, d'autant plus que 
l'on avait la prétention de ranger parmi les 
prières liturgiques les compositions faites en- 
deliors de toute régie, et ilans lesquelles on 
avait introduit des choses « ineptes, dange- 
n-iises et erronées.» La sacrée Congrégation de 
rin(|iiisitioii, spécialement autorisée par le 
pape Clément Vlli, interdit, par un décret 
général du 6 septembre 1601, l'usage de toutes 
litanies autres que celles de-^ saiuts, qui se 
trouvent dans le Bréviaire, le Missel, le Ponli- 
Ëcal et le Rituel. Une seule exception est faite 
en faveur tics litanies de Lorette. La Congiéga- 
tion lie rin lex, par un décret revêtu de l'appro- 
bation de Benoît XIII, le 2 septembre 1727, 
prescrivit la stricte observation du décret de 
rincpiisition, et di'clara que toutes litanies 
antres que celles mentionnées ci-dessus, qui 
n'auraient pas été approuvées par la Congré- 
gation des Rites, étaient prohikées sous les 
p;'iiics portées dans l'Index. 

'2° Parce que les litanies de Lorette ont été 
Ibimellement approuvées par le Saint-Siège, 
et que des litanies, même approuvées, dans 
le-quelles on introduirait des changements, 
didvent être considérées comme nouvelles, 
par application du décret précité, la Congré- 
gation des rites a défendu d'y faire aucune 
adililion sans son autorisation expresse. 

Tout d'abord, il est clair qu'on n'j' peul rien 
ajouter qui ne se rapporte pas à la sainte 
Vierge. Cependant «les prêtres et les élèves de 
l'église paroissiale de Saint-Jean-Bapti>te de 
la ville (le Raguse, au dioeè-e de Syracuse, 
adressèrent une supplique pnur obtenir la per- 
mission d'ajouter le nom de Saint-Jean-Bapliste 
aux litanies de la bienheureuse vierfj;e ilarie, 
qui sont récitées dans cette paroisse telles qu'on 
les chante dans la maison de Lorette. — La 
sacrée Congrégation des Rites a répondu : « Il 
n'est permis de rien ajouter aux litanies de la 
bienheureuse vierge Marie, mais ou doit les 
réciter absolument hlles qu'elles ont élé im- 
primées pour l<i maison de Lorette. — Le 
3 août 1631. 

On n'a pas davantage le droit d'insérer, sans 
induit, un titre appartenant à la sainte Vierge, 
même là où existe une confrérie érigée sous ce 
titre. Le prévôt de la collégiale de Taggio, au 
diocèse d'Albenga, en Piémont, proposa à la 



Congrégation des Rites la question suivante ; 
« 3° Peut-on, dans cette église, où est établie 
une association deNolre-Dame duMont-Carmel, 
ajouter à la tin des litanies : Sancta Maria de 
Monte Cnrmelo, comme on le fait dans les église 
des Carméliie-?» Il fut ré[iondu, le 24 juillet 
1681 : « Il n'est permis de rien ajouter aux lita- 
nies, à moins que l'on ne justifie d'un privilège 
ou d'une permission de la sacrée Congrégation 
des Rites.» L'exemple des cnrméli tes al légué dans 
la supplique n'avait d'ailleurs aucune valeur, 
ainsi qu'il lésulte d'une décision que Gardellini 
n'a point insérée dans sa collection, et dont 
voici le texte : c Urbis. Le procureur général 
du Carmel a fait instance pour obtenir qu'il 
puisse être ajouté aux litanies de la sainte 
Vierge. Mater et décor Carmcli. et ner/inn Car- 
melitarum,e\. la sacrée Congrégation a i époudu : 
« Rien à accorder. » — Le 20 novembre 
1628 (1). « Un déciet général du 3 avril 1821, 
dans lequel sont visées les litanies de Lorette, 
renouvelle la mèmedéfen'^e. Nonobstant toutes 
ces décisions, l'evèque de Robio, en Piémont, 
voulant régler ce point en synode, afin d'établir 
l'uniformité dans son diocèse, demanda : <; 3° Si, 
dans les litanies de Loiette. après Regina 
sanctorvm omnium, on peut ajouter ce verset: 
Maria advocutu noslra, ou quelque autre. » Le 
3 août 1839, la Conicié^ation répondit : IScga- 
taement, conformément au\ décrets précé- 
dents. » 

Ces défenses n'ont cependant pas été partout 
exactement respectées, et il n'est pas rare de 
rencontrer des livres de piété où l'on a main- 
tenu certaines additions illégitimes faites aux 
litanies de la sainte Vierge. Nous avons, en ce 
moment, sous la main le Manuel de piété à i'u- 
sage des séminaires, com^iosé spécialement pour 
les séminaires dirigés par les prêtres de la 
Congrégation de Saint Sulpice. Nous y lisons, 
dans les litanies de Lorette, avant l'invocation : 
Regiria sanctorum omnium, ce.\Xf autre: Heyina 
cleri. Assurément ce titre convient â la sainte 
mère du Prêtre éternel Jésus-Christ, et tous 
ceux qui portent le caractère sacerdotal, et 
même ceux qui se préparent à le le -evoir et 
sont encore dans les degrés intérieurs de la 
hiérarchie sacrée, ont une raison s; écinle de 
considérer Marie comme leur Reine. Mais, 
comme nous l'avons observé, il ne suffit pas ici 
qu'une idée soit bonne et conforme à la vraie 
dévotion, pour qu'on puisse de plein droit et 
par l'initiative privée l'introduire dans les for- 
mules saintes, consacrées par l'autorité de l'E- 
glise, qui en a fixé le texte. Si la vénérable 
société de Saint-Sulpice a fait approuver, 
comme on nous l'assure, par la Congrégation 
des Rites, cette insertion pour elle-même et 
pour les établissements qui lui sont confiés, 



L\ StMALNE DU CLEUCÉ 



IDîl 



nous n'iiiisilons pas à affirmer que cette inser- 
tion nu devrait pas se renconlrcr iloin un livre 
qui n'ert pas à l'usage excluï-if de la société et 
qui est ofiert à tous les séminaires indistinc- 
tement. Notre sentiment se trouvera conlirmé 
par une observation qui; nous aurons à taire 
plus loin, à propos il'nne :iulrc invocalinn ap- 
prouvée pour les diocèses qui en ont t'ait la 
demande. 

3° En interdisant toute addition aux lita- 
nies, le Saint-Siéjçe n'a |ras prétendu les im- 
mobiliser à tout jamais; il a pris seulement 
une mesure d'orire, pour maintenir l'nniié 
dans la prière publique et prévenir les écarts de 
la dévotion privée. Aussi, pour de graves rai- 
sons, quelques i.ivocallons, mais en fort |)etit 
nombre, ont été introduites successivement da.Ts 
les litanies de Lorelte, suit par le i>ouver:iiii- 
Poutife lui-même, soit par la Conâi-cga'ion des 
Ili es. 

L'histoire de la plus ancienne addition se 
trouve dans le décret suivant : ['/-bi^ tt stjtus 
ecclesiaslici : a Comme notre très-saint Seiunieur 
le Suuveraiu-Pontifê Pie Vil a fait l'expéiience 
du lrè--puissant secours de la bienheureuse 
vierge Marie dans les tribulations, chagrins et 
difficultés sans nombre qu'il a soufferts pen- 
dant une longue captivité de plus de cinq 
années, attribuant à l'intercession de la Mère 
de Dieu son heureux retour dans la ville sainte, 
d'où il avait été arraché, avant aj>pelé prés de 
lui le révércudissime cardinal Jules- .Marie de 
Somaglia, évèque de Tusculiim, son vicaire 
général à Kome et préfet de la Con^'ré;j;ation 
des Rites sacrés, il lui a fait c.uiuailr.j que, pour 
donner à la très-glorieuse Vierge un témoi- 
gnage perpétuel de sa reconnaissam-e pour le 
secours inespéré qu'elle lui a apporté, ainsi qu'à 
son peuple filèle, sou intention était qu'il tilt 
institué, en l'honneur delà bienheureuse Vierge, 
une felo [larticuiiére ilevant être célébrée à 
perpétuité le jour mémorable du -2i mai, mar- 
qué par son heureux retour sur le siège de 
Pierre. De plus, marchant sur les traces de son 

frédécesseur saint Pie V qui, en mémoire de 
insigne victoire remportée à Lépante, en Tan 
1571, sur les Turcs, par le secours de la Mère de 
Dieu, a ordonné d'insérer dans les litanies de 
Lorette ce nouveau litre : Auxilmm Chrisna- 
norum, il a résolu lui-même de décorer de ce 
titre la fêle nouvelle qui sera célébrée avec un 
office et une messe révisés par le même révé- 
rendissime cardinal préfet, par le R. P. André 
Cavalli, promoteur de la foi, et par moi soussi- 
gné asse.-seur de la sacrée Congrégation des 
Rites, lesquels seront récités et célébrés respec- 
tivement tant dans la ville de Rome que dans 
tout l'Etat ecclésiastique, sous le rite double- 



majeur, par tous les sécu.ïers et réguliers qui 
so;;t tenus aux heures canoniales. 

« El Sa Sainteté a ordonné d'ii-scrire ce dé- 
cret iiarini le< ;ictes de la Congrégilion des 
Rites Sacrés et de le publier, le 10 septembre 
1815. 

La seconde a-Miu^)!! fut f.iite on faven' ,\e la 
confrérie du Saint-Ros:iir'. Voiei les termes de 
la première conees-ion : « A l'inrtaace de Ja 
confrérie du très saint Rosaire de la ville de 
Fossombrone (Elat pontifical), la sacrée Con- 
grégation des Rites a émis l'avis suivant : IL 
faut tolérer l'usage île réciter le Saint-Rosaire 
av3C les litanies de la bienheureuse vierge Ma- 
rie et de dire à la fin des litanies Rcf/ina 

sscratissimi Rosarii, et elle a déclaré, en consé- 
quencu, qu'on ne peut l'empêcher. » Le 13 juil- 
let 1675. Il aétédeclaré postérieurement que la 
même faculté était laissée à toutes les confréries 
du Rosaire, canoniquement érigées en quelque 
lieu que ce soit. 

La troisième addition a pour but de célébrer 
et d'honorer le mystère de la Conception imma- 
culée de la très-sainte Vierge. Bien avant que 
le décret dogmatique du 8 décembre 183» eût 
été rendu sur celle question, le peuple chrétien 
se Irouvait pr? se de témoigner publiquement 
de quelque uianière sa croyance au privilège 
glorieux accordé i)ar Uieu à .Marie en vue de >a 
future qualité de Mère du Vi-rbe et par les mé- 
rites de Celui qui devait être son Fils. On célé- 
brait déjà dans l'Eglise la fête de la Con^'ep- 
tion; le Pape Benoit XIII avait permis d"en 
réciter l'office et d'en dire la messe dans les 
diverses contrées du saint empire romain, cha- 
que îame<li libre, et cette famllè avait été en- 
suite étendue à un grand nombre de dioi-èse 
par des concessions particulières. Pie IX, Is 
Pontife de l'Immaculée-Conception, avait subce 
tiluè, eu 1849. à l'ancien office un autre offise 
votif et une messe où la croyance de l'Eglise 
était trè>-expliciieraenl professée. On devait 
donc tout naturellement soiiliailer que la glo- 
rieuse prérogative de Marie fut affirmée dans 
les litanies de Lorelte, oii sont < numérés ses 
divers titres. L'empressement de la piélc fit 
oublier çà et là la règle absolue établie par l'E- 
glise en ce qui regarde les litanies, et on crut 
pouvoir se perm •lue. sans en demander l'au- 
lorisatiou au Saint Siège, de faire l'addition 
désirée. Des doutes furent soulevés sur la légi- 
timité de celle insertion. Nous trouvons, dans 
une série de questions po.~ées à la Congréga- 
tion des Rites, au nom des Clarisses de Marseille, 
et résolues le 7 septembre 1850, la suivante . 
« 8° Peuvent-elles ajouter aux litanies de Lo- 
rette cet éloge de la Mère de Dieu : Regina sine 
labe oriyinali concepla ? » Il fut répondu : « Cela 
n'est point peimissans un induit apostolique. ■ 



i324 



LA SEMAINE Fî] CLF.nCÉ 



On s'eraprrssa de toiiles parts de solliciter cct:c 
facullé, toutes les demandes furent favorable- 
ment accueillies et de fait, en vertu d'induits 
particuliers, la nouvelle iuvucation est partout 
cliautée ou réiilée. 

Quoique l'Eglise romaine n'ait pas encore 
sanctionné par uu décret général l'introduction 
de Oc!" invocation, elle s'est montrée, il y a 
longtemps d(^à, disposée à favoriser la dévo- 
tion des lidèles sur ce point. Des 066, le Saint- 
Siège permettait, pour l'Esjjaçne, d'ajouter une 
invocatiiin équivaleute. Cette concession fut 
ainsi loimulée : « Les pieuses et instantes priè- 
res du sércnissime roi d'Espagne ayant été 
jirésentées à notre très-saint seigneur le Pape 
Clément Xlll, par le R. P. don Azporu, minis- 
tre de Sa Majesté catholique, près le Saint- 
Siège, afin d'obtenir la faculté, pour ses 
royaumes et domaines, daos lesquels la bieii- 
heiircuse vierge Marie est honorée avec une 
particulière dévotion, comme patronne princi- 
pale, sous le titre du mystère de l'Iu;maci;lée- 
Couception, d'ajouter dans les litanii s dites de 
Lorette, que l'on récite tant en public qu'en 
pai ticulier, après le verset Mater interne/ a ta, 
cet autre A'ersel : Mater immacuh.'a ; Sa Sain- 
teté, après avoir entendu le révOrendissime car- 
dinal Ferroni. préfet de la s;icrée Congrégation 
ries Kites, et Chai !es-Alcxis Pis^mi, prou.ot. ur 
de la foi, et moi, fccrètaire soiissiiiiiè. prenant 
en considération les circonstances iiarticuiières 
alléguées, a bènignemi'nt ai cordé rul>jet de la 
demande à litre de grâce; a condition, toute- 
fois, que I'dq n'ajoutera rien autre chose, sans 
en avoir obtenu la faculté spéciale du Saint- 
S'ége apostolii]ue, aux mêmes litanies récitées 
en particulier ou en public : tontes l'ispositions 
contraires ne s'opposaut pas à l'efiet des pré- 
sentes, et surtout le décret du Pape Clé- 
ment VIII, de sL-'Ute uiémoire, auxquels, pour 
cette fois, Sa Sainteté veut qu'il soit dérogé 
dans le cas présent. — Le 12 septembre 
1766(1). » 

Nous ajouterons ici une observation impor- 
tante. De ce que, comme nous venons de le dire, 
on est autorisé partout aujourd'hui, du moins 
nous le pensons, eu vertu d'induits particu- 
liers, à dire l'invocation ilout il s'agit, il ne s'en- 
suit pas qu'il soit permis de l'imprimer indis- 
tinctement dans le corps des litanies, dans tous 
les livres oîi Ton donne placeà ces litanies. Elles 
ne sont ainsi licitement insérées que dans les 
livres qui sont à l'usage particulier des lieux 
qui ont obtenu cette concession. Dans tous les 
autres, il n'en peut être fait mention qu'en 
note. C'est ainsi que l'on a procédé dans le sup- 
plément ajouté au Rituel par la sacrée Congré- 
gation de la Propagande. Ou y a mis. après les 

1. Qardelliiii, X>ecr«/a md^entica S, fi. C. Diiui. 1J'J'.I. 



litanies de la sainte Vierge, la note suivante : 
« In dioecesibus pro qinbus adest apostoli- 
ci;m iniUiUiiîu lilaniis Lauietanis, yiost Hcgina 
saiictornm oinnimii, addi polrsl aliud ipsius 
Dci paras encominm : Regina sine labe origimti 
comc/ilii, ora pro nchis. » Il en devra être ainsi 
JDSijii'à i-e (ju'un lii'cret général, s'il doit être 
rendu qneli|ue jour, statue que cette invoca- 
tion devra faire désormais [uirtie du texte. 

On ne peut [i.is ;;j()ute!' à ces litanies des orai- 
sons non approuvées. C'est ce qui a (té décidé 
pour le diocèse de .Milan : « La congrégation 
dite du Passa(/e a coutume de réciter chaque 
dimanche, pour les agonisants, les litanies de 'a 
bienheureuse vicrgi; Marie, avec des oraisons 
q«i n'ont pas été approuvées par la sacrée Con- 
grégation des Kites. Elle demande instamment 
cu'il soit décliné s'il est permis de continuer cet 
usage ou s'il laut rinterdiri!. — La sacrée Con- 
gT(%'^ation a répondu : « Il faut l'inlerilire. » — 
Le 7 décembre 1641. 

Dans le supf>létn<!i!t du Rituel dont nous ve- 
nons de parier, les litanies sont suivies du 
ver.-et : O'u pro no!n<, sanc'a Dvi geuitrtx, et de 
l'oraison : Concède nos famuhs tuas, etc. 

Par rescrit du 20 juillet 1860, notre Saint- 
Père le Pape Pie IX a accordé une indulgence 
de trois cents jours à ceux qui, ayant récité les 
litanies de Lorette, y joindront l'invocation sui- 
vante : «Vierge immaculée, Marie, Mère de 
Dieu et notre SÏère, priez Jésus pour nous (1). a 

{A iuivre.) P. F. Ecaile. 

professeur de tliéologie 



JURISPRUDENCE CIVILE ECCLESIASTIQUE 

POLICE DU CULTE. 
Pouce du culte en général. — Troubles 

APPORTÉS A L'E.VEUCICE DU CULTE. — PrOCÉS-VER- 
BAXJX. 

{:^uitc.) 

Cinquième question. — Quels sont les moyens 
à prendre fiar un curé pour emiiêcher que des in- 
dividus qui stationnent, jjtndant la durée dts 
offices, soit à la porte de t'éf/lise, soit </an>' k cime- 
tière qui l'entoure, ne troublent l'exercice du ctctte 
par du tnuit ou des conversations ? 

R. — Voici ce que répond le Journal des Con- 
seils de fiilirique (2) : « Les moyens à prendre pour 
empêcher ces abus et ces scandales dillèrent 
selon le lieu où se tiennent les pei turbateurs. 
Si les personnes qui occasionnent le bruit sont 
placées au bas de l'egli.'e, sous le porche ou 
vestibule de l'église, sous le clucher ou dans 
quelque autre dépendance du temple, le curé, 

:. Rcoue de» scitncei ecci., sept. 1874. — 2. Ibid. 



LA SEMAINE bV CLERGÉ 



1325 



en verlu ilu droit de police quappai uiliearli, 
petil k's inviter à se taire ou à si; retirer et, à 
détaul, les faire cx()ulfer, soit par les serviteurs 
de l'église, le sacristain, le souiieur, etc., soit, 
s'il en est besoin, par la force publique que l'auto- 
rité civile locale devra s'empresser de faire in- 
tervenir dés que le curé le demanilera. Si ces 
personnes n'entrent point dans l'cglise, mais si 
«Iles stationnent en-dcliois de son enceinte, 
devant la porte, ce qui arrive le plus fréquem- 
ment, il faut distinguer si le terrain sur lequel 
«lies se tiennenteslsusceptililed'èlre considéré 
comme une dépendance de l'église, ou s'il fait 
j>arlie du cimetière, ou si c'est simplement une 
place publiijue, ou un leriaia cmuinui.al. Si ce 
terrain est susceptible d'être l'onsidéré comme 
«ne dépendance de l'église, ce qui se deleiinine 
par sa nature, par son origine, par sou alfecta- 
tian, par les circonstances diverses des lieux et 
des faits, le curé est londc à y exercer les 
mêmes droits de police que dans l'intérieur de 
l'église. Il a donc à suivre la môme marche qui 
vient d'être indiquée. Si, au contraire, les indi- 
vidus, dont ou se plaint, se réunispeul sur un 
terrain qui n'est pas dépendance de l'église, 
mais dans le cinMîtière. sur une place publique 
ou un terrain communal, comme la police de 
ces divers lieux n'appartient pas au curé, mais 
à l'autorité municipale seule, le curé ne doit 
plus procéder de la même manière. H peut bien 
inviter, priei', exhorter à s'éloigner les impru- 
dents ijui dérangtjut ou tronblent les fidèles, 
mais il ne saurait les y contraindre directe- 
ment. Ce qu'il y a de mieux à faire dans ce der- 
nier cas, c'est de s'adresser au maire de la com- 
mune, et de lui demander de prendre un arrêté 
de police municipale qui défende de stationner, 
pendant la durée des ofliccs, dans le cimetière, 
sur la place ou le terrain communal, environ- 
nant l'église, d'y faire du bruit, etc., etc. 
Lorsque cet arrêté aura été pris et publié daus 
les formes légales, tous ceux qui y contrevien- 
dront devront être poursuivis devant le juge de 
paix et condamnes par ce magistrat à une 
amende de un à cinq francs et, en cas de ré- 
cidive, d'un emprisimnementdeun à trois jours. 
(Code pénal, art. 463, 471 et 4i4.) Si le maire, 
pour un motif (luelconque, refusait de faire 
droit à la demande formée par le pasteur, dans 
l'intérêt du culte et de l'ordre, il faudrait en 
appeler an préfet ilu département, qui invite- 
rait le maire à prendre l'arrêté sollicité et qui, 
an surplus, est également investi du pouvoir de 
prendre lui-même des arrêtés de police exécu- 
toires dans toutes les communes placées sous sa 
surveillance. (Loi du 18 juillet 1837, art. 9, 
eH5.) Enfin on pourrait encore rendre compte 
de l'état des choses à 1 évèquc du diocèse, qui 
iuserait s'il convient de réclamer aaprès des 



ministres de l'intérieur ni ilf;; miles, snpcrieurs 
hiérarchiques des maiics it préfets. D ms tous 
les cas, si l'incon vénienl devenait plus grave, 
si le bruit occasionné par les individus dont il 
s'agit devenait de nature à empêcher, à retar- 
der ou à interrompre les exercices du culte, il 
y aurait lieu de recourir à des moyens de ré- 
pression plus énergiques. Une plainte contre 
les auteurs de ces désordres et de ces troubles 
devrait être adressée au procureur de la Répu- 
blique près du tribunal de l'arrondissement, 
qui aurait à les pouisuivrejil'aprcs la nature 
des faits, conformément aux dispositions du 
Code pénal, d 

Sixième question. — Le maire a-l-il le droit 
de s'immiscer en quoi que ce soit dans les cérémo- 
nies du eu lie ? 

II. — La police du culte appartenant exclusi- 
vement au curé, nul autre que lui n'a le 
droit de donner ilcs ordres, pendant les offices, 
sans son consentement. « Les maires eux-mêmes, 
« disait le ministre des cultes dans une circu- 
• laire du 16 mars 1809, ne peuvent, dans Vé- 
« (jliie, exercer aucune autorité. » Le maire ou 
l'adjoint qui, pendant une procession ou un 
office quelconque se permettiait, sans motifs 
sérieux, d'occasionner du désDrdre, par ses pa- 
roles ou par ses actes, pourrait, à notre avis, 
être, selon les circonstances, poursuivi pour 
avoir empêché, retardé ou interrompu l'exer- 
cicR du culte, en vertu de l'article 261 du Code 
pénal. Il ne pourrait, en ce cas, se prévaloir de 
la loi du 16-2i août 1790, aux termes de la- 
quelle est confié à l'autorité municipale le main- 
tien du bon ordre dans les endroits où il se fait 
de grands rassemblements d'hommes. {Bulletin 
des lois civiles eccL, 1864, page 136. — Manuel 
pratique de droit civil eccl. par Campion, page 
298. — Circulaire ministérielle du iQmars 1809. 
— Gaubert, Traité sur la législation des Pompes 
funèbres, tome II, page 327.) 

Septième question. — Y a-t-il quelque moyen 
d'empêcher un ouorier quelconque travaillant chez 
lui. dans le voisinage de l'église, de troubler l'exer- 
cice du culte ? 

R. — Le droit de propriété est assurérai-nt 
fort respectable, mais il faut convenir qu'il peut 
avoir, dans certains cas, pour les églises, r'e 
graves inconvénients. Un ouvrier travaillant 
chez lui peut, par son bruit, troubler contiDuel- 
lement l'exercice du culte, et cependant il 
n'existe aucun moyen de le forcer à construire 
sa maison ailleurs, lorsque surtout celle-ci a été 
construite à une dislance de l'église qui est plus 
grande que la distance légale. Hàlons-nous 
d'ajouter que, si le droit de propriété du voisin 
s'oppose à ce que l'on puisse faire disparaître 
sa maison, le maire peut néanmoins en para- 
lyser les eilèts pendant certains jours. 11 a le 



I3M 



LA S'iMAlNE DU CLEliiiE 



droit de prendre un arrêté pour en interdire 
l'ouverture les dimanches et jours de fête, pen- 
dant la durée des offices. Si le maire refusait 
d'an'omplir son devoir, il serait facile de l'y 
contraindre en s'adressant au préfet. Nous con- 
naissons un arrêt de la cour de Montpellier du 
2 décembre 1853, condamnant, pour IrouMcs 
apptirlés à l'exercice du culte, un brasseur qui 
avait affeclé de faire du bruit liims sa brasserie, 
située près de l'église, eu lebattant sps futailles 
pendant l'office. {Bulit/in des lois ciciles eccL, 
•1867, page 10!t — Ravelet, Code manuel des lois 
civiics f ..'./. . page 131. — Corbière. Le Droit privé, 
adiiiinistraei/ et /lultlic, tome I, page 2G6.) 

Huitième question. — Peut-on cor.fidérer un 
chemin, vne rue, une place publique, pendant le 
passage d'un enterrement, d'une pivcefsion quel- 
conque, comme lieu servant actuellemei.-t à l'exer- 
cice du culte ? 

R. — L'affirmative n'e?t pas douteuse. D;ins 
les cérémonies qui se pratiquent au-d^■hors de 
l'église, le curé est fondé à exercer la même 
surveillance et les mêmes attributions de police 
qu'au dedans. Il aurait le droit, par exemple, 
dans une procession, de repousser les individus 
qui chercheraient à en arrêter la marche ou à 
se mêler à ses rangs ; mais il ne pourrait les 
forcer à se retirer de la rue que la procession 
traverserait. Quant à ceux qui retanleraieiit, 
empêcheraient ou interrompraient l'exercice du 
culte pendant une cérémonie extérieuie quel- 
conque, il est hors de doute qu'ils se tendraient 
passibles des peines énoncées par larlicle 261 
du Code pénal. Cette doctrine a été confirmée 
par un grand nombre d'arrêts rendus par divers 
tribunaux. {Tribunal de Bourg, 26 ooûl 1842; 
— Tribunal d'Etampes, 22 juin 1831 ; — Tribu- 
nai de Tcurnoy, 2 août 1862; — Cour de Tou- 
louse, 1 1 noiembre 1834 ; — Cour de Paris, 
28 août 1846.) Nous nous contenterons de re- 
produire ici les motifs du jugement rendu par 
le tribunal correctionnel d'Etampes. 

M Le tribunal 

o Attendu que ces faits (1) constituent le 
« délit prévu par l'art. 261 du Code pénal ap- 
« plicable à l'espèce, puisque, d'après les termes 
a formels de la charte de 1830 et de la loi du 
« 18 germinal an X l'exercice du culte catho- 
« lique peut être public, dans les lieux où il 
« n'existe pas de temples dissidents; que les 
« processions extérieures font partie du culte 
« cathnlique, et que le lieu où elles i)a?sent 
i( doit être considéré, aux termes de l'art. 261, 
« comme servant actuellement à l'exercice du 
« culte; 

« Attendu que la conduite de linculpé pré- 
« sente des circonstances atténuantes qui aulo- 
ff risent à invoquer en sa faveur les dispositions 
I de l'art. 463 ; 



« Par ces motifs, le tribunal déclare L... con- 
« pable d'un trouble qui a interrompu la pro- 
« cession de la paroisse de Notre-Dame tTE- 
« lampes, dans un lieu servant actuellement à 
« l'exercice du culte catholique, mais avec cir- 
constanies attpnuantes, délit prévu par les 
« art. 261 et 262 du Code pénal; 

« Appiii]uanl à L... les dispositions de ces 
« articles, le condamnée seize francs d'amende 
« et aux frais. » 

Le lecteur pourra consulter sur cette ques- 
tion ; le Code alphabétique, etc., de Mgr André, 
tome IV, piige 101 ; V Encyclopédie des Conseils de 
fabrique . par Bost, page 664; le Code manuel des 
lois ririles eccL, par Armand Ruvelet,page 131 ; 
le Journal des Conseils de fabrique, années 183-5 
et I8il; etc., etc. 

(A suivre.) H. Fédou, 

curé de Labastidette {diocèse de Toulouse). 



Patrologio. 

SYMBOLISME 

VIII. — l'église constat»: elle-mêjie la réalité 

DE SES INSTITUTIONS MYSTIQUES (suite et fin). 

V. Les principes liturgiques, déposés dans 
les sacrements de l'Eglise, dans les lettres des 
papes, dans les actes des conciles, dans les ho- 
méhes des Pères, n'auraient-ils pas été recueil- 
lis et mis en ordre par la science de nos doc- 
teurs? Avons-nous une école traditionnelle 
pour le symbolisme ecclésiastique, comme nous 
en voyous une pour le mysticisme divin? Quelle 
est l'origine de cette inslilution? Quels furent 
ses progrès à travers les siècles? Quelle in- 
fluence ont exercée ses enseignements? Con- 
naissons-nous les principaux maîtres litur- 
gistes? Pouvons-nous découvrir le secret de 
leur méthode? Quels ouvrages didactiques 
nous ont-ils laissés sur les matières qui fai- 
saient l'objet de leurs veilles et de leurs tra- 
vaux? 

Le premier type do la liturgie, et même 
d'une liturgie qui n'était point sans éclat, se 
trouve dans les tableaux mystérieux de l'Apo- 
calypse. Saint Jean voulut-il représenter la 
gloire éternelle sous les traits de l'Eglise; ou 
bien fit-il descendre du ciel l'image de la célé- 
bration de nos mystères? peu nous importe; il 
nous suffira de constater que la science litur- 
gique repose sur la fondation des Apôtres, et 
par là même de Jésus-Christ. L'évangéliste 
nous rapporte donc une vision qu'il eut le di- 
mancbe, jour auquel les fidèles se réunissaient 
j»our participer aux mystères (\poc., i, 10). 11 



LA SEMAINR DU CLEKGÉ 



■...ri 



nous Tait le Inblean d'une assemblée à laquelle 
préside un vénérable pontife, assis sur un trône, 
et environné de vini^l-(]ualie vieillards ou prê- 
tres (Iljid., IV, 2 3 et 4). Nous y voyons des 
liabits sacerd'it.uix, des robes blanches, des 
toinliircs, il'js ci)U"i)nnns, des iastrumînts du 
tuile diviu, un aul','l, des chandeliers, des en- 
censoirs, un livre scellé (Ibiil., v, 1). Il y est 
Sarlé d'hymnes, de canlii]ue«, d'une source 
'eau qui donne la vie (Ibid., v, 11,12 — vu, 
17). Devant le trône, et au milieu des prêtres 
est un agneau, en état de victime, et que l'on 
adore comme Dieu. C'est donc un sacrifice oii 
Jésus-Christ est présent; s'il y est en état de 
victime, il faut qu'il en soit le pontife princi- 
pal (Ibid., v, 6, il et 12). Sous l'autel sont les 
martyrs (jui demandent vengeance de leur 
sang (Ibid., v, 9 et 10); on sait que l'usage de 
J'Egiise primitive était d'offrir les saints mys- 
tères sur le tombeau et les reliques des martyrs. 
Un ange présente à Dieu de l'encens ; et il est 
dit que c'e^t l'emblème des prières des .«aints, 
ou des fidèles (Ibid., viii, 2). 

L'un des plus illustres disciple- de saint Paul, 
Denys l'Aréopagile, ne t.ird.i nuère à revêtir 
nos formes litnr,.;ique3 des gloires de sa haute 
yphilosophie. Son livre de la Hiérarchie ecclé- 
\iastique roule en entier sur la né'-essité, la con- 
Bi issance et les fruits des symboles de l'Eglise, 
c Aux anges, purs esprits, suffit l'intellection 
pure; les iiommes, esprits em[trisonnés dans 
des Corps, seront élevés à la contemplation des 
choses saintes p;ir des images sensibles, par de 
grossiers symboles. C'est pourquoi, dans son 
essence, sa force intime et sou but, notre hié- 
rarchie est revêtue de formes extérieures, et 
s'applique tt s'exerce corporellement d'une 
manière palpable. Les sacrements, parles(}uels, 
sont établis, mainti'uus, «ivifiés, les ordres di- 
vers de la hiérarchie ecclésiastique, portent 
donc un double caractère à la fois esprit et ma- 
tière, figure et réalité. Mais le monde supérieur 
projette sa lumière sur le monde inférieur, et 
il y a, dans les choses qui apparaissent, comme 
un \erli;:e des choses purement intelligildes. 
Ainsi les rites usités dans les sacrements sont 
remplis île pieuses leçons, et un des devoirs et 
des serrets «le la foi, c'est d'étudier le divin 
dans l'huiuain, l'incréé dans le créé, l'unité 
dans la multiplicité. Toute recherche touchant 
les s;u'.remenls comprend trois points : le pre- 
mier consiste à découvrir la raison des sacre- 
ments et comment il se lie à l'ensemble de nos 
doctrines; le deuxième décrit les cérémonies 
variées et les rites avec lesquels le sacrement 
•'opère; le troisième, enfin, exprime le sens 
mystérieux des pratiques usitées dans l'admi- 
nistration des choses saiutes... Les symboles, 
•uus les.'juels sont départis les noms divins, ont 



une merveilleuse analogie avec les eflets que 
nous espérons des divers sacrements; l'intelli- 
gence est réjouie et consolée, quand elle entre- 
voit ces admirables rapports; la liiinicre re- 
tombe en flots d'amour sur le cœur q^ii entre 
dans de saints tressaillements. Sous celte dou- 
ble influence, la nature humaine se perfec- 
tionne en remontant ver.i Dieu, (]ui, ainsi, spi- 
ritualise la matirre, divinise l'esprit et se re- 
trouve tout en tous. » Telle est l'analyse que 
nous donne de la hiérarchie ecclésiastique, 
Mgr Darboy, d'abord traducteur, puis héritier 
du siège et des palmes de saint Denys l'Aréo- 
pagite. 

Sur la fin du vi' siècle, saint Maxime, abbé 
de Chrysopolis, montait sur la chaire liturgi- 
que de saint Denys, et composa la Mystagogie^ 
livre où sont ex|iliqués les signes qui se font à 
l'église, pendant la célébrai ion des divins mys- 
tères. La critique littéraire du xviii* siècle dé- 
couvrit, non sans peine, que b's explications 
de la mystagogie ont un caractère symbolique. 
Effectivement, il est bien regrettable de trou- 
ver de l'allégorie dans un ouvrage qui s'oc- 
cupe de mysticisme, ainsi que so:i titre même 
nous le fait voir. .Mais un ami de saint Maxime 
ne nourrissait pas, coutre les symboles ecclé- 
siastiques, autant rie haine que les savants 
d'aujourd'hui, il demanila donc à son maître 
un exposé logique et traditionnel sur l'Eglise 
et ses sacrements. L'abbé de Chrysopolis, avec 
cette plume théologique qui perça le^ mono- 
thélites de son temps, voulut bien satisfaire à 
la demande de son disciple, mais à la condition 
expresse qu'il n'avancerait rien de lui-même ce 
se ferait uniquement l'interprète de saint De- 
nys l'Aréopagitc, d'un vénérable vieillard qu'il 
avait entendu parler sur cette matière, et d'au- 
tres hommes initiés à la science du spirituel. 
Après avoir démontré que l'Eglise est une 
image de Dieu et de l'homme; que l'homme, à 
son tour, est une figure de f'Eglise et du 
monde, l'auteur entreprend un commentaire 
sur la messe. Il parle de l'introït, de la lecture 
des livres saints, du chant des cantiques et des 
psaumes, de la paix que l'évèque offrait aux 
fidèles, de l'évangile, du baiser de paix que se 
donnaient les chrétiens, de la récitation du 
symbole, du trisagion, de l'oraison dominicale, 
de l'exclamation que tout le peuple faisait à la 
fin de la messe : Un saint, un Seigneur! Il ex- 
plique mystiquement ces cérémonies, et même 
l'usage de fermer les portes du temple, lors- 
qu'après la lecture de l'évangile, on en avait 
fait sortir les catéchumènes et les profanes.. 
Avant de terminer son explication, Maxime 
avoue modestement l'insuttisance de ses mé- 
rites, et regrette de n'avoir pu se placer à la. 
hauteur de la Hiérarchie ecclésiastique, q'/»"'! 
regai de comme inspirée de Dieu. 



1338 



.■\ sLMAiNô iiu <;ij:k(;e 



Vu siècle plus lard, saint Germain, archevê- 
que de ConstaiiliDoplL'. réùigvait un livre iiili- 
luli' : Uisfuii-e t'cclésiasli'/ne et contemplai im spi- 
riludle. C'est une imilalioQ de la Alislngogie; 
mai- saint Germain élargit le ccrclo de Maxime. 
Ouliierexplieation delà messe, la Coiitemiila- 
tian spintucUc traite du l.a(>tème, du temple 
et de ses diverses parties, des vêtements sa- 
crés, et même de ( eux qui donnaient le si^oal 
des offices, à l'aide de morceaux de bois. L'ar- 
chevêque aime à véritier ses développements 
mystiiiues par la règle des saintes Ecritures; 
on voit cependant qu'il n'ignorait [loint h s se- 
crets de l'école liturgique, à laquelle il n'I.ésile 
pas à faire îles emprunts. 

En Occident, les études liturgiques ne for- 
ment d'abord que de faibles ruisseaux : nous 
voulons dire quelques essais particuliers sur 
les sacrements de l'Eglise comme le Baptême 
de Tertullien et les Mystères de saint Amhroise. 
Mais, au vu' siècle, la trailition symbolique de 
l'Eglise prend la majesté d'un fleuve qui, en 
traversant les âges, s'enrichit d'un grand nom- 
bre d'alflueuts. 

Le premier traité des Offifes ecclésiastiques 
remonte à saint Isidore de Séville; il est dédié 
à son disciple Fulgence. On voit que le saint 
docteur, connu, du reste, pour son caractère 
aussi se lieux que pratique, était bien éluigné 
de faire une œuvre de caprice et d'imagina- 
tion. Il savait qni^ les cérémonies usitées dans 
les offices de l'Eglisi^ r 'pnseot sur l'autorité des 
Ecritures, des traililions apostoliques et des 
coutumes de l'Kulisc nnivciselle: aussi se con- 
teute-l-il d'iinoqucr le témoignage des plus 
anciens auteurs, dont il cite toujours le sens 
et souvent même le texte, de manière à déga- 
ger entièiement sa responsabilité. Les olfices 
ecclésiastiques de saint Isidore se partagent en 
deux livres ; le premier passe en revue les élé- 
ments dont se composent les offices divins, les 
heures canoniales, la messe, les jours consacrés 
à Dieu, le jeune du (;;aréme et des Quatre- 
Temps ; le second livre est pour les personnes 
qui rendent hommage à Dieu, c'est-à-dire pour 
les clercs, les religieux et les fidèles. Le cha- 
pitre destiné aux clercs parle de l'évèque, du 
corévèque, du prêtre, du diacre, du sous-diacre, 
des lecteurs, des chantres, des exorcistes, des 
portiers. Saint Isidore divise les religieux en 
cénobites, ermites et anachorètes. A l'occasion 
des fidèles, il fait une mention spéciale des pé- 
nitents, des vierges, des veuves, des époux, 
des catéchumènes, des compétents, du sym- 
bole des a|i6tres, de la règle de foi, du bap- 
tême et de la confirmation. 

Amalaire de Metz n'eut pas, dans ses Offices 
ecciésiastiques,laLmèvae.releuue que saint Isidore; 
aussi provoqua-t-il la censure d'Agobard, ar- 



chevêque de Lyon, et de FI ••:»■;. tliacrc de !a 
même église. Rome, plus indulgente, lais_a 
.passer l'ouvrage, après ccrt..i;ies corrections; 
et la postérité .ne refusa ^jint sou estime à 
l'éciit litiiri;ii[iie du prè're de Metz. Celui-ci 
nourrissait depuis longtemps le désir de savoir 
ce qu'avaient au l'oud du creur tous les anciens 
régulateurs de nos saints otTices. Il consulta les 
i'ères de l'Eglise, dont ii intercala les textes 
dans ses livres, eu 1' s marquant d'une croix. 
Malgré toutes ces recherrii^s, Amalaire ne put 
trouver une répimse cali gorique à toutes les 
questions. Il se console néanmoins par la pen- 
sée que, s'il n'a pas toujours ilémèlé le vélî* 
table esprit des fondateurs de la liturgie, il M 
blesse nulle part les rèL;les de la chaiité chré- 
tienne. i< Or, dit saint Aui-ustin, quand une 
maxime est de nature à édilier la charité di- 
vine, serait-elle contraire ou étrangère à la 
pensée de l'auteur que l'on explique, que 
l'erreur n'aurait aucune suite mauvaise, et que 
le mensonge manquerait de base : car, pour 
mentir, il fauten avoir l'intention. » Les offices 
ecclésiastiques d'Amala'io se décomposent en 
quatre : Le premi-r explique l'ordre du temps, 
à partir du dimanche i!e la septuagésime jus- 
qu'après la Pentecôte ; le second examine 
les degrés de la hiérarchie ecclésiastique et les 
vêtements sacrés; le troisième roule sur l'E- 
glise et le sacrifice de la messe; le quatrième 
a pour objet les heures du jour et de la nuit, 
les fériés, le Temps depuis i'Avent jusqu'à l'E- 
piphanie, les fêtes des saints en général, les 
ohsèiiue* et l'office des morts. Oa voit que la 
Somme liturgique croît eu étendue comme en 
âge. 

A l'époque de Charlemagne, Alcuin, Rhabau- 
Maur et Walal'rile Strabon, renouvellent l'é- 
cole mystique de l'Eglise. Alcuin déploya son 
zèle à corriger les livi es de la prière publique, 
et nous laissa les modèles de la liturgie em- 
ployée de son temps. L'archevêque de Mayence, 
son disciple, étulia sérieusement l'esprit des 
cérémonies ecclésiastiques. Il a consigné le 
résultat de ses veilles dans VInslitution des 
Clercs, que nous avons déjà mentionnée ; dans 
son livre des saints Ordres, des Sacrements divins 
et des Vêlemenls sacerdotaux ; et enfin dans sa 
Discipline ecctésins/içae. Ces divers ouvrages 
sont aussi remarquables par l'étendue de leur 
plan, que par la sûreté de leurs détails. Un des 
plus célèbres di.-ciples de Rhahau-Maur, Wala- 
fride Slrabon, écrivit, à son totr, un livre im- 
portant sur l'origine et les progrès des choses 
ecclésiastiques. L'auteur nous avertit, dans sa 
préface, qu'un bon nombre d'autsurs avaient 
donné beaucoup de laisous touchant les minis 
très de l'Eglise, leurs fonctions, les sacrements, 
les offices et les usages liturgiijues ; à ce point 



LA SEMAINIi!: DU CLLHCE 



1329 



qu'il ne lui reste plus rien à dire sur l'ordre des 
cérémonies et leur signiticatioa mystérieuse. 
Aussi n'a-l-il en vue (luo ti'otlrir à l'évoque Re- 
pinbert lu soiiiiiiaire de l:i •loclriii'! de ses 
deviincicrs. A la lin, il prie liumV)lement se« 
lecteurs d'attribuer à Dieu tout le hieu qu'ils 
trouveraient dan^ son livre, et de rejeter tous 
les indi'oits qui p lurraieut leur déidaire. \Va- 
lafrideesl à consnUi'r pour la partie historique 
des leaipies, îles autels, des images, des orne- 
luenls, des rites de la messe. 

Le Mierologuc, œuvre anonyme et fort sa- 
vante du xi" siècle, nous donne, mais en rac- 
courci, le tableau de la liturgie calbnlique : il 
ne parle gui're que du sacrifice de la messe, 
des jours de jeûnes, dfs litanies, de quelques 
iètes de l'auiiée, liu culte des martyrs et des 
autres saints. Le Microlngue a joui, dans son 
temps, d'uni- vogue bien méritée. 

Nous lui prêterons néanmoins les douze 
livres des divins offices pendant le cours de l'an- 
née, que le vénérable [\upert composa vers le 
comuienccnient liu xn^ siècle, et dont il fit 
hommage à Cunon, évèque de Ralisbonne. 
L'auteur dit, en son Prologue, que les cérémo- 
nies de nos divins offices exigent dans le maî- 
tre une grande connaissance des saintes Ecri- 
tures, et dans les disciples une scrupuleuse at- 
tention : car elles sont les signes de choses 
très-élevées, et renferment les augustes mystè- 
res du ciel. 11 n'est permis qu'à l'homme éru- 
dit et pieux de les approfondir. Elles ont été 
réglées, pour la gloire do Notre-Seigneur Jé- 
sus-(^hrist, par le soin de ces hommes qui, pé- 
nétrant à tond les mystères de son incarnation, 
de sa naissance, de sa passion, de sa lésuriee- 
tion et de son asceusiou, vaulujcnt «.'u donner 
riiiteUigence au peuple, d.ans la lettre île leurs 
discours ou de leurs livres, et dans ces habiles 
symboles de la liturgie. Célébrer les offices, 
sans connaître les motifs de leur institution, 
c'est parler une langue ineonnue; bien qu'une 
iC-Uorance invnlonlHlrc do symbolisme n'em- 
.jécbe pas de lirer <iu dque fruit de la prière, 
quand celle-ci est faite avec piéié, il n'en est 
pas moins sur que la science du spirituel sim- 
f» ise au prêtre qui, eu parlant une langue, a 
besoin d'une grà'-e jiour liiilerpréler (1 Cor. 
-MV.). L'ablié Kupeit commence son ouvreigt'. 
par l'c-NpIicalion my>tiiiue de ces choses dont 
l'usage est à près journalier : jar cscruplc, les 
heures du jour et de la nuit, les cloches, les 
ornements de l'autel, le pain sans levain, les 
lites de la messe; ensuite il examine la variété 
qu'introduit dans l'office la distinclion des di- 
manches et fêtes de toute l'année. Notre [lieux 
et docte ccrivain afiecte une grande indéfien- 
dance de idume; mais il est bien éloigné de 
de vouloir marcher sans guide, au risque do 



blesser les enseignements de la loi. 11 s'appuie 
sur la grâce du Sauveur, dont les années les 
jours et les heures liturgiques racontent la 
gloire ; sur l'autorité de nos divines Ecritures, 
qu'il avait déjà enrichies de si noinlin'ux et si 
riches commentaires ; sur les iumières d'une 
raison qu'avaient développée en lui la forte 
éducation de sa jeunesse et les éludes de toute 
sa vie ; sur le témoignage d'Amal;;ire et des 
autres auteurs liturgistes, dont il ne piélend 
point, dit-il, infirmer la juste valeur. 

Vers le même temps, Ilonorius d'.Aulun pu- 
bliait une Somme liturgique à laquelle il don- 
nait pour titre : Gemma auimœ, ou la /'crie 
de l'âme. L'auteur partage lui-même son ou- 
vrage en quatre livres. « Voyons, dit-it. dans 
le premier, le sacrifice de la messe, qui nous 
rend la vie ; les ministres de l'Eglise, qui fout 
l'oflrande ; le temple, où l'on célèbre les 
mystères. Au deuxième livre, traitons des 
heures, qui nous permettent de payer à Dieu le 
tribut de nos hommages. Au troisième, pnrions 
des soleniiiiés de l'année. Dans le quatrième, 
nous dirons un mol sur la concordance des of- 
fices {Gemma onimœ, lib. I, c. i). » La Somme 
d'Houorius a étt reproduite dans fous les re- 
cueils des Pères; c'est même l'un des livres 
qui a vu le plus d éditions. Cette faveur, i[ue 
lui a témoignée le publie, n'a pas désarmé l'im- 
pitoyable critique des ennemis du symbolisme. 
On admet encore assez volontiers, que la Perle 
de [ûine renferme, dans sa partie littérale, des 
détails curieux sur les usages et les cérémonies 
■le l'Eglise au moyeu à'.'e; mais on répétera 
sans boute, et, sur la foid'Elliès Dupin, qu'elle 
est remplie de commi'utaires et d'explications 
mystiques, qui n'ont d'autre fondement que 
l'imagination de l'auteur. Et pourtant Monorius 
re:id de lui-même un témoignage bien opposé. 
Un jour il résuma, avec un peu plus d'ordre et 
de méthode, les quatre livres de sa Somme et 
en lit le Sacramentalve, ou traité des causes et 
de la signification mystique des rites de l'office 
divin dans rE'.;li-e. Or, nous lisons, dans son 
(irologue de qoelques lignes : « J'ai puisé la 
matière de mon sacramentaire dans les ouvra- 
ges des saints, ;ifin de pouvoir, à l'aide de ce 
résumé, secourir la pauvreté de ceux qui n'ont 
pas de livres. » Maintenant qui mérite le plus 
de confiance? Est-ce Honorius, est-ce Dup'n? 
Sans vouloir manquer -d'égard pour personne, 
nous en croirons l'auteur avant le critique. 

C'était donc un usage, dans l'école liturgiste, 
non pas de faire du mysticisme indépendant, 
comme l'ont sup(>osé des auteurs de la Renais- 
sance, mais de rapporter avec scrupule l'eusei- 
gnement des anciens, c'est-à-dire la tradition 
de l'Eglise. 

Robert Paululus, qui écrivait au milieu du 



«330 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



XII* siècle, fait li.iulement profession de suivre 
cette méthodo, quf d'ailleurs nous avons dé- 
couverte chez tous les maîtres Je la science 
des symboles ecclésiastiques. San? vouloir ab- 
diquer sa raison personnelle, Robert aime 
surtout à jirendre conseil de l'autorité : « Nuus 
vous communiquons, dit-il en sa préface, 
quelques-uns de nos propres travaux, et quel- 
ques autres choses tirées des écrits des Pères, 
mais sous une forme abrégée, pour que l'on 
puisse les garder dans sa mémoire, et de 
crainte qu'elles ne fatiguent le talent. Si vous 
trouvez quelque chose de louable dans notre 
livre, ne le regardez poiut comme étant notre 
propriété. Le seul bien que nous revendiquons, 
c'est d'avoir analysé, suivant la mesure de nos 
forces, ce que nous avons trouvé en divers 
traités, en séparant, pour ainsi dire, la paille 
du bon grain. Un petit nombre de délails, qui 
n'ont pas grande im[iortancc, du reste, sont le 
fruit, non point de notre invention propre, 
mais de l'enseignement oral de nos maîtres. » 
Tels sont les matériaux à l'aide desquels Ro- 
bei t Paululus construisit l'édilice des Cérémonies 
des iiaaenients, des Offices et des Observances 
ecclésiastiques. L'ouvrage est en trois livres: 
Le premier traite de la consécration de l'Eglise, 
des sairements, de la hiérarchie ecclésiasti- 
que et des vêtements sacrés; le second, des 
heures canoniales et de la messe ; le dernier, 
des variantes occasionnées à la célébration de 
l'oflice par la diversité du temps, et de la messe 
des morts. 

Au déclin du xii° siècle, Jean Belelh, théo- 
logien de l'aiis, voyant avec peine que le prê- 
tre et le peuple ignoiaient tgalemcnt les sens 
cachés de la lilurgie, se prt)posa d'appliquer 
trois remèdes à la plaie de son époque. 11 ré- 
véla donc d'abord la raison des institutions 
ecclésiastiques, puis il commenta les formules 
divines, et enlin il expliqua le motif de la di- 
versité des temps. Son livre porte le nom si- 
gnificatif de liationùl des divins Offices. Jean 
Belelh introduisit la méth( de scolastique dans 
l'enseignement de la liturgie. C'était là une 
heureuse innovation : l'ensemble du symbo- 
lisme eut plus d'harmonie, el les délails mon- 
trèrent plus de critique. Le Rationalde Durand, 
évéque de Mende, ne put, malgré toute sa re- 
nommée, fiiiie oublier le mérite an Batiorial de 
Jean Belelh. Aussi les derniers siècles s'étaient- 
ils fait un devoir d'imprimer ces deux ouvra- 
ges dans le même volume. 

A la fin du xii' siècle, et peut-être au com- 
mencement du xiiiS Sicard. évéque de Cré- 
mone, publiait la dernièie el la plus complète 
des Sommes iilurgiqufs que nous offre le co^irs 
de Patrologie. Celle œuvre, d'al)ord oubliée, 
tiouva place dans le Suicilér^e de Mai, tome VI ; 



elle figure a\ijourd'hui au tome CCXIII de la 
collection Migne. L'auteur, en ses préliminai- 
res, nous découvre lui-uieme le but, la division 
cl l'utilité de son œuvre : m Quand, dit-il, un 
homme riche et prudent, veut inviter des amis 
à sa table, il doit couslniire et orner un céna- 
cle, préjiarer des vases, choisir des officiers, 
leur donner une livrée et assigner à chacun se.- 
fonctions. Le roi puissiul, à qui toute chose 
rend hommage, créait ainsi dans le principe 
le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui <'st en 
eux; et quand le palais du monde fut achevé, 
avec tous ses ornements, il fit l'homme du li- 
mon de la terre, l'anima d'un souffle île vie, 
le mit au paradis des didices, lui désigna pour 
nourriture touslesfruits beaux à la vue et déli- 
cieux au goîil, en exceptant le fruit de l'arbre 
de la science du bien et du mal. Quand a fin de 
toute chair fut venue devant le Seigneur, parce 
que les iniquités avaient envahi la terre, Dieu, 
pour conserver les auteurs d'une nouvelle gé- 
nération d'hommes, fit construire l'arche par 
l'assemblage de bois incorruptibles, el, après 
avoir ordonné d'y réunir toutes les espèces de 
nourriture nécessaire à ses habitants, donna à 
Noé ainsi qu'à sa famille le signal de s'y reti- 
rer. Notre Maîlre, durant les jours de sa vie 
mortelle, et quand il conversait paimi les hom- 
mes, voulant, pour obéir à la loi, faire la Pà- 
que avec ses tières et ses disciples, leur dit: 
M Allez à la ville, et vous trouverez un homm'i 
portant une urne pleine d'eau ; vous le suivrez 
partout où il ira et vous direz au chef de fa- 
mille qu'il vous désigne un endroit où le iMai- 
tre puisse maiigrr la IVique avec ses disciples, 
et il vous montrera une salle vaste, bien ornée, 
et c'est là que vous ferez vos préparatifs. 
Pour nous, faibles imitateurs de Dieu, et qiii 
devons pourtant inviter nos frères et nos sœurs 
à célébrer dans l'Eglise, les délices du paradis, 
le baptême de l'eau et la Cène du Seigneur, 
nous parlerons d'abord de l'Eglise, que figu- 
raient jadis le jardin, l'arche et le cénacle; de 
l'Eglise, disons-nous, ainsi que de sa consécra- 
tion, de ses ornements et de son mobilier. En 
second lieu, nous traiterons de l'ordination, 
des vêtements et de la vie des ministres. Troi- 
sièmement, nous examinerons leurs offices, la 
messe et les heures canoniales. Enfin nous 
exposerons l'ordre des offices, en recherchant à 
fond le temps et les motifs de leur institution.» 
Sicard n'a rien négligé pour découvrir la véri- 
table signification des choses mystiques de 
l'Eglise. Cependant, comme il n'éiait pas le 
conseiller des auteurs de la liturgie, et qu'il ne 
lui restait plus d'autres moyens pour lire dans 
leur pensée, il lui sera permis de s'aventurer 
quebiuefois, pourvu que ses explications soieat 
de nature à édifier la charité. 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



1331 



Maintenant l'on peut dire que le temple du, 
gymliolisme eccicsiastique e=t à peu près 
achevé. Encore un peu do temps, et Durand 
de Mentle fera la tonsécratiou du Ralional des 
offices divins. 

PlOT, 
curi-doyen de Juzennfeourt. 



COURRIER DES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES 

UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DANGERS. 

{Suite.) 

I.M ennr* et le personnel* 

Dans la semaine même qui suivit la déclara- 
tion légale et la dépositiDu du règlement, ■ es 
affiches furent posL-es dans toutes les villes et 
les bourgades des provinces de l'Ouest, annon- 
çant que le registre des ioscriptions serait ou- 
vert du 2 au 13 novembre, et que l'ouvei ture 
des cours était fixpe à ce dernier jour, ^o no- 
vembre 1873. L'affiche donnait ensuite le 

« Programme des Cours et des Conférences 

avec les noms des professeurs. 

Première année. 

n Droit naturel. — Principes de la loi natu- 
relle qui régissent les rapports de l'iiommeavec 
Dieu et avec ses semblables. — Devoirs des in- 
dividus et devoirs des sociétés. (Jeudi, 3 h. t/2.) 

« M. le chanoine Sauvé, licencié en droit de 
la faculté de Rennes, docteur en droit cano- 
nique et en droit civil de l'université de Rome. 

« Code civil. — Tilre préliminaire, moins 'es 
art. 2 à 3 ; livres 1 et 11, mi.ins les art. 120 à 
138. (Mardi, jeudi, samedi. 8 h. 1/4.) 

M M. Henkt, docteur en droit, chargé du 
cours. 

« Droit romain. — Institiites de Justinien: li- 
vres 1 et 11, complétés par des textes du Di- 
geste, du Code et des Novelles. (Lundi, mer- 
credi, vendredi, 8 h. !/■*•) 

a M. Gavocïère, docteur en droit, profes- 
seur. 

« Deuxième année. 

a Code civil. — Livre III, litres I à IV et 
titre XX. (Lundi, mercredi, vendredi, 2 h.) 

« M. DE LA BlG^E-VlLLENEuvE, docteur en 
droit, chargé du cours. 

« Droit romain. — Institules de Justinien: 
livres III et IV, complétés par des textes du 
Digeste, du Code et des Novelles. (Mardi, jeudi, 
samedi, 11 h. 1/2.) 

« M. AuBRY, docteur en droit, professeur. 

Procédure civile. — Code de Procédure ci- 
vile, livres 11, 111 et IV. (Lundi, mercredi, ven- 
diedi, 8 h. 1/4.) 



« M. Hervé-Bazin, docteur en droit, chargé 
ilu cours. 

« Droit criminel. — Code p''nal, livres I et II, 
plus l'art. 4B3; — Code d'instruction crimi- 
nelle, art. 1 à 7; — 179 à 216; — 310 à 379; 
•— et 633 à 643. (Mardi, et jeudi, 2 li.) 

« M. Ou HiEu DE Marsaguet, docteur en droit, 
chargé du cours. 

« Troisième année. 

« Code civil. — Livre III, titres Va XIX, p/us 
les art. 2 à 5 et 120 à 138. (Lundi, mercredi, 
vendredi, Il h. 1/2.) 

« M. Perrin, docteur en droit, chargé du 
cours. 

« Droit commercial. — Code de commerce 
en entier. (.Mardi, jeudi, samedi, 8 h. 1/4.) 

« M. BusTO.v, docteur en droit, chargé du 
cours. 

« Droit administratif. — Organisation admi- 
idslrative !:;énérale, départementale et pommu- 
niie; juridiclious administratives. — Impôts. 
Domaine publie. — Voirie. — Expropriation 
pour cause d'utilité publique. (Mardi, jeudi, 
samedi, 2 h.) 

« M. DE RiCHECouRT, docteur en droit, chargé 
du cours. 

« Droit cunonifjue. — Sources du droit ecclé- 
siastique. — Coij.-.litution de l'Ei^lise; sa hiérar- 
chie. — Juridiction ecclésiastique. (Lundi 
3 h. i/2.) 

« M. le chanoine Sauvé, recteur. 
« Doctorat. 

€ Pandecles. — Explication d'un titre ou de 
frai;ments détachés du Digeste. (Vendredi, 
3 h": 1/2.) 

« M. Gavouyère, doyen. 

« Code civil. — Qiii'stions choisies dans les 
diverses partiosdu Coile civil. (Lundi, 3 h. 1/2.) 

« JIM. de la Bigne-Villf.neuve, Henry, Per- 
rin, DU Rieu de Marsaguet. 

« D'autres conférences seront faites aux étu- 
diants qui se préparent au doctorat, sur les 
matières ci-après : 

a Droit des yens. — Principes généraux des 
relations internationales soit dans l'état de 
paix, soit dans l'état de guerre, 

« Histoire du droit. — Principales autorités 
sociales qui ont concouru à former la législa- 
tion fiauçaise. 

« Principes généraux des diverses législa- 
tions anciennes, tant en matière de droit public 
qu'on matière de droit privé. 

« Droit couturnier. — Formation de notre 
droit coutumier. — Dispositions principales de 
ce droit quant aux persuunes et quant aux 
biens. » 

Le Recteur choisi par le conseil des évêques 
oa l'a vu en lisant le programme que nous Ve- 



tia* 



L.V SfcMArNE DU Cl.F.HCfi 



nous de transcrire, «st M. Tabbiî Sauv»;, cha- 
noine lie Laval. A la nouvelliî <le celte nomina- 
tion, la Sentame dt^ L-ivcd consacrait, à M. le 
clianoine Sauve, l'article l>ini;Ta[)hii]uc sui- 
vant : 

« Le choix de NN SS. les évèiiin's -era rati- 
fié par l'opinion du monde savant. La sainte 
liturgie dit d'un homme prédestiné |iar Uii-u à 
une grande missijjn dans l'Eglise : Fecil eum 
crescere in plebem suum; « il l'a fuit croUre en 
faveur de sou iieuple. » On peut afiirmer '[ue 
la Proviiienee a préparé de lingue main notre 
illustre compatriote aux liauies t'onctions dont 
il' est investi, comme le prouvent les renseinne- 
menls que nous tillon- donner et dont nous 
garantissons l'exactitude. On se souvient en- 
core des succès hors ligne qu'il obtint au collège 
de noir- ville, fl étudia la médecine d'abord à 
la facult'!' de la Rochelle, ensuite à celle de 
Paris, où il obtint au concours une place d'ex- 
terne à l'iiûiiilal de la Piii;. Sa mauvaise s;inté 
le força d'inlurrouipie ses étu^'es mcdicales, et 
l'e d<-'t-ri"Xia. à suivre, pendaot trois ans, les 
cours de la raculté de droit de Rena's, où il 
prit le L:nidç du licencié en droit. Dans uu con- 
cours il rcmportaie premier prix de droit fran- 
çais, et une meiilion hc'iiorid)le pour le droit 
roQiain. Mais Dieu av.iit parlé au cœur du jei.ue 
étudiant, cl il était iléjii enlré au séminaire du 
AJans, ijuand on lui remit son prix de droit 
français. Après avoir passé deux ans au sémi- 
nau-e du Mans, il fiit envoyé par Mgr Bouvier 
au collège de Ciiàteau-Goatier comme piotes- 
seurde troisième. 11 sortit d.i Chàteau-Goiitier 
pour achever ses études thèulogiqucs a Saint- 
Sulpice et recevoir le sacerdoce. Deux ans plus 
tard il quittait le ministère paroissial, et se 
rendait à l'université catholique de Louvain, où 
il étudia la [ihiiosophie et la théologie. 

H Nommé chapelain de Saint-Louis-des-Fran- 
çais à Rome, .M. Sauvé prit le chemin Je la ville 
éternelle. C'est là qu'il fréquenta h^s cours de 
théologie de la Minerve, où il apprit à com- 

F rendre et à goûler la doctrine de l'Aude de 
école, saint Thoma.^ d'Aquin. Il suivit aussi 
les cours de drtdt.de la Sapienee, où il reçut le 
titre de docteur in uti oque jure, c'esl-à-dire en 
droit canon et en djoit civil. 

« Revenu au milieu de nous, il s'est acquis 
une juste célébrité d'éloquence et de science, et 
sa réputation a dépassé bientôt les limite^- du 
diocèse. Aussi plusieurs évèques l'ont-ils a|ipelé 
à prêcher dans leurcathédrales et à faire partie 
de leurs conseils et de leur chapitre : c'est ainsi 
qu'il a assisté au concile de Poitiers ( t a été 
nommé chanoine honoraire cle la métropole de 
Rennes et de l'église cathédrale de Tulle. A 
l'époque .lu concde, il fut convoqué à Rc.me 
par le Souve-îin-Pontife nour être consulteur. 



avec Mgr Freppel, des travaux préparatoires- du 
conriic. Pendant le concile, il devint théolo- 
gien du Pape. La sùret> et l'élen lue de sa 
suisnce l'a fait, en ces dernières années, nom- 
mer consulteur de la sacrée Coni;ré^ation de 
l'Index. Plusieurs socièttis savantes s'honorent 
de le compter au nombre de leurs membres. 
Mentionnons seulement son association à l'Aca- 
détnie lie Saint-Thomas d'Aqnin, .-'i Nnples. dont 
l'illustre cardinal Riorio Sforzi est le président 
et dont l'ont partie des hommes distingués du 
clergé de Naples et de l'Italie. Tout itécemment 
il a été reçu au sein de l'Académie philoso- 
phique médicale de Saint-Thomas. Cette acadc 
mie, fondée en 1874. l'année même du, sixième 
centenaire du docteur angélique, possède îles 
cardinaux, des évèques, des théologiens et des 
médecins en grand nombre, n 

Ajoutons qu", depuis sa nominatio!; comme 
recteur, M. Sauvé a été élevé, par le Pape, à la 
dignilé-de prélat de sa maison. 

La Semaine d'Angers donne à son tour, s+r 
M. Gavouyère, doyen de la faculté de droit, 
quelque.s détails- qu'on' lira également avec in- 
térêt. 

(i Reçu agrégé des facultés de droit au co.i- 
cours de 1865, dit la feuille angevine, M. Cu- 
vouyère avait subi avec le plus grand suc-és 
tous les examens du baccalauréat, de licence et 
de doctorat en droitdev.int la faculté de Rennes, 
qui le dietingua maintes fois parmi ses kiu- 
réats- 

« Eq; 1864, l'Académie de législation de Tou- 
louse lui décernait une med.iiiia d'or. Hom;n3 
de principes avant totit, alliant à la sci^jnc- duj 
droit Liu esiiril d'organisilion remaciuaole, 
rém.inenl professeur sera le bienvenu dau» 
notre villa, où l'atiendeut les plus vives et les 
plus aflectueuses sympathies. » 

PoUF compléter l'orgaulsati on de l'université 
catholique d'Angers, les archevêques et évèques 
fondai' ur- ont arrête, le ta- novembre i87o, le 
règlement d'administration dont La teneur 
suit : 

« Article 1''. — La faculté catholique de 
droit d'Aingers, comme plus laril l'université 
entière, sera placée sous l'autorité et la haute 
direction du conseil supérieur des évèques ((ui 
(mt ailhcré ou adhéreront à l'œuvre. 

a Art. 2. — Du couseil u'administralion, 
composé de quatre membres, représente l'.i l'a- 
cuité dans tous ses rappnts avec le miaistèra 
de l'instruction publique. 

« Art. 3. — Le conseil supérieur des évèques 
se réunit chaque année eu session ordinaire 
pour délibérer sur les iutérèU. <le Tétabliiae- 
ment. 



LA SEMAINB DU CUCRCe 



tm 



fc Art. 4. — Il nomme et révoque les recteur, 
(loyeu ol professeurs. 

« Art. 5. — Il nrrôle les proiîramme des cours 
et surveille l'enM'i-niiLiii'Qt. 

« A.rl. 6. — 11 dresse le budget et arrête les 
comptes. 

(1 Art. 7. — A la fin de chai(ue année, le 
compte rendu des reoett'-s et di s dcp.-nses est 
envoyi' à ti)us Ic^ souscripteurs fondateurs, et 
aux curés de canton. 

« Art. 8. — Il est instilu**. prés di! la faculté^ 
une commissioni de compliiliilité 'jui se réunit, 
chaq\te trimi^slre, sous la présidence de l'é- 
vè'jue d'Ang'rs, pour survedler et vérifier la 
gestion financière. Eîl^* se compo-e des quatre 
administrateurs, auxquels sont adjoints six 
membres do-igtMJs par le conseil des évèques. 

« .Art., 9. — Tous les fonds provenant des 
fondations, donations, souscriptions ou quêtes 
annuelles sont centralisée entre les ujaius du 
trésorier,, et l'emploi eu est déterminé par le 
conseil des évê'pies. » 

UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE PARIS. 

■je» promier» esttineiia de lu faculté 
de droit. 

Le ministredc l'instruction publiqne, M. Wad- 
dingtoD, mis en demeure de coostitiier le jury 
iniste conformément à la loi, an commence- 
ment de la session des examens, s'y était obsti- 
nément refnsé, en alléguant qu'il convenait 
d'attendre le sort qui serait fait a son projet de 
loi. Ce projet de loi ayant été reponssé par le 
Sénat, comme l'on sait, M., le ministre a dft 
•'exécuter entin. 

Voici quelle a été la composition de ce jury 
pour les examens de la faculté de droit : 

Première année. — Trois professeurs : MM. 
Duverf?er et L:ibhé, de la faculté ile l'Etat, et 
M. Terrât, de la fiieulté catholique. 

Deuxième année. — Quatre professeurs : MM. 
Colmet-Daage et Bufl'i-noir, de la faculté de 
l'Etat; Connelly et Chobert de la faculté catho- 
lique. 

Doctorat. . Cinq professeurs : MM. Giraud, 
Maclielard et Garsonnet, de la faculté de l'Etat, 
Alix et Merveilleux- Duvignaux, de la faculté 
catholique. 

Les examens ont eu lieu à la salle Gerson, les 
31 juillet, I*' et 2 août. 

70 élèves s'étaient fait inscrire; 18 d'entre 
eux avaient été obligés de retirer leurs consi»- 
gnatieus pour des raisons personnelles ou de fa- 
mille. 

Sur les 5i2 restants, 4 se sont présentés pour 
le premier examen de doctorat; un seul a été 
reçu, mais d'une façon brillante. 

8 canilidats ont subi le second examen de 
baccalauréat; (j ont été reçus. 



Enfiu, sur 40 élèves qui ont passé le premier 
examen de baccalauréat, 34 ont réu«si. 

Ces derniers, il est bon de le remarquer, sont 
les seuls qu'on puisse regarder comme c!mt 
tout à fait élèves de la faculté catholique, les 
autres ayant commencé le cours de leurs ét'.i les 
dans les facultés de l'Etat. 

Ajoutons qu'avant la formatioudujury mixle, 
un élève en doctorat et uiietrenlaine d'aspirants 
à la licence, fatigués de l'attente et de l'incerti- 
tude auxquelles leurs condisciples ont i lé si 
longtemps condamnés, s'étaient présentes de- 
vant des jurys de l'Etat, et que, pour eux a>;ssi, 
les résultats ont été très-satisfaisants. 

Les relations entre les membres du jury ont 
été faciles et courtoises. L'impression générale 
est qu'on a usé de sévérité envers les candidats'. 
Une faut pas s'en plaindre, au contraire. .Mais 
on a remarqué a^•EC peine, quoique sans élou- 
uercent, une hostilité à peine déguisée, dans 
une bonne partie des assistants, pour Tuniver- 
sité catholique. Cette malveillance a encore 
ajouté aux difficultés de l'épreuve. Mais, en 
somme, les résultats sont bons, encore que ce ne 
soit qu'un début, et l'on peut être assuré que 
l'an prochain ils seront encore bien meilleurs. 

P. D 'HATJTElinE. 



Sanctuaires célèbres. 

NOTRE-DAIWE DU SACRÉ-CŒUR ft ISSOUDUN 

En sept ans, les Ursulines de Sittard recueil 
firent quatre millions de noms pour l'associa- 
tion. Les évèques dn LimbourLr, de Ruremonde, 
de Bois-le-Due, se firent les zélateurs de l'œu- 
vre pour leurs diocèses. Maé-trieht et Tilliourg 
comptèrent bientôt île nombreux associés. Tous 
les instituts, les pensionnats catholiques du 
Limbourar hollandais entrèrent dans l'asso- 
ciation. Vingt mille statuettes de Notre-Dame 
du Sacré-Cœur ont été, en peu de temps, ré- 
pandues d'une extrémité a l'autre du royaume 
et dans les régions du nord; et ses Annales, 
traduites en langue néerlandaise, portent, par- 
tout la connaissance de ses innombrables fa- 
veurs . 

Ecoutons le cri qui sort du cœur d'un Hollan- 
dais : « Jérusalem! J'ai eu le bonheur de te 
visiter, de fouler ta sainte poussière; j'ai vu 
ton temple, le [dus auguste de l'univers, par 
cette tombe glorieuse où l'Homme-Dieu s'é- 
lança, vivantet victorieux, à la conquête de 
toutes les nations, j'ai bu à longs traits, les 
eaux vives qui jaillissent de Ion sein! Et toi 
Belhléliem, et toi, Nazareth et vous tous enfin', 
sanctuaires d* la Palestine, lieux à jamais illus- 
tres, lieux sanctifiés par la présence de lésas 
et de Marie, quelles- joies, vous m'avez procu- 
rées, quelles consolations inexprimables. Eh 



133« 



LA SEMAINE DC CLEKGÉ 



bic'D ! Issoudun renouvelle en mon âme ces 
con-olations, ces joies, ce bonaeur... J'y sens 
la présence du Fils et de la Mère; j'y aspire le 
parfum de leur amour; j'y foule une autre 
Terre-Sainte j'y entends une voix mystérieuse 
qui me dit : Locus in quo stas terra sancta est... 
Le l:eu où tu es debout est une terre sainte. 
En esprit, je tombe donc à genoux, en ce mo- 
ment, et tous les pèlerins de la Néerlande se 
prosternent avec moi... Nos cœurs s'épanchent, 
DOS âmes se répandent en prières. Nous voici à 
vos pieds, o Noire-Dame du Sacré-Cœur! La 
Hollande entière vous invoque et vous supplie 
par nous, car toutes ses provinces comptent 
àes représentants parmi nous. » 

Dans des cas désespérés, dans des circons- 
tances suprêmes, où tous les secours humains 
étaient déclarés inutiles, les neuvaines faites en 
l'honneur de Notre-Dame du Sacre-Cœur ont 
été couronnées d'un succès soudain, au der- 
nier jour, à la dernière heure, tt surtout à la 
grande stupéfaction des hommes de l'art, qui 
signalaient le prodige, eu confi-ssant leur im- 
puissance. Naguère encore un d'enîre eux, pour 
qui le miracle n'était disait-il, qu'une chimère, 
poussa un cri d'admiration et de foi, en [ué- 
.sence d'un corps, ou plutôt d'un cadavre, per- 
mettez-moi l'expression, livré vivant et immo- 
bile à la putréfaction du sépulcre, mais se dres- 
sant tout à coup, plein d'une santé nouvelle, 
«ur fa couche infecte, à l'expiratio!) de la neu- 
vaine... Toute la contrée d'Oudeubosch, où 
arriva ce prodige, tout le Brabant septentrional 
s'émut au bruit de ce fait incontesté. L'hérésie 
garila le silence, refuge ordinaire de son obsti- 
nation et de sa faiblesse ; la piété catholique, 
les serviteurs de Marie en triomphèrent (1). 

La chapelle des Ursulines de Sittard, d'où la 
dévotion à la Souveraine du Sacré-Cœur s'est 
répandue dans la Hollande, est restée le centre 
de son association pour ce royaume. Chaque 
aunée, on y célèbre la fête du 31 mai. Les 
pèlerins y arrivent de tous les points de la Hol- 
lande. Notre-Dame y brille sur un trône éblouis- 
sant de lumières, qu'entourent les plus splen- 
dides décorations. Dès les premièrei lueurs du 
jour, le sanctuaire est envahi par les pèlerins; 
les offices y sont célébrés avec la p. us grande 
pompe. En trois ans, de 1867 à 1870, treize 
cents neuvaines ont été demandées au monas- 
tère pour des besoins divers, et une foule de 
faveurs ont été obtenues. Nous en citeions 
deux. 

En septembre 1 867, une pauvre femme aveu- 
gle arrivait à Sittard, appuyée sur une petite 
fille, et demandant avec instance d'être inscrite 
dans l'Association de Notre-Dame du Sacré- 
Cœur. Nous lui remettions, écrit la supérieure, 

1. OUcooTS de M. l'abbé Rikert. 



la médaille bénite, qu'elle pressait d'une rapin 
tr<-mblante contre ses lèvres, disant : n Elle 
seule est encore mon esiiérance. » Nous étions 
émues jusqu'aux larmes, en appreiiaot que 
cette pauvre femme avait encore une lieiie et 
demie à faire, avant d'èlre de retour chez elle, 
et cela par un temps froid et pluvieux. Elle 
cherchait, en tâtant, la porte, et descendait 
difficilement les degrés du monas'ère. Q.ùnze 
jours après, ia bonne iemme reveniit nous voir, 
mais opule, gaie, alerte, sans appui et bénis- 
sant sa libératrice : Notre-Dame du S:icr:'-t:œiir, 
par la puissante intercession de laquelle elle 
avait recouvré la vue. 

Le 24 novembre 1869, on écrivait du chiVeau 
de Heel. près Rnremonde : « Notre fabrique a 
été dédiée à Notre-Dame du Sacré-Cœur, et sa 
chère statue a été placée au-dessus des machi- 
nes, pour attirer la protection de Marie sur le 
corps et sur Tàm'' de nos ouvriers. Nous n'a- 
vons pas tardé à avoir la preuve du secours de 
Dotr'> bonne Mère, et c'ia d une manière visi- 
ble. Voici le fait : l'autre jour, un ouvrier a 
été pris à la cravate par uue des roues de la 
turbine. Il a fait au moins cent fc.is le toui' de 
la mdehine,et quand on est parvenu à l'arrêter, 
il n'avait plus sur lui que son scapulaire. Ohl 
que CJtte mère est bonne!... L'uuvier n'a au- 
cun membre cassé, rien que quelques égrati- 
gnures faciles à guérir. En voyant le petit es- 
pace où ce malheureux a été tourné et con- 
touraé sur lui-même, on ne comprend pas com- 
ment il n'a pas eu tous les membres brisés. — 
Angéline Herman. » 

Notre-Dame dd Sacré-Cckur en Allemac.xe, 
AU Luxembourg, en Suisse, en Pologne, 

EN AKGr.ETEURE. 

Le culte de la Souveraine du divin Cœur pé- 
nétra t(5ut d'abord dans le Tyrol. Dès i8Jo, les 
dames du Sacré-Cœur de Riédenbouig lui dé- 
diaient un autel dans leur charmante église 
gothique. Une élève écrivait à une de ses com- 
pagnes : « Nous avens enfin cette statue si 
désirée, la première qui soit honorée sur i:otre 
terre d'Allemagne. V^ers le soir, nous nous ren- 
dîmes à l'église, et l'on entonna aussitôt un 
cantique à iS'otre-Dame du Sacré-Cœur. Quels 
furent alors nos transports et notre ravissement, 
en contemplant cette délicieuse image, obje' 
de tous nos vœux! Elle était li, enfin, sur son 
autel étincelant de lumières ; là, comme une 
reine sur son trône; là, comme une bonne 
Mère, désireuse d'enrichir ses enfanls. Olil 
comme Elle leur tend les bras, les invitant ten- 
drement à venir puiser à ce trésor ouvert, à ce 
Cœur de son divin Fils qu'Elle leur présente ! 
El cet Enfant divin, oh! qu'il est ravissant, là 
devant sa Mère bieu-aimée 1 D'une main, il 



• 



LA SEMAINE DU CLF.liC.F. 



43» 



nous montre sou cœur sai;ié, ooas rcpélanl : 
• Voilà ce cœur qui a tant aimé les homme- ! « 
de l'autre, il ilésigue sa Mèr.î immaculée : 
«Voilà votre Mère et la raiennu, adressez- 
vous à Elle ; Elle vous introduira dans ce samv 
tusire des merveilles divines, et vous en distri- 
buera largement les richesses; car Elle en est 
la souveraine. « Une enfant de Marie, uu 
cierge à la main, s'avança vers l'autel, et pro- 
nonça .l'une voix émue l'acle de consécraliou 
de loule la maison. Aussitôt, en enlonna le 
Magnificat, que l'assemblée chanta avec l'en- 
thousiasme de la reconnaissance. Cette belle 
cérémonie fut terminée par un salut solen- 
nel. » 

Vers le même temps, les comtes d'Areo éri- 
geaient un s|ilendido autel à la Reine du Cœur 
de Jésus, pour la valeur de cinquante mille 
francs, dans l'éiçlise Nolie-Dami-, à Munich. 
Le granii-duchi' de Luxembourg recueillait une 
première part des fiveurs célestes que cette 
dévotion attirait sur l'Allemagne. Une jeune 
femme fut prise d'une attaque de choléra; les 
symptômes se manifeslèrent avec une violence 
tout à fait alarmante, le mal arriva rapide- 
ment à sou dernier période. Sa famille cons- 
ternée attendait avec anxiété son heure su- 
prême. .Mais la malade, pleine de confiance en 
Notre-Dame du Sacre-Cœur, invoquait cette 
puissante Prolectrice, Elle était si assurée d'êlre 
exaucée, qu'elle ne ce-sait de dire à son mari : 
Je ne mourrai pas. Notre-Dame du Sacré-Cœur 
me guérira. Sa confiance ne fut pas vaine. En 
quelques jours, la malade fut complètement 
rétablie, au grand étonnement du docteur et 
de la famille. 

Les Pères Servîtes d'Insbruck ont érigé dans 
leur établissement une magnifique statue de 
Notre-Dame du Sacré-Cœur, et ont communi- 
qué le mouvement île l'association dans toute 
l'Allemagne, la Hongrie et la Bohème. Mgr Fes- 
ler, évèque ce Saint-Hippolyle, avait béni le 
commencementde l'œuvre. Son Eminence le car- 
dinal de Vienne, Nos Si-igneurs les évè.jues de 
Brixen, de Paderborn, de Salzbourg, de Trente, 
de Linz, de Seckau en Slyrie, de Gurck en Ca- 
rinthie, ont donné leur encouragement pater 
nel à l'association, qui publie les Annales de 
ISotre-Dame du Sarré-Cœur, en Allemagne. 
Dans un des numéros de ces Annales allemandes 
de 18"J3, on lit le fait suivant: Une mère 
tombe malade ; un incendie qui menace le vil- 
lage entier la conduit â la dernière extrémité. 
Une personne promet à Notre-Dame du Sacré- 
Cœur de propager son association, si elle 
guérit cette femme, et la guérisoa a eu lieu 
dans l'espace de quelques jours. 

En Suisse, un sanctuaire de Notre-Dame du 
Sacré-Cœur, placé à la cime d'un rocher, do- 



miiio la iiarolsse do Châ'el-Saint-Denis, et 
sivnhle la couvrir de son ombre protectrice.il 
est là comme unn citadelle élevée au point cul- 
minant de la contrée, pour protéger sfs paisi- 
bles liabilant-i contre les surprises de l'ennemi. 
Les premières assises des murs dessinaient à 
peine le^ formas du pptil monument, que déjà 
de pieux fidèles accouraient en pèlerins visiter 
ce lieu béni par l'auguste Souveraine du Cœur 
de Jésus ; ils priaient avec confiance et bonheur 
entre les murs naissants, et ils s'en retour- 
naient heureux et consolés. Le jour de l'inau- 
guraéion, en octobre' 1867, un radieux soleil 
inondait la campagne de ses feux; l'air sem- 
blait plus pur; la vallée plus belle, le chaut 
des oiseaux plus mélodieux. Vers quatre heu- 
res, une foule nombreuse se pressait sur la 
place Je l'Eglise. Aux habitants s'étaient réunis 
les liclèles de< paroisses voisines. La voix ma- 
jestueuse des cloches j"tait au loin ses joyeux 
accords et faisait vilirer dans le? cœurs un s;iint 
frémissement, une ardente impatience. Le cor- 
tr-M s'avança, un profond silence s'établit": 
c'était le silence du recLieil!e:nent et de l:i 
prière. Vingt-six jeunes gens portaient avec, 
bonheur la précieuse statue; deux cents autres 
les suivaient et les remplaçaient tour à tour. 
Après une heure de marche, ou arriva sur la 
terrasse de la chapelle. La statue fut prompte- 
temeul élevée sur la colonne de marbre qui 
domine le fronton du sanctuaire. Notre-Dame 
•du Sacré-Cœur apparut radieuse de beauté sur 
son nouveau trône. Une salve d'artillerie an- 
nonça au loin que ChâtelSaint-Denis venait 
d'être consacré à la Souveraine du Cœur de 



Jésus. 



(A suivre.) 



Varioles. 



MICHiLET ET QUINET 

Ensuite, il divi-e les peuples en deux classes.: 
V Les peuples île la lumière, qui sonlau nombre 
de trois, les indiens, les Persans et les Grecs; 2° 
Les peuples du crépuscule et de la nuit, savoir 
les E'.;yptiens, les Syriens, les Phry^iienset les 
Juifs. '! L'Inde primitive des Védas lui donne la 
famille dans la pureté naturelle et l'incompa- 
rable noblesse que nul âge n'a pu dépasser. La 
Perse est la leçon du travail héroïque dans l;i 
grandeur, la force, la vertu créatrice, que notre 
temps lui-même, si puissant, pourrait envier. 
La Grèce, outre ses arts, eut le plus grand .le 
tous, l'art de faire l'homme. Merveilleuse puis- 
sanc \, éminemment féconde, qui domine et mi- 
prise ce qui s'est fait depuis.» 



1336 



LA SEMALNE DU CLEUGE 



•Michelet continue sur ce ton; il «Itklnre, eu 
courant, i|ue ia Bible n'est pas ailmiiaiile pour 
1 edilicalion, (|u'elle flolti; eutrc3 tous les [irin- 
cipes, qu'elle est lénébreuse et pleine de sca- 
breuses équivoques, belle et peu sûre cumtne 
la nuit. Sur quoi il conclut : « Jérusalem ne 
peut rester, comme aux anciennes cartes, ju^le 
au point du milieu, immense entre FEur.>pe 
imperceptible et la petite Asie, efiaçaut mut 
le j;enre liuuuiiu. Lbumunité ne peut s'.is- 
seoir à tout jaru ils dans ce paysaue de cen- 
dres, à admirer iCS arbres qui y ont pu être 
autrefois... Jappiécie le désert, j'apprécie Na- 
zareth, les petits iacs de Galhlée. .Mais', franche- 
ment, j'ai suif... Je les boirais d'un coup. Las- 
sez plutôt, laissez que l'humanité, libre en sa 
grandeur, aille partout. Qu'elle boive où bu- 
rent ses [jrcmiers pères. Avec ses énormes Ira- 
vaux, sa tàcbe étendue en tous s;-ns, ses be- 
soins de Titan, il lui faut beaucoup d'air, 
beaucoup d'eau et beaucoup de riel, non, le 
ciel tout entier! l'espace et la lumièie, l'intini 
d'horizons, la terre jiour terre promise, et le 
monde pour Jérusalem. » 

Ainsi dit, en petit français et à l'eni-ontre de 
tout bon sens. — Nous ne nous arrêterons pas 
à relever les contradictions flagrantis et nom- 
breuses qu'il y a entre la Bible de l'huumnité et 
Y hUroluclion à Cliisfoire miversflte. D'abord la 
Judée était la protestation de l'àra', mainte- 
nant elle e^-t la nation de la nnil; /Inde était, 
ici. la matière triomphante, la, c'est le peuple 
di,' l'iunDur et de la luinii're. On pourrait eu re- 
lever une kyrie'le de c He torce. .Mais, si Mi- 
chelet n'est pas un Dieu, il rst un assez jfrand 
homiue pour éuiire une iiioie à lui tout seul : 
il faut lui passer de s'infliger un démenti. 

Sur le fond des choses, asème déraison. La 
reli^isn n'est pas une loi divine, c'est une 
ré,i;le arbilraiie que l'homme se fabrique, en 
p;enant toutefois conseil de la bonne mère na- 
ture. Au conseil paleinel où s'élaborait cette 
loi sublime, il eiii fallu appeiertous les peuples 
ou, du moin;, leurs giands hommes : mais 
non, on en élimin-i les trois quarts; on ne veut 
pas entendre Platon, .\riMote, Cicérou, Sénè- 
que. Après cela, l'hunianité lumineuse se 
trouvij représentée par l'inde panthéiste, par 
la Perse dualiste et par la Grèce polythéiste : 
par trois peuples qui ont posé et pratiqué lé 
principe des castes, de la polygamie et de l'es- 
clavage. Les autres, la grasse Egypte, avec sa 
sagesse blanchie par le t^mps, la Syrie, avec 
ses mysiéres, ia Judée, dont tous les peuples 
ont suivi la trace, sont les pays de la mort. Et 
pourtaut c'est la mort qui a prévalu; Rome, la 
légataire universelle des grande empires, n'a 
hérili; que de la pourriture et a courbé la tète 
80US le |uug de la nuit. La victoire est resUe au 



ciiijstianisme. Or, le christianisme est né de 
Marie; jusqu'à l'an 369, la f.'mme fut prêtre : 
c'est Alarie cjui a fait Jésus, trois femmes ont 
commencé la lé^'ende. (>lte grande imposture 
aboutit à la défaillauce du monde, à l'écrase- 
mout du moyen âge. Le moyen âi;e, c'était 
l'iaertie, l'éuervation littéraire, la haine de la 
nature, la piédeslination et la prédamnalion. 
ftlais il faut l'oublier; il faut marcher vers l'a- 
venir; il faut fouiler la foi profonde pir 
l'entente cordiale <'ntre la science et la cons- 
cience; il faut s'affi'rmir dan> la voie nouvelle 
en revenant à l'antiquité. « De l'Inde jusqu'en 
89, descend un torrent d; lumière, le fleuve du 
droit et de la raison. La haute antiquité, c'e.=t 
toi. Et ta race est 89. Le moyen âge est l'étra:'- 
ger. — La justice n'est p is l'enfant trouvé 
d'hier; c'e=t la i:inître='-e et l'iiéritière qui veut 
renlrer chez ell^, c'est la vraie dame de mai- 
sou. Qui était avant elle.? Elle peut dire : n J'ai 
germé dans l',\ui'ore, aux laeurs des Védas. Au 
matin de la Perse, j'étais l'éneiMie pure dans 
J'heroisme du travail. Je fus le génie grec et 
l'émancipation |>ar ia force d'uu mot : Thémis 
est Jupiter. Dieu "St li justice même. De là 
procède Rome et la loi que tu suis (I). » 

Supprimer rEvani,'ile, l'Eglise, le christia- 
nisme; revenir aux Védas, à l'Ezour-Védam, 
à l'Iliade : voilà le secret final d'un homme qui 
a professé trente ans l'histoire, qui a été chef 
di' section aux Archives, qui est membre de 
ri'i-titut... et qu'on n'envoie pas à Charenton. 
Mais il faut dire que ia conscience publique ea 
a fait justice. Ces beaux livres n'ont pas eu 
l'honneur d'une seule réfutation. On laisse 
dire : ce vain bruit qui passe dans l'almos- 
phere, pour l'amusement d'une galerie frivole, 
n'est pas un son qui puisse entrer dans aucune 
harmonie, ce n'est même pas une dissonance 
dans le concert des esprits. 

Cette conception générale de la religion se 
corrobore par b rôle a-signé à la France, spé- 
cialement depuis la R' volution. 

En tSio, dans son livre ilu Prêtre, Michelet 
émettait, en passant, cette idée : « L'universa- 
lité d'esprit, si Rome l'a jamais eue, elle l'a 
perdue .lepuis longtemps, elle se retrouve quel- 
que part, aux temps modernes, et c'est en 
France. Depuis deux siècles, moralement, on 
peut dire que la France est pape. L'autorité 
est ici sous une forme ou sous une autre. Ici, 
par Louis XIV, par Montesquieu, "Voltaire et 
Riasseau, pur la Constituante, le Code et Na- 
poléon, l'Europe est toujours son centre (2). »' 

El. 1846, dans son livre du Peuple, il revient 
à celte idée dms un chapitre intitulé : La 
France supérieure comme dogme et comme lé- 
fj,;,ide. — La France est une religion. « L'etran- 
gej , dit-il, croit avoii- totu dit quand il dit en 

1. BibU dt l'humamlé. p. 48â. — 2. Le Préirt, p. 335. 



LA SEMAINE OU CLEKGC 



13J7 



souriant : «La France est l'enfant de l'Europe.» 

» Si vous lui donnez ce titre, qui (lev.int 
Hieii n'est pas le moindre, il faudra que vous 
coiiveniez que c'est l'cutanl de Salomon qui 
si<'n>' ci qui fait justice. Qui dune a conservé, 
sinon la France, la tradition du droit? 

» Ou droit religieux, politique el civil; la 
chaise de Papinien et la cliain; de Grégoire VU. 

» Ktuue n\-A nulle autrn part qu'ici. Dès 
saint Louis, à qui l'Euiope vient-elle d^^niaoder 
justice, le pape, l'empereur, les rois?... La pa- 
pauté théologique en Gerson el en Bossuet, la 
papauté pliilosophique en Desi-arles et en Vol- 
taire, la papauté politique, civile, eu Cujas et 
Dumoulin, en Rousseau et Montesquieu, qui 
pourrait la méconnaître? Ses lois, qui ne sont 
autres que celles de la raison, s'imptisent » ses 
ennemis mèaie. L'Angleterre vient <!e donner 
le code civil à l'île de Ceyian. 

n Rome eut U; ponliticat du temi'S obscur, 
la royauté de l'équivoque, et la France a été le 
pontife d'i temps de lumière. 

» Ceci n'est pas un accident des derniers 
siècles, un hasard révolutionnaire. C'est le ré- 
•ultat légitime d'une tradition depuis deux 
mille ans. Nul n'en a une semblable. En ce- 
lui-ci, se continue le graml mouvement hu- 
mnin (si nettement marqué par les langues), 
de riude à la Grèce, à Rome, et de Rome à 
nous. 

» Toute autre histoire est mutilée, la nôtre 
seule est complète; prenez l'histoire de l'Italie, 
il y manque Ie5 derniers siècles; prenez l'his- 
toire de l'Alleiuagne, de l'Auj^leterre, il y 
manque les premiers. Prenez celle de la France, 
avec elle v«us savez le moniie. 

» Et, dans cillc grande tiadition, il n'y a pas 
seulement suite, mais progrès. La France a 
continué l'œuvre romaine et chrétienne. Le 
christianisme' avait promis, i telle a tenu. L'é- 
galité traternelle, ajourées à l'autre vie, elle 
l'a enseignée au monde, comme la loi d'ici- 
bas. 

» Cette nation a deux choses très-fortes que 
je ne vois chez nulle autre ; elle a à la fois le 

Eiincipe et la légende, l'idie plus large et plus 
nmaine, et eu même temps la tradition plus 
suivie. 

» Ce principe, cette idée, enfouis dans le 
moyen âge, sous le dogme de la France grâce, 
ils s'appellent, en langue d'homme, la frater- 
nité. 

.> Cette tradition, c'est celle qui, de César à 
Charlemagne, à saint Louis, de Louis XIV à 
Niipoiéon, kiit de l'hisluii-e de France, celle de 
l'humanité. Eu elle se perpétue, sous forme di- 
verse, l'idéal moral du monde, de saint Louis 
il la Pueelle, de Jeanne d'Arc à nos jeunes ge- 



néniux de la Révolution; le saint de la France, 
quel qn'H f-oit, est celui de toutes les nations, 
il est adopté, béni et pleuré du genre hu- 
main (i).» 

A celte thèse positive de Michelet, Qiiin.^l, 
dans y IJltraDi.itntanismc ou l'Eglise et la société 
moderne, ajoute une thèse négative, u'n ensem- 
ble d(! conclusions hostiles à l'Enlisé. L'Egli-e, 
dit-il dans le titre de ses leçons, est la destruc- 
tion de l'Etal, de la science, de l'histoire, du 
droit, de la philosophie et des nationalités. Le 
professeur tei mine ees déclarations impies, ab- 
surdes et surtout insuliunles par une leçon in- 
titulée : V.' Eglise et la société imioerselle : leçon 
où Quinet enseigne que le Clirist a répudié 
l'Eglise catholKjue el épousé les nations mo- 
dernes. Seulement, comme l'E:^lise ne veut pas 
mourir, il faut la tuer : c'est ce qu'il explique 
en indiquant le sens de la Révolution et en of- 
frant ses conseils à l'ilalie : « Si le premier 
axiouae de voire science pdititiue, dit-il, n'est 
pas de verser, au besoin, d«ns de nobles com- 
bats pour le monde, non par quelques gfmttes, 
mais lies ruisseaux de votre noble sang, il vaut 
mieux ne jamais rien tenter. Est-ce par des com- 
binaisons (le ciiancelleiies impériales ou papales 
que se sont aflianci lies l'Amérique du Nord. l'Es- 
pagne de 18ii, laGrèce de 1827? Le montle n'a 
pas change; ceux qui vuus font croire qu'il 
est aisé de ressusciter, sans uu mirac e d'hé- 
roïsme, se trompent. N'ouhliez pas que votre 
Machiavel lui-même ne vante le renanl qu'à con- 
dition qile'le lion s'y joigne. Ni le ciel nila terre 
ne peuvent vous sauver ^i vnus ne vous rache- 
tez pas vous-mêmes, dans l'avenir, par un bap- 
tême de feu. Détiez-vous des muU! A celte 
plaie, il faut du fer. Bisogna il ferra! 

Rassemblons, en un mot, tout le génie de 
la Révolution française ; essaye/, de chercher en 
quoi elle se ilistinsjue de celles qui l'ont pré- 
cédée. Pènsez-vous que c'est seulement le ren- 
versement de la noblesse? d'autres y avaient 
réussi avant elle. Du pouvoir absolu? l'Angle- 
terre l'avait déjà détruit L'afifranchissement 
du tier.s-état, l'avénemenl du peuple? cela aussi 
s'était vu auparavant. Qu'y a-t-il ilcnc de nou- 
veau dans celte révolution? Le voici : pour la 
première fois, dans le monde ancien et mo- 
derne, un peuple s'émancipe <les liens et des li- 
mites de sou Eglise. 11 s'élève au dessus de 
toutes les barrières, des diflérences, des limites 
de son culte privé, il remonte directement à la 
souivedu droit de la vie. 11 entre en commu- 
nication avec le Dieu de toutes les Eglises; et, 
dans cette condition qui domine chacun des 
cierges de la terre, il fait ce que personne n'a- 
vait fait avant lui ; il embrasse dans une com- 
munion universelle un nouveau genre humain. 

1. Le Peufie, p. 327. 



13J3 



LA SEMAINE DU CLKRGE. 



C'est là ce qui, d'abord, a fait pousser un c \ 
d'allégresse à la terre. Un peuple devient, peii- 
dynt cin.iuaute ans, Tinstrument de l'esprit 
universul, comme tous les autres avaient été, 
avant lui, l'iDstrumenl d'un esprit, d'une secte, 
d'une Eglise particulière! Cela ne s'était pas 
encore vu. 

» Voilà dans quel sens il est vrai de dire que 
cftle révolution, qui n'est enfermée dans aucune 
limite, doit faire le tour du globe. 

» Fondcmi.mt de la révolution française dans 
sa grandeur; pensée qui lie entre elles ses épo- 
ques les plus diverses! Attacliez-vous à un but 
secondaire, et vous perdez le fil de cette his- 
toire : Assemblée constituante, Convention, 
Directoire, Empire, autant de phases qui S3 
réfutent l'une l'autre; suivez cette idée suprême 
de l'universalité religieuse; tout s'explique. 
Jamais elle ne s'interrompit, et ces cinquante 
années de contradictions apparentes forment 
une unité invincible (1). 

A ces idées sur la Révolution, succède le libelle 
des deux professeurs contre les Jésuites. Les 
Jésuites, dit Jlichelet, c'est le machinisme mo- 
ral, c'est l'éducation contre nature, c'est la 
stérilité en toutes choses, c'est l'Eglise assujettie 
à celle stérilité, asservie à l'esprit de mort. 
Les Jésuites, dit Quinet, c'est le pharis lïsme 
chi'étien, c'est l'Evangile déguisé, c'est l'ultra- 
montanisme, c'est l'oppression dans l'ordro 
temporel et le sommeil de l'esprit. Les Jé-uites, 
disent Quinet et Michelet , c'est la contre- 
révolution. Donc, sus au Jésuites. 

L'hisldirc n'a pas à discuter cei violences. 
Seulement il faut faire observer que Quinet, 
pour établir ses thèses, falsifie impudemment 
les textes des Constitutions de la Compagnie de 
Jésus (2); et que Michelet en avait parlé autre- 
fois sur un autre ton. o On ne saurait, avait 
dit .Michelet en 1838, assezlouer le dévouement 
des Jésuites. Leur héroïsme en Eurojie nous 
est connu ; mars il faut les suivre en Asie. Il 
faut voir la facilité, l'empressement avec lequel 
ils reçoivent le martyre. Ce sont là des titres 
de gloire. Chez nous, le dévouement ne meurt 
pas. Et puis qu'elle est belle, qu'elle est grande, 
qu'elle est sul)lime leur obéissance! Au moindre 
mot, un Jésuite, d'une haute naissance souvent, 
sans attendre une heure, obéit, fallut-il partir 
pour les extrémités du monde ! Aussi, quand 
saint François-Xavier reçoit de saint Ignace 
l'ordre de partir pour les Indes, il ne fait rien 
autre chose, il met ses souliers et part pour les 
Indes. C'est qu'il n'y avait jamais pour eux ni 
famille, ni parents, ni amis, mais Dieu, Dieu 
soul et l'ubéissancel Et François-Xavier aborde 

1. t'niramorifanijm», p. 243. A[prè< les «oinmentairei 
de ijaiiiiit sous ce titre, il n'est plus piruiis de s'en servir. 
— ;;. C.MluciiS : Uet Jétuiten , par uu Je u.te. 



aux Indes. Sou cœur est impénétrable aux flè- 
ches empoisonnées; il subjugue les hommes, 
il les subjugue par son regard. Aujourd'hui, si 
l'on n'avait pas détruit l'ouvrage des Jésuites, 
la Chine serait un peuple civilisé. Un Jésuite 
y était déjà ministre. Mais un mot de Rome 
leur ôte toute influence, et ce mot a enlevé 
deux ou trois milliards d'hommes à la civilisa- 
tion européenne. Pour caractériser l'esprit des 
Jésuites, ce fut un esprit monumental (I). u 

.\ ces attaques contre les Jésuites s'ajoutent 
les hautes visées de 1848 1 1 de l Soi. En 1848, 
Michelet, rendu à sa chaire par la Réi.uMique, 
publie ses dernières leçons, dythirambiques 
comme toujours, mais ornées d'une précieuse 
préface, telle que permettait de la faire le gou- 
vernement provisoire. Michelet s'extasie devant 
le grand coup de Février; et, à ce propos, il 
dit : « Il ne faut pas que la révolution soit 
extérieure, à la surface, il faut qu'cHe entre et 
pénètre. U la faut plus profonde que ne fut la 
première révolution, trop exclusivement poli- 
tique; plus profonde que ne veulent les socia- 
listes, préoccupés presque uniquement d'amé- 
liorations matérielles. Il faut qu'elle aille au 
fond de l'homme, qu'elle agisse sur l'àme, 
qu'elle atteigne les volontés, qu'elle soit une 
révolution voulue, une révolution de cœur, 
une transformation morale et religieuse {-2). » 
Une religion à enfanter, après si.x mille ans 
d'existence sublunaire, voilà le premier besoin 
des temps nouveaux. Malheureusement le chris- 
tianisme vit toujours; il devrait se couper la 
gorge pour s'épargner l'assassinat; mais s'il 
répugne au suicide, il faudra bien qu'on e:i 
finisse. C'est là la conclusien finale de Quinet 
AàViS son Mamix : n Ilfau', dit-M, que le chris- 
tianisme tombe. Aveugle, il appelle contre lui 
la force aveugle. Ce qu'il a faitcontre les cultes 
païens, il faut le lui appliquer. Il faut détruire 
ses temples par le feu, ses adhérents par le fer, 
l'exteimiuer, l'étouffer dans la boue! » 

Une discussion s'est établie sur cette fameuse 
phrase que Quinet n'avouait point. Mais la dis- 
cussion a prouvé qu'il avait été tait deux édi- 
tions de Marnix e'. que ladite phrase se trouvait 
seulement dans lune, tandis que Quinet citait 
l'autre pour s'innocenter. Il est donc constant 
que cette phrase révoltante a été écrite; seu- 
lement, comme elle est rétractée, il faut croire 
que Quinet, pauvre tomme théologien, se re- 
commande par ses goùl-; champêtres, qu'il n'est 
pa^ un buveur de sang, mais un amateur de 
crème et de fromage. 

1. Sténop;raphié par VAmi de la Religion, t. XCVII!, 

p. 65, ^.W^. 481 etsuir. 

V. C'ours de Michelet au Cnlte'ge de France, tome unique, 
publié chez Chamerot, eu 1818, |>. Xlii. C est un volume lurt 
cuiieux, orné d'un portrait de l'auteur, où ce triompLatcur 
lait une a&'rauae gnm.ice. 



L\ SEMAINE DU CLERGE 



«a: 9 



Il nous semble que tous eus détails parlent 
assez vreux-mèmes. Pour le jugement à porter 
sur Qiihiet et Michelet, nous citons Guizot 

« Je trouve, liit-il, ilans les papiers qui me 
restent de cette époque, deux noms que je ne 
lis pas sans une impression de triste et utTec- 
tueux regret : un rapport de M. Miclielet sur 
les bibliothèques que je l'avais chargé de 
visiter, et une lettre de M. Qninet qui m'oCTre 
«on concours : deux esprits rares et généreux 
que le mauvais génie de leur temps a réduits 
tt attirés dans son impur chaos, et qui valent 
mieux que leurs idées et leurs succès (1). » 

On ne peut, eu effet, contester à (juinet et 
à Michelet, ni le talent, ni le savoir, ni Téléva- 
tion, ni le ïèle, ni même le coursige. Si vous 
considérez ces hommes dans ce qu'ils devaient 
être, dans leur type, la dirertion de leur hante 
intelligence appnniil ave.: «toux caractères dis- 
tinclifs : chez l'un, l'amour du beau, chez l'au- 
tre, l'amour de l'ordie; chez tous les deux, le 
sentiment des grandes tlioses ol un magnifique 
esprit de prosélytisme. Mais l'homme, intidèle 
à sa vocation, tombe dans la direction con- 
traire à celle où il devait monter. Chacun de 
nous a, tout près de lui, une montagne qui 
l'atteud et un abîme qui le menace; et, par une 
disposition mystérieuse, l'abîme parodie, quant 
à la forme, les contours de la montagne. Par 
la sincérité de leur nature, ces deux hommes 
semblent avoir une certaine affectation à éta- 
blir l'évidence de celte vérité. L'amant du beau, 
en face de l'art, fait des contorsions et des 
grimaces; l'amant de l'ordre, en face du vrai, 
n'a que des idées courtes et des regards étroits; 
tous les deux éteignent les lumières de l'Evan- 
gile et méconnaissent Jésus-Christ, blasphè- 
ment l'Eglise qn'ils ignoicul cl qu'ils voulent 
corromiire;tous lesdeux seplongent dansla nuit 
factice et arlùtrairc de ^ys;èmes sciugicnus, se 
délecleiil dans , l'épaisse» ténèbres et uq<' basse 
corruption, et, pour achever leur ouvrage, im- 
plorent l'appui trompeur de la violence et la 
collaboration du bourreau. Phares allumez sur 
écucils, il ne montrent pas le port, ils appellent 
à se briser le malheureux qui voudrait se con- 
fier à leur menteuse luiiàère. El celte œuvre 
funeste, ils la poursuivent sans pitié pour le 
souvenir de l'œuvre qu'ils auiraieut ilù faire, 
avec cette obstination fréuétiiiue de l'homme 
égaré, qui met le sceau à tous ses égarements 
en sinterdisant même le retour. — Que ces 
deux exemples servent de letton ! 

Justin Fèvre. 

protonotaire apcstolinue. 

t. Hémoire» pour sinir à l'histoire de monlempt, t. III, 
pag. 181. 



CHRONIQUE HEBDOMADAIRE 



lUdience du Pape aux êlèvos des collijges étrangers. 
— Discours qu'il leur adresse : ce que représentent 
les poissons ipii s'échappent et ceux qui restent pns 
dau< la iiéclu> miraculeuse; devoir pour les jeune» 
léiitts de se pré|iarer à combalti-e l'!S mécliaots; 
modèle à suivre; soumission à Pierre; des projets 
seciaires contre la Papauio. — Manifeste athée el 
socialiste des étudianls de Paris. — Rapport de la 
Commission de la Chambre sur les faits scandaleux 
relatifs au concours pour l'admission à l'Ecole po- 
iylechnique. — Coudamnation des jourmuix diffa- 
mateurs. — Suppressions et réductions faites sur le 
budget des cubes par la Commission du budget. — 
Revendication de Son Kminence le cardinal-arche- 
vêque de Paris. — vœu du conseil municipal de 
Palis tendant à interdire tout exercice religieux 
dans les écoles communales. 

4 août 1876. 
Rome. — Le Saint-Père a reçu en au lience» 
dans le courant de la semaine dernière, les 
élèves des collèges étrangers. Ils étaient con- 
duits par le R. P. Steinhuber, de la Compagnie 
de Jésus, recteur du collège hongrois-germa- 
nique, qui a donné lecture d'une Adresse à la- 
quelle Pie IX a répomlu en ces termes : 

« A vous aussi, qui êtes destinés de Dieu, si 
vous persévérez dans la sainte mission à la- 
quelle vous avez été appelés, à instruire les 
peuples, et les éclairer de la lumière de l'Eran- 
gile, à rappeler les pécheurs des ténèbres du 
péché aux splendeurs de la grâce, à vous 
aussi le divin Sauveur adresse les paroles qu'il 
adres-^ait aux Apôtres : Venue post me, faciam 
vos fieri piscalores >iominum. 

» Rappelez- vous la pêche miraculeuse qui 
remplit tellement les filets que coux-ci, ne pou- 
vant soutenir un si grand poids, se rompaient 
d'u:) côté et d'autre, et laissaient ainsi s'é- 
chapper une partie d'une si riche capture. Tous 
les miracles de Jésus-Christ ont leur significa- 
tion. La multitude des poissons renf.rniés dans 
les filets signifie la multitude des croyants qui 
ont entendu et suivi la voix de Dieu. Les 
ruptures du filet, par lesquelles sortent un 
grand nombre de poissons qui d'abord étaient 
réunis aux autres, ne signifient rien autre chose 
sinon les hérésies elles schismes, qui ont roiupu 
les rets et qui de nos jours encore produi- eut 
les sorties des incrédules, des sectaires et de 
tous ceux qui ont embrassé les di>ctrines des 
perfides et aveugles écrivains du siècle pa-sc. 
Ce sont là les maîtres de l'erreur, les corrup- 
t.urs des peuples, et par les positions qu ils 
occupent et par leur persistance à assaillir, à 
dépouiller et à opprimer l'Eglise de Jésus- 
Christ. 

Il C'est au milieu de cette société que l on 
cherche à corrompre que vous vous trouvere- 
avaul peu et que vous devrez combattre l'crz 
reur par tous les moyens possibles, mais suiz 
tout par l'exemple de votre vie. Vous devrez 
aussi la combattre avec les armes d« la saine 



1340 



LA SEMAINE TU CLF.RCft 



raison oorroborée île la science et fortifiée de le 
grâce de Dieu. 

» Je parle à des jeunes gens; aussi, laissant 
de côté cent autres repoussantes erreurs, je 
ferai seulement alliisiim à celles que certains 
éttidianis ont eu l'audace de proclamer dan» 
certain endroit du monde citliolique, erreurs 
non nouvelles, mais erreur^ tilles comme tou- 
■ jours de l'orgueil infernal. Ces jeunes gens ont 
donc publié un programme, l'adressant à tous les 
étudiants des deux mondes daus lequel ils décla- 
rent que la société religieuse doit être détruite, et 
que, suivant li\s bases de leur syllabus, ils en- 
tendent être athées, révolntionnaires et Focia- 
listes. Mais, hélas! sur de semblables racines 
ne peut jamais croître qu'un arbre des-éché, 
avec de très-vilaines feuilles et des fruits pires 
encnrn. 

1) Vous êtes appelés, chacun à votre temps, 
à combattre ces abominables excès de frénésie 
et à relever la dignité humaine, que l'on vou- 
drait ravaler dans la fange en l'invitant à 
suivre des principes horribles et monstrueux. 

» Mais, me direz-vous, qui sommes-nous 
pour user combattre des adversaires aussi nora- 
broux et aussi puissants? Je le sais, votre âge 
encore peu avancé, vos études non encore ter- 
, minées, votre cœur non encore pleinement 
ratlermi contre les assauts îles passions, tout 
cela est un motif pour douter de vous-mêmes 
et pour dire : Mais qui sommes-nous? Mais, 
prenez couruge, mes chers enfants; rappelez- 
vous les paroles de Jésus-Christ, qui^ avant de 
commander de jeter les filets, c'est-à-dire de 
de mettre la main à l'œuvre, nous ordonne de 
mnnhor ilaus la bonne voie. Or. où trouver 
une meilleure voie que celle dans laquelle 
Jésus-Christ nous précède : Venue post me? 
et q.ie veulent dire ces pn rôles, suivre Jésus? 
Lui-même nous l'enseigne de la façon la plus 
claire : Qui vult venire post me abneget semet- 
I Ipsum, tollat crucem suam et seqvatur me. Il 
enscii^Ui! ainsi l'abnégation de soi-même, la 
mortitication chrétienne et l'imitation de ses 
sublimes vertus. 

» S'il y a quelque par.esseux parmi vous, 
qu'il se secoue et se réveille, Abncgi't semetip- 
siim, parce que la paresse empêche les jiroifrès 
dans l'étude et dans la pratique des œuvres de 
piété. Si quel(|u-'aulre a I espiit peu disj osé à se 
plier à la discipline, (pie, prosterné aux pieds 
du crucifix, Abneget semeti 'Snm, il dépose son 
orgueil, prenne sa croix et se revête d'humilité. 
.\insi, avec i es abnégations et bien d'autres, 
vous vous rendrez capables de combattre les 
erreurs du monde et vous pourrez opérer avec 
fruit dans le saint ministère. 

» Gomme tous doivent marcher sur les traces 
que vous a indiquées le divin Maître, les miz. 
nistres du sanctuaire doivent tous, sans ex& 



, lion, ainsi qi:e les cilhcliques, écouter et suÏTa 
avec docilité les décisions émanant du Siint- 
Sii'Hc apostolique. Ce centre de l'unité, appre- 
nez dès aujourd'hui à le respecter, parce qu'il 
e«t nécessaire pour mainli^inr le dépôt '■' la 
foi. 

» Dans le fait de la pêche rairsi uleusc dont 
je parlais tout à l'heure, il est important de 
remarquer que le commandement de jeter les 
filets est fait à un grand nombre; mais l'ordre 
d'aller en haute mer n'est donné qu'au seul 
Prince ries Apôtres, A Pierre seul il a été dit : 
Dur in altnm. Au seul vicaire de Jésus-Christ a 
été donné le pouvoir de conduire en haute 
mer la barque mystique, afin que, guidée par 
la foi et animée par l'espérance, elle puisse à 
l'aide do tels ou tels moyens, se soutenir au mi- 
lieu des eaux, résister inébranlable à l'impé- 
tuosité des vents et des tempêtes, maintenant 
toujours, avec l'unité de direction, l'unité 
même >!e l'Eglise catliolique. Je tiens à vous 
rappeler tout(!S ces choses afin de vous pré- 
munir contre toutes les embûches par lesquelles 
on cherclic aujourd'hui non pas tant à obscur- 
cir la splendeur du Siège de Pi.nae qu à ea 
combattre l'autorité. 

» Ce n'est pas tout. Rome était destinée par 
Dieu à être la capitale de l'univers catholique; 
mais les usurpateurs ont voulu en faire la capi- 
tale de l'Italie, ou, comme quelques-iî::s .e 
disent, le cerveau de l'Italie. Mais remarqiM'z 
comme de ce cerveau sortent non-seuleme..*: 
toutes les dispositions quipèseul si lourdement 
sur les sujets, mais aussi toutes celles çii 
attentent aux droits de l'Eglise, à la sainte ,é 
de la reliiiion, au maintien de sadi3cipîine,etc. 
Je ne parle point de choses administratives, 
de points francs, pvnti franchi (allusion aux 
dernières discussions législatives), mais unique- 
ment de ce qui se fait contre l'Eglise, à qui on 
avait promis la liberté et l'indépeDdance. 

» Les poètes païens 
tement de I 

l'enfantement fut nommé par eux la sagesse; 
mais quelle est celte sagesse qui ne se préoc- 
cupe du matin au soir qu'à persécuter l'Eglis» 
et à empêcher qu'on enseigne ses saintes et 
salutaires doctrines? S'il tant l'appeler sagesse, 
on ne peut lui donner que le nom de sagesse 
infernale (sapienzi infernale)! 

» Ce n'est pas tout encore. Non-seulement 
on s'étudie à détruire l'autorité spiriluelie de 
l'Eglise, mais aussi a renverser les ti'mplesci:u- 
sacrésà Dieu. Ces jours-ci, dans une seule rue 
de Rome, trois églises ont êti' enlevées au culle 
divin et livrées il la dic^lrui^lion, afin de faire 
un peu plus de place aux monuments profa- 
7ies. 

Les délits se multiiilient tous les jours, 
ne se préoccupe pas le moins du 



imaginèrent un enfan- 
leur première divinité, et ce fruit de 




LA scMU.M-: Kl (;Li,r..:;i> 



<ti< 



monili^ d'opposnr iino ''ivuc an torrent Jo 
nB;inv;iiscs iiui-urs, ;i l'iri'fliition et à lu IVé- 
qiieinc ilu sui. i.le. Il scinlile '|ii • ii; cerveau Ma 
ritalii! peniiel tout el proti-ge jusi|Ui; sur les 
voie* publiques le triomphe du vol et du sui- 
cide, ji' [lasje sous silence d'autres désordres 
que je ni; puis nommer iii, mais qui malheu- 
reusi'incnt sont l'avoiisés i-t painuinés par ceux 
qui d'vraieui les réprimer sévèrement. 

« Je mi' liornerai à -iirunlir uniquement les 
coupaliles projets qui vout s'ourdis-ant dans les 
réunions de seclairt'p, et tout particulièrement 
dans ce cerveau de l'ilalie (Home), atin de pré- 
parer, à l'aide des voles du peuple, l'élection 
du premier dignitaire de l'Eglise, dans le but 
de ininprc, si cela était pntsibii', ce filet mys- 
tique i]ui tient réunis daus ii-s liens de l'unité 
les catholique- du monde entier sous la conduite 
de Pierre, le grand pécheur. Mais Dieu saura 
bien confondre ces perti'ies desseins de l'enfer, 
a Pour uioi, laiiiJ's qin' fous déplorent ces 
attentats ipii peuvent s'appeler 'ies saerilég.'s, 
pour moi, je ne cesserai jamais -'e répéter que 
le pouvoir temporel est nécessaire au Saint- 
Siège dans l'ordre actuel de la Providence, je 
ne cesserai jamais de protester avec la plus 
grande énergie contre les violences de toutes 
sortes qui se commettent au détriment de l'E- 
glise, de la liberté et de ses droits. 

n Quant à vous, mes chers enfants, qui êtes 
appelés à devenir les coopérateurs de Dieu, à 
être le boulevard de la maison mystique d'Is- 
raël, à èlre pécheurs non de poissons, mais 
d'hommes, demeurez constants et fermes dans 
votn- (vocation. Rendez-vous apt.-s, eu fai- 
sant toujours des progrès dans la science et 
dans la piété, à devenir d'utiles ministres du 
sanctuaire, toujours disposés à conserver et à 
accroître chez les fidèles la foi et la pratique de 
la religion, et résolus aussi à démasquer les em- 
bûches des mauvais, à réfuter les erreurs et à 
convertir les pêcheurs. 

« Et afin que vous puissiez plus aisément 
atteindre ce but, objet de vos désirs, j'implore 
sur vous les faveurs les plus signalées de Dieu, 
en même temps que j'élève la main pour vous 
bénir en son saint nom. » — Benedictio Dei, 
etc. 

France. — La libre-pensée se lance, depuis 
quelcjues semaines, à un assaut général contre 
l'Eglisi-; mais ses manœuvres, mal couceitees 
et exécutées avec une rage aveugle, ne lui alti- 
reiit ([ue le ridicule... et des amendes. 

tlu a eu d'abord le manifeste des étudiants de 
Paris, qui se dé«lareiit athées, révolutionnaires, 
et SDtialistps. Athées, parce que l'idée de hieii 
est incompatible avec les doruiées actuelles d.c 
la scieiici' ; révolutionnaires, parce qu'ils font 
las d'iii.i 1 (he ce qui a été tant de Icis promis 
et qui ne vient toujours pas; sociali.s;ts, i-'ie.» 



que la société qui existe est eriminelle. AvanI 
de parler de ce tou dogmatiipie, ces jeunes gi-ns 
ne feraient peut-être pas mal d'achever les 
études pour lesquelles ils ont été envoyés par 
leurs-familles à Paris. Quelle pitié d'entendre 
une jfcuiesse, oui devrait êtr.' sérieuse, trancher 
sans eu rien savoir les questions philosophiques, 
politiques et sociales'.' Et que peut-ou aiiendre 
d'elle lorsqu'elle sera outrée nuis la vie? Voilà 
où conduit une éducation suus Dieu. Mais ce 
qui rassure, c'est que les j.'unes ire: s qui en sa- 
vent si long sur Dieu, sur la politique et sur la 
société, n'en savent pas taiit sur leur m lier, 
qu'ils feroit petite fiuure dans le monde, et 
n'auront pas une bien puissante influence. 

(;c mairfeste, adressé aux étudiants des deux 
mondes, eu vue de provoijuer, pour 1878, uu 
congrès inlernatioual d'étudiauts, est un appel 
direct à la guerre contre' l'Eglise. Il y est liit : 
« Depuis des siècles, un duel à mort est engagé 
autre les Eglises et la Révolution, entre la 
science et la foi. Nous touchons à la crise su- 
prême, la situation est à l'état aigu. Des deux 
sociétés en présence, — la société civile et la 
société reliaieuse, — il faut que l'une ou l'autre 
périsse, et périsse bientôt. » On comprend que 
• les K^'li-^es » ne sont mises ici que pour la 
forme, et qu'il ne s'agit que de l'Eglise catho- 
lique ; eir contre quelle autre Eglise déclament- 
ils jamais"? Aussi bien il n'y a qu'elle qui soit 
l'œuvre de Dieu, et la haine des agents t\M dé- 
mon le montic as-ez. Quant à la nécessite q,e 
l'une des deux soiie'ii-s péri-^e, la nnesti(ni ist 
■ mal posée, '.'ar il n'y aura jamais de société sans 
religion ; c'est la Révolution ou l'E'-'lise qu'il 
fallait dire. Jlais nous savons que l'Eglisi; no pé- 
ru'a pas; ce sera d<uir effectivement la Hévolu- 
tiou qui sera vaincue, mais pour faire place à 
une autre forme île L'uerre contre l'Eglise, qui 
a toujours eu et qui doit avoir toujours à lutter 
et à combattre. 

On a eu ensuite le coup monté contre les jé- 
suites et leurs élèves, à piopos du concours 
pour l'admission u l'ivole poiy;i'chnique. Nous 
eu avons tait counaîtrc les traits [nincipau.x. La 
commi.«siou nommée parla Chambre pour faire 
une enquête, a iléposé son rappoit. duquel il 
ressort ([ue les élèves des jésuites ne connais- 
saient nullement à l'avance le sujet de la com- 
position. Le rapport «e termine par un blâme 
éiiergiiiue contre les élèves des lycées qui n'ont 
pas craint d'accuser de déloyauté, sans l'appa- 
reuce d'inie preuve, les élèves de Sainte-Gene- 
viève. Vif. là ce ((u'ii en est de cette inondation 
de .umieie si impudemment promise par 
Jl. Gambetta contre les jésuites. 

L;i même atiaire est venue, sur la plainte du 
dirreleur de l'école Sainte-Geneviève, devant 
le triiiiinal correctionnel de Paris. Il s'agissait 
•'i di s journaux qui s'^laieni i inparés de la ca- 



f342 



LA SL.i..LN£ DU CLKiiCÈ 



lomnie el lui avaient donné !oul le relenlissc- 
ment possible. Ces journaux étaient la Ti il/une, 
les Ùiuiis de r homme, la R( publique françuise, 
la Petile république françnisf, le Peuple, le Bien 
public el 1.1 Fnince. Outre le i!irec'.eur de l'Ecole 
Sainte-Geneviève, quatre élèves majeurs de 
l'école et cent soixante et un parents d'élèves 
s'étaient portés partie civile. 

Les journaux avaient d'abord espéré que les 
jésuites, n'étant pas reconnus par la loi, n'ose- 
raient se plaio'ire. Ils se faisaient illusion, con- 
naissant mal la jurisprudence, comme toutes 
choses, sauf l'art de calomnier. Se voyant ci- 
tés, ils ont demandé qu'on expulse les jésuites, 
ce qui élait un très-bon moyen pour échapper 
aux consé<iuences de leurs mensonges. Calom- 
nier s.ins crainte d'être démentis et châtiés, 
vuihi ce 'lu'ils voudriiiciil. Au premier appel de 
la cause, ils auraient voulu un sursis d'un mois; 
h: tribunal a simplement remis rali;iire à liui- 
laine. El busqu'elle revint, les joiirnanx llnnt 
tous définit, saul deux, la Tribune el les Doits 
lie rfJoiMue, qui, d'ailleurs, n'avaient pas de 
dcû-nseuis. Après les plaidoiries des avocats 
des plaignants tt le réquisitoire de l'avocat de 
la ré[iulilique, le tribunal a condamné les jour- 
nfiux dill.imaleuis chacnn .') 2,000 francs d'a- 
mende et à l'insertion du jugement dans le 
journal condamné, dans dix journaux de Paris 
et dans vingt journaux de province, au choix 
du demandeur et aux frais des défendeurs. La 
hronce, qui a demandé à faire des excuses pu- 
l'ii |ues, n'a pas été comprise dans ce juge- 
Uicut. 

Ce n'est pas tout. A la Cl'.ambre des députés, 
la commission du budget, présidée par M. 
Gambetta, asupprimé les allocations portées au 
budget de la guerre pour les aumôniers mili- 
taires et le service du culte dins les garnisons, 
et fait au budget des cultes les suppressions et 
les I éduutions suivantes : 

Suppression du crédit de 1,200,000 francs 
destiné à élever de 900 francs à 1 ,000 francs le 
traitement de 12,000 desservants, porté en 
conformité du vo'u txprinié par l'Assemblée 
nationale lors de la discussion du dernier bud- 
get. 

Suppression du créilit de 38,000 francs pour 
la création de trente nouvelles succursales et 
de vinyl-cinq nouveaux vicariats. 

Hefi:s de maititcnir l'aliocition portée pour 
eréatii.ii d'un treizième canonicat de premier 
ordre au chapitre de Sainl-Ucnis. 

Suppression du crédit di- 20,500 francs des- 
tiné à entretenir des boursiers à l'école des 
hautes éludes eeclésiasliques, dile des Carmes. 

Vœu que le traitement des chapelains de 
Sainte-Geneviève soit supprimé dans le budget 
de 1878. 



Suppression de trois cents bourses sur ' ..< 
qui sont allouées chaqueannée aux séminaires. 

En tout, une réduction de plus de 2 millions, 
tandis que le budget de i'instruclion publique 
laï<iue reçoit une augmentation de près de 
5 millions. 

Kemaïquons encore que le seul budget du 
culte catholique est frappé de réductions ; 1rs 
budgets des autres cultes sont maintenus tels 
qu'ils sont propos3S, même lorsqu'ils [lorlcnt 
des augmentations. Rien donc de plus clair 
que c'est à rE','lise qu'on en veut. 

Son Em. le canlinal-archevéque de Paris a 
écrit au ministre de la justice et des cultes une 
très-belle lettre où l'iniquité de ces suppressions 
est mise dans tout son jour. Plusieurs cardi- 
naux, archevêques et évcques ont aussitôt ad- 
héré pnbliiuement à cette revcniicalioM, qu'on 
peut regarder justement comme e.vpr.mant la 
pensée 'ie tout l'épiscopit, du cleriçé et des ca- 
tholiiiucs de France, c'est-à-dire de la presque 
totalité de la nation. 

En même temps que les députes radicaux se 
passent ces fantaisies, après avoir déjà mutilé, 
autant qu'il a été en eux, la loi qui garantit 
la liberté de l'enseignement supérieur, parce 
que les catboliqu s ont seuls assez de généro- 
sité et de dévouement pour en profiter, les 
radicaux du conseil municipal de Paris, après 
une discussion où la haine de la religion s'é- 
tait donné carrière, adoptaient un ordre du 
jour où les autorités publiques sont invitées à 
• interdire rigoureusement dans les écoles com- 
munales tout exercice religieux el toute sorte 
de propagande religieuse, pratiquée soit par 
les agent-i de l'^dministratinn, soit par les mi- 
nistres des différents ciilles. » Eu' me nue fois, 
eu parlant bypoeritement des « riiilérenls cul- 
tes, • on n'a eu vue quo le seul culte catholi- 
que. 

L'attaque, on le voit, est poussée avec ardeur 
et sur une larye ligne. Heureusement que jus- 
qu'à présent il r.'ont pas fait grand mal, ayant 
toujours été obligés de se replier. Leur pointe 
sur le budget, nous l'espérons bien, échouera 
comme leur assaut contre les jurys mixtes 

P. d'Hauterivb. 



Tonii- VIII. — N» 13 Quatième urinée 



16 aoùl 1876 



SEMAINE DU CLERGÉ 



Prédication. 

PLAN D'HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE 

DU DOUZIÈME DIMANCUE APRÈS LA PENTECOTE. 

(r.uc X., 23-37.)' 
L.e «■vin Sumaritaln et sa mlssloii. 

Un jour, mes fièrrs, les Juifs accusaient 
Noire-Seigneur JéfUî-Christ d'élre un Samari- 
tain et un possédé du démon (1). Le divin 
Mailre se itéfendit du second reproche et prouva 
qu'il n'avait rien de commun avec le prince des 
démons (2). Mais il acci-pta sans observations 
le nom de Samaritain. 11 voulait, en effet, sous 
ce pseudonyme, faire au monde le tableau delà 
bonté de son cœur, et, dans la conduite qu'il 
prêterait à un Samaritain, montrer la pieuse et 
touchante noblesse de sa mission. Aussi, mes 
frères, les saints Pères s'accordenl-ils à voir 
dan« le Samaritain de noire Evani;ile le por- 
trait du divin Maître (3) et, dans sa conduite à 
l'égard de la victime du bri,içandai;e, l'image 
de sa mission rédemptrice à l'égard de l'hu- 
manité (4). Nous essayerons aujourd'hui d'ex- 
poser brièvement cette consolante théologie, 
heureux d'y découvrir les caractères de la véri- 
table charité fraternelle. 

Il est dit du Samaritain que, voyageant sur 
la route de Jérusalem à Jéricho et rencontrant 
sur son chemin une malheureuse victime du 
brigandage, qui avait du domicile dans le dé- 
sert situé entre ces dinix villes, il s'approcha 
d'elle avec sa monture, et, voyant un homme 
couvert de blessures, dépouillé de tout et à 
demi-mort, il en eut compas.-ion. 

Cette victime, mes frères, c'est l'humanité... 
Les larrons aux maius desquels elle est tom- 
bée sont, dit sainl Ambrtiisc, les auges des té- 
nèbres (.')). lli Tout dépouillée de la robe d'in- 
nocence et de tous les orni-meuls de la grâce. 
Ils lui ont enlevé, dit salut Augustin, toutes 
les habitudes veriiicuscs (O). Ils lui oui ravi, 
ajoute sainl Chrysostome, le principe de Tim- 
mortalité du corps et le droit à la candida- 

I. Joan., VIII, AS. — 2. Ibid , 49. — 3. Le mot Samari- 
tain veut dire gardien. Notie-Seigneur Jésus -Christ n'est-il 
pas le gardien toujours vigilant de son peuple? N'est-ce 
pas lui qui le protège et le conser^'e avec amour comme 
la prunelle de ses veux? (Ps. cxx, 4. — Ps. xvi. 8. — 
4. In Samaritano Oominus Noster Jésus Christus se vo- 
luit intelligi (S. Augustin). Totuni genus humanum est 
homo ille qui jacebat in via; quia vires ei propriai ad 
«urgendum non sulficiebaut. (S. .\ugusl.) — 5. (Jui sunt 
Istrone» nisi aageli noctis et tenebiarum. (S, Ambroiee.) 
6. Oroaiuentis morum. (S. August. 



lure du Ciel. Immortulitate et dignitate cœlesti 
spoliaverunt. Puis, l'ayaiil blessée jusque dans 
son libre a:bitre, dit saint Augustin, ils 
l'abandonnèrent là, gisant sur le chemin de 
la vie, impuissante à se relever, incapable de 
réparer les brèches faites à sa vie... Le prêtre, 
le lévite, c'est-à-dire la synagogue des Juifs et 
la philosophie |i:iïi^nne, pas.'cnt auprès de la 
pauvre blessée... Mais eilns rip «ont point émues 
par son état, et coniinuent leur chemin sans lui 
olliir le moindre secours. 

Mais, laissez passer ce prêtre et ce lévite ; 
voici venir un homme qui n'a rien des gloires 
du sacerdore d'Aaron, rien de la majesté fac- 
tice du philosophe grec ou romain. Non est ei 
speeies neque décor. Mais il a le loeiir compatis- 
sant et la main tendre, comme la main d'une 
bonne luèie. Il s'approche, cl, relevant le blessé, 
il l'embrasse afTectur'US'-meiit. 

Est-il possible, dit saint Ambroise, de lire ces 
détails sans se rappeler que le Verbe divin, 
descendu du Ciel (I) et faisant par son huma- 
nité le même voyage que l'homme, s'est ap- 
proché de lui? A la vue du triste état où le 
démon et les passions l'avaient réduit, il a été 
touché de compassion. Mais il ne se borne pas 
à de stériles mouvements de pitié envers le mal- 
heureux blessé. Descendant de sa monture, il 
s'incline vers lui, il l'encourage et le console. 
Il lave et panse ses plaies en y répandant de 
l'huile et du vin, et les bande ensuite soignen- 
semeni. Or, tout cela, mes frères, n'est que l'i- 
mage alfaiblie des soinspieux dont nous sommes 
les objets de la part de Jésus-Christ. 

Car, par le vin mystérieux qui est son propre 
sang répandu pournous sur la croix, par I huile 
symbolique des sacrements, il a pansé les plaies 
de nos péchés, il nous a appliqué les seuls re- 
mèdes qui guérissent, c'est-à-dire qui sancti- 
lient (2). Saint Jean n'a-t-il pas dit que Jésus- 
Christ nous a lavés dans son sang : Qui l/ivit nos 
in sanguine suo (3). Le Psalmiste n'avail-il pas 
chanté l'onction saintequidela tètedescendsur 
tout le coTçis. Impinguasti inoleocaput meum{i), 
11 a bandé nos plaies, dit saint Augustin, 
en nous donnant les moyens de ne plus rece- 

t. Jérusalem, dans l'enseignement det Pirei, eit la figure 
du Ciel : voyez S. .\ug., qui dit : Homo qui descendit est 
Adam (Hieriisalem civitatis pacis.) — 2. Vinum etoleum, 
id estjSunguinem passioni» et oleum chriernatis quibus de- ' 
littoruni vulnera curantur et sanctificationis medela pr<es- 
tatur. (Saint Jean-Chry».) — 3. AiiOC, I, 5. — 4. Psalra. 
xxiri, 3. 



ms 



LA SEMÂINR DU CLERGÉ 



voir de lile«5ures dan? les fomhnts spirituels, 
alligntio vvlnei'um est rohihifw pecralnrum . 

Mais tous les soins jiro.iignes par le Samari- 
tain au pauvre biessi' n'auraient servi rln rien, 
s'il l'avait laissé gisant, épuisé de t'orces au mi- 
lieu du chemin, dans un lieu «lésert. Il le releva 
donc avec toutes les pr>>cai!tions possibles, le 
place de son mieux sur sa monture et le con- 
duit dans la première hôtellerie qu'il rencontre. 
Là, il lui fait donner tout ce dont il a besoin et 
ne le quitte quaprès lui avoir assuré les soins 
prcprcs à lui rendre la santé. 

Ainsi, mes frères, la passion et la mort par 
lesquelles Jésus-Christ, le vrai Samaritain, avait 
lavé et pansé les plaies de l'humanité, les sacre- 
ments si nécessaires pour guérir ces tilessures, 
tout cela serait demeuré inutile si le Sauveur 
nous eîlt laissés dans le désert de ce monde, 
sans autres secours et .'ibandonnés à nous- 
mêmes. Aussi, voyez toutes les tendresses de son 
cœur. 

Il commence par élever jusqu'à lui, dansune 
' confiance illimitée, l'humanité qu'il portait ne 
lui-même : Adam proioplastum Christus in se 
portauit (S. Aug.). Puis il l'emmène doucement 
et le dépose dans l'hôtellerie de l'Eglise, qu'il 
'vient do fonder tout exprès. Là, il lui prodigue 
tout les soins, toutes les tendresses de sa charité 
infinie. Divine hôtellerie! S'écrie saint Jean- 
(-hrysostome, qui accueille toutes les âmes fa- 
tiguées dans le chemin du monde. ..qui soulève 
tous les fardeaux des pécheurs et leur rend la 
vigueur par la nouriiiure salutaire qu'elle leur 
distribue ! Divine hôtelleiie I x>i\ l'on est à l'abri 
des rayons brûlants du soleil et des trimas de 
l'hiver, nù l'on ne craint ni les surprises ni les 
tromperies, et où l'on trouve l'iiiiioceuce et la 
bonté, un air salubre etun repos partait. (£?o?h2/. 
Be hac re.) 

Mais remarquez, dit Tliéophilacte, que le 
Samaritain emmène lui-même sur sa mouture 
le blessé à l'hôtellerie. Car Jésus-Christ est 
venu non pour être servi, mais pour servir, et il 
a mis noire humanité blessée sur sa propre 
humanité en nous faisant devenir ses membres. 
Et personne, ajoute le vénérable Bédé, n'entre 
dans riiolellerie de l'Eglise, s'il n'y est amené 
par Jésus-Chiist lui-même qui, au baptême, nous 
réunit à son corps mystique. 

Mais voici le plus beau trait de la charité du 
Samaritain. Obligé de repartir le lenilemain, il 
fait venirlem;iitre de l'hôtellerie, et, en lui mon- 
trant le voyageur blessé : Ayez-en soin, dit-il. 
Voie: deux deniers. Dépensez-les sans ménage- 
ment, pour tous ses besoins, et, si la guérison 
exige da\antage, je vous en tiendrai compte à 
mon retour. 

Le moitre de l'hôtellerie, dit Origène, est 
celui qui préside à l'Eglise: c'est le Souverain- 



Pontife, ce sont les évoques, c'est le clergé tout 
entier; car, tous réunis ne forment qu'un corps, 
une personne morale, qui exerce l'action gou- 
veriiemeutale ilaiis l'Eglise. 

Les deux pièces de monnaie sont la vérité et 
la grâce : la vérité qui guérit les esprits eu les 
éclairant, la grâce qui ferme les plaies des 
cœurs en les smclitiaut; la vérité, dans l'en- 
semble de la révélation, la «race dans l'institu- 
tion des sacrements ; la vérité et la grâce dont 
Jésus-Christ, au lendemain de sa résurrection, a 
CQjalîé le dépôt au maître de la véritable hôtel- 
lerie, au corps des pasteurs de l'Eglise. Ce sont, 
a dit suint Jean-Clirysoslome. les deux pièces de 
monnaie qui nous peimelteut de remettre sur 
pied tous ceux qui sont tombés, de soigner les 
malades et de guérir les blessés, en conservant 
la santé à ceux qui l'ont recouvrée. 

Arrêtons-nous là, mus frères. Et gardons 
dans nos cœurs cette parole que le divin Sama- 
ritain a diie à l'Eglise à notre suiet: Curamiltius 
httbe. Prends soin de cetti'àme. VX Inissons-nous 
soigner par notre divine hôtelière. N'imitons 
pas ces malades étourdis et impatients, inquiets 
et légers qui se révoltent contre l'Eglise, qui la 
repoussent, l'outragent et l.i pe:séeutent. Soyons 
docilesàsa voix lorsqu'elle nous distribue le de- 
nier de la vérité. Soyons docilesàsoncœur lois- 
qu'elle veut déposer dans le nôtie le denier de 
la grâce. Et si nous avons reçu des blessures, 
nous reviendrons à la santé; si nous avon.s le 
'bonheur de vivre dans la vérité et dans la grâce, 
nous [irciidrons bientôt une nouvelle énergii' et 
une nouvelle vigueur qui nous pf rmettioul de 
poursuivre notre route et de rentrer à la viwie 
.iérusalem, où je vous souhaite le bonheur des 
élus. 

J. Deguin. 
curé d'iicliunnav. 



INSTRUCTIONS FAMILIÈRES 

SUR LES COMMANDEMENTS DE DIEU 

30" Instruction. 

QUATRIÈME COMMANDEMENT 

I" Instruction. 

SUJET : Devoirs des «nfants envers leurs parents. 
Les enta-'its doivent : 1' respecter leurs pariuts; 
2» Us làinier. .. 

Texte. — Honora patrem tuum et matrem 
tuam ut sis longœvus : Père et mère ho- 
noreras, atin que tu vives longuement. {Exod., 
chap., XX, vers. 12.) 

ExoRDE. — Mes frères, vous savez, le caté- 
chisme d'ailleurs vous l'a appris, que Dieu 
donna .ses commandements, gravés sur d- ux 
tables de pierre qu'il remit à Moïse... Les 



U SEMAINE bV CLERGÉ 



m» 



trois premiers commanrlements, ceux que nous 
avons jusqu'ici expliqués, élaient gravés sur 
la première table; ils ren ferment les devoirs 
4es hommes envers Dieu... Les sept autres, 
écrits sur la seconde table, contiennent nos 
devoirs envers le procliaiu... Aussi, selon la pa- 
role de Noire-Seigneur Jésus-Christ, n'y a-t-il, 
à proprement parler, que deux commande- 
ments... Aimer Dieu de tout son cœur, (mis 
aimer .'ou prochain comme soi-même par rap- 
port à Dieu. En eflet, aimer Dieu, c'est l'adorer, 
c'est respecter son saint nom, c'est sanctifier, 
en Jui rendant les hommages auxquels il a droit, 
le jour qu'il s'est réservé... Voilà bien trois 
commandements, mais qui sont véritablement 
résumés dans un seul, l'amour lie Dieu... Aimer 
le prochain comme nous- mêmes par rapport 
à Dieu, c'est lui rendre l'honneur que nous lui 
devons, s'il est u»lre supérieur, respecter sa vie, 
ses biens, sa répiit;.ti(iti, la vertu de son épouse 
comme celle de s;' fille ; voilà I. s sept comman- 
dements renferi.;i- i;."^ In seconde table... Un 
seul peut les résum r : Aimez votre prochain 
comme vous-mêmes pm- rapport à Dieu... 

Il était juste, frères bien aimés, que le pre- 
mier commandement de la seconde table com- 
mençât par les devoirs que nous avons à 
remplir envers les auteurs de nos jours... Après 
noj obligations envers Dieu, rien n'est plus 
saint et plus sacré que celles que nous avons 
à fem^Mir envers nos pères et mères,.. Après 
Dieu nV^t-ce pas à eux que nous devons la vie 
et to'6s les biens temporels... Cependant, ce 
mot [ èft^ et mère doit être entendu dans un 
sens plus large... Il renferme nos aïeux, nos 
oncles, nos tantes, nos parrains et marraines, 
tous ceux pour lesquels nous devons avoir des 
seutiraruls d'affection et de respect... Mais 
notre aine aussi a des supérieurs; des pères et 
mères que Dieu lui a donnés, le jour où elle 
est entrée dans celte noble famille, qu'on 
appelle l'Eghse catholique... Notre saint Père 
le Pape, chef de toute l'Eglise, l'évèque qui 
gouverne ce diocèse, nous, que l'évèque a 
charu'é de vous 'instruire et de vous diriger, 
nous sommes vos pères dans l'ordre spirituel, 
et ce coui'tnandement renferme aussi vos obli- 
gations à regard de vos supérieurs selon la foi... 

pRÔPo'siTioN. — Plusieurs instructions seront 
nécqssaires.(»onr l'explication de ce commande- 
metit...' Je cooinlencè par les devoirs des en- 
'fànts envers leurs pèies et mères... Que signi- 
fient ees mots : Pères et mères honoreras? 
laitanls, écoutez bien, ils veulent dire que vous 
^lievez respecter vos parents, les aimer, leur 
"Tobéir, leiir prêter assistance pendant leur vie, 
et prier pour eux après leur mort. 

Division. — Ce matin, je m'arrête aux deux 
premiers devoirs, et je dis : 



Premièrement, les enfants doivent respecter 
leurs parents : Secondement, ils doivent les 
aimer. 

Première partie. — Que faut-il entendre, mes 
frères, par le respect que nous devons à nos pa- 
rents?... C'est une chose qui se sent, qui se 
comprend, en quelque sorte, mieux qu'on ne 
pourrait la définir... C'est une déférence inté- 
rieure, une délicatesse d'aUeclion, qui fait que 
nous les estimons, que nous les consultons, q«e 
nous suivons leurs avis, et nous rendons à leurs 
conseils... Voyez-vous t'e père, cette mère, qui 
font des observations dictées par l'inlérêt le 
plus tendre; si leurs enfants les accueillent avec 
joie, c'est une marque de respect... — Mais se 
sont des réprimandes? — Elles sont, je le suppose, 
plus ou moins méritées; si vous êtes un fils, une 
fille, des enfants véritablement respectueux, 
vous les recevrez sans murmurer... Ce respect 
doitaussi se montrer par des égards extérieurs, 
des paroles, des manières humhles et soumises... 
J'aime à voir, dans une famille, les aïeux assis 
au meilleur coin du foyer, ou occupant à table 
la place d'honneur; je me dis : C'est ici une 
école de respect, et les enfants qui traitent 
ainsi leurs vieux parents seront eux-mêmes 
respectés par leurs fils, dans leur vieillesse... 
Eh ! frères bien-aimés, pour nous dispenser de 
rendre celte sorte d'honneur à notre père, à 
notre mère, n'alléguons pas leur âge, notre po- 
sition supérieure et indépendante; ce serait une 
vaine et frivole excuse, que Dieu n'acceptera 
jamais... Voyez donc la leçon que nous donne 
le saiut patriarche Joseph. Il est vice-roi 
d'Egypte, Pharaon, en lui remettant son 
anneau, l'a rendu dépositaire de son autorité. 
Il fait venir Jacob, son vieux père, il a envoyé 
des chariots et des bêtes de somme, afin qm; le 
voyage fût plus doux et moins fatigant pour le 
vieillard... C'est bien assez, n'est-ce-pas? Non, 
pour le cœur de ce bon tils, cela ne suffit pas; 
son respect ira plus loin, il quittera son palais, 
8'avanc«ra lui-même assez loin à la rencontre du 
bon vieillard, et se jettera le premier dans ses 
bras!... Saint patriarche, vous êtes un modèle 
de piété filiale qu'on ne saurait trop proposer 
à l'imitation des eofanis de nos jours .. Hélas! 
frères bien-aimés, rombien ce respect pour les 
pères et mèresdiminuc!... Si l'on ne rend plus à 
Dieu les honneurs qui lui sont dus, il est bien vrai 
de dire aussi qu'on na poiut pour ses parents les 
égards auxquels ils ont droit... Voyez ces jeunes 
gens et même ces jeunes filles, comme ils 
jettent sur leurs parents des regards insolents !... 
Pauvres pères, pauvres mères, faites une obser- 
vatiim, on hausse les épaules, on sourii avec 
mépris, on vous répond avec dureté !... 

Parlerai-je, frères bien-aimés, de la manière 
dont nous avons vu traiter des aïeux, des vieux 



1350 



LA SEMAINE DU CLERGE 



l)areDts?... Oh! ce manque de respect et d'é» 
^'ards pour des pères et mères, usés par les in- 
lirmités et la vieillesse, a toujours fait saigner 
mon cœur!... Osons donc raconter ce qui se 
voit parfois. . . Un père, une mère avancés en 
h'^e ont abandonné, à leur fils, à leur tille, la 
maison qu'ils avaient bâtie, les sillons qu'ils 
avaient achetés... sillons, fruits de leurs fueurs 
el de leurs économies... Vous croyez peut-être 
que, reconnaissauls de cet abandon, que leurs 
parents avaient fait de leurs biens, les enfants 
.-^e'montraient respectueux envers leurs pères et 
mères... Eh bien ! non il n'y avait plusdeplace 
pour ces infortunés vieillards dans la maison 
qu'ils avaient bâtie!... Relégués dans un obscur 
chenil, dans une écurie même, seuls, isolés, 
ils n'avaient, pour se soulager, dans ce cruel 
ilclaissement, cjue l'âpre consolation de verser 
des iairaes; nous et d'autres prêtres, nous 
avons essayé de les consoler, et plus d'une fois 
nous leur avons porté le saint Viatique dans des 
étables plus pauvres que celles de Bethléem. . . 
Peut-être était-ce la justice de Dieu qui pas- 
sait!... Peut-être avaient-ils mal élevé leurs en- 
tants et relégué eux-mêmes leurs vieux parents 
dans un taudis, pour les laisser mourir dans 
l'isolement et l'abandon... Je ne lésais pas... je 
ne veux pas le savoir... Mais, frèri-s bien-aimés, 
quelle terrible passion que l'avarice!... Non- 
seulement elle anéantit la foi, mais elle tue 
dans l'âme le respect qu'on dexra avoir pour 
l'auteur de ses jours. .. 

« Mais, dit-on, ils sont si vieux; ils radotent, 
ils tombent en enfance 1... » J'ajouterai même, 
si vous le voulez, ils ont des infirmités répu- 
gnantes... Et qu'en concluez-vous, s'il vous 
plaît?... Ne sont-ils plus vos pères et vos mères? 
Et vous, quand vous êtes venus au monde n'é- 
liez-vous pas en enfance?... N'avez-vous pas 
rêvé et radoté pendant quatre à cinq ans, et 
plus longtemps peut-être?... Qui donc vous a 
élevés, soignés, nourris, avec l'affection la plus 
tendre?... Qui donc vous a donné les soins ré- 
pugnants qu'exigeaient votre faiblesse et votre 
enfance?... Si vous avez oublié tout cela, vous 
êtes à plain'ire!... Si vous vous en souvenez, 
comprenez que vousdevez respecter vos parents, 
en Ifout temps, quels que soient leur âge et leurs 
infirmités; car vous leur devez la vie; vous leur 
devez vos biens, el toujours ils sont et doivent 
être pour vous les représentants de Dieu!... 

Secontk parti';. — Nous devons a.mer nos pa- 
rents. Frêiesbien-aimés, vous qui avez du cœur, 
vous qui avez entouré de tant le soins vos vienx 
parents, vous qui, cha(]iu- iimanchc. aM.z, 
après la Messe, vous ag'i)' ■ Mlcr sur leui tombe, 
v us êtes comme m<t. en suis sur, it vous 
vous dites : Quand nu' me Dieu ne m'autait pas 



commandé d'aimer mon père et ma mère, je 1m 
aurais toujours aimés... 

Il faut croire, cependant, que Dieu, qui con- 
naît à fond la nature humaine, prévoyait qu6 
certains enfants au cœur égoïste et gâté, n'ai- 
meraient pas leurs pareuts, ou du moins au- 
raient besoin d'y être contraints par un pré- 
cepte... Aimer son père, aimer sa mcn,', c'est si 
juste, c'est si naturel!... Réfléchissons donr un 
instant... Cet instant sera court,... la chose €^l 
si claire... Je m'adresse aux jeunes enfants : 
vous qui êtes plus âgés, cjui avez encore le bon- 
heur de posséder vos pères cl mères, vous pren- 
drez de mes paroles ce i|ui vous convieDi , si 
vous-mêmes vous êtes pères el mèies,vous!et«i 
encore plus à même du le comprendre cl <1 » n 
faire votre profil... Un père, oui. nous devoiu 
l'aimer; c'est l'homme qui, pour nous, a dé- 
pensé sa jeunesse, son travail el 'cs fueur»? .. 
Que de fois, en n ntranl fatigué de son labcm . 
il nous a pris sur ses genoux, non; a fait hc- 
gayer nos premières paroles; notre sourire i<; 
délassait et, le lendemain, il se livrait eonie 
plus courageusement à de pénibles Iravau» 
pour nous procurer la nourriture, les vêlemr ; >« 
el mille autres douceurs, dont il se privaii lu - 
même... Oli! aiaons nos pères, jcuDesouvieox. 
robustes encore, ou vieillards infirmes, qu'ils 
nous soient chei>: Dieu bénit les enfants qui 
aiment leurs pères... 

L'amour de nos pères est sérieux, fort el d>'- 
voué, mais il y a peut-être quelque chose de 
plus tendre, de plus saisissant dans l'aOecUoa 
que nous ont témoignée nus mères... Nourrues, 
si prévenantes, si allenlivis qoe «ooi lo^cz, 
non jamais vous ne serez c>; (ju'un «ppsl.» oije 
mère, une véritable mère!... Voyx «lont cfiio 
chère, digne et noble femme, que ouoi »pre- 
lons notre mère, qui nous a non-seulemen mis 
au monde avec beaucoup de douleuit . aais 
qui nous a nourri de son lait, et presst Uoi de 
fois contre son cœur. Quidic patience pour llu» 
apprendre à bégayer nos premièrei pafo'e»! 
que de soins pendant notre enfance, que 'le $id- 
licitudes!... Nos joies ont été ses joie», oi» pei- 
nes, elle les a senties plus vivement que m.us- 
mèmes... El celte âme unie a notre àii.e, <e 
cœur dont notre cœur a éle formé, cette nicre 
ne vivant, ne respirant que pour Doos, nous 
pourrions ne pas l'aimiT?... Mais alors nous 
serions des brutes el des monslresl... Oli I pour 
toute âme bien née, c'ot on comman<lement 
doux et facile que le commandement qui nous 
dit : Tu aimeras ton [icrc el ta mcre. 

Pourtant, frères bicnaimés, on rencontre 
parfois des enfants qui n'aiment ni leur père 
ni leur mère... Jeunes, les passions les eulrat- 
nent... Vainement un pore leur fera des obser- 
vations; pauvre mère, tu pleures en vain; ton 



L* SEMAINE DU CLEIJGÉ 



1331 



fih ne t'aime pas, ta fille te dédaigne ! Vieil- 
lards inlirmes, ([n'ètes-vous donc désormais 
pour eux?Un emliarras,des bouches inuiiles !... 
A iiuoi servez-vous sur cette terre, dites-moi, 
n'ètes-vous pas en âge de faire des morts?... 
Aurais-je exagéré? N'avez-vous pas entendu 
plus d'une fois exprimer ces sentiments T.. Ohl 
inj;ralitude d'enfants sans entrailles, qui ont 
oublié ce qm- c'est qu'un père, qui ne savent 
pins ceqne c'est qu'une mère, et dont le cœur 
endurci [lar l'avaiire est étranger à tout senti- 
ment ju-te et gi'néreuxl... Les parents doivinl 
être aitiié.-; la nature le veut. Dieu le com- 
mande, l'ourlant, laissez-moi. frères bien-aimés, 
vous dire une vérité cruelle; c'est que, deux 
ou trois ans après la première communion, 
vous rencontrez beaucoup d'enfants, qui n'ai- 
ment plus leurs parents; c'est que, lo;s(iue 
vous deviendrez vieux, vous qui m'écoutez, il 
faudra vous bàler du mourir, si vous voulez 
plaire à vos enfants. Voilà «iomment on vous 
aime! voil.'i comment ou vous aimera. 

Heureux si vous-mêmes avez une affection 
plus vraie pourvos parents qui vivent encore... 
A quoi tient donc, frères bien-aimés, cet 
égoï-me du cœur, ce ratalinemenl d'une affec- 
tion si naturelle?... A la mauvaise éducation 
des entants! l'eul-ètre. Mais, pour nous, pour 
tout observati:ur sérieux, cette dureté à ré>;ard 
des parents, si commune aujourd'hui dans les 
enfants, est le résultat de ce calcul éfj;oïste, qui 
fait amoindrir la f.imille et dire : Je n'aurai 
qu'un enfant, du moins il sera riche... Il sera 
riche, c'est possible!... Mais, je vous le dis en 
vérité, Dieu, dont vous outragez la providence, 
vous punira, vous-mt-mes, vous entendez bien, 
oui, il vous punira dès ce monde... Vous ne 
voulez qu'un enfant... Eh bien, cet enfant, 
dont vous faites votre idole, vous méprisera, 
et vous serez malheureux!... C'est le ciis le 
plus fréquent... hi votre famille eût été plus 
nombreuse, vous auriez été aimés et re^^pectés, 
soyez-en .-ùrs, pères et mères... Vous êtes donc 
les premii-rs coupables !... Mais vos enfants le 
sont aussi, et, plus d'une fois, les malédictions 
de Dieu sont tombées d'une manière exem- 
plaire sur les enfants qui ne donnent pas aux 
auteurs de leurs jours l'amour et le respect 
qu'ils leuis doivent... 

PÉnoRAisON. — Fi ère? b;ei:-aimés, je veux, 
en finissant, vous ciier un moiîéle de cet 
amour, de ce respect que nous devons avoir 
pour nos pères et mères. Ils sont si nombreux 
dans la vie des saints; lequel vais-je choisir? 
Pieux saiut Augustin, ce ne sera pas vous, et 
pourtant quelle vénération profonde, quel 
autour filial vous avez témoignésà votre bonne 
mère... Malgré votre instruction et vos talents, 
la moindre de ces (laroles était pour vous un 



oracle.. .Non, je veux, chrétiens, vous montrer, 
dans saint Louis, roi de France, le modèle li'un 
fils res|>ectueux et soumis... Sa mère, vou- le 
savez, c'était cette femme héro'ique appelée 
dans notre histoire la reine Blanche... Mère île 
neuf enfants, el!e ne voulut pas qu'aucun d'i ux 
su(;àt un lait étranger... Puisque Dii;u veut que 
je sois mère, ilisail-elb', il me don; era ce qu'il 
faut pour nourrir mes enfants. Imaginer avec 
quelle piété elle les éleva, estehose facile, lors- 
qu'on se rappcl'e les paroles qu'elle adressait à 
saint Louis, sou aîné. « Mon tils, je vous aime, 
vous le savez, eh bien, je préférerais vous voir 
mort à mes pieds que souillé d'un pjché mor- 
tel. » 

Or, ce fils, élevé dans ces sentiments, étant 
devenu roi de Fram^e, téni'iïn.i toujours à sa 
pieuse mère, la déférence la plus profonde... Il 
ne faisait rien sans la consulter; le soir et le 
matin, lorsqu'ils se trouvait-nt dans le même 
palais, il n'oubliait jamais d'aller la saluer et 
lui donner des témoignages de son respect. 
Partant pour la croisade, il lui confia le soin 
de son royaume, et, lorsqu'elle vint à mourir 
une seule chose put le consoler, la pensée de la 
revoir au ciel...Knfa!!ts qui m'écoutez, puissiez- 
vous à l'exemple de ce saint roi, avoir pour vos 
pères et mères, le respect et l'amour que Dieu 
réclame de vous ; honorer vos parents, alors 
même qu'ils sont devenus vieillards, ce serait 
uu moyen d'attirer sur vous les bénédictions 
du bon Dieu dans le temps, et celles plus pré- 
cieuses encore qui doivent durer l'éternité. 
Ainsi soit-il. 

L'abbé Lobrt, 
earé de VaucLassis. 



Liturgie. 

LES LITANIES 

(12' article.) 

VIII. — Les litanies du saint nom de Jésus. 

De tout ce que nous avons dit jusqu'ici tou- 
chant les litanies, il résulte que l'Église, depuis 
qu'elle a réglé par ses décrets cette importante 
matière, a suivi jusqu'à ces derniers tem[)S le- 
principe suivant : les litanies ne sont pas ad- 
mises pour le culte de latrie, ofifert à Dieu, et 
ne peuvent être employées que pour le culte 
inférieur. L'application de ce principe a été faite 
avec une grande sévérité dans la liturgie pro- 
prement dite, qui n'a pas d'autres litanies que 
celles des saints, plus ou moins étendues, 
comme nous l'avons expliqué. La sainte Vierge 
elle-même n'a pas de litanies partirulière&^ 



1332 



LA SEMAINE DU CLEUGE 



ayant nue vraie valeur litnrgique. Trois invo- 
cations lui sont consacrées dans les litanies 
communes, yionr marcjiier sa pré^miin^nce et 
énoncer ses principales prérogatives; mais, en 
droit strict, c'i st font ce qui lui est accnrilé dnns 
le culte officiel de l'Eglise. Si le Saint-Siéire a. 
depuis looEttemps, approuvé et indnluencié les 
litnnies de F.orefte, à cause de leur anlii]n!lé et 
de leur usaffe immémoiinl qui en était fait dans 
la sainte maison où le Verbe se fit liomnie. il 
ne les a pas introduites dans la liturgie. i>t on 
ne peut les chnnier on les réciter que dans les 
cérémonies et actes extra-liluri-'iques anxijnels 
d'ailleurs il est permis de donner touti; la solen- 
nité ipif réclament les circonstances. 

Donc, en droit commun, cette forme spéciale 
de la prière publique que nous appelnus les li- 
tanies est limitée au culte d'byperdulie ri'servé 
h la sainte Viers;e, et au culte de dulie com- 
mun à tous les autres saints et aux anges; elle 
n'a pas encore pénétré dans le culte de latrie. 
Quoique les trois personnes divines soient in- 
voquées an commencement des litanies des 
saints, ce n'est iju'incidemment et pour montrer 
que les saints dont on va implorer l'iiiiercession, 
sont dans la dépendance de la très-sainte Tri- 
nité et ne peuvent rien pour nous qu'à raison 
de leur union avec Dieu, près de qui nous les 
supplions de si^ fniri' nos interce?';cnrs: mais, 
con=tatons-le bieu,iln,'existe pas, dans leslivres 
otficicls de la prière piiWiqne, des 'it^inies soit 
l'e la sainte Trinité, soit de quelqu'une des 
personnes divines, et celles qV;?ont été compo- 
sées à diverses époques sousces différents titres, 
ont été condamn es et prnbibécs. 

r/e=t d'après cette jnrisiindenf e que les lita- 
nies du saint nom île .Jésus n'ont jama s reçu 
d'anprob:ition générale, et que le Sa nt-Siége a 
différé si longtemps de les approuver pour cer- 
tains lieux par des in'bi'ts p,'irticulicr=. après 
les avoir même positivement interdites. 

L'origrine de ces litanies, qui comptent déjà 
plus de deux siècles d'exi'^fenie, n'est pas con- 
nue exactement. Elles îinrnssent avoir étéjré- 
pandues, surtout en France, an moment 'où 
l'introduction des litnvgie? paiticn'ières, con- 
sommée au mépris du droit liturt;i([m' le ■ lus 
constant, fit oublier le= régies suivies par l'E- 
glis-î romaine CM cette matière. La plus ancienne 
décision relative à ces litanies, insérée dans les 
décrets de la Congrégation des Rites, fut i endne 
pour Paris. Voici ce décret : « Comme, en vertu 
"l'une ancienne coutume, on récite en divers 
lieux, dans l'Eglise de Paris, des litanies du 
saint nom de .lésus. ([ne l'on trouve imprim.ées 
dans des bréviaires ipii .sont mis publicpiement 
en vente, des prêtres missionnaire? ont adre.ssi'; 
i^no supplique, pour eu obteni;!' l'approbation. 
La sacrée Congrégation, s'appuyant sur les dé- 



crels antérieurs, et particulièrement sur le dé- 
cret de Cléiiii'iit VIII, de sainte mémoire, a re- 
fusé, pai' ce m'itit, que l'Eglise n'a pas coutume 
d'approuver d'autres litanies que les litanies 
communes des saints et celles de la sainte Vierge, 
dites rie Lorette. — Le 16 août 1642. » Vingt 
ans a]irès, une semblable réponse fut faite à une 
demande présentée au nom d'une communauté 
religieuse des Indes. Les termes dans lesquels 
ce refus est motivé montrent l'importance que 
l'Eglise attachait à cette que-tion : « Aux priè- 
res l'es reliineuses de la très-sainte Conception, 
tendant à obtenir l'approbation des litanies de 
Jésus, qu'elles iuit coutume, jusqu'ici, de chan- 
ter devant l'imase du tiès-saint C.rucitix con- 
servé depuis longtemps dans leur église, la sa- 
crée Congrégation a répondu : « Les décret-; de 
la très-sainte Inquisition, qui le défendent ex- 
pressément, s'y opposent — Le 'i'.i décembre 
1662. » En certains lieux, on cro\ail |iouvoir 
chantf'r ces litanii's dans les réunions publiques 
des hdèles, par exemple, ojilcs laei .lU au nom- 
bre des prières indiquées dans les temps de ca- 
lamité. La Cingrégation des Rites, interrogée 
sur la légitimité de cette pratique, refusa de 
l'admettre, tout en évitant de condamner les 
évèqiies qui l'avaient prescrite. C'est ce qui ré- 
sulte d'une réponse provoquée par le chapitre 
et les chanoines de Wilna, en Lithuanie. Entre 
autr< s qnestions, ils avaient posé la suivante : 
« 14° Lorsque à l'occasion des supplications 
publiques, l'évèque prescrit de réciter publi- 
quement, ilans les églises de son diocèse, les li- 
tanies du tiès-saint nom de Jésus, les curés qui 
savent que ces litanies sont défendues peuvent- 
ils se conformer à celte ordonnance? — L'i sa- 
crée Congrégation répondit : « Que la décision 
soit différée, et que l'on présente les litanies et 
l'office. — Le 22 décembre 1753. » La prudente 
réserve gardée parla Congrégation, dans ce cas 
où l'on déférait à son juireraeiit un acte épisco- 
pal, laisse apercevoir snftisamment son senti- 
ment. Si le chant de ces litanies eût éié licite et 
si elle Hi'it reconnu à l'évèque le droit de le 
pi escrire, elle n'aurait pas omis de le déclarer. 

Cependant, comme le Saint-Siège, en [imlii- 
bant toutes les litanies autres qi:e celles des 
saints conlenufs dans les livres liturgiques et 
celles lie Lorette, a voulu seulement prévenir 
les écarts et les abus de la dévotion privcv il 
ne s'i Pi pas inleidit à lui-même la faculté d ap- 
prouver, s'il le jugeait expédiait, les litanies 
nouvelles qui lui seraient soumises, et. bien 
qu'il se soit montré très-ri^'ide sur ce iniinl, il 
s'e.st départi, dau'^une certaine mesure, d'- sa 
sévérité' ei ce c]ui concerae les litanies du saint 
nom de Jésus. Nous avons à voir en quel sens 
el dans quelle mesure elles sont approuvées. 

Le premier pas vers l'approbation est indi- 



LA SEMAINE DU CLEKCE 



1353 



qui' dans le déiret suivant rendu pour l'AlIe- 
muiiiie : « Jusqu'iri, «^t depuis un temps iinuié- 
niorial, un «ïrinid n 'nil>re de princes et 
(ri'vê((iics c!e toute rAlloniafïiii', ont mundé et 
exposé (hins l'es l'Ities tiansiniscs à la sacrée 
Ci>ngic;;nlioii iie< Kites,que l'estiin usage très- 
rép;iu(iu el qui eiilie .-uiloul dans la dévotion 
du piNipli», ijue, tant diins les piières privées qui 
Si- l'ont dans les maison- ()arliculières, que dans 
les processions it iN-unions pultliqiies qui se 
font soit au dciiors, soit il.ins les églises, on 
récite pieusL'inf'nt. outre les litanies de tous les 
saints et cellrs de Loictie les litanies ci-dessotis 
traiisciites du très-s.'iint nom deJisus, qui, im- 
primées en latin et en allcnmiid, se trouvent 
dans toutes les mains cl qui, taisant partie d'un 
recueil de lit.-inies, oui élc approuvées, il y a 
quarante ans, par ji- Siège apostolique sur les 
iijstances du sérénis.-irue duc de Bavière Guil- 
laume. Mais, |iarce qu'un certain nombre de 
seruliers et même de lèguliers ont répandu en 
Allemagne l'assertion que ces litanies sont dé- 
fendues à Rome, et qu'il en est résulté un in- 
crovable scandale, non -seulement chrz les 
catholiques, (]ui sont attachés au plus haut 
dciîic à ces litanies, mais bien plus encore 
p:irmi les hérétiques, qui tiennent à ce su.iel les 
discours les plus détestables, les mêmes prin. es 
et évéques, réprouvant cette conduite, supplieiit 
Sa Sainteté d'empêcher la continuation d'un si 
grand scandale, non-seulement en cnnlinaant 
par sou autorité apostolique ces litanies clu 
saint nom de Jésus, mais en daignant, dans ce 
temps si calamiteux, les recommander particu- 
lièiemenl, par un décrtt public, à toute la 
chrétienté. 

11 Ayant examiné mûrement celte afTaire, les 
éminentissimes Pères préposés à la saciée Con- 
gi rgation des Kitos, out émis l'avis qu'il y a 
lieu d'appiouver les litanies susdites, si tel est 
le bon plaisir de Sa Sainteté. — Le 14 avril 

K Ces litanies sont conservées dans les ar- 
chives de la Congrégation, u 

On remarquera, d'abord, que ce décret ne dé- 
cide que la question de droit, en déclarant que 
les litanies qui en scjnt l'objet peuvent être 
approuvées. La question défait, ou l'approba- 
tion réelle, est réservée au jugt'ment du Sou- 
verain-Pontife, à qui il appartient de faire de 
l'avis de la Congrégation ce qui lui paraîtra le 
plus expéilieiit. Notons, en second lieu, que cet 
avis ne n-garde jias toutes les litanies qui au- 
raient pu être publiées sous le même titre, mais 
cedes-là s.ulemeiit dont le texte a été visé, et 
ijui, ainsi qu'il est expressément constaté dan? 
le décret même, ont été conservées dans les 
irchivcs. Nous verrons plus loin que de nuu- 



vcllcs précautions ont été prises pour assurer 
l'intfurilé de ce texte. 

Clemi'nt X, suivant l'avis de la Congrégation, 
accorda des indulgences aux Carmes pour la 
récitation de ces litauies, et néanmoins ces leii- 
gieux, aimant mieux, sans doute, se tenir dans 
la règle générale, renoncèrent au bénétice des 
indulgences, en abandonnant l'usage des lita- 
nies. Ces litanies continuant de se n'pandre, 
Benoit Xi V les déclara mises à l'Index, non pas 
parce qu'elles reufi-rmaieui quoi que ce fût de 
répréliensdde, mais pour défaut d'approbation 
et par application de la règlespéciale de l'Index 
qui regarde ces sortes de prières (I). 

Parce qui^, en conséquence de la décision qui 
vient d'être rapportée, les litanies dont il s'agit 
ont été peimises en divers lieux pour lesquels 
l'approbation avait été dematidée, on en a 
conclu à tort, principalement en France, que 
/autorisation était générale, et on les a insé- 
rccs indifféremment dans toutes sortes de livres 
lie pieté, et même dans des livres liturgiques 
qui étaient à l'usage des diocèses particuliers, 
a>anl ia re-lamation de la liturgii; romaine. 
On avait même cru pouvoir annoncer qu'une 
indulgence de trois cents jours était attachée à 
la rccitalion de ces litanies. En ce qui touche 
1rs lilanie^ elles-mêmes, les évéques qui, sous 
l'cmpiie des principes galli;ans, s'étaient altri- 
luié l'j droit de ciecr de toute» pièces des litur- 
gies ncu velles pour leurs diocèses, et de modifier 
les litanies communes des saints, ne pou- 
vaient hésiter à autoriser les litanies du saint 
nom de Jésus, et plusieurs avaic t même cru 
pouvoir leur donner UU'' valeur liturgique, en 
les faisant chanter dans cen aines circonstances 
-rilenneiles, et notamment le jeudi saint, à un 
oiiice du snir, devant le Saint- Sacrement. 
Quant à l'indulgence, sans se rendre compte 
des condition^ essentiellement requises [ our les 
faveurs de cette nature, ou a indûment et inva- 
lidement prétendu transformer en concession 
générale les induits particuliers. La question 
ayant été examinée ensuite de plus irès, des 
doutes sont survenus. Ils pouvaient être facile- 
ment résolus, mais il est heureux qu'on les ait 
soumis à la congrégation des Rites, dont la ré- 
ponse cou[>aii court à tout raisouo' ment ten- 
dant à démontrer la légitimité de la pratique 
introduite parmi nous. La consultation suivante 
lut 1 '^ivoyée du diocèse de la Rochelle : « Les 
litanies du saint nom de Jésus sont elles ap- 
prouvées et eiiriciiies d'indulgcuces? » La ré- 
ponse, qui est du 7 septembre ?8o0, est ainsi 
conçue : Négative in omnibus. Remarquons qu« 
la question a une portée générale et que l'on 
demande si ces litanies sont approuvées et in- 
dulgenciées pour tous les lieux. C'est ainsi qu'il 

1, Analecla juris itonlifti:u,iéiii 11*, col. 63^. 

T. \ m. N* i-j. 



ii:i 



LA SEMAINE DU CLE1\G£ 



faut er.tendie la réponse ; car, dès celle époque, 
les permissions locales et les conressions parti- 
culières trindul^'ences claient déjà nombreuses. 

La mesure prise par la Congrégation des 
Riles, et consi^tnée ilansson décret .!u 14 avril 
10'(6, de faire déposer dans sesarchives le texte 
des lilanies qu'elle jugeait susce|itibles de re- 
cevoir l'approbation pontificale, n'était pas inu- 
tile; car un certain nombre d'autres litanies 
portant le même titre furent mises en circula- 
tion, et il en résulta une incertitude réelle, dans 
laquelle des évolues eux-mêmes furent jetés, 
priuciiialcment en Allemagne. Afin de lever 
tout doute sur ce point, rarchevèque de Munich 
provoqua une décision qui est peu connue et 
qui a une très-grande importance. iNous la re- 
produisons : 

« Outre ces litanies du très-saint nom de 
Jésus que, suivant les prières adressées par cer- 
tains évêques et princes appartenant particu- 
lièrement à l'Allemagne, la sacrée Congréga- 
tion des Rites a déclarées, par son rescrit du 
14 avril 1646, susceptibles d'être approuvées, 
si tel était le bon plaisir <lu Souverain-Pontife, 
d'autres litanies portant le même titre du très- 
saint nom de Jésus, et qui étaient notablement 
diiiérentes des premières, ont été successive- 
ment publiées dans les divers pays du monde, 
et l'usage s'en est tellement répandu et propagé, 
qu'on ne pourrait les supprimer sans blesser et 
Scandaliser les fidèles, comme l'ont exposé avec 
sincérité à notre saint Père le Pape Pie IX, un 
très-grand nombre de révérendissimes évêques 
des nations étrangères, qui se trouvaient à 
Rome à l'occasion de la solennité de la canoni- 
sation, et dont quelques-uns sont honorés de la 
dignité cardinalice. Et parce que ces mêmes 
évêques n'ignoraient pas que lei. documents 
font défaut pour établirque les pontifes romains 
ont quelquefois approuvé des litanies différen- 
tes de celles de Lorelte et de celles qui sont dans 
le bréviaire romain, et qu'il a aussi accordé, en 
certains cas à ceux qui récitent les litanies du 
très-saint nom de Jésus, les indulgences que l'on 
annonce; pour ne pas laisser les fidèles dans 
l'erreur, ils ont adressé à Sa Sainteté une sup- 
plique pour la prier de daiguer pourvoir op- 
portunément, avec sa bonté aposloli jue, à cette 
affaire qui ne man ;ue pas d'importance, de 
décider, à cette fin, quelles sont, entre les di- 
verses lilanies du très-saint nom île Jésu--, les 
seules que l'on peut conserver, et de les en»i- 
chir d'indulgences. Sa Sainteté ayant pesé les 
circonstances qui lui ont été exposées, et sur 
les instances que lui a faites, entre autres, le 
révérendissime seigneur Guillaume Scherr, 
archevêque de Munich et de Freisinghen, et 
d'après le rapport du secrétaire soussigné de 
la sacrée Congrégation des Rites, a accordé que 



le-i fidèles de l'un et l'autre sexe du diocèse di' 
Munich et Freisinghen qui réciteront dévote- 
ment les litanies ci-dessous tran-criles du Irès- 
saint Nom de Jésus, et non d'autres ijuclcoiiques 
dillerentes de celles-là, qu'elle supprime abso- 
lumcnl en vertu de son autorité suprême, pour- 
ront gagner une indulgence de trois cents jours, 
dans la forme accoutumée de l'Eglise. Nonobs- 
tant toutes choses contraires. — Le 21 août 
1862. » — C. Ev. de Porto et Sainte-Rufine, 
cardinal Patrizi, Préfet de la S. Cougrégaiion 
des Rites. — D. Bartolini, secrétaire. 

Les litanies sont textuellement reproduites à 
la suite du décrît. Nous ne les reproduisons 
pas, parce que nous n'en connaissons pas d'autr : 
en usage en France et qui soient interdites p.ir 
ce décrit, et mises à l'inrlex, en vertu des rènle- 
générales. Elles se trouvent dans les catéchis- 
mes, les livres d'office et les autres livres de 
piété à l'usage des fidèles. 

Notons cependant trois suppressions impor- 
tantes que nous avons constatées dans un bon 
nombre d'exemplaires, et qui existent sans 
doute dans beaucoup li'aulres encore. Après 
l'invocation Jesu gaudium angelorum. on a sup- 
primé yesw, rex patriarchwum. Eaire Propitius 
esto et Ab omni peccato, on a omis Aô omni 
malo. Les litanies ne sont suivies souvent que 
de la seule oraison : Domine, Jesu Chnste, qui 
dixisli, etc. Il faut y ajouter, sous la même 
conclusion, celte autre oraison : Sancii ymminis 
tut, etc., qui est celle du dimanche dans l'octave 
du Siint-Sacremcnt. Enfin, beaucoup de per- 
sonnes changent ou tronquent la conclusion, 
disant : Qui vivis et régnas, etc., paroles qui] 
se rapporteraient à la première des deux orai- 
sons ou bien, abrégeant ainsi la conclusion de 
la seconde : Per Chistum Dominum noHif.m. 
11 faut mettre la grande conclusion : Ptr D. N. 
J. C. Filium tuum, qui tecum, etc. 

On doit se rappeler que ces litanies ne sont 
approuvées qu'autant que le texte conserve son 
intégrité, et que l'indulgence n'y est attaciiôe 
aussi qu'à cette condition. S'il est défendu d'en 
rien retrancher, il n'est pas permis non plus 
d'y rien ajouter. Nous signalerons une addition 
qui se trouve dans le Manuel de piété à fusage 
des séminaires. Après Per gloriarn tuam et avant 
l'Agnus Dei, nous y lisons : Per dulcissimam 
Viiginem Mariant iwttrem tuam. Nous savons 
bien que la comiia.nie de Saint-Sulpice allègu»', 
en faveur de cette addition, une tradition an- 
cienne et un nom vénérable; mais quelque riis- 
pectacle que paraisse cette tradition, elle ne 
peut prévaloir contre les décrets réitérés du 
Saint-Siège, et il taudrait une autorisation for- 
melle |iour la légitimer. D ins le cas même où 
cette autorisation serait obtenue, comme elf; 
n'aurait pas une portée géuérale, l'addilioa 



LA SEMAINE DU CLERGE 



13SI 



De devrait pas se trouver dans un livre destiné 
à tous les séminaires. Nous n'insistons pas sur 
celle observaliou, que nous avons déjà présen- 
tée en traitant des litanies de Loretle. 

Les litanies du saint nom de Jésus n'ayant 
jamais reçu d'approbation générale, il n'est 
permis de los dire que dans les lieux pour 
lesquels celle faculté a été accordée par des 
induits particuliers. Elles ne sont également 
indu'gciiciées qui; sous cette même condition. 

S'il restait quelque doute sur ces litanies, on 
en trouvera le texte autbentique dans le sup- 
plément ajouté r>'cemmenl au Rituel romain 
par la Congrégation de la Propagande, avec 
l'autorisation du Souverain-l'cntite. 

(.-l suivre.) l'.-F. Ecalle, 

professeur de théologie. 



Droit canonique. 

LA QUESTION DES DESSERVANTS 

— TROISIÈME SÉRIE — 

(5' article.) 

Dans noire préi'édcnl article, nous avons en- 
tendu M. l'aldié Craisson roconnuitre la néces- 
sité de l'assentiment du Saint-Siège pour qu'un 
évèque puisse établir des paroisses amovibles 
dans tout un diocèse, et cet auteur ajoute que 
l'assentiment est nécessaire, même pour une or- 
ganisation où il ne serait question que de parois- 
ses à titre inamovible. Nous ne voyons pas sur 
quoi repose le rapprochement. Il n'est pas dou- 
teux, dit iM. Bouix, qm?. en vertu de son pouvoir 
ordinaire, un évêque puisse ériger en paroisse 
an territoire déterminé, et constituer snr ce 
territoire un prêtre ayant la charge des âmes 
en sou nom propre et à litre de devoir person- 
nel. Ce canoniste fait observer que le cas d'une 
jiaroisse érigée par voie de création, c'est-i- 
dire composée d'un territoire n'appartenant 
précédemm'-nt à aucune paroisse, est tiès-rare, 
et que, pour cette raison, les auteurs ont cou- 
tume de ne pas s'en occuper (1). Cependant, 
en 1801, toutes les anciennes paroisses ayant 
été supprimées par l'autorité apostolique, le 
cas s'est présenté, et c'est bien par voie de 
création que les nouvelles paroisses ont été 
érigées. Si, en fait, les premiers évèques après 
le concordat, ont été investis de l'autorité apos- 
tolique pour ériger lesdites paroisses, néan- 
moins, nous pensons, sauf meilleur avis, que 
celte délégation n'était pas rigoureusement né- 
cessaire, qu'elle a été donnée ad cautelam et 

i. Di Paroeho, p. 243. 



superafjundandam, les évèques pouvant, en 
vertu de leur juridiction ordinaire, ériger les- 
dites paroisses. Or, usant de la forme interro- 
gative, M. Craisson s'exprime ainsi : « Con- 
çoit-on qu'un évèque, qui serait parvenu à 
convertir une nation infidèle, pût se permettre, 
sans concert avec le chef de l'Eglise, d'orga- 
niser en paroisses, mêmeà titulaires inamo- 
vibles, toute celle nation de converlis? » Oui, 
en ce qui nous regarde; nous le concevons 
parfaitement; car toute la tradition ecclésias- 
tique dépose en faveur du pouvoir épiscopal, 
et, soit dans les temps reculés, soit dans les 
temps modernes, l'intervention apostolique 
n'apparaît pas comme condition nécessaire 
pour l'érection des paroisses. 

« DtJ même, dit le canoniste de Valence, que 
l'organisation serait canonique, étant faite avec 
l'assentiment du Souverain -Pontife, sans dis- 
pense de sa part d'aucune loi ecclésiastique op- 
posée à la mesure... » 

Comment sans dispense! comment une loi 
ecclésiastique opposée à la mesure ! iMais il 
n'existe aucune loi qui défende à un évêque 
d'ériger des paroisses; et, si, d'aventure, telle 
loi existe, l'assenliment du pape implique dis- 
pense. Ces antinomies n'ont pas d'autre objet que 
de faire passer, au moyen d'une comparaison 
apparente mais impossible, la conclusion vou- 
lue. 

De même, régulière et canonique sera 
cette organisation faite en paroisses amovibles, 
si le Pape y donne les mains, sans [u'i! soit 
besoin qu'il déroge à aucune défense, puis- 
qu'on n'a pas démontré que les saints canons 
créent un obstacle véritable à un pareil ordre 
de choses, et que même des diocèses entiers, 
en Espagne, ont élé établis sur ce pied, d 

Giraldi, ainsi que nous l'avons précédem- 
ment énoncé, dit que l'inamovibilité curiale 
est proclamée par les saints canons, clamant 
sacri canones. Si cela est, la démonstration qae 
demande M. Craisson ne saurait lui manquer. 
Mais admettons, pour un instant, ijue celte 
démonstration fasse défaut, fassent défaut éga- 
lement les saints canons, dire que le Pape n'a 
pas besoin d'y déroger est une naïveté. De 
plus, nous répétons que la condition des pa- 
roisses, dans certains diocèses d'Espagne, te- 
nait à des circonstances particulières qui ont 
attribué aux évèques desdits diocèses la qua- 
lité de curés principaux. 

Du paragraphe embarrassé et cahoteux que 
nous analysons il ne reste que cette pro- 
position, savoir : qu'une organisation en pa- 
roisses amovibles est régulière, dès que le 
Pape y donne les mains. A merveille 1 Or, en 
1801 et 1802,1e Pape a-t-il donné les mains? 
Après tant d'ambages, nous touchons enlia 



rase 



LA SEMAINE DU CLERC É 



la vérilàble dL£ficulté. Ecoutons M. l'abbé Grais- 
son : 

(' Mais, nous dira sans doute M. Pelletier, 
il faut montrer que les évêques ont éti> autori- 
sés à anir comme ils l'ont lait, à l'époque du 
concordat... Par paroisses, selon le langage 
or .iuaire de l'Eglise, on entend des paroisses 
proprement dites, c'est-à-dire avec titulaires 
inamovibles. Les évêques ne pouvEfient donc 
créer que desiparoisses de cetle espèce. Ils ont 
donc agi contrairement aux pouvoirs qui leur 
étaient délégués; ce qu'ils ont fait n'est donc 
pas régulier, et par là même est anticano- 
nique. 

(I A cette objection, voici notre réponse : 

« Si les évèi[ues avaient eu, en effet, la li- 
berté de n'ériger que de véritables paroisses dans 
leurs diocèses respectifs, et que le bien de l'E- 
glise ii't'ùt rien demandé d'autre [sic), nous 
convenons qu'on pourrait leur adresser le re- 
proche de ne s'être pas conformés ponctuelle- 
ment, dans l'organisation paroissiale de leurs 
diocèses, à la marohe qui leur avait été tracée 
par l'article 9 du concordat. Mais si cette li- 
berté ne leur avait pas été laissée, si leurs 
mains avaient été liées d'avance par la lettre, 
au moins, si ce n'est par l'esprit du concordat; 
s'il leur était devenu absolumcat imj.ossible 
d'ériger des paroisses à titulaires inamovibles, 
sinon en très-petit nombre, devra-t-on les blâ- 
mer d'avoir au moins établi de.s titulaires amo- 
vibles, lorsque, par là, ils pourvoyaient d'une 
manière coiïvenable, selon la mesure de ce qui 
alors était possible, aux besoins spirituels do la 
plus grands partie de leurs troupeaux, et que 
ce moyen ea soi n'était pas contraire aux ca- 
nons (1)? » 

Une simple remarque : il s'agit de prouver 
que le Souverain-Pou life a donné les mains à 
1 érection, en 1802, des paroisses à titulaires 
amovibles; or, il est de la dernière évidence 
que l'estimable onnoniste ne s'occupe ici que 
des difficultés qu( devaient et iju'ont effective- 
ment rencontrées les premiers évêques : ce qui 
est tout autre cbose. On ne change pas plus 
habilement de terrain, et l'évolution a pour 
pivot le mot autorisé, tombé de notre plume. 
Pour nous, eu égard ii la marche logique de 
notre discussion, le mi-t autorisé, signifiait con- 
cession apostolique; M. l'abbé Craissuu lui- 
même, (ju'on relise nos citations, commence 
par nous suivre sur ce terrain, puis il se jette 
brusquement de côté, en prenant le mot auto- 
risé dans un sens très-différent, savoir qu'on 
est autorisé à faire vrtie chose quand on ne peut 
pas faire autrement. Donc, en résumé, M. l'abbé 
Craisson ne prouve pas que les évêques en 
1802, ont pu se prévaloir de l'assentiment du 

1. Revu» de» scicneet eccUtioiliquet, sept- 1874, c 548- 



Saint-Siège, pour créer en niasse les paroisses 
dites succursales. 

Dans notre première série (4), nous avons 
consciencieusement étudié la situation faite 
aux évêques en 1802, faite par les organiques 
d'une part, et par les idées régnantes d'autre 
part. Nous supposons que M. l'abbé Craisson 
n'a pas eu connaissance des articles composant 
cette première série. Dans la seconde, il est 
vrai, l'occasion s'est préscniée de renouveler 
nos affirmations ; mais ces al'firmalions repo- 
saient sur des preuves que nous ne devions pas 
reproduire, sous peine de fatiguer nos lecteurs. 
Il suit de là, que quelques-unes de nos idées 
ont paru à M. l'abbé Craisson plus que contes- 
table?. Notamment, te canoniste soutient que 
le système des organiques est plus opposé aux 
saints canons que le système des paroisses amo- 
vibles. Avec les écrivains des Mélanges théolo- 
giques, nous estimons qu'il y a erreur complète 
de sa part. 

En quoi consiste le système des organiques? 
Les organiques disposent qu'il y aura au moins 
une [«iroisse dans chaque justice de piix, et 
qu'il y aura autant de succur^ales que le be- 
soin pourra l'exiger (art. GO), h'i le mol succur- 
sale est pris dans le sens propre et parfaite- 
ment connu sous l'ancien régime; une succur- 
sale est une église de secours desservie par le 
curé et ses vicaires. Chaque succursale, selon la 
pensée du gouvernement, devait néanmoins 
avoir son territoire piopre, circonstance im- 
posée par des nécessités financières, attendu 
que, dans l'origine, le trailemeat des succur- 
salistes était mis à la charge des communes, et 
qu'il devenait dès lors nécessaire de déterminer 
la commune ou les communes auxquelles la 
dépense incombait. 

Ce système •était-il inacceptable? Nullement; 
la Fra.iCi', eu 180^, ressemblait en quelque 
sorte à un pays de missions. C'est progressive- 
ment que les institutions devaient se déve- 
lopper. L'histoire ecclésiastique nous renseigne 
pleinement à cet égard. Nous avons assez parlé 
lies curés principaux, pour que nos lecteurs 
sachent désiirmais comment des curés princi- 
paux sont issus de» vicaires, temporaires d'a- 
bord, puis perpélui'ls; cimment, avec des pa- 
roisses de grande étendue, ont été, par voie de 
démembrement, créées d'autres paroisses; 
comment les églises matrices ont canonique- 
ment conservé avec les églises filiales au moins 
un lien, à litre de souvenir. Rien n'empêchait 
nos évêques de reprendre les traditions connues, 
et d'éiiger de vastes paroisses, sauf à faire 
mieux plus tard. Néanmoins les évêques, sui- 
vant en cela l'exemple de l'archevêque de Paris, 
préférèrent donner aux succursales la parois- 

i. Semaint du clergi, tome I". 



LA SEMAINE DU GLEl'.GE 



sialilé.et en même temps la manualilc. M. l'abbé 
CraissoB approuve cette solution; il s'exprime 

'^insi : 

M M. Pelletier trouverait Irùs-canonique que, 
dans l'iinpossiLilitii où furent les évê<iues d'exé- 
cuter pleinemeut la couvenlion papale, on se 
fût coDteuté d'ériger des paroissis, au nomjirc 
consenti pau" l'Etat, avec une étendue de terri- 
toire aussi Ta^te souvent que certains diocèses, 
pourvu qu'on eut fait assister par des vlc;iires 
le petit nombre tie titulaires incapables de des- 
servir ces jaroisses immenses... » 

Ce paragraphe est visiblement «'raircint 
d'exagération. C'est à tort qu'on allègue ) our 
7es évêques l'impossiLililé d'ixécutir pleine- 
ment la convention papale. Du moment que le 
Saint-Siège concédait au gouvernement la fa- 
lulté d'intervenir dans la fixation des iimiies 
territoriales, il pouvait aniver, comme cela 
s'est eSectivemc nt produit, que le gouverne- 
ment voulut de? circonscriptions étendues, sauf 
à établir des succursales dans le vrai ?ens iln 
mot. De plu~, cumment notre canoniste p''ut- 
il parler de territoire paroissial aussi vaste que 
certains diocèses? M. Craisson continue : 

« Mais M. Pelletier s'est-il sérieusement de- 
mandé, si une telle organisation n'était pas 
plus opposée aux termes et à l'esprit du con- 
cordat, que celle qui a été opérée par nos évê- 
ques? Est-ce donc moins contraire aux saints 
canons qu'il n'y ait que de simples vicaires, là 
où autrefois il y avait des cur^s inamovibles, 
que s'il y a des curés à charge d'âmes, qui ne 
soient qu'amr.vililes? Les vicaires auraient-ils 
été moins amovibles que nos succursalistes 
actuels? Et du rc^te, le Souverain-Pontife aii- 
tori.-ait-il celte subslilulion de vicaires plus qu'il 
n'agréait celle de nos desservants? » 

Etant admis que la discipline générale obli- 
geait les évêques à ériger des paroisses à titu- 
laires inamovibles, il est clair que le système 
des organiques, s'il eût été accepté par les évê- 
ques, n'avait rien d'anticanonique, il n'est pas 
moins clair que l'érection de paroisses à titu- 
laires amovibles restait opposée à la lettre et 
à l'esprit du concordat. L'ancien état des pa- 
roisses ayant été aboli, il n'aurait pas été 
contraire aux saints canons, qu'il n'y eût que 
de simples ■vicaires dans des lieux où il y avait 
autrefois des curés. La préférence qu'on peut 
accorder aux curés amovibles sur les vicaires 
est inutilement alléguée, du moment que ces 
curés amovibles n'étaient pas autorisés par la 
discipline en vigueur. Les autres questions po- 
sées par le canoniste de Valence, qu'il nous 
permette de le dire, ne sont vraiment pas di- 
«?nes de recevoir une réponse. Nous verrons 



des argumenlatiur.s ^ilus étonnantes encore. 

ViCT. Pelletier, 
chaTioine de l'Église d'Orléans. 
(A suivre.) 

Errata : Dans le n° 39, page 1228, lignes 
27 et 28, lisez : Ubicumque nempe revocabûitas 
adnutum confujitur... 

Page 1229, ligne 53, lisez : l'amovibilité en 
elle-même. . . 



JURISPRUDENCE CIVILE ECCLÉSIASTIQUE 

POLICE DU CULTE. 
(S* aLTticie.) 

Heures des offices. — E^îtkée des fidèles 

DANS L'iGUSE. — RÉUiNIONS PROFANES DAX5 L'É- 

GLi-E. — Surveillance des enfaxts daks l'é- 
glise. — CniESs. 

Première questioa. — Le curé a-t-il le droit 
de désigner seul C heure des offices et de les ckan- 
ger à son gré ? 

R. — C'est im abus, dit Mgr AQre, lorsque 
les curés changent arbitrairement l'heure des 
oftî E=;. Chaque diocèse a ses règlements qui 
hxeot les heures auxquel.cs un doit célébrer la 
messe de paroisse et cbanler ic vêpres, suivant 
les différentia saisuns de l'année. Si l'heure 
df'signéeest incommode aux paroissiens, le curé 
et les marguilliersdoivents'aiiresscrà l'évèque. 
Celui-ci, conformément aux anciens usages, 
doit ordonner qu'il sera enioi? .levant un com- 
n~.issaire, dont le rapport :ni fervira à régler ce 
qu'il jugera plus convenable. Il suit de là qu'il 
n'aiipartient ni aux marguilliers ni à l'autorité 
municipale de contraindre les curés ou les vi- 
caires à changer les heures du «ervice divin. 
Dans le cas où ils auraient des plaintes à faire 
sur un changement arbitraire de la part du 
ciirè, ils doivent s'adresser à l'évèque. {Soyer, 
Principes sur l'administ. des paroisses, tome /, p. 
g-2. — Afi'e, Traité de Cadminist. lemp. des pa- 
roisses. 8"°° édit., p. 199. — Cours alpltabéiique, 
par Mgr André, tome 1 V, page 29.) 

Deuxième cpestion. — Le curé peut-il inter- 
dire l'entrée de l'église à certaines personnes, no- 
tamment aux enfants attaqués de la petite vé- 
role ? 

R. — Le droit de police qui apparlientau curé 
ou desservant, dans son église, est un droit de 
police religieux et matériel tout à la fois. Il 
peut donc refuser l'entrée de l'église à tous 
ceux auxquels la discipline ecclésiastique et le 
droit canonique l'interdisent. Mais on com- 
prend avec quelle réserve il doit agir en sem- 
blable circonetaoce. 

Pour ce qui ooneeroe les enfants attaqués de 



1338 



LA SEMAINE DU CLEKGE 



la petite vérole, son ilroil n'est pas moins 'cr- 
tain. Il e?l d'iiilleurs formelierac'nl eriit ilans 
une ciiculairc du ministre des cultes aux évè- 
ques, en date du 17 octobre 1810. Par celte 
circulaire, les évècjues sont invité-; à recom- 
maiideiaux curés d'interdire l'entrée desci5li>es 
aux enfants dont nous venons de parler, afin 
d'éviter de répiudre la contagion de cette ma- 
liu'i.'. {/iciue'i des circulaires, imtrvctions minist., 
etc., tome li, page 223. — Bulletin des lois civiles 
eccl., 1856, page 100. — Cours alphabétique, etc., 
par Mgr André, tome IV, pnge 109.) 

Troisième question. — Le curé peut-il inter- 
dire feutrée dis l'église aux particuliers et même 
aux concessiotinaires de bancs nu chaises, pendant 
une messe militaire, un catéchisme ou un autre 
exercice religieux non public ? 

R. — La solution de cette question ne peut 
olïiir de difficultés pour l'entrée dans l'énlise 
des particuliers non concessionnaires de places 
quelconques. Quant aux concessionnaires de 
baucsou chaises, ils ne peuvent, selon nous, 
revendiquer le droit d'occuper leurs places 
réservées que fendant les offices ordinaires de 
la paroisse et non pendant un office spécial 
célébré par les aumôniers militaires pour les 
frnnpes de la garnison ou par le curé, soit pour 
les enfants du oatéL-hisme, soit pour les mem- 
bres d'une confrérie ou d'une congrégation, 
etc. Ces réunions, en effet, ne sont point de celles 
ariN^uclles puissent être admis tous les parois- 
sien-. Le curé a donc le droit d'interdire l'en- 
trée de l'église, même aux concessiminaires de 
l'daees réservées, pendant ces office? spéciaux. 
Cependant, pour éviter toute diffirulic, il serait 
bon, à l'époque de l'adjudicalion des bancs, 
d'insérer, dans le cahier des charges, une clause 
particulièie, en vertu de laquelle toutes les 
ptacns de l'église devront rester libres, et à la 
disiiosition du curé, hors le temps des offices 
ordinaires de la paroisse. (Journ. des Conseils 
de fabrigue, 187."5, page 304.) 

Oualrième question. — Le curé peut-il exiger 
une rétribution quelconque pour l'entrée d"ns 
l' église? 

K. — Ce! le question est résolue négativi'mf-nt 
par l'article Go du décret du 30 déceinhrc 1809, 
ainsi conçu : « il e-l expressément didéiidu de 
« rien percevoir pour l'entrée de l'épiise, ni de 
« percevoir dans l'égi se plus que le prix des 
c chaises, sous quelque prétexte que ce soit. 
B II sera de même réservé, dans toutes les 
« églises, une place où les fidèles qui ne louent 
a pas de cliaises ni de bancs puissent coinmodé- 
« ment assister au service divin et entendre les 
« instructions. » 

Cinquième question. — Le curé peut-il empê- 
cher une réunion de conseil de fabrique ou de 
bureau des marquilliers dans l'église? 



R. — En-dehors des réunions légales, il est 
incontestable que le curé a le droit d'interdire 
tonte- réunion de conseil de fabrique ou de hu- 
reau des marguilliers dans l'église. Quant aux 
réunions légales, nous ne pouvons raisonn'f de 
la même manière. Lecuré,eDelTet,nesaurail dé- 
fen Ire dans l'église, par mesure de police, des 
assemblées que la loi elle-même autorise à tenir. 
L'évèque ne serait pas plus fondé à cet égard, 
parce que la défense qu'il perlerait serait for- 
mellement contraire à l'article 10 du décret du 
30 décembre 1809 et qu'il n'est pas permis de 
dérogera un décret par des ordonnances ([lis- 
copales. Le Journal des conseils de fabriques pré- 
tend même que l'acte par lequel un curé 
empêcherait, de fait, un conseil de fabrique de 
s'assembler dans l'église et la défense que l'évè- 
que intimerait à ce conseil, sous peine de cen- 
sure, de se réunir dans celle église, pourraient 
peut-être être considérés comme constituant des 
tas d'abus et co:n;ni! susceptibles, à ce titre, 
d'èlre déférés au conseil d'Èlat. Quoi qu'il en 
soit, nous pensons que l'évèque non-seulemeat 
pourrait, mais encore devrait interdire ces réu- 
nions dans l'église, sous peine de censure, s'il 
devait en résulter d.'s inconvénients graves, 
comme querelles, discussion-, siandaIo<:, etc. 
parce qu'après tout, il y a piesque toujours 
possiiiilité de se réunir au presliylère ou à 
la sacrislie. C'est le sentiment de Msr All'rc 
et de IMi;r André. « Mais avant d'en venir 
à CCS extréniités, dit ce dernier auteur.il 
f-ul toujours emploj'er la voie des avi- i.l 
Ce 11 persuasion. C'est aux bons sentiments,^ 
à la sage piété, à la prudence éclairée .:cs . 



I 



membres des conseils de fabriiues. 



1" 



'il 



« 

« 

« 

a 

« 

fniit faire appel, pour obtenir d'eux de s'àlts 

« tenir de réunions dans l'ci^lise. i]ue la loi 

« autorise, il esl vrai, mais «lue delendeol le 

« plus souvent le» coiucnaoces el l- 'cspeci dii 

« à la maison de Dieu. » {/iolhltn des luis eccl., 

1861. page 221. — Couridl/ihiiOetique, etc., par 

Al gr André, tome II', pnge 322.) 

Sixième (]ueslio-. — Lecmé peut-il s'opposer 
à toute réunion pro/ane dons l'éi/lise? 

R. — Oui. Eu effet, dit Mgr Aiïre, tout ce | 
qui est une violation manifeste des lois de la 
religion reconnue par la conslitulion est aussi 
une violation de la constitution elle-même. Or, 
les règles canoniques affecieul exclusivement à 
un service divin les églises et y prohibent tous 
les autres actes de le vie civile; de plus la police 
des églises apparlii'nt aux évéques et aux curés. 
Donc on ne peut, sans leur aveu, en disposer 
pour tout ce qui est étranger au culte comme 
pour élections, distributions de prix, etc., etc. 
Le gouvernement de la [République a reconnu 
formellement ce droit par la décision suivante, 
en date du 24 mars 1848 ; 



LA SEMAINE DU f.l KRGE 



1359 



• Monsieur le commissnire, j'ai élé inforni'! 
fl que, dans qiieKiuos corn munof, des ciloyms 
« oui munifeslé le lifsir de tenir des assemblées 
« populaires dans les églises. 11 n'est certaine- 
a ment entré dans la pL'n:iée de ces citoyens 
a aucune intention de porter atteinte ù la liberté 
a ou aux contreuances religieuses; mais le ca- 
i ractére spécial qu'il convient de laisser à 
« des éiiilices exclusivement consacrés au culte 
« s'oppose à ce que toute autre destination leur 
8 soit donnée, même temporairement. Je ne 
« saurais mieux faire, à cet égard, que de vous 
« communiquer l'arrêté suivant pris par M. le 
c maire de Paris et qui est conforme aux senli- 
« ments du gouvernement provisoire : 

« Le membre du gouvernement provisoire, 
« maire de Paris, informe que quelques citoyens 
« ont demandé à Tuu des maires d'arrondisse- 
t ment d'occuper une églisepour la tenue d'une 
t assi'mblée populaire; 

« Considéiaol que la révolution de févri.T 
a iHiH, a eu principalement pour but d'assurer 

• la liberté de tous; 

(I Considérant que le devoir du gouvernement 
« provisoire, comme le vœu du peuple, est de 
« faire respecter la liberté des cultes ; 

n Arrête : Art. 1°'. Sous aucun prétexte, les 
« églises ne pourront être détournées de leur 
c dcïlinution. 

« An. 2. L'oxécution du présent arrêté est 
a conliée à l'autorité des maires cl'arronilisse- 
B ment et au patriotisme de tous les citoyens. 
A l'Hùlel-de-Ville, le 17 mars 1848. 

Signé : Armand Marrast. 

a Je vous prie, Mt)nsieur le commissaire, de 
I prendre un iirrèté analogue pour votre dé- 
« parlement et d'en assurer l'exécution dans 
« toutes les communes. 

( Vous ne perdrez pas de vue que les dispo- 
« si'.ions en devront èirenp[>iiquées, d'une ma- 
a nière générale, aux édifices religieux, à quel 

• que culle qu'ils soient i-onsacrés. 

< Le miuiâtre provisoire de l'instruction 
publique et des cultes, 

Carnot. 

Septième question. — Le curé a-t-il le droit 
de retirer m>t à l'instituteur, soit à l'institutrice, 
la swccillniiie, flans féylise, des enfants que 
ceux-Li I Onduiseitt eux mêmes et gardent d'ins l'é- 
difice religieux pour y assister aux offices'? 

R. — Nous ne le pensons pas, car, aux 
lermes de l'article 1384 du code civil, ce n'est 
point le curé, mais l'instituteur et l'inslitutrice 
seuls qui demeurent responsables, envers les 
pareiits, de la conduite Aà leurs élèves et des 
accidenis qui peuv.nt leur survenia-. Toutes les 
fois que le curé, i^n veitude son droit de polici;, 
Drend des mesures nour maintenir le boa ordre 



dans le lieu saint, l'instituteur et l'institulrice 
doivent se conformer à ses prescriptions. S'ils 
omeltent ou refusent de lesexémiter, le pasteur 
de la paroisse à la faculté de signaler celle in- 
soumission soit au préfet ou à 1 inspecteur de 
l'inslruttion primaire, soit, si l'institutrice est 
une religieuse, à la supérieiisy générale de la 
congrégation dont elle dépend; mais il ne peut, 
en aucun cas, à noire avis, retiriT à cet institu- 
teur ou à celte institutrice la surveillance des 
enfants dans l'église. C'est ans-i lu senlimcnt du 
Journal des conseils de fabriques [unnee 1870, 
page 245.) 

lluitième question. — Le curé peut-il jeter, 
dans l'église, du poison pour détruire Us chiens qui 
y entreraient? 

K. — Non. En vertu du droit de police qui 
lui est conféré dans l'église, le curé peut pren- 
dre lui-même ou, au besoin, provoquer de la 
part de l'autorité municipale toutes les mesures 
nécessaires pour empêcher l'entrée des chiens 
dans l'édifice religieux ou les faire ex[iulser; 
mais il ne pourrait, même après l'avoir annoncé 
publiquement, jeler on faire jeter, du poi'oa 
dans l'égL-e alin de détruire !• s chiens i|ui 
y enlrcraieni. Ce mode de répression l'expo- 
serait à éiri' condamné au payement de 4lom- 
mages-inlérots envers les propriélaircsdes chiens 
ainsi empoisonnés. {Journal des conseils de fabri- 
ques,^»!*, paye 199.) 
(A suivre.) 

H. Fédod. 
curé de Labastidette (diocèse de Toulouse.) 



Patrologie 

SYMBOLISME 

XI. — Existence du symbolisme civil; causes 

DIVERSES QUI EN NÉCESSITENT L'EMPLOI. 

Le premier besoin de l'homms ijui vit ea 
société est de se faire connaître, aimer et ser- 
vir. Nous ne voulons pas absoudre une telle 
ambition, plus d'une fois eulée sur l'egoisme 
et menant souvent au désordre; maiscnlincelle 
passion, contenue dans de justes bnrne-, donne 
naissance à des vertus, ajoute des grâces aux 
relations de faraille.et maintient l'équilibre en- 
tre les éléments sociaux. Il faut que l'homme 
se mauilesie; il faut qu'il communique à ses 
semblables les idées de son esprit, les désirs de 
son cœur et les besoins de sa double nature. 
Voilà pourquoi l'homme estun être esscnlielle- 
ment doué de la parole; mais, pour user d'une 
expression reçue, il parie, soit en disant quel- 
que chose, soit en ne disant rien. Le langage 



tseo 



LA SE N» AINE DU CLKiir,!-: 



! 



écrit ou artioulô met en rapport les hommes 
d'une manière plus comi>léte, plus sûre et plus 
fictive : la vie sociale^ comme la vie île foi, se 
hasi! principal'iîieiit sur la parole et les Ecri- 
tiir s. Néanmoins, i! est i:i)c autre voie île com- 
muiiication pnr le- choses qui figurent uni'nl'^e, 
et que saint Augi sliii m mime paroles visiùks : 
c'est le syrnborisine. Ce langage allccte tous 
nus sens : la vue des mouvements >'t tirs phé- 
nomèncs instruit les yeux; l'harmonie des sons 
flatte l'on-ille ; le- odeurs parlent a nos or- 
ganes; le goût favorise en nous le plaisir; le 
tact nous iiiel en éveil. Enfin l'instrument de 
notre corps suliit et rend, dans cinq foyers, les 
impre.-sions du monde extérieur et sensible. 
Disons pourtant que les symboles de la vie ci- 
vile ont trois caractères différents. Les premiers 
dérivent de lanature même, en-dehors de toute 
passion et de toute action de l'homme : Us sont 
en nous, mais sansnous.Telleest, par exemple, 
la ressemblance de race. Les secondes, fruit 
d'une sensation involontaire, ne dépeniient 
point de notre Liberté : ainsi qu'on le veuille ou 
non, la physionomie d'une personne trahira 
les secrets de son âme. Les derniers sont les ré- 
sultats d'une entente commune, et n'ont d'au- 
tre portée ijoe celle qu'on a voulu leur doiin r : 
telle est la valeur d'une monnaie. 

Après avoir démêlé ces divers symboles, nous 
demanderons la permission de les confondre de 
nouveau, et nous entrons dans le vif de la ques- 
tion : le symbolisme civilexiste-t-il? Des esprits 
curieux nous demanderont peut-être d'abord 
pourquoi il existe. Mais nous ferons la réponse 
àielte question, dans l'endroit où nous exami- 
nerons l'utiiiié du symbolisme en général. A 
présent nous disons : il existe, c'est un fait. 
Nous grouperons donc les symboles civils, ^ans 
essayer mémi' d'en fournir les preuves : car 
nommer les choses usuelles, c'est as-ez les dé- 
montrer. 

L — Les symboles ijui nous font connaître 
ont pour mission de représenter notre origine, 
notre condition et nos œuvres. 

« Dis-moi le nom d.- ion père, et je te dirai 
le tien,)) chantait un po«tc de l'Orient, à la gloire 
d'une jeune fille de l'Eiaiopp. I^a [loésie, qui est 
la dernièie des sciences au point de vue de 
l'exactitude, nous donne ici l'un des axiomes les 
plus incontestaM'S : toute personne, à moins 
de rester inconnue, devra tout d'abord nous ap- 
prendre d'où elle' vient. A défaut du langage 
habituel, plusieurs signes-nois disent quelle est 
son origine. Peut-être déjà lisez-vous le- noms 
de son père «t i4»!- sa; mère écrit dans ses j-eux : 
la ressernblaHcre des visages vous eomiuirait 
alors de la branvhe à la tige. Vons ignorez les 
anc<>tres aussi bien qne leur rejefon? j.4ez un 
regard sur ce nom que l'on vous oilie, <.'t vous 



devinerez si celui qui le porte est idolâtre où 
chrétien, Fran(;ais ou ctranger, bâlaid ou b'gi- 
time : ce nom est une luraièr '. Cela ne vous suf- 
fit point? voyi z quelle langue parle le voyageur. 
Pour peu que vous ayez l'idée de grammaire 
gi;riciali', vous distinguerez l'allemand de l'es- 
[jaguol, étranglais de l'italien. Um léger aecent 
ne vous laissera pas niîuie eoufondre. en vntre 
iiays, les hibilaiits de? . iilerente-. prosin-es. 
Quelques airn, des vêtements, des- usages, vous 
aideroûl encore à découviàr le berceau dd tel 
homme. Que si vous apercevez, sur ?e- équipa- 
ges, des armoiries particulières et faciles a dé- 
chillVer, voussavez aur.-ilol la naissance, et, par 
la mè ne, la condiîioii du persounag'. 

D'ailleurs la condition porte ses insignes: le 
costum" surtout nous !i;.;;:rc la di-liection des 
étals. Klïeeliveaicnt la force est la reine du 
raoudi?; mais ceîte force gouverne trois royau- 
mes. Elles eomniandj aux iutolligenees, règle 
les mœurs et diiige les volontés. La science, 
les lois et les aroLcs forment le cortège de ses 
ministres. 'IVois sortes de personnes symboli- 
sent donc la force: les savants, les magistrats et 
les gueiTiers, cl chacun d'eux a sa livrée parti- 
culière. 

Des plaisants, ne voulant i>as comprendre 
toute l'utilité du symb-jilisme, ou n'en signalant 
que les abu<, sj moquèrent autrefois et se mo- 
quent encore aujoui'd'hui des distinetions pu- 
rementhonoriliques. Montaigne demaudait :ivoc 
Ironie quelle diflérence il y a entre un homme 
richement vêtu et un cheval bien enhaniaclié. 
Le malin fabuliste dit à son tour : 

c L^enseigDe fait la cUalandisc 
Xai vu {[[xui los palaii unp robe mal mise 
Gagner s™^ '■ les gc-ns l'avaii'iit prise 
Panr mat'tre tel, qai traînait après soi 
Force écoutants. Deniat)<ie;>-inoi pourquoi. » 

Il le sait bien ; niai^ s'il l'ignore, l'as al, un 
autre railleur, va lui faire 1 1 l.çon. « Cela, dit- 
il, est admirable; on ne veut pas que j'honore 
un homme velu de brocitelle, et suivi de sept à 
huit laquais : Hé inioi .' il ir.c fcia donner des 
élrivieres, »i je ne le salue. Cet habit, c'e^t une 
force, il n'en esl pas de mca e au regard d'un 
cheval bien enharnaché à l'égard d'un autre. 
Montaigne al plaisant de ne pas voir quelle 
différence il y a d'admirer (ja'ou y Irouve, cl 
d'en demander la raison (Pcnséesy » 

Oui, cet habit est une force, on plutôt l'em- 
bliincîd'une fori e. Maintenant Pascal va >c con- 
tredire lui-même et mériter la Iceo i qu'il lali à 
Montaigne. Après ètie eouveuu i|Ue l'ii.iul .•si 
une force, il tourne en deri-ion lecort.u.e des 
doeteurs, des juges et des loi-. Il est v-raiq.ie 
V' [rhilosoi)ho à des intentujns morales. Il ne 
peut soullrir que le signe nicnic à la chose; et, 
comme l'hypocrisie est entr- e dans le sy;ubole. 



U SKXiAINii ru CLERGÉ 



13«1 



il coniJaiuue jusqu'à Furag): Je ccsvèU'mcolsû.- 
piuatifs. C'esi une exngcralion do zc.f : la pa- 
role ii'est-elle pas souvi-iit el e-inéoie i'art de 
tiépuiser sa (icnsi-e? Famlra-'.-il la j.rosiTÎre à 
son tour ? Deuiamlc/'. moi poui-i)uui jjliiisu Pas- 
cal, dans l'endroit iiimue que nons vouons de 
citer, iaissu tomber de sa iduiU!: lys iiliraics iai- 
vanles : 

« Si losmé'^eiins n'avaiotit des soutanef; et 
de? mules, et qiic les docteurs n'eussent des bon- 
nets carrés el des nibos li-np amples de quatre 
partie?, jamais ils n'auraient dupé le monde, 
qui ne peut résister à cette montre authentique. 
Nous ne pouvons pas -voir spulemcnl un avotiit 
en soutane, el le bijnnel en télc, sans une opi- 
nion avantageuse de sa sulfisante.» 

Pourquoi ces deliors tiappent-iU l'imasinn" 
tien el imposnnt-ils le respect ? Qje tous le^ 
médecins, les docteurs et les avocats, sans ex- 
ception aucune, aii'nt une science pauvr<> et ri- 
dicule, jamais ils ne parviiMidront à s'établir par 
des grimaces. On s'incline devant une montre 
qui pc'Jl être fausse, à ciuse ilu mérite qui 
peut être vrai; et, pour faire allusion a une 
pensée Irès-remarquabie de Pascal même, il n'y 
a lie faux symboles que parce qu'il existe un 
symbolisme véritable. 

Le philosophe se montre encore pliis injuste 
à l'égard le la magistrature, quiest la gardienne 
natr.rellf de l'ordre et de la liberté : « Leurs ro- 
bes rouses, dil-i!, levirs hermines, dont ils 
s'euimaillol'i'^Cit en -ihot fourrés, les palais où 
ils jugent, les flcms de lis, tout cet appareil 
auguste était néce-saire. » tt s'il était néces- 
saire, ju)urquoi donc s'en railler? 

La iii:issauc.;; royale se voit aussi traitée avec 
la même légére'.e de plume : a La coutume, 
dit il^ de viiir les rois accoirpagiiés de garde», 
de tambuurs, d'cfliciers, et de toutes choses 
qui [liicnt la machine vers le respect et la ter- 
reur, fuit que leur.-.: visages, quand ils sont quel- 
qneiois seuls el sans ces ac» ompagnements, im- 
primei;l dans leur sujets le re»peclet la terroqr, 
parce <]u'on ne sépare pas dans ia pen.^éeleur 
personne d'avec leur >uilo c.it't n y voit ordi- 
naireme t jointe. Le rrionde ne f?it pas que cet 
eflet vient cTune force n;ilurelle,et de là viennent 
ces mots : Le caractère de la divinité «si em- 
preint sur son visage... Il laudrait avoir une 
raison bien épurée pour regarder comme un 
autre homme le Grand-Seigneur environné dans 
son superbe sérail de 40,000 janissaires. » 

C'est-à-dire qu'il faudrait avoir la raison bi^n 
troublée, car le Grand-Seigneur n'e&t vraimQnt 
pas comme un autre homme. 

Les costumes civiiâ nous feront donc voir la 
position d'un homme dans la société; et c'est là 
on grajud avantage. L'itabit, qui est une force, 



oblige celui qui le poile, el ocux qui les ren- 
contrent, à respecter le pouvoir. 

Si nous passons, de l'origine et de la confli- 
tion,auxœuvri's, nous trouverons que les actes 
présents révcleul la pensée de lotir auteur ; ijue 
les œuvres mémorables d'autr'fois ont un ."ou- 
vcnir dans certains faits actuels ; ([ue le passé 
el le [irésent, répondent assez clairem.ent de l'a- 
venir. 

Eu eflet, le métier fait connaître la personne; 
Pl ce n'est pas en vain qu'après avoir demandé 
le nom ell'origine d'un individu, la police s'in- 
forme avec soin de sa profession. Tels actes sup- 
posent telle pensée, et la pensée est tout 
l'homme. Quand l'on a vu les œuvres, l'on sait 
qu'une âme est liabilcou grossière, intelligente 
ou irréfléchie, bonne ou rjauvaise. L'Evangile 
consacre lui-même cet axiome, en disant : Vous 
les reconnailnz à leurs fruits. De même, les 
certificats de raœurs,basé5sur l'ensemble d'une 
conduite antérieure, fo'irnissenl une garantie 
sérieuse pour l'avenir. Voilà poui-quoi, si nous 
désirons tirer l'horoscopf! d'un por.-onnage, 
nous nous hâtons de fouiller son histoire; et 
mieux nous parveuon-sàdécouvrircequ'il a été, 
plus nous avons la facilité de dire ca qu'il sera. 
Enfin, les monuments historiques, ou les œu- 
vres permanentes d'une génOriition, gurdent 
une ËJèle empreinte, et du g:nio qui !o< a con- 
çus, it de la force (pii les a pioduits; l'archéo- 
logie forme donc l'un des chapitres les plus au- 
thentiques di' la civilisation d'un peuple. 

U. — D'autres symboles nous font aimer ou 
haïr, par là même qu'ils traduisent nos senlj- 
mcnts il'araour ou de haine. Nous prenons ces 
derniers mots dans leur sens le plus large, et 
les donnons comme termes génériques de tout 
nos sentiments pénibles ou agréables. 

La gloire a ses emblèmes. Voyez le guerrier 
après sa victoire : il porte la tête haute, et mar- 
che d'un pas assuré; la joie brille dans ses yeux, 
ffl ses chants sonores le proclament au loin ; ses 
habils couverts de poussière, ses armes teintes 
de sang, ^on drapeau criblé de halles; il montre 
ses ti-ophées avec un juste orgueil. Quel ne 
sera pas son bonheur si sa poitrine est dé-orée 
d'uL signe qui atteste encore sa vaillance per- 
so en elle ? 

An contraire, llionime pris en ftagrarit délit 
et humilié pqr une sentence de blâme, nous 
émeut par rabattement et l.i. soiififrance de son 
cœur. Ses yeu.v; n'osent fixer personne, ses 
genoux tremblent sous lui, sa bouche est 
muette. Le malheureux voii encore sa peine 
doublée, quand on l'expose en piibUc, qu'on le 
couvre du bonnet vert ou de la casaujue du 
prisonnier. 

La gloire suit les bonnes œuvres, et la honte 
s'attache au crime ; mais la gloire habite une 



1302 



LA .si:ma;:sl du ^lerge 



conscience pure et le cliagrln nait des faus 
plaisirs. Le symbolisme ùc la joie est plein de 
philosophie. Pour le bien saisir, il faut se rap- 
peler que le bonheur est le fruit du jeu normal 
des facultés de l'âme. Or, conuaitrc, aimer, 
agir; voilà l'homme. Le lanj;age de la joie 
nous parlera donc du vrai, du beau el du bon. 
Comme la lumière symbolise la vérité, dans 
toute réjouirsance pur.lii)ue, l'on allumera des 
feux, Ton éclairera les villes, l'on p. rcrra la 
nuit de mille flammes. La lumière a toujours 
été le vêtement des cieux, et chaque peuple a 
relégué la nuit dans les enfers. Les fleurs, dont 
la mission est de plaire, nous figurent la beauté 
de l'âme el des vertus. Aussi que de fois un 
bouquet de roses ou de violellcs n'a-t-il pas 
été chargé de dire à une pcisunne estimée la 
saf.sfaclion que nous procure la birr.e odeur 
de sa couduite ? La poussière et la ccmlre, ré- 
pandues sur nos tèles, trahissei.t, au contraire, 
les sentiments d'une grande douleur. Les mou- 
vements prompts et cadencés nous démontrent 
dans l'âme, une activité exubérante et pour- 
tant réglée par la tempérance; mais l'immo- 
bilité sera évidemment un signe de mort. 

Enfin, l'amour et la haine proprement dits 
vont prendre un corps à leur manière, et nous 
révéler, sur des tableaux sensibles, les nflections 
mystérieuses de l'âme. L'amour vise à l'union ; 
chaque symbole, entre personnes qui s'aiment, 
nous désignera cette tendance exclusive. Voyez 
une mère et son enfant, l'euveot-ilshabiterune 
maison séparée ? Non ; il faut qu ils viveiit sous 
le même toit. Leurs yeux ne se mireut-ils pas 
l'un dans l'autre ? Ils s'éclairent au même 
loyer. Et ces baisers, si tendres, si multipliés, 
que VL'ulcnt-ils? Est-ce que l'amour ne doit 
pas respirer le même souffle? Mais pourquoi ces 
éireintei? Les battements du cœur de la mère 
n'unt ilspas à se régler sur les battements du 
cœur de son fils ? Cette jeune femme, imitant la 
colnmbe.nc donne-telle pas à son enfant la cour- 
rilure de ses lèvres? On seul pain, pour une 
seule vie. Ne consacre-t-elle pas à l'éducation 
de sou bien-aimé sa parure, ses récréations, sa 
fortune ? Rien n'est plus à elle : son cœur est là 
où se trouve son trésor. Quoi! mais elle se 
livre à la mort pour sauver le fruit de ses en- 
trailles? Eh ! que lui importe de mourir puis- 
qu'elle va se survivre dans son image ? 

Entre les hommes, des signes analogues en- 
tretiennent et développent l'amilîé. Ainsi, l'on 
recherche votre compagnie : c'est un ami qui 
f:appe à la porte. L'on fuit votre domicile: 
c'est uu traître qui s'en va. Serrer la main, vous 
témoigne de l'attection ; tourner le dos est une 
marque de froideur. L'accolade est de soi 
trateruelle; la distance peut trahir le re'pect, 
mais n'indique pas la sj-mpathio. Les repas 



communs ont surtout une grande importance 
dans les relations sociales. « La table, dit un 
ancien proverbe, est l'entremetteuse de l'amitié. 
Point de traités, point d'accords, pointde fêles, 
point de cérémonies d'aucune tspèce, même 
lugubres, sans repas. Pourquoi l'invitalion 
adressée à un hommi-, qui dînera tout aussi 
bien chi'Z lui, est-elle unepcdilesse? Pourquoi 
est-il plus honorable, d'être assis à la table 
d'un prince, que d'être assis ailleurs à ses 
côtés ? Descendez, depuis le palais du monar- 
que européen, jusqu'à la hutte du cacique ; 
passez de la plus haute civilisation aux rudi- 
ments de la société; examinez tous les rangs, 
toutes les conditiuus, tous les caractères, par- 
tout vous trouverez les repas placés comme une 
espèce de religion , comme uue théorie qui a 
ses lois, SCS observances, ses délicatesses très- 
remarquables. Les hommes n'ont pas trouvé 
de signe plus ex[iressif que celui de se rassem- 
bler pour prendre, ainsi rapprocJiés, une nour- 
riture commune. Ce signe a paru exalter 
l'union jusqu'à l'unité {Soirées de Saint-Péttrs- 
bourg)»a 

Nous sommes loin de vouloir contredire la 
pensée du comte de Maistre; et pourtant nous 
croyons que la communauté des biens est un 
signe non moins expressif que les agapes. 
Manger son pain avec un homme, suivant l'ex- 
pression des patriarches, cela JFait voir sans 
doute que l'on est issu d'une même famille; 
mais les dnnner au pauvre, c'est montrer à ce 
dernier qu'on l'aime, non pas comme un frère, 
mais comme son enfant. 

Néanmoins, au témoignage du Sauveur, per- 
sonne na fait voir plus de charité qu'en mou- 
rant pour les siens. Les regards et les baisers, 
les présents et les festins promettent quebiue- 
fois l'amour sans les donner; le dévouement 
jusqu'à la mort no trompe jamais. C'est en cela, 
dit l'Ecriture, que nous sommes certains de 
l'amour que Jésus-Christ nous a p' rté ; c'est en 
cela que nous reconnaîtrons aussi la charité 
des hommes à notre égard. 

111. Outre les symboles qui font connaître et 
aimer l'homme, il en est encore qui le font 
servir. Mais les services que nous rendons au 
prochain n'ont pas toujours la même cause : 
la bienveillance nous inspire les uns, etla force 
nous arrache les autres. 

Les cris, les larmes, les gestes suppliants, le 
spectacle de la misère attendrissent uotre âme 
et nous déterminent à otlrir des secours ; nous 
servons, par bonté, des frères qui ont faim et 
soif, qui sont nus, qui gémis-ent dans les 
caehuts ou lirùlentdes teux de la mala lie. Tout 
malheureuxconnaît le langage mystii|ue, il s'en 
sert élo [uemment pour i:ous t -ucher. L'enlaut 
même contracte son visage et pleure pour nous 



I.A SF.MAINE D'J CLE:ir;ii 



taoî 



dirn ?a souQ'rance ; le mondinnf abus»; jvsrfois 
de SCS hailluns trop signilicatit's ; le vo_\MiîOur 
CD péril a des signaux de dôtiesse ; le marin, 
que menacent les fjoutlVesde l'océau, fait tf)n;;er 
au loin li: c.inon d'alarme. Eutiu toute ilouleur 
a ses plaintes syinboli jues et nous demande 
uneconsolalioii. Les animaux ont eux-/nùmes 
la clef lie c tte note mystérieuse : li;s gémisse- 
mcnls de la coloinbe appellent la visite do ses 
compagnes, cl les rugissements du lion 
apprennent aux habitants du désert que leur 
prince soutire d'une blessure. 

La faiblesse triomphe par les larmes ; la 
force nous enlève d'assaut. « Que l'on a bien 
fait, dit Pascal, de distinguer les hommes par 
re.\téricur, plutôt qui pnr les qualités inté- 
rieures 1 Qui [iiisserade nous deux ? Qui codera 
la pi. .ce M l'autre'? Le moins habile ?iMHis je 
suis aus<i baliile que lui. 11 faudra se battre 
sur cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un. 
Cela est visible; il n'y a qu'à compter: c'est à 
moi de céder, et je suis un sot si je conteste. 
Nous viiilà en [laix par ce moyen, ce qui est le 
plus grand des biens. » 

PlOT, 
curé-doyen de Juzenoecaort. 



CONTROVERSE POPULAIRE 

On entend répéter à tout moment que 
l'K^clisu e»t l'viinemle «le la olvllisatton. 
Cvlu ci9t-II donc vrai? 

II. 

A C05 réflexions g.'nérales, ajoutons quelques 
faits particuliers empruntés à l'histoire , en 
faisant observer que, s'il nous fallait tout rap- 
porter, mènii en abrégé, plusieurs gros volu- 
mes ne suffiraient pas. 

Avant que l'Egiise n'éclairât le monde, même 
les peuples réputés civilisés avaient des lois et 
des mœurs qui nous font aujourd'hui horreur, 
à nous qui avons été formés et vraiment civi- 
lisés par elle. 

Ainsi, eu Egypte, de nombreux enfants étaient 
sacrifiés presque journellement au dieu Molocli. 
C'était une idole faite d'airain, ayant un coips 
d'homme et une tête de bœuf. Celle ido'e était 
entièrement creuse, eton allumait, à riniérieur, 
du feu pour la faire rougir. C'est alors qu'on 
plaçait sur ses bras ardents les tendres victimes, 
qu'on y laissait rôtir. Et, pour qu'on u'enlenlît 
pas leurs cris, ou faisait loul autour un grand 
bruit de tambours et de cymbales. 

A Carthage, les mêmes horribles sacrifices 
avaient lieu en l'honneur de Saturne. Un jour, 
on lui immola à la fois jusqu'à deux cents e/i- 
ants des meilleures t'umillcs. ruur éloisucr le 



Tanger qui menaçait du côté d'Agathocle, ty- 
lan de Syracuse. 

En Gièce, dans cette Grèce si ccUi'brée, les 
lois prescrivaient l'avortement et l'infanticide, 
dansions les cas où l'entant ne protiiotlait pas 
de devenir un instrument utile à la république. 
Et, pour 1rs feminrs, les maris avaient le droit 
de les veii'Ire on du les louer, droit odieux dont 
ils ne se faisaient pas faute d'user. On sait 
aussi qu'il y avait une nombreuse clause d'in- 
dividus, qu'on appelait ilotes, réduits à la con- 
dition la plus abjecte : on les grisait liorriMc- 
ment pour inspirer aux jeunes citoyens le dé- 
goût de l'ivresse. 

Rome n'oUVait pas des spectacles moins abo- 
minables. Les esclaves formaient plus des neuf 
dixiémi-s de la population. Ils étaient ti'aités 
ommede purs animaux. Et, de temps en temps , 
les maiIrt'S choisissaieut les plus lieanx et les 
plus forts, leur mettaient des armes à la main, 
et se donnaient le barbare plaisir de fs faire 
s'entre-tuer sous leurs yeux. La teii:me était 
forcée de se prostituer aux étrangers. L'enfant 
était traité comme en Grèce : la loi des douze 
tables ordonnait de le tuer s'il était mal con- 
formé. El même, lorsqu'il était bien conformé, 
le père n'en avait pas moins tur lui droit de 
vi(! et de mort, a Qn^n*! "n enfant venait de 
naître, dit un grave historien, on retendait aux 
pieds du père de famille. Si celui-ci le recon- 
naissait et l'acceptait pour sien, il hi prenait 
dans ses bras. Si, au contraire, il lu laissait par 
terre, l'enfant était jeté au Velabre, où parfois 
la pilié le recueillait, où plus souvent encore 
la faim lui donnait la mort, où quelquefois 
aussi la cupidité le ramassait, l'estropiait et 
l'envoyait mendier au profit d'un spécula- 
teur (i). )) 

Un autre écrivain nous fournit, sur les spé- 
culateurs dont il vient d'être questi(m, les cu- 
rieux et barbares détails que voici : « Ce sont, 
dit-il, des gens qui, vivant de la misère d'autrni, 
font mendier à leur iirofit, comme d'autres font 
cultiver des terres ou liâtir des maisons. Leur 
fonds, c'est la crédulité des citoyens exploitée 
en grand jiar des familles d'esclaves qu'ils en- 
tretiennent également dans ce but. Ils exercent 
leur industrie par les moyens les plus infâmes 
et les plus cruels. Ramassant les enfants exposé» 
et abandonnas par leurs parente, ils les estropient 
et les mutilent de toutes manières pour les ren- 
dre propres à la spéculation à laquclli; ils les 
destinent. C'est pour eux que des aveugles mar- 
chent par les rues sous l'appui et sous la con- 
duite d'un bâton, pour eux qu'on montre a tous- 
les passants des bras coupés, pour eux qu'on 
voit des pieds disloqués, des talons contournés, 
des jambes pendantes et rompues. Ces pères de 
1. De Cbampagny. Let Césart, tome VI, pag. li)C et 197; 



<3(!4 



lA SEMAINE DÎI CLERGF 



famille il'un nouveau genreassignpntà chacun 

des niallieiiroux qu'ils tiennent sous leur loi son 
suppliée, sa calamili*, comme uu art pour ^a- 
giier sa vie. ils calculent froidement parmi les 
infirmités ipi'ils peuvent leur inaposer laquelle 
solliL'ilera plus fruetuens'jment la miséricorde 
publique, el; suivant la figure de chaijue in "i- 
vitlu, examinent s'ils n'auront pas davantage à 
le faire aveugle, bossu, manchoî, racliitique, 
ban al, impotent et mutilé. Tous les mall"s et 
surtout les jours de tète, ils désignent à chacun 
]ii poste qu il o-i'upera, les endroits, les maisons 
«ù il devra aller meni!i.?r. Du'u dos maîtres ne 
retirent pas uu si grand prolit du travail jour- 
nalier des esclaves valides que ces bourreaux 
ne reçoivent de ces pauvres estropiés. Le soir, 
ils comptent ce que chacun a rapporté, et s'il 
s'en trouve un seul dont la remise no remplisse 
pas leur attente : « Pourquoi me rends-tu si 
peu? s'écrient-ils. Tu n'auras pas prié comme 
il faut, ou lu ne te seras pas rendu sans doute 
où tu aurais recueilli de plus abondantes au- 
mônes. Qu'on le Qagellel — Coquin! ajoutent- 
ils en entendant les pleurs et les gémissements 
que la douleur arrache à la victime, si tu avais 
pleuré et prié de celte façon, tu m'aurais rap- 
porté davantage. Je t'ôterais la vie si je ne 
croyais mieux te punir en te la laissant. — Ce 
n'est pas ma faute, dis-lu. — Je le vois, tu n'es 
pas encore assez misérable; et, sans aucun doute, 
cela t'attire beaucoup de refus. » Sur une telle 
conjecture, il ordonne aussitôt une nouvelle 
mutilation et le fait façonner, si on peut em- 
ployer une si faible expression dans une si 
horrible barliarie, sur le modèle de celui qui 
rapporte le plus (1). n 

Voulez-Vous savoir maintenant ce qui sepasr 
sait sur notre sol même, chez les G.'.uloi~. nos 
ancêtres ? I^a vie des enfants était, comme chez 
les Grecs et les Romains, à la merci de leurs 
pères^ et le sang humain, versé par la faucille 
d'or des druide.-ses, coulait sous les chênes sa- 
crés aux ditfér. Rte? plvises de la lune. 

Voilà ce qu'etaienl les peuples anciens; qu'on 
regarde ce que l'Eglise en a fait, el qu'on dise 
encore, si on l'ose, qu'elle est l'eunemie de la 
civilisation. 

Au milieu des temps modernes Christophe 
Colomb, inspiré de son génie et de Dieu, d'.- 
couvre un monde nouveau. Là encore régnait 
la barbarie, là aussi coulait le sang humain en 
l'honneur des idoles. On ouvrait la poitrine à 
la v.ttimc toute vivante, on lui arrachait le 
cœur qu'on offrait encore palpitant aux dieux 
Jtroces, pu s on décoajiail le cadavre en mor- 
ceaux qu'o:i l'.istribuail aux assistants quis'em- 
1 restaient de les manger. Les squelettes ser- 
vaient à l'ornemontalion des temples, el on 

1. Dezobry, fiomi au !.ii.:ie d'.iuamU, lettres 28 et ôi. 



remplaçait incessamment les plus 'nciers par 
de nouveaux. Au seul Mexiqui^, on immolait 
hins- plus de vingt raille h'irames [>ar an. En 
nne seule fois, lors de la dédicace d'un temple, 
un roi de ci"- pays fit immoler soixante-quatre 
mille hommes à ses divinités. La plupart des 
yi-.upiades de ces vastes contrées ne connais- 
saient ni an, lÀ commerce, massacraient les 
étrangers comme une proie et se nourrissaient 
d3 leur chair. Sans autres lois que celles de la 
force et d'un instinct bruUil, elles se livraient à 
t' nies sortes d'excès et di- vices. 

Cependant l'Eglise se bâte il'envoyer, su/ les 
pas de Colomb, ses missionnaires à ces peuples 
scuveges, el trois ciuts r.us ne s'ét.iifnl pas 
F.coulés que l'Amérique rivalisait en toutes 
choses avec la vieille Europe. 

Ecoutez comm2nt s'est opérée, si vous ne le 
savez déjà, ceUe merveilleuse transformation. 

Les missionnaires, s'étant aperçus que ces 
peuplades sauvages étaient très-sensibles à la 
musique, imaginèrent de remonter en barque 
le cours des rivières en jouant de différents ins- 
trumeiits. Ce moyen réusdl à merveille. Sur 
toute leur route, les sauvages aci-ouraient les 
entenlre. Et ([uand les missionnairies les 
voyaient un peu familiarisés avec eux, ils des- 
cendaient sur la rive el commençaient à les 
instruire des vérités de la foi. En même temps, 
ils leur apprenaient peu à peu les métiers les 
plus usuels, tels que ceux de maçon, de char- 
pentiiîr, de menuisier, de tisserand, de 83rru- 
rier, de doreur, d'horloger. Ceux dont la con- 
ception était trop bornée cultivaient les champs, 
gardaient les bestiaux, se livraiect à la ch^isse 
et à la pêche. Les enfants qui montraient le 
plus d'intelligence faisaient lecrs études et de- 
venaient plus laid des prêtres, des administra- 
teurs, des juges. Les femires s'occupaient des 
soins du ménage, filaient ou confectionnaient 
des ustensiles en bois. Pour obvier au lili tU- 
nage, les missionnaires mariaient de bonne 
heure les jeunes gens et leur apprenaient à 
vivre heureux et ooitcnts. Après avoir eu pour 
premier tcmpl- la vnûte du ciel, on avait formé 
des chapelles en feuillage, e' l'on bâli-sait enfin 
des é-î^lises, où les missionnaires réunissaient 
tout i m(m'e,r::t.iin et soir, pour faire en com- 
mun la prière el chanter des cantiques. 

l.rrsqTie le goùl de la culture était asseï dé- 
veloppé, les Diiisionuaites divisaient la terre en 
lots égaux, el chaque famiUe avait le sien. On 
en réservait un plus gra; d que les autres, Dooa- 
iné la Possession de Diei., dont le produit servait 
à suppléer aux mauvaises récolles, à l'entretien 
des malades, des veuves, des orphelins, à l'en- 
tretien et à l'ornement des églises. L'ordre le 
plus parfait régnait dans eliaque paroisse, dont 
les rues étaient Urées au cordeau et plantées 



A SEMAINE DU CLERGÉ 



]3JJi 



d'arhres de distaiii'e en ilUtance. Enfin on hh- 
tissail des hospices pour les miluilcs, les pau- 
vres et les voyagLiuâ étran?;ers, el l'on ornait 
les [ilaces puMiqucs de fontaines, de Laucs et 
même de statues. 

Telle cstriiistoirede l'origine et du dévelop- 
pement de la civilisation au Canada, dans la 
Louiiiame, au Par;!t,'iay, sur les bords d« l'I'ru- 
guayeton mille aaiios lieux, l'artoot ce sont 
les missiuunaires de l'Eglise qui l'y ont portée 
et établie. 

La trame de c^ltoliistoire n'est d'ailleurs pas 
rompue, et nous voyons denosyeux ce que nos 
porcs ont vu. Oui lutte en ce moment contre 
l'infanticide en Chine? L"S missionnaires de 
l'E^lis'. Qui lutte contre l'alirulissement du 
Coran ? Les missionnaires île lEnlisc ? Qui lutte 
contre l'anlhiopopiia^io. ics sarriiices humains, 
toutes les horreurs et toutes les misères du pa- 
ganisme, cH'ore régnant sur tant de peuples ? 
Les missioiuiaires de l'Eglise. Eux toujours, 
eux partout, et eux seuls. 

Voici un témoig-nai^e qui clôt merveilleuse- 
ment cette causerie. C'est une lellre île .M. l'a- 
miral Ribour?, commandant de la division na- 
vale de l'Allantiqnc du sud à Mgr Hessieux, 
vicairr' apostoliiine de la mission de Sainte Ma- 
rio da Gabon. Elle est du mois de janvier 1876. 

« Monseigneur, 

» A la veille de me rendre à la côte d'Amé- 
rique, conformément aux ordres du ministre 
de la marine, je ne veux pas quitter le Gabon 
sans vous tiJmoigner combien j'ai été satisfait 
de tout ce que j'ai vu mardi dernier, en visitant 
ia mission île Sainte-Marie. 

» Les progrès réalisés depuis t843, époque à 
laquelle je suis venu au Gabon pour la première 
fois, sont CinsiJéruldes; les cultures s'ct indent 
aujourd'hui sur de nombreux hectares, couverts 
alors de fourres impénétrables; et, quand on 
soni>i? à tous les travaux qu'il a fallu exécuter 
sous un climat mcurtiicr, on ne saurait trop 
louer la sage aùuji islratiou et la bonne direc- 
tion (pli ont présidé à tons les détails d'une 
aussi graniie exploitation. 

» La lui-sion qm; vous avez fondi'e se sert, 
pour ainsi dire, des choses matérielles pour 
faire connaître el aimer la civilisation chrc- 
tienuc aux populations africaines; et, sous ce 
rapport, les résultais ne me paraissent pas 
moins rcmar luaiilcs. 

» Les enfaiits confiés à vos S'ins sont adroits 
et intelligents; ils me raïq^elieiUparleurbonne 
tenue et leur docilité, les meilleures institutions 
de ce genre établies en Europe. Aussi je ne 
doute pas que les progrès de la mission nesoicnt 
cha<picji>ur plus sensibles. J'ajouterai queraon 
a]>probatioD la plus cuiuplùle lui est acauiae et 



quej'encnuranerai de tous mes efforts la colonie 
nai-.-ante que la Franco doit à voire généreux 
dévouement, ainsi qu'à ceux des vai'lanls mis- 
sion; mires qui vous entourent. — Veuillei 
agréer, etc. » 

Ainsi, depuis le jour où l'Eglise est sortie du 
Cénacle jusqu'à cette licuro, l'histoire nous 
montre en elle, à toutes les époques et dans tou' 
tes les ( irccnslauces, le plus grand, pour ne 
I)as dire le seul ouvrier de la civil i ■nation. .\r- 
mée de la croix vicloiicuse comme l'un flam- 
beau, elle parcourt le monde, malgré toutes 
les dillicultés, continuant l'œuvre de son divin 
foudateurel lépamlant partout la triple lumière 
du vrai, du bien et du beau. 

Cela est si manife-le, qu'il est impossible de 
ne pas le voir. Rcganlez le monde : quel sont 
les peuples civilisés, el quels sont cei*c qui ne 
le sont pas? L-s peuples civilisés sont ceux que 
l'Église a formés; les pcujdes point ou peu ci- 
vilisés sont ceux où l'Eglise n'a pas encore ré- 
gné, ou bien d'où la violencel'a chassée depuis 
de longs siècles, comme par exemple en Tur- 
quie. 

Quand l'Eglise vient chez un peuple, vient 
en même temps la civilisation; si elle s'en va, 
s'en va en même temps 1 1 civilisation : voilà 
une chose constante, indéniable. Celaneprouve- 
t-il pas assez, jusqu'à la dernière évidence, que 
non-seulement l'Eglise n'est pas l'ennemie de 
la civilisation, mais qu'elle en est l'auleur et la 
gardienne? P. D'Hauterive. 



Biographi« 



LE PÈRE ACHILLE GUIDÉE 

DE LA COMPAGNIE DE JESUS. 

■Vers l'an 1787, une femme, pieusement age- 
nouillée devant iioU'i; Dame d-.: Liesse, lieman- 
dail à la Mère de Dieu ce qu'avàil obtenu, par 
son int'ircession, plus d'une illustre princesse : 
la bénédiction du ciel sur son mariage. Depuis 
huit années, elle attendait en vain la naissance 
de son premier enfant. Seaiblahle à la mère 
de Samuel, elle priait avec une foi si vive 
qu'elle exprimait tout haut ses chagrins el ses 
désirs. F^e ^ucecs de sa prière rciiontlil à sa fer- 
veur. De son aiuriagc avec un honnête orfèvre 
d'.Uniens, naquirent cinq enfints, deux fdles 
et trois lils.Le troi.-iémede ces fils, néen 1792, 
Achille-l'aui Etienne Guidée, est l'objet de cette 
notice. 

La première élucation d'Achille Guidée ne 
ïouUVit point du malheur des temps; elle fut 
chnilcnne. L'eid'ant atteignait sa riixiéme an- 
n::e lorjque le cancorilat permit de rouvrir les 



I30t3 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



maisons d'ée] iicali on relifîieuse. Achille fut placé 
dans le pensionnat d' l'Oiatoire tenu parles 
Pères delaFoi.nom sous lequel se dissiraniaient 
les jésuites. Il fut admis dans la clafse du P. 
Loriquet, qui était régent de sixième et préfet 
des études. Le maitre était habile, l'écolier dili- 
gent : les progrès furent rapides aussi bien 
dans les lettres qu^ dans la vertu. Depuis lors, 
Achille ne ccssi d'occuper les premiers rangs 
de sa classe et la première place dans l'estime 
de ses maîtres ainsi que dans l'aUeclion de ses 
condisciples. En 1804, il fit, avec une ferveur 
admirable, sa première communion à Notre- 
Dame d'Amiens. Les vexations dont l'établisse- 
ment de l'Oiatoire fut l'objet déterminèrent les 
Pères de la Foi à le transporter d'abord au fau- 
liourg de Novon, puis à Montdidier : le jeune 
G:àilée y suivit ses maîtres. En 1807, un décret 
impérialayantsiriprimé tous les établissements 
des l'è:es de la Foi, Achille suivit, au presby- 
tère «lelMainval, le P. Sellier. Eu 1809, âgé de 
dix-sept ans, il put revenir à MoutJidier ; sa 
vocation l'appelait au sacerdoce et même à la 
vie religieuse dans la compagnie de Jésus; 
mais cette vocation ayant éprouvé, de sa fa- 
mille, quelque opposition, il entra, comme 
professeur, à la maîtrise de la calhéilrale, où 
il eut, pour collègues, l'abbè Girauil, mort car- 
dinal, et l'abbé Carrière, mort supérieur de 
Saint-Sulpire. Le jeune professeur liébuta par 
la classe élémentaire et, pemlant trois ans, 
suivit ses élèves, les animant par son exemple 
au travail, et, par son zèle imlustricux, les ini- 
tiant au succès. De 1812 à 1814, les événements 
politi iUcs jetèrent naturellement dans sa vie 
quelque agitation, mais sans la faire ni dévier 
du devoir, ni renoncer à ses aspirations. A la 
fin de 1814, il et lit entré au noviciat des jé- 
suites de Saiul-Acheul ; jusqu'en 1818, il en 
suivit les exercices, faisant marcher de front la 
régence d'une classe de quatrième, troisième 
et cinquième. Comme marque de ses disposi- 
tions pieuses, nous citerons ici les résolutions 
qu'il prenait à la fin de sa première année de 
noviciat : 

« 1° Grauile fidélité à mes exercices de piété ; 

2* Faire toutes mes actions en esprit de foi, 
c'est-à-dire les vivifier par une intention 
droite ; 

3° Bien faire mon examen particulier ; 

4° Ne pas approcher des sacrements par rou- 
tine; 

5* Bien remplir mes fonctions. 

« Voilà, s'écrie t-il, en employant une image 
familière, voilà. Seigneur, les cinq doigts de 
la main avec Imiuelie je veux travailler à l'œu- 
vre de ma pexfeclion et de votre gloire. Et pour 
ranimer le doigt qui (.ourrail s'att'aiblir.jajoute 
la résolution d'employer, chaque jeudi, la se- 



onde demi-heure de l'oraison, à examiner 
comment je suis fiilèle à ces cinq points. Dai- 
gnez, Vierge sainte, bénir de votre main ma- 
ternelle ces saints exnreicei (I). » 

L'abbé Guidée fut ordonné prêtre en 1817. 
Depiûs trois ans, la compagnie de Jé>us était 
établie en France. A la condlion provisoire de 
mission, fut substituée, en 1818, la forme défini- 
tive âe province ; et au P. de Clorivière, qui 
n'avait eu que le titre de supérieur, succédait 
le P. Simpson. A celle date le titre de supérieur 
delà communauté et du pensionnat de Saint- 
Acheul fut confié au P. Loriquet, qui s'adjoi- 
gnit, comme préfetdes études, le P. Guidée. Le 
P. Guidée était encore bien jeune, mais il avait 
l'énergie d'un homm'j fait, la maturité d'un 
vieillard et l'ardeur d'un apôlre. Pendant i[ue 
le P. Loriquet organisait l'ensei-ue:;ient et 
gouvernait le collège, que le P. Sellier ^înflara- 
mait, parmi les maîtres et les élèves, le senti- 
ment religieux, le P. Guidée, placé entre les 
deux et participant à leur double ministère, 
facilita par son active vigilance le zèle du pre- 
mier, appuya du poids de son autorité le zèle 
du second, et arriva ainsi, comme à son insu, 
à partager leur renommée. 

Sans ignorer quel doit être le rôle du cœur 
dans l'éducation, il ignoraitencore moins quelle 
est, sur les enfants, la tyrannie des sens, et 
combien il importe, pour trouver le clicmia de 
leur intelligence et de leur cœur, de savoir 
leur inspirer une crainte salutaire. Il av.iit ap- 
pris de Bossuet que « la crainte est un frein 
salutaire aux hommes, » — à plus forte raiS'U 
aux enfants, — « à cause de leur orgueil et de 
leur indocilité naturelle, » et il répétait sou- 
vent la maxime de l'Ecriture : Initium sapientiœ 
timor Domini. Son physique servidt bien ses 
convictions. Sa haute stature, ses grands yeux 
noirs, ombragés d'épais sourcils, son regard 
vif et parfois foudroyant, son visage austère et 
sa parole accentuée, nette, vibrante, tout en lui 
commandait le respect et la crainte. Sa pré- 
sence, que dis-^3, un indice de sa présence suf- 
fisait pour maintenir la discipline; sa barette, à 
la rigueur, eût pu remplacer sa personne. Lors- 
qu'une maison e't ainsi montée, on peut dire 
qu'elle va toute seule ; et il n'y a pas de sys- 
tème d'habileté, de finesse, de ruse, de tempé- 
raments, de douceur qui puisse obtenir un pa- 
reil résultat. 

De 1822 à 1827, le P. Guidée fit deux ans de 
scolasticat à Saint-Acheul et à Vitiy, revint a 
Saint-Acheul pour une seconde prélecture, et 
passa un an :i Alontronge pour sa troisième an- 
née de probatioM. Dans la u;aisou où il avait été 
ni.'iitre général des classes, il devint élève de 
théologie, étudiant sans bruit et passé comme 
1 Gramoidier, Vie du R. P. Achille Guidée, p. 26. 



LA SEMAINE DU CI-EUGÉ 



<367 



à l'étal d'ombre. L(irs([u'il y revint comme 
prélct, pour réag r contre l'usprit in<iuiet 'iu 
teinp:?, ijiii péui'truit même dans les collettes, 
il s'appliiiua à tourner davaiilaxe encore les 
esprits à la pieté, et a faire ileiirir la pitié par 
la charité. Ses élèves fnrent distribués en pe- 
tites conipajçiiies de visiteurs des piuvres. Celle 
iustitntion était comme une première pensée, 
(•')rame l'ébauche de ce que les conférences de 
Saint-Vincent-de l'aiil devaient réaliseï' plus tard 
sur un plus vaste thi'àtie et d'après un plus 
large plan. Les fruits qu'elle produisit pour la 
bonne éducation funuit consilciablcs. .\prôs 
quoi, le P. Guidi'e échingeait le tourbillon du 
collé>!e contre In solitu !e du noviciat. « Mourir 
à moi-même, dit-il à ce propos, c'est à quoi je 
dois travailler pendant cette année précieuse. 
Oui, mourir à moi-même; il laut faire enfin un 
entier divorce avec la nature, et établir, dans 
ce cœur qui n'est pas fait pour la terre, le 
règne de Jésus-Christ, mon Sauveur. Je n'ai pas 
de temps à [lerdre, car très-certaiuement je suis 
plus qu'au milieu de ma carrière. » Ou ne sau- 
rait trop admirer celle disposition des règb'.s de 
saint Ignace, qui coupent et aliernent lesaniées 
d'études ave<: les années lie retraite; à force le re- 
tremper les hommes dans la lumière et dans l'a- 
mour, ou doit linir par eu faire des hommes d'a- 
cier. Combien, à cet égard, est moins favorable la 
vie du simple prêtre. Toujours seul avec lui- 
même, au milieu de populations indifférentes ou 
corrompues, rappelé seulement à de rares in- 
tervalles pour une courte retraite, qui ne com- 
porte pas le temps de la réQexiou et qui sou- 
vent l'empêche, que voulez-vous qu'il devienne? 
Ah! qui saura introduire dans la discipline du 
clergé, eu modifiant les formes, le prudent es- 
prit du solitaire de Loyola. 

Pendant que le P. Gui iée se sanctifiait à 
i\ioutrouge, éclate l'orage qui, depuis plusieurs 
années, menaçait la compagnie. Malgré les 
réclamalions unanimes de l'épiscopat et les 
pleurs des familles catholiques, le fils aine de 
l'Eglise, par les ordonnances de 1828, fermait les 
huit petits séminaires dirigés par les jésuites 
depuis 1815. Les élèves furent obligés la 
plupart d'aller demander au dehors une éduca- 
tion religieuse que la patrie leur refusait. Tou- 
tefois, cette mesure, malheureuse pour les 
familles chrétiennes, tourna au bimi de la Com- 
pagnie; ses jeunes reUgii^ux avaient été comme 
absorbés par le surcroît des affaires ext(^rieures; 
les loisirs forcés que procurèrent les ordon- 
nances permirent à tous de reprendre les an- 
nées du scolasticaletde probatiou. Saint-Acheul 
devint comme le grand séminaire des jésuites. 
Le P. Guidée y fut appelé, en 1828, comme 
vice-recteur, et, bientôt après (le P. Loriquet 
étant appelé à Paris), comme recteur provi- 
soire. 



Le P. Guidée n'avait gouvern'; jusque-là que 
des eufanis e un [jinisionnat d'éoliers; désor- 
mais il gonverue:a des hommes et une commu- 
nauté de religieux ; le m.) ie de gouvernement 
ne pourra plus être le même. Il ne s'agit plus 
seulement de retenir dans l'ordre et d'exciter 
à l'étude un petit peufile d'écoliers; il s'agit 
d'affermir dans leur vocation et de faire avancer 
dans la vertu des âmes sincèrement diivouées à 
Dieu. Au préfet des classes, ce qu'il fallait sur- 
tout, c'était une autorité ferme et viu'oureuse ; 
au supérieur de communauté, la vigueur et la 
fermeté seront sans doute nécessaires aussi, mais 
il f ludra surtout le tact, la discrétion, la pru- 
dence, la bonté. Par la fermeté, [lar un ton 
d'anlorilé sévère, on peut, eu gouveruant les 
hommes, obtenir la régularité extérieure et 
certiins résultats; mais nu avancement vrai et 
soli le da:is la vertu, une disposition favorable 
au ser.ice de Dieu et au bien de la vie reli- 
gieuse, on ne peut les espérer iju'en gagnant 
les cueuis et ea leur faisant aimer dans la dis- 
crétion ce qu'on veut obtenir de leur bonne 
Tolontô. 

Pendant que le P. Guidée manifestait, dans le 
rectorat de Saiat-Acheul, ces excellentes qua- 
lités, l'orage se formait sur l'établissement. 
Dans les dernières années de la Restauration, 
la guerre aux jésuites préludait aux journées 
de 18.10 par où l'on put voir qu'on n'avait rien 
restauré. Les ministres cherchèrent querelle au 
recteur, qui sut habilement sa tirer d'affaire. 
En 1830, les ministres du roi très-chrétien n'é- 
taient plus que les introducteurs de l'émeute ; 
des polissons avinés se firent les exécuteurs de 
leurs beaux desseins. La maison de Saint- 
Acheul fut attaquée, forcée, pillée : il fallut se 
disperser, et, pendant deux ans, les jésuites dis- 
persés erraient de village en village, bien venus 
des familles chrétiennes, souvent tracassés par 
l'administration. Dans ces conjonctures, le P. 
Guidée ne manqua pas d'entretenir, parmi les 
siens, l'esprit d'union et la pratique de la 
règle. Entre temps, il assistait sa mère mou- 
rante, voyageait dans le Nord, poussait jusqu'en 
Belgitjue pour s'occuper de la fondation de 
Brugelette. Bientôt le choléra vint le rappeler, 
pour mettre, à la disposition des pestiférés mili- 
taires, sa maison de Saint-Acheul. 

Dans ces années d'(!prcuves, le P. GaiJée 
avait été souvent appelé au conseil de la pro- 
vince. Lorsque le P. Druilbel fut envoyé à 
Prague, pour concourir à l'éducation du duc de 
Bord. 'aux; il transmit au P. Renault le gou- 
vernement de la province de France. Le P. 
Renault se fît adjoin ire pour socius, le P. 
Guidiie. Le socitts est le secrétaire en mémo 
temps que le compagnon du provincial ; sa vie 
se partage entre les voyages à travers la pro- 



1368 



I.A SEMAhXE DU CLLIii.E. 



vince et le travail du cabinet. €elte chargp, qui 
n'est pas d'ordinaire une sinécure, devait être 
exceptionnellement laliorieuse pour le P. Gui- 
dée, soit à cause de l'immense étendue de la 
province, qui i oraprenail la France tout entière 
et se prolongeaitjusquedans les provinces limi- 
trophes de Suisse, de Savoie, d'Espagne et de 
Belgique ; soit à cause du manque à peu près 
complet d'archives; soitentlnà cause du carac- 
tère particulier du provincial. Le P. Renault, 
en eûVt, ripré.-cntaitavec dignité et gouvernait 
avec sagesse ; il comlùnait des plans, méditait 
des projets, discutait les aflaires et signait les 
pièces; il était l'àme de l'adicinistralion, mais 
il en laissait p ser presque tout le fardeau ma- 
tériel sur son secrétaire : c'était à celui-ci à 
tenir les livres, à régler les comptes, à dé- 

f touiller et à suivre la correspondance, à dresser 
e dossier des atl'aires, à préparer les pièces pour 
la signature, à les rédiger, à les expédier. Le 
travail était énorme : il exigeait une applica- 
tion sans relâche, et, par surcroit de difficulté le 
P. Guidée ne Irouvait aucun secours dans les 
travaux do ses devanciers. La chancellerie du 
provincial de France élait encore à créer; «efut 
une de ses créations. 

En 183G, la province de France fut divisi^e 
en deux : le P. Uenault resta à la tête de la 
province île Lyon, le P. Guidte fut mis à la 
tète de celle de Paris. Provincial, le P. Guidée 
88 montra ce qu'il avait été recteur : c'est-à- 
dire un supérieur dévoué, vigilant, exact. Il 
aflfermit les maisons ( xistantes, releva la rési- 
dence de N'itre-Darje de Liesse, consolida 
Brugelette par un programme d'eusoignemeut 
auquel Cousin ne dédaigna pas de faire secrète- 
ment des emprunts considérables, fonda !a 
résidence de Bourges, de Strasbourg, de Qaim- 
per et d'Angers. La situation de la province 
n'était pas inoi;!s prospère à l'intérieur qu'à 
l'extérieur. Par des innovations ou des réformes 
opportunes, le P. G i. idée acheva de la constituer 
suivant les piesciiptious de l'Institut, et. [lar 
un gouvernement sage, il y entretint bi régu- 
larité, la ferveur et le zèle. Parmi ses créatiiins, 
il faut compter un juvénat, sorte d'école nor- 
male de jeunes jésuites, la composition d'un 
minologe pour rappeler aux enfants b s grandes 
actions de leurs ancêtres, la rédailion d'un 
coutumier et la jiromulgation de \' Archivium 
domus. La perfection religieuse des sujets de sa 
province était le but de son gouvernement ; 
l'observation des ngles eu était le moyen géné- 
ral; et la ponctualité, le trait caractéristique. 
Cette ponctualité ne fut pas toujours bien com- 
prise, ni dignement appiéciée; on craignait 
qu'il ne fut ci'un trop étroit bttéralisme. Le P. 
Guidée n'eut pas de peine à dissiper ces crain- 
tes; sa conduite et ses principes étaient con- 



formi s à l'esprit comme à la lettre de l'Institut. 
D'ailleurs obéissant envers son supérieur; avec 
ses é^aux, charitable et prévenant ; avec -es 
iuféiieiirs, doux et ferme, parfois sévère ; esprit 
solidi-, positif, conservateur et entrei renant : 
tel était bien le P. Guidée. 

Durant son provincialat, il ne tint pas à lui 
qu'un collège fût fondée à Jersey. Une œuvre 
qui attira davantage son attention fut l'Institut 
des /inules études pour perfectionner dans la 
science sacrée les jeunes ecclésiasti(|ues et for- 
mer des professeurs. Sous le régime du mono- 
poli-, le clergé, à moins qu'il ne renonçât à la 
mission d'élever la jeunesse chrétienne, se 
voyait obligé de subir la loi d' ses ailversaires, 
et d'aûronter des examens dont le programme 
était dressé par eux, le jury composé par eux, 
le résultat prononcé par eux et sans oppel. Du 
reste, les études faites dans les conditions où 
pouvait les offrir l'Universilc, ne promettaient 
que des fruits médiocres. Il fallait un établisse- 
ment spécial qui ouvrît aux jeunes ecclésiasti- 
ques une école sûre pour la préparation aux 
txamens et un asile pour mettre sa [lensée et 
Sun cœur à l'abri des dangers du monde. Plu- 
sieurs évéqu( s le réclamaient depuis longtemps. 
En 1S37, un vicaire général de Paris avait en- 
trepris de le créer, mais avec le concours des 
jésuites ; sur la demande de l'archevêque, le 
vicaire général se retira elles jésuiies restèrent 
fculs à la peine. Parmi les humiues instruits, 
PoisMiu, Tii-nard, Biot,Coriolis, Savart,Sturm, 
Liouville, Le Roy et Gaultier de Claubry 
avaient promis 1 «irs coofours pour les confé- 
rences. Le P. Boulanger, su^iérieur de la maison 
de Paris, s'em fut donc, en l'absence du P. Guidée, 
soumet! re son pian au ministre de l'Instiuction 
publique. 

{A suivre.) Justim Fèvre, 

protouotilire apostoliq«e 



Sanctuaires célèbres. 



NOTRE-DAWIE DU SACRÉ-CŒUR A ISSOUDUN 

{Suite.) 

L'association se propageait aussi en Pologne 
et y produisait ses fruits. On écrivait, en 1869, 
de Stanioulki : a Dm; religieuse était malade 
de consomption. Selon toute apparence, elle ne 
pouvait résister longtemps au mal qui la con- 
duisait rapidement vers 1 1 tombe. C'était l'avis 
des hommes dL> l'art. Mais voici qu'après quel- 
ques ncuvaines à Nolre-l'.nme du Sacré-Cœur, 
la malade recouvra utie santé parfaite, sou état 



LA SE&UINE DU CLERCË 



4389 



ne laisso aujonnVJiui rien à désirai-. — Une 
antre av:iit la vufi telemeni allrtiblie, qu'elle 
ne pouvait su livrer À aui un Iravail. Après 
avoir contié sa puérisoii à noire banne Mèie, 
sa vue > esl -omplclemeut et rapiilemenl n-la- 
blie. Elle travai le siius plus île ilifficultés 
qu'aux jours de sa jt^uoesse. — l*iusieurs per- 
sonnes sollicitaient, .d<'puis hicii des anoeesi, 
des faveurs lem|K)relles importaulcs; les priè- 
res élaienl demeurées jusque-là sans succès; 
Notre -Daine ilu Sacre -llot-'ur ~c rèsiii-vull *« 
triomplii\ Après 4iiie nem^aine laite ea sou 
honneur, la frràie fui accordée. Toute* ces 
gfâce>=, et LeauKiup d'autres que nous Jie 
pouvons cile*, ieiti]>liss;.iil Ict^ ihaij-s de lu plus 
vive reconnaissance «jivers la mailiesse du 
Cceur de Jt«us. Tous rivalisent de zèle pour 
procurer sa gloire et taire connaître les mer- 
veilleux effets de son iui'flahle bonté. — Sied- 
MiOGRonzLis, de la sociéli» de Jésus. » 

On écrivait de Cracovif, le 6 août 1873 : 
« J'avid- nu s,pnou une tumeur ([ue plusieurs 
médecins traiter, ntsllcces^ivemenl, durant dix- 
neuf an? infrucluec.semep.t. et finirent par dé- 
clap r ineuralile. lin m;ii 187:2. je vis une neu 
vaine eu l'honneur de Notre-Dame du Sacré- 
Cœur, afin qu'elle m'oliiîot la guérisun de ma 
jambe infirme, et qu'elle fût par là honorée 
dans notre chapelle. Le 31 mai, jour de sa fêle, 
je sentis une Icj^re amélioreilion. Le *" juin, 
dès le matin, je sentis dans ma jambe un liian- 
gemeut extraordinaire; à mon grand étonne- 
ment, je pus ployer le getjou, marcher vite, 
monter et descendre l'esealier ; toute la journée 
je travaillai à l'ornementation d'un autel i^our 
la procession du très-saint Sacrement. Le len- 
demain, dimanche, j'assistai à la procession de 
la paroisse, dont le pareour? ét^it long, et je 
ne m'en ressentis nullement. — S' Jeanne Las- 
lOWiCKA, fille de la Charité, à Cracovie. » 

Appelée autrefois l'Ile des Saints, l'Angle" 
terre était entièrement dévouée à la Reine de 
tous les Saints. Celle ijoe 1 Eglise invoque sous 
le titre de Reine des Anges, Regina Angelorum, 
pouvait, pour se servir du mol gracituxd'un 
grand pape, être nommée à juste raison Regina 
.Anjtorum, la Reine des .\nglais. Sur cette terre, 
jadis si fertile en fruits de vertus, Marie échan- 
geait ses merveilles contre le? louanges qu'on 
lui rendait. Là, elle appaiaissait au saint pon- 
tife E^win, sous les ombrages de la forêt d'Kves- 
ham. Là, sainte Milburge cooBait, en mourant, 
ses religieuses à la très-sainte Vierge. I.à, saiiit 
Yulstan pleurait de voir détruire par nécessité 
une église élevée par saint Oswrdd en l'hon- 
neur de Marie. Là, saint Richard, évèque de 
Chicbester, mourait en prononçant ces paroles : 
« Marie, mère de grâce et de miséricorde, dé- 
fandez-uous de l'ennemi et recevez-nous à 



1 heure de la mort. » Là encore, Simon Stock» 
tout embaumé des souvenirs du Carmel .ti'suit 
rentcnlir son gracieux cantique : 

Flos Carmoli. vilis florigfra, 
Splendor toeli. Vufjo puerpera 

Siiigulan». 
Maltr mitis, sml viri nesoia, 
Garmelitij da privilégia, 

Stulla m.iri-. 

«Fleur du Oarmel, vigne tleuiie, splendeur 
duOiel, seule vierge dans votre enfaalemf^nt, 
more donce et cliaslc, étoile de la mer, rendez 
piriviléïiéB ceux qui habitent les sommets sa- 
crés. » 

L'hiver vint Ûétrir cette fleur; le froid glacial 
du protestiinftieme eu leroit l'éclat et elle dis- 
parut, comme c-s fleurs dont la tige se des- 
séche, et qui semblent rentrer sous terre, 
quand arrive la saison des frim.is. Mais voici 
qu'ajirès brois cents ans d'un rigoureux hiver, 
les frimas disiiaraisscnt peu à peu, le prin- 
temps de la vérité catholique fait de nouveau 
sentir sa bénigne influence, Marie, la fleur dn 
Carmel, commence à refleurir sur le sol britan- 
nique. Sou culte y grandit, il s'y propage, il 
s'y propage, il appelle les béBédictions divines 
sur cette terre qui, en redevenant catholique, 
redeviendra l'île des saints Mgr Manniug, ar- 
chevêque de Westminster, « approuve, dès 
» 1866, sans réserve, l'a-sociation d'Issoudun 
» et désire la voir répandue dans tout son dio- 
» eèse. 1) Deux ans plus tard, il annonce qu'une 
église de Londres sera dédiée à Notre-Dame du 
Sacré-C(Bur. Un agrégé de Bristol mande : « Je 
ne &aiiTa.i8 vous dire toutes les grâces que 
j'oblienB, deimis que je fais partie de l'asso- 
cialion. » Un autre écrit de Dublin : « Nous 
» recevons, chaqiie jour, des marques nom- 
» breuses de la protection de Notre-Dame du 
1) Sacré-Cœur. » Un missionnaire mande de 
Cléalor, comté de Cumbeiland : « A la fête de 
» l'Assomption de 1868, j'ai consacré ma pa- 
» roisîc à la Maîtresse dn Cœur de Jésus. Pins 
» de mille catholiques se sont fait inscrire sur 
» les registres de la confrérie, » 

NOTR£-DASl£ DU SACRÉ -.CORUR ES ITALIE. 

'Mgr Pagliari, ëvêque d',\nagny, compose tin 
petit ouviage sur rexcellence de la dévotion de 
Nôtre-Datte d''Issoudun, et il décrète, par un 
Mandement, l'érection de la confrérie de Vlm- 
péralrice du tiès-cloux Cceur de Jésus. Mgr de 
Lacédonie propage dans son diocèse la pratique 
de son culte. M?;r de Rimini voit dans ce 
culte M le moyen le plus puissant d'obtenir le 
« triomphe de l'Eglise si cruellement persécu 
tée. » Mgr de Tricarilo écrit qu'il a déjà quatre 
cents associés. L'évèque de Trente mande qu'ils 
it la ferme confiance que, de ces nouveaux jion» 



1370 



LA SKMAINE DU CLEK<^Ë 



» neurs rendus à la Reine <1u Sarré-Cœar, sorti- 
u ront le triomphe de l'Eglise et la puix univer- 
selle. B Deux autres prélats italiens annoncent, 
dans leurs lettres fiaslorales, « qu'ils établisseut 
» dans leurs diocèses la dévotion à Notre-DiE-C du 
» Sacré-Cœur par e que, dans les circonstances 
» difficiles que traversent l'Eglise et la société, 
» elle est l'ancre d'espérance pour les deux. » 
L'évèque d Osimo compte bientôt mille asso- 
ciés dans son diocèse. L'archevêque de Turin 
autorise l'érection d'une chaiielle en cette ville, 
sous ce vocable. Mgr de Reggio bénit une de ses 
statues pour l'église Sainte-Marie aux Bénédic- 
tines (1). 

Eu l'année 1869, le R. P. Chevalier, supé- 
liour des missionnaires d'issoudun, recevait 
dans l'association un illustre personnage. 
Ecoutons sou rétit, il forme un des plus beaux 
éi^isodes de l'histoire de Iti Vierge d'issoudun, 
devenue célèbre dès le commencement de son 
existence. 

Rume 22 février 1869. — « Nous sommes à 
Rome depuis deux semaines; vos prières nous 
■ont accom(iagnés : soyez-en bénis. Huit jours 
après notre arrivée, nous avons pu nous age- 
nouiller devant notre bien-aimé Pie IX, et dé- 
poser à ses pieds, avec l'expression de notre 
profonde vénération, une statuette en bronze, 
des offrandes et deux couronnes. La stutuelle 
est une réductiou fidèle de la magnilique sta- 
lui; en marbre de Notre-Dame du Sacré-Cœur, 
contiéc à l'un des artistes les plus distingués 
de Paris. Elle a C° 60 d'élévation. Le Saint 
Père en a admiré l'éléganee des formes, le fini 
du travail et la sublimité de l'expression. Le 
socle, eu onyx décoré des armes pontificales, a 
fixe aussi son attention. La statuette fut dépo- 
sée sur la table de travail, sous les yeux 
mêmes du grand Pontife de Marie. Voilà sa 
place : certes, elle est honorable, nous pou- 
vons dire aussi qu'elle est naturelle. En t-fiet, 
Jjotre-Dame du Sacré-Cœur ré-ume les deux 
grandes dévotions de Pie IX. Personne n'ignore 
que le Saint-Père a mis toutes ses espérances 
dans le Cœur de Jésus : C'est lui, a-t-il dit, qui 
guérira tous nos maux. C'est à celte source 
divine de toutes les grâces qu'il va puiser les 
secours dont il a besoin, la lumière, la force et 
le courage qui lui sont nécessaires, dans les 
jours difticiles que nous traversons. Tout le 
monde sait aussi que Pie IX attend tout de 
Marie; il la salue, avec l'Eglise, la Trésorière 
du Ciel, la Dispensatrice des dons de Dieu, la 
Libératrice de nos maux. 

» Dans le sucle de la statue, se trouvait un 
tiroir ménagé avec art; cinq mille francs en or 
y étaient déposés : il y avait dans cette somme 
des sacrifices héroïques, des sueurs, des veilles, 
-des privations. Au plus léger contact, ces of- 



frandes, procurées par l'œuvre de Notre-Damf 
du Sacré-Cœur, s'étalèrent sous les regards 
étonnés du vénéré Pontife. Oh! comme elle 
est bonne Notre-Dame du Sacré-Cœur! s'écrie 
Pie IX. — Très-saint Père, nous espérons 
qu'elle le sera toujours. — Où est donc ci;lte 
vierge miraculeuse? A Issoudun, au cœur 
même de la France, dans le diocèse de Bour- 
ges. — Votre ville est heureuse, je la bénis 
avec vos confrères et tous les associés. — Très- 
Saint Père, il y a autre chose à bénir I 

» Nous découvrîmes alors les deux cou- 
ronnes. Pie IX fut surpris et ravi tout à la 
fois. Surpris de tant de richesses et ravi de 
tant de générosité; il examina longtemps ces 
chefs-d'œuvre d'art et de bon goût, en dési- 
gnant par leur nom les pierres précieuses. Il 
appiouva beaucoup l'idée de l'arli-le ijui a 
laissé, autant que possible, les objets ofierls 
dans leur form" primitive, afin que les dona- 
teurs reconnussent, leurs présents. L'explica- 
tion que nous donnâmes au Saint-Père de l'ori- 
gine de ces deux diailèmes, le toucha jus- 
qu'aux larmes. « Il faut que Notre-Dame du 
Sacré-Cœur soit bien aimée, • s'est-il écrié, 
« pour que les associés lui aient tressé une si 
belle couronne! C'est avec plaisir que je la bé- 
nis tt que j'accorde le privilège du couronne- 
ment. 

» Comme nous étions agenouillés à ses pieds, 
Pie IX nous prit par la main, en nous .lisant : 
« L"ivez-vous et dounez-uioi des détails sur votre 
œuvre. Combien avez-vous d';tssocié^? — Très- 
saint Père, le nombre dépasse deux mil ion-, et 
la Confrérie n'existe que depuis quatre ans. — 
C'est pro iigieux 1 — Voici les Annales de Notre- 
Dame du Sacré-Cœur, que nous sommes heureux 
d'oflrir à Votre Sainteté, en la priant de les bénir. 
— Vous racontez sans doute dans cette publica- 
tio;i ce qui se passe dans ^As^ocialioll, dit 
Pie IX, en ouvrant cte.i examinant les Annales, 
eh bien! je les bénis volontiers. Et cet autre 
livre de quoi parle-il? — Très-saint Père, il 
traite de la dévotion à Notre-Dame du Sacré- 
Cœur, au point de vue de la théologie et de la 
tradition, et renferme les lettres de Nos Sei- 
gneurs les évèques qui ont daigné l'approu- 
ver. 

« Le Souverain-Pontife ouvre le livre et 
tombe sur le Bref qui autorise l'Association et 
qui commence par ces mots : J'ius PP. IX. 
Connaissez-vous, nous dit-il eu souriant, ce 
Plus Nonus? — Oui, Irès-saiut Père, nous le 
connaissous, nous l'aimons, nous le vénérons. 
Puisse le ciel le conserver longtemps encore à 
notre amour I — Quel est le but spécial lie cette 
Association? — Très-Saint Père, c'est de con- 
fier à Notre-Dame du Sacré-Cœur le succès de? 
causes dilfieiles et désespérées, dans l'ordre 



LA SEMAINE DU CLEUCÉ 



13-1 



spirituel comme dans l'ordre temporal. Les 
memlires de «'elle confrérie. rop;incliis sur tous 
les points du plolic, ser.Tcni tros-hciircux si 
Votre Béatitude daignait l'aira partie de l'/^sso- 
cialiori. — Avec plaisir, répondit l'ie IX, mais 
que faut-il faire ("uir cela? — Trc^-sainl Père, 
donner voir.; nom i-l réciter, deux fois par jour, 
Notre-Dime du Sacré-Cœur, priez pour nous. 
— C'est facile, ajouta-t-il. l'uis, notre bien- 
aimé Pontife écrivit sur une feuille qu'il nous 
a transmise : Pie J.\ qui désire aimer la Bien- 
heureuse Vierge Marie. Quelle humilité! Qui a 
fait plus pour Marie que Pie IX! Qui lui a 
donné jamais autant de marques d'amour? Et 
c'est ce grand I»;ipe, le proraulgateur du 
dogme de T'immacule^-Cunceplion, que toutes 
les voix proclament le Pontife de Marie, qui 
ose écrire : Pius PP. JA desidci-at di/iyem B. 

l:. V. 

« Nous lui donnâmes ensuite son billet d'ad- 
mission et la lettre de Mgr de la Tour-d'Au- 
vergiie qui dem;indait l'érection de l'A>socia- 
tion en Arcliiconfrérie. SaSiiinteté a daigné ac- 
corder cette faveur pour le dincése de Bourges 
seulement; un peu plus tard, elle étendra ce 
privil.'ge à la France et au monde entier, Elle 
nous a donné la plume dont cUi; se servait ha- 
bituellement et avei; laquelle elle a sigije nos 
faveurs. Le Saint-Père nous bénit de nouveau 
et nous lit baiser sa main vénérée, cette main 
pleine des dons de Dieu, cette main sans cesse 
élevée vers le Ciel pour le dèsiirmcr et le ren- 
dre favorable, celle main qui ne sait s'ouvrir 
que pour bénir et répandre dis bienfaits. 
Nous nous reti:à;i.es, le cœur consolé et tout 
rempli de douces émotions. — J. Chevalier, 
miss onnairc du Sacre-Cœur. » 

Rome, février 1869. — Dans les premiers 
jours de notre arrivée à Rome, nous nous som- 
mes empressés d'aller célébrer les mystères sur 
les tombeaux des saints Apôtres, ahn de nous 
Ijs rendre favorables. Après notre action de 
grâces, nous vîmes, agenouillée sur un prie- 
Dieu, devant l'autel, une jeune ilame à la mise 
simple et modeste, mais profondément recueil- 
lie. Une prière ardente, renfermant sans doute 
tous les désirs du présent et toutes les espé- 
rances de l'avenir, s'échappait de son noble 
cœur. L'évêque qui la précédait, les honneurs 
qui lui étaient rendus, et l'entourage qui l'ac- 
compagnait nous portèrent à demander son 
nom : C'est la fillenle de Pie IX, nous répon- 
dil-on, la princesse Marie-Pie, sœur du roi de 
Naples, que la révolution a dépouillé de ses 
Etats. .K la veille d'une action solennelle, elle 
vient prier les saints Apôtres. 

{A suivre.) 



CHRONIQUE HEBOO'yiaDAIRE 

Auuience du Pa-.e ;i de jeunes filles et à il: jeunes 
fearçons. — Allocuiion qu'il leur u'iresse. — Rcvisioa 
de» livres lilur.;i'|iie» des grecs-unis, pari- carilmal 
P.tra. — Exii's asiiques récemment créé . cliL'v.ilicrs 
delà Légi'iiî ■l'iioniieur. — Distlnclioiis ac.Tdéniii|iic3 
à des eo léia<iM|ues. — Lettre du H.ipeau carlmal 
Gulbert sur les léies de Lourdes. — Autn; liiiri- .:u 
Pape à M„'rPie s^irson homélie pionoucée aux Icies 
de Lourdus. — Ereciion d'un monument lunéhre 
sur le oliamp de bataille deCoulmieis. — Comment 
Mgr Hassoan c>i. centré à Consiiniinople. — La 
guerre turco-serbe. — Les calliolnpus de la Bosnie 
aemandent que cette province soit annexée à l'Au- 
triche. 

11 août 1S7G. 

Rome. — La pieuse Union ou Congrégation 
des filles de Marie, érigée dans la paroisse de 
Saint-Laureut-sur-la-Voie-Tiburtine, a été reçue 
parir- Pape, à la lin du mois dernier. Toutes 
ces jeunes tilles, vêtues de blanc, étaient pré- 
sidées par leurs maîtresses et par le lîihcr end 
Père Aiidr.' da Pistoia, de l'Ordre des (■.iijuicins 
et curé d^; la paroisse. Grâce au zèle il'' ce reli- 
gieux, les eni^nls pauvres de sa paioissc avaient 
pu être vêtus à ucuf, et ils se trouvaient, eux 
aussi, à raudiciKC, présidés pnr le^ mailies de 
l'école de^ -arrnns. Les fdles d" Marie ont 
otlerl à Sa Sainteté une barque représentant la 
net mystique de l'Egliifi. Le Saiiii-I'ère y était 
représenlr ti'Oiiiit le gouvernail, sous l'égide de 
Marie, dont ia bannière flottait au centre de la 
barque, l'no jeune fille de l'assistance, M"» 
Aeatlic Otiaviari, a débité une charmante poésie 
sur la net allégorique et sur l'atreuse tempête 
qui menace, mais en vain, de la submerger. Le 
Saint-Père a répondu en confirmant par l'au- 
torité de sa parole la foi de l'Eglise dans les 
promesses indéfectibles du fils de Dieu. Il a 
également exhorté les jeunes filles et les gar- 
çons de l'assislance à correspondre aux soins 
dévoués que leur prodiguent leurs maîtres et 
leurs maîtresses, ainsi que l'excellent cure de 
leur paroisse. Avant de se retirer, le i'ape a 
remis au Père Andréa a Pistoia, pour les dis- 
tribuer à Si s ji unes paroissiens, d' s médailles, 
des scapulaircs et des ognus encadrés de Heurs. 
Après l'audience, tous les entants qui s'y étaient 
trouvés se sont rendus dans les jardins .lu Vati- 
can, où un prélat de la famille pontificale, 
Mgr Negretto, leur a fait servir, ainsi qu'à leurs 
maîtres et maîtresses, une excellenie collation. 
A ces tendres soins, on reconnaît aisément un 
père. 

Le correspondant du Monde donne quelques 
renseignements sur une œuvre capitale au 
point de vue de la liturgie qui est en voie de 
s'accomplir sous la direction de l'Eme car- 
dinal Pitra. Le nom seul de ce prince de 
l'Eglise, qui est aussi un des princes de la 



1372 



L\ SEMAINE DU CI.F.UGE 



sciciioe sacrée, suffit pour inspirer la ronfianc'». 
et assurer le succès de l'œuvre, quelles qu'cQ 
soieiit les difficultés. Les pi-rmicrs succo- ilcjù 
obtenus, les plus graves obstacle? surmontés 
avec cette pcrspicncité et celle hnnliesse que 
donne le génie, font d'ailleurs espérer que 
l'ce-ivre entière sera bientôt menée à terme, et 
qu'olii! produira d'excellents fruits. 

Il s'agit d ' la rcvi?;on des vingt-deux livres li- 
turgiques qu'emploient les grecs-unis,et dont ils 
ont lièrité des grecs scliismatiques. C'est donc 
avant tout une 'révision dogmatique, au point 
de vue de \'< i Uiodoxie, à laquelle s'ajoute ce- 
pendant, i'-.'.ti qu'on va le voir, un savant et 
minulio':x iravail de linguistique et de poésie, 
mais ù'uîie poésie toute spéciale, retrouvée et 
renouvelée en ijuel'iue sorie après cire demcu- 
T'C pi'iiiiant neuf siècles ensevelie et complè- 
tement perdue. La science de l'Eme Pitra a 
opéré cette résurrection, qui est le plus bel or- 
nement, et, pour ainsi dire, la fleur de son tra- 
vail de révision. 

Ce travail gigantesque, dont l'illustre cardi- 
nal est devenu l'âme et le guide, no pouvait 
toutefois, quant à l'exécution, rester l'œuvre 
d'un seul. Ainsi le Saint-Siège avait confié 
depuis loiiglcraps rexécution des livres liturgi- 
ques des grecs à une commission spéciale qui 
existait déjà sous Grégoire XVI; mais on peut 
dire à la lettre que l'œuvre de la révision n'a 
reçu une impulsion décisive que depuis que 
la prcsiiîence eu .1 èlé cunlico au i-ardinal Pitra. 

C'est lui, en eQ'ct, qui le premier a soupçonné 
elqiiiciiliu, après de palienies rechenlies, a 
pu .Tffiriiier qi.e. parrui les vingt-d- ux livres 
liturgiques des gr>cs, il y en a douze éerits en 
vers. Lu découverte c4 doublement précieuse : 
d'ahord nu poinl de vue litin inique, puisju'elle 
rend tiès-diffîciles les altcralionî des textes au- 
tlipnliques; ensuite, quant à la poésie sacrée, 
car ies vers des liouze livres susdits n'ont rien 
de commun avec ceux des auteurs classi^jucs, 
ni même avec lu poé-ie mod rne des grecs. On 
}■ rciicdntn' iiiielquel'ois .ies rimes comme dans 
les 'nvraties de l'Eglise laliue; mais c'est sur- 
tout l'accent tonique etuu rliytbme spL'cial qui 
coEsliluent les vers de ces livres liturgiijues. 
Au?si les grecs sclii?m;itic]uc- eux-mêmes, qui 
possédaient et possèdent encore ces livres que 
les grecs-unis leur ont em[iruntés, ne se dou- 
taient nullement que douze d'entre eux, et des 
plus importants, fiifsent écrits en vers. Les tra- 
«ii lions de cette poésie spéciale et toute sacrée 
s'étaient perdues, par suite du ravage des bi- 
bliotliè>iues.On devine tout ce qu'il a fallu de pa- 
tience et de génie pour les retrouver après neuf 
siècles d'oubli et puur lescoulirmer par l'auto- 
rité d'anciens manuscrits épars dans toutes les 
parties du monde. 



Une i^ollection djcesmanuscrits. comprenant 
les Iiynine^de saint Romain et d'autres mélo- 
dies jus'ju'ici inédites ou inconnues, a été pu- 
bliée par l'Euie Pilra, dans ses Annlecta sacra, 
qui foriuent la V" partie de son Spicilége de 
Solesmes. 

Les découvertes du snvant carlinal compli- 
quent, il est vrai, pour les douze livres écrils en 
vers, le travail de la révision par rapport à l'or- 
thodoxie; car les passages cutachès d'erreurs 
tliéologiques doivent être corrigés de manière à 
conserver à la poésie sacrée son rhythme spé- 
cial et son accent tonique. D'aulre part, cepen- 
dant, ces erreurs sout en nombre relativement 
restreint. Ainsi, en ce qui concerne la proces- 
sion du Saint-Esprit, il n'y a, dans les livres li- 
turgiques drj.'i revus, qu'un seul endroit où la 
célèbre couj')iiclion 7»?, indiquant ipae le Saint- 
Esprit procède du Père et du Fds, se trouve re- 
tranchée. On peut dire en général que les grecs 
schismaliques ont con.-crvé dans leurs livres li- 
turgiques la vérité qu'ils ont perdue pratique- 
ment. C'est ce qui explique le fuit de la conser- 
vation de ces livres chez les grecs-unis jusque 
dans les monastères de religieux basiliens qui 
se trouvent encore dans qtielriues parties de 
l'Italie, par exem[rle, à Grottai'crrala. près de 
Rome, où les lois de suppression ont Ivléré le 
maintien de quelques moines de Saint- Rusile, 
par égard au célèbre sanctuaire de l'endroit, 
dont ils ont depuis louglemns la garde. 

La conservation (luasi parfaite de la vérité 
catliolique dans les livres liturgiques des grecs 
est un de ces faits providentiels qui servent d'ir- 
réensjble témoignage à cette vérité môme. 
Aussi peut-on espérer à bon droit que la pu- 
blication nouvelle et parfaite de ces livres litur- 
giques contriiiuera puissamment à dissiper les 
|uejugi';s des schismaliques. Ce serait le plus beau 
fruit de l'œuvre savante de l'Eme Pitra, de 
même que sa découverte de l'antique poésie sa- 
créi; des grecs eu est la plus belle fleur. 

Parmi les ouvrages revus et corrigée à l'usage 
des gjccs-unis, rfîo/-o/o.9(«77i, qui équivaut au 
Brévijire de l'Egiise latine, a déjà paru à 
Uouir. On est en Irain de publier en ce moment 
1.: Tri-dium contenant la liturgie quadr.igési- 
male. Ces livres et les suivants seront aussitôt 
adoptés par les catholiques grecs An l'Italie et 
de l'étranger. 

France. — Par décrets en date du i8 juillet 
dernier, ont été nommés au grade de chevalier 
dans l'ordre de la Légion d'honneur : 

M. l'abbé Uaurie, curé dHauteriv^ (Haute- 
Garonne); 

M. l'abbé Berfaux, cré de Saint-Pierre-de- 
MoDtmartre, à Paris. 



LA SEMAINE DU CIFJ'.Gb; 



i:i 



M. l'abbé Maynard, curé de Saint-Michel, à 
îc);iieaux ; 

il. l'abbé Malet, curé de Mont-de- Marsan 
Laii'les). 

Uii arrêté du ministrf de l'Instruction pu- 
>Iiijiie, du 12 janvici 1876, a élevé au grade 
X officier de l'Instruction /'uhlicjue M. l'nbbé Gui- 
iniîil, doyen de la tacuUé de théologie de 
-.yon. 

F..r d'autres arrêtés du'même ministre, pris 
lUX dates iii. iiiuées ci-après, ont été nommés 
)fficiers a'acadùmie : 

M. l'abbé Dauma^, aumônier du lycée Saint- 
Louis, à Paris (1" jiinvi.n- 1876); 

iM. labbé Tilloy, aumônier du lycée Louis- 
e-Grand (1" ianvier 1876) ; 

M. l'abbé Barciet, curé de la cathéJrale 
i'Auth, membre du bureau d'administration 
lu lycée (4 jauvier); 

M. l'ablie Durand, directeur de l'éfablisse- 
nent d'enseiijiieuientsecondaire libre deNotre- 
jame-des-Uunes, à Dunkerque (4 janvier); 

M. l'abbé Bertet, aumônier de l'école nor- 
nale primaire d'instituteurs de Grenoble 
3 janvier); 

M. l'abbé Féron, anmônier de Bicêtre (5 jan- 
rier); 

M. l'abbé Babin, secrétaire de la délégation 
;aiitonale, au Calelet (Aisne), (5 jauvier) ; 

M. l'abbé Cli:iumont, didéiçué cantonal, curé 
le Grolios (Isèro) (3 janvici ) ; 

M. l'abbé Dennel.présiientdela commission 
l'examen pour le brevet lie capacité, à Lille 
3 jauvier); 

Ai. l'abbé Baillit, professeur de s^-conde et 
Toisicme, au coib-ge de Mauriiic (6 janvier); 

M. l'abbé Caille, mo.mine du Duroau <i'ail- 
ninistration du lycée de Ven'lôme (6 janvier) ; 

M. l'abbé Doudet, aumônier du lycée d'Alby 
7 janvier) ; 

M. r;ii)bé Foiiubi!, aumônier du lycée de 
S'cvers (7 janvier) ; 

M. l'abbé B 'rnard, professeur de la faculté 
le théologie d'Aix, — 33 an? de perviccs (!2 
auviei) ; 

M. l'abbé AUvinès, docteur en Ihéologie, 
orrespoiidant à Marseille (i2 avril) ; 

M. l'abbe'besnoyers, vicaire gi?néral d'Or- 
éans (22 avril). 

En réponse à l'adresse que les cvèiiue^ ras- 
emblés à Lourdes, pour les iètes du couroune- 
ûent, ont envoyée au Pape, Sa Sainteté vient 
l'éirire au canlinal Guibcrt la lette suivante, 
;atée du 22 juillet : 

a tiuan 1 Nous avons prescrit de procéder à 

consécration de l'église de Lourdes et au 

ouronncmcnt de la vénérable statue de la 

'ierge, honorée en ce lieu. Notre dessein n'était 



pas seulement de donner un témoignage public 
de IVotre dévotion envers la saiute Mère de 
Dieu; Nous voulions aussi, on présence des 
calamités dont la religion chrétienne est me- 
nacée à l'heure présente, fournir un nouveau 
stimulant à la piété des fidèles, de ceux de 
France en particulier, afin de les engager à ré- 
clamer avec plus d'instance l'aide de notre 
céleste patronne et à redoubler de contiance en 
sa puis<:uite protection. Nous avons eu lu joie 
d'apprendre, par votre lettre du 4 juillet, que 
vous aviez tous déployé le plus grand zèle jiour 
réaliser Notre pensée, et (jucNous avions déjà 
en partie atteint le but que Nous Nous éti'ins 
proposé, puisque d'innombrables i'oules de 
pieux fidèles, suivant voire exemple, étaient 
accourues dans la basilique j-aeicc, pour 
honorer la Vierge immaculeee et implorer son 
secours. 

« Celte éclatante manifestation de foi et de 
piété Nous comble d'ulléxic-se et Nous laisse 
concevoir la ferme espéraoce que le Dieu tout 
puissant, déférant aux supplications de sa 
sainte Mère, sauvera non-seulement votre 
illustre nation, mais tout, le peuple chrétien, 
de la tempête et des dangers qui menacent au- 
jourd'hui, consolera les ulfliges, forliliera les 
faibles, éclairera les aveugles, rami'iiera les 
pécheurs dans la voie salut;:! le du repentir, et 
lendra enfin à la société humaine, bouleversée 
par tant de secousses, la paix que Nousùemau- 
dons depuis si longtemps. Ce qui reslc ù l'aire 
maintenant, c'est de veiller à ce que cette 
ardeur de dévotion qui vient de se manifester 
d'une façon si mciveiUeuse, loin de s'allii; iir, 
s'accroisse et s'étende de plus eu plus. Vous 
travaillo'cz. Nous en avons la ferme couOaucc, 
à procurer ce résultat de conçoit avec les 
autres évêques du monde catholique... » 

Mgr Pie. évèque de Poitiers, a reçu du Saint- 
Père une autre lettre, «latée du 22 juillet, dans 
laquelle son homélie jprononcée au.»: letes de 
Lourdes est louée comme une œuvre de grande 
importance et toute d'à-proj.os, dans ces temps 
où le naturali-r.ie, qui se montre [lartout avec 
audace, ne peut être victorieusemrni confondu 
que parées faits manifestes et manilestement 
surnaturels qui ont eu Lourdes pour ihéàtrc, 
et que Mgr l'ie a su présenter avec taut de 
force et d'éclat. 

Le champ de bataille de Coulmiers était à peu 
près le seul qui n'eût pas encore S(jn monument 
funèbre. Gràee à la Société de secours aux bles- 
sés du déparlement du Loiret, les restes mortels 
des fils de la France, morts dans cette journée 
de victoire, reposent maintenant à l'ombre de 
la croix. Le monument qu'elle surmonte à été 
bénit Ie30 juillet dernier par Mgr l'évéque d'Or- 
léans, après la célébration de la messe, sur un 



1374 



LA SEMAINE DU CI^RGC 



autel dressé pour la circonstance. Les troupes 
de la garnison d'Orléans entouraient le monu- 
ment. Le général d'Aurelle de Paladines, le 
vainqueur de Coulmiers, assistait à la cérémo- 
nie, et le général Bataille y représentait M. le 
maréchal de Mac-Mahon. Mgr l'évèque d'Or- 
léans, avant de procéder à la bénéiliction du 
monument, a fait entendre une chaleureuse 
allocution. Après la bénédiction, M. Frot, prési- 
dent de la Société des secours aux blessés, et 
MM. les généraux d'Aurelle de Paladines et 
Bataille ont pris successivement la parole. Tous 
ont exprimé des sentiments profondément chré- 
tiens. Voici une seule pensée du général Ba- 
taille : « Quand un soldat, a-t-il dit, donn^ sa 
vie pour la défense de sa patrie, il fait le plus 
grandi sacrifice qu'il soit donné à l'homme d'ac- 
complir. Aussi, certainement, Dieu le reçoit 
dans son sein à l'égal d'un martyr. En ce mo- 
ment donc, vous tous, morts glorieux, vous êtes 
aux pieds de Dieu, car si, tout à l'heure encore, 
fl restait un seul d'entre vous qui n'eût pas 
trouvé grâce entière, les prières qui viennent 
de s'élever ont dû obtenir pour lui paix et misé- 
ricorde. » La funèbre solennité s'est terminée 
par le chant du De profundis et le cri de : Vive 
la France! renforcé par les détonations de l'ar- 
tillerie. 

Tdrouie. — Ce n'est pas à la suite du retrait 
du décret d'exil porté contre lui que Mgr Has- 
soun est rentré à Constantinople. Ce décret n'a 
pas été rapporté, mais Mgr Hassoun s'est sim- 
plement couvert d'une amnistie générale décré- 
tée par le sultan Mourad à son avènement au 
trône, pour se replacer au milieu de son trou- 
peau. Inutile de dire la joie des catholiques en 
revoyant leur pasteur. Chose singulière, ses 
ennemis eux-mêmes, les anti-hassounistes, ont 
salué son retour avec sympathie. Nous devons 
diie, ce qui expliquera ce dernier fait, que beau- 
coup des nouveaux hérétiques abandonnent leurs 
erreurs et rentrent journellement dans le sein 
de l'Eglise. Quant au gouvernement ottoman, il 
a admis et accepté le fait accompli. Au fond, 
quelques-uns des ministres, qui considéraient 
cet exil comme une grande injustice dont l'odieux 
réjaillissait sur le gouvernement, spécialement 
dans les circonstances actuelles, n'ont même 
pas été fâchés de ce dénoiiment si pacifique- 
ment amené par la haute intelligence, et sur- 
tout le grand courage de Mgr Hassoun. Pour 
les autres, s'ils ont été froissés d'une solution 
qui leur a été presque m/)osee par l'initiative du 
proscrit lui-même, ils connaissent trop la situa- 
tion délicate de l'Europe pour soulever aucune 
objection. 

Le soulèvement des principautés parait dé- 



cidément tourner contre ces dernières. Le? 
troupes des Turcs sont de beaucoup supérieures 
en nombre et mieux disciplinées que celles de 
la Serbie et du Monténégro. Use commet, dans 
cette guerre, de part et d'autres, des atrocités 
horribles. Des pioviuces entières, entre autres 
la Bulgarie, ont été mises à feu et à sang par 
les Turcs, qui envoient dans ces provinces, sous 
forme de bandes de volontaires, puur seconder 
l'armée régulière, outre les Cireassiens et les 
bachi-bouzouks, tous les scélérats et les bri- 
gands dont l'empire est infesté. Les chefs de 
ces brigands, que la force publique poursuit tu 
temps orlinaire, font leur soumission, reçoi- 
vent du gouvernement le titre de capitaine, et 
partent avec leurs hommes dans les provinces 
soulevées. On imagine sans peine la manière 
dont ils s'y comportent. Bien n'échappe à tous 
ces bandits, rien n'est respecté. Le désert se 
fait sur leurs pas. Les femmes et les enfants 
qu'ils ne tuent pas, ils les vendent. Andrino- 
ple est leur principal marché, c'est là surtout 
que les pachas et lesbeys approvisionnent leurs 
harems. 

Ces excécrables excès d'un côté, et de l'au- 
tre la crainte de tomber sous la cruelle domina- 
tion des Slaves schismatiques, au cas où les 
Serbes seraient vainqueurs, ont amené les ca- 
tholiques de la Bosnie, dont ils forment la 
grande majorité de la nation, à s'adiesser à 
l'empereur François-Joseph pour lui demander 
l'annexion de leur province à l'Autriclie. Jus- 
qu'ici cette démarche n'a pas eu de suite. Ft| 
l'on ne sait si elle en aura, ou pourra en avoir 
une. Car, sans parler des complications politi- 
ques que cette annexion pourrait faire surgir,! 
les catholiques bosniaques ne la demandent qu& 
pour éviter de tomber sous le joug des Serbes- 
ou des Russes, affirmant vouloir rester sujets 
turcs dans le cas où le 
rait à réprimer l'insurrection. 

P. d'Hauteriye. 



Tome VIII. — N" 44. Quatrième année. 



23 août 1876. 



SEMAINE DU CLERGE 



Prédication. 

PLAN D'HOMÉLIE SUR L'ÉVûNGILE 

DU Xlll' DIMANCHE APRÈS LA TENTECOTE 

(S. Luc, .\VI. H-ifl.; 

Guërison ile« cil» ■.ëpi-ens. 

I]n jour, Jésus allant à Jérusalem, passait an 
nùlieu lie la Samarie et de la Galilée; et, comme 
il était près d'entrer dans un bourg, dix lépreux 
vinrenlà lui, et, se tenant éloignés, ils élevéreiit 
la voix pour lui dire : Jésus, notre mnilre, ayez 
pitié lie nous. Dès iiu'il les aperijut, il leur ii)t: 
Allez, montrez-vous aux prêtres. Et, pendant 
qu'ils y allaient, ils se trouvèrent guéris. L'un 
d'eux, aussitôt qu'il se vit guéri, relourna sur 
ses pas en glorifiant Dieu à haute voix, et, se 
prosternant le visage contre terre, aux pieds de 
Jésus, il lui rendit grâces. Or, c'était an Sama- 
ritain. Jésus dit alors : les dix n'ont-ils pas é;é 
tous guéris? Où sont donc les neuf autres? Et, 
«'adressant au Samaritain : Levez-vous, lu. 
dit-il, allez, votre foi vous a sauvé. — Tel est, 
mes frères, le récit de l'évangile de ce jour, qui 
s'applique parfaitement à la lèpre du péché; 
car, le péché est la maladie de l'âme, tout 
comme la lèpre était la maladie du corp.=. 
Comme ces dix infortunés, la lèpre vous souilie. 
si vous êtes pécheurs, et défigure vos âmes aux 
jeux de Dieu; votre guérison serait assurée 
comme la leur, si vous saviez, aussi bien qu'eux, 
profiler du passage de Jésus-Christ. Prenez-les 
donc aujourd'hui pour modèles, et, en lecuei'- 
lanl les diverses circonstances qui précèdent, qui 
accompagnent, et qui suivent leur guérison, vous 
connjiîlrezàque.lles corditions vous obtiendrez la 
TÔtre. 

i . Circoivtances quiprécèdent. — Pendant que 
li's foules se pressaient sur les pas de Jésus, tou- 
chaient ses vêtements, les lépreux ne pouvaient 
jamais approclier, parce que la loi leur défen- 
diiit d'avoir communication avec personne. Ils 
culeudaient raconter les merveilles i|ue le Sau- 
veur opérait de toutes parts, mais comment faire 
pour y participer? Un jour donc que ces mal- 
heureux virent le Sauveur à portée de les 
entendre, s'étant réunis plusieurs ensemble, ils 
.se mirent à crier de toutes leurs forces, dit l'E- 
vangile : clamaverunt . Ils criaient parce qu'ils 
étaient loin, et qu'ils craignaient de manquer 
une si bonne occasion. De même, "chrétiens, si 
vous êtes éloignés de Dieu par le péché, faites 



monter au ciel le ci de vos supplications, car 
la piière est la premiers condition pour être 
guéris de la lèpre du péché. Sans doute, quel- 
quefois, Dieu agit à l'éfiard du pécheur d'une 
façon toute royale II l'éclairé, il le touche, le 
convertit par une f;ràce immédiate, sans nulle 
condition de la part du pécheur; ainsi fit-il à 
l'éi^ard de saint Paul sur le chemin de Darnas. 
M.iis, d'ordinaire, c'est par la prière que nous 
arrive la grâce, et la première condition pour 
se convertir, c'est de demander sa conversion. 
Ah! mes frères, si vous compreniez quel mal- 
h'-Mr c'est d'être éloigné de Dieu, avec quelle 
arieur vous demanderiez son amour, quel zèle 
vous apporteriez dans l'accomplissement de 
tous vos devoirs. A la prière fervente, les lépreux 
joignent la prière commune. La même ilisgrâce 
et le même espoir avaient réuni ces malheureux 
sans distincticiu de pays et de nation. Ils élevè- 
rent la voix ensemble et prièrent, non chacun 
pour SOI, mais en commun et pour tous : Ayez 
pitié de nous. De même, mes frères, unissons- 
t.ous tous ensemble pour implorer la miséri- 
corde du Seigneur et demander les mêmes 
grâces. Se sépiier des assemblées de religion, 
i e pas s'unir à la prière commune qui se lait à 
l'Eglise ou à la paroisse, c'est s'exposer visible- 
ment à être privé de bien des grâces. Au cnn- 
trdire, l'union fait la force, et ijuand on inic 
tous ensemble, la ferveur des uns supplée à la 
lâcheté des autres, et ce cri, ce suffrage univer- 
sel, pèse d'un grand poids dans ia tjali'ic .• do 
la justice divi.ie. 

ll.Cireoistan:esqui accompagnent. — Mes fi ères, 
nous pouvons remarquer, de la part des lépreux, 
une foi humble, simple et agissante. D'abord, 
une foi hum'.de. Jésus, ayant entendu leurs cris 
et leurs supplications, se tourna de leur côté, 
il, lei ayant apei çus, il leur dit : Allez vous mvn- 
t-er aux prêtres. \[ fallait une fui bien humble 
pour exécuter cet ordre sans murmure. C'était 
l'usage de Jésus-Christ, lorsqu'il guérissait les 
malades, de les faire approcher, de les toucher 
et de leur parler avec bonté; c'est ce qu'il fit 
même avec le lépreux qu'il avait guéri en des- 
cendant de la montagne; mais, ici, il prend une 
marche toute contraire; il ne les fait point ap- 
procher, il ne les touche point, il ne leur dit 
rien : seulement il leur crie de loin iJe se retirer 
etd'aller se montrer aux prêtres. 11 est vrai (jui; 
la loi de Moïse, que suivaient aussi les Samari- 
tains, obligeait les lépreux à se montrer aux 
prêtres; mais c'était lorsqu'ils étaient guéris. 



1380 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



nfin que, lour guéri?on élant authenliquement 
rei'duniie, ils fussent rétablis dans le commerce 
de la vie civile; mais ceux-ci pouvaient dire : 
Oïl nous envoie aux prêtres, et on ne nous a 
pas guéris; qu'irnns-nous y faire, dans l'état où 
nous sommes? Ahl mes irères, laissons-uous 
conduire, croyons et obéissons avec siinp'ieilé. 
C'est un hommage que Dieu demande de nous 
et auquel il a attaché notre salut. Les lépreux 
ne dirent pas, comme tant de chrétiens de nos 
jours : Mais qu'avons-nous besoin d'aller nous 
montrer aux prèlri'S, puisque nous avons parlé 
à Dieu lui-mème?Non, iisne raisonnèrent point, 
ils obéirent, et leur foi fut couronnée. Il en est 
de même pour vous; l'œuvre do la conversion, 
obtenue par la prière, s'achève dans le sacre- 
ment de la pénitence dont les prêtres sont les 
seuls ministres. Sans doute, Jésus-Christ pouvait 
très-bien guérir ces malheureux sans Imir im- 
poser la condition de se montrer ;iux prêtres, 
il pourrait très-bien encore ressusciter les pé- 
cheurs et leur pardonner sans Tintermédiaire 
de son Eglise et de ses ministres; mais il ne l'a 
pas voulu. La condition rigoureuse, c'est que 
nous irons nous présenter au prêtre : Ite, osten- 
dite vos sacerdolibus . Si donc, mes frères, la 
lèpre du péché a défiguré votre âme, le remède 
est taille, allez découvrir au iirèlro cette plaie 
cachée que le péché a faite à votreàme. Qu'est-ce 
qui pnurrait vous arrêter? La grandeur de vos 
(Vîntes? elles ne seront jamais aussi grandes que 
la miséricorde divine. — La honte? il n'y en a 
jamais à confesser sa faute; le péché, dit saint 
François de Sales, est laid quand on le commet, 
mais il est beau quand on s'en accuse. — La 
crainte? et de qui, du monde? et que vous im- 
porte son jugement? La crainte du confesseur? 
Ah! que vous connaissezmaîl'esprit duminislère 
donlil est revêtu! vous trouverez en lui un père 
et un médecin charitable, toujours prêt à guérir 
les plaies de voire âme; alltz donc avec con- 
fiance. Une fois le premier pas fait, vous verrez 
toutes les difficultés s'apianir devant vous. 
Aussitôt que Jésus-Cbristdit aux lépreux d'a'Jer 
trouver les prêtres, ils y vont sans murmurer, 
sans faire aucnne objection, et cette soumission 
est aussitôt récompensée par leur guérison 
comidète. Et facium est dum i'-cnt mundati sunt. 
Ce résultat est infaillible en faveur de quiconque 
sait apporter, à la réception du sacrement de 
pénitence, les dispositions qu'il exige. 

III. Circcnstcnces gui suivent. — ['n d'eux, 
voyant qu'il était -yucrt, revint auorès de Jésus- 
Christ glorifiant fJieu; et, se jetant aux vieds de 
ton bienfaiteur il ie remercia ; or, celui-là était 
Sanarilain. Voilà de quoi nous étonner et nous 
humilier tout à la fuis; de ces dix lépreux qui 
éprouvent aujourd'hui la boule dii Sar.teur. un 
seul se montre reconna-ssanl, et encore l'Evau- 



pile a-t-il soin de nous faire observer qu'il était 
Samaritain. 

La reconnaissance nous porte à l'accomplisse- 
ment de trois devoirs : penser aux bienfaits, 
en remercier le bienfaiteur, faire un bon usage 
de ses dons. On remarque ces trois choses dans 
la conduite du lépreux. Aussitôt qu'il &> sent 
guéri, il tourne son esprit et son cœur rers 
celui à qui il est redevable d'un si grand hien- 
fait : ut vidit quia mundatus est, regressus est. 
Il glorifia Dieu à haute voix : cum magna voce 
magnificans Deum. Il se jette aux piels de Jésus- 
Christ pour le remercier : Cecidit in faciem 
ante pedes ejus, gratias agenx. L'homme ingrat 
fait tout le contraire. Il oublie les grâces qu'il 
a reçue-, et, souvent, il eu abuse pour offenser 
Dii-u de nouveau. Dans cette circonstance, Jésus 
fit bien remarquer l'attention qu'il faisait à celte 
démarche que le lépreux venait de faire près 
de lui. et à l'ingratitude des autres, qui ne 
lui étaient pas moins obligés qu<^ celui-ci. Car 
il dit tout haut : Hé quoi! tons les dix n'ont-ils 
pas été guéris; où sont les neuf autres? Faut-il 
qu'il n'y ail que cet étranger qui ;iil de la re- 
conuai-sance, et qui ait rcniki grâces à Dieu 
pour le bienfait reçu? La surprise que le Sau- 
veur témoigne ici n'est point l'effet d'un véri- 
table étonnement. Jésus ne (icuvait être étonné 
de rien, connaissant d'avance tout ce (jui devait 
arriver; il voulait seulement nous ouvrir les 
yeux sur notre ingratitude envers Dieu. Après 
une solennité, une retraite, où plusieurs pé- 
cheurs ont .été guéris de la lèpre du péché, en 
voit-on beaucoup, à la fête suivante, revenir au 
Sauveur, lui témoigner leur reconnaissance? Ce 
qui étouffe en nous ce sentiment, c'est que nous 
nous imaginons, tomme iesJuifs, (;ue tout nous 
est dû. Bien autres étaient les sentiments du 
lépreux; aussi, pour récompenser sa fidélité, 
Jésus ajoute une nouvelle grâce à la première. 
Levez-vous, lui dit-il, votre foi vous a sauvé. Mais 
la foi n'avait-elle pas été cause aussi de la gué- 
rison des autres? Oui, sans doute, mais Jésus- 
Christ veut établir une distinction entre la gué- 
rison et le salut. Dix s.ml guéris, un seul est 
gu-'ri et sauvé, parce que seul il s'est montré 
reciHinaissant. Ainsi une bonne confession peut 
guérir votre âme, mais elle no suffit pas pour 
assurer votre salut. Il fatit revenir à Jésus-Christ 
par la reconnaissance, lui rester lidèle par la 
persévérance dans son amour. C'est à cette 
condition que vous mériterez d'entendre ces 
heureuses paroles: Levez- vous et venezji votre 
foi vous a sauvé. Ainsi soit-il. 

L'alibé D'EzERviLLE, 
Quré (le Sniut-V.ttérieu. 



LA SEMAINE DU CLEliGt; 



1381 



INSTRUCTIONS FAMILIÈRES 
SUR LES COIVIIYIANDEIVIENTS DE DIEU 

al' l:i$lructiou. 
OUATIUÉME COMMANDEMENT. 

2' Instruction. 

SUJET : Devoirs àe? enfants envers leurs parents 
(suite). Les entants doivent obéir à leurs parents, 
les assister, prier pour eux... 

Texte. — Honora /udrem luum et matrem luam 
' sis langœrus ! Pèr.- i.'l mi're honoreras, afin de 

\re \im incme.u\. (ExuiL, chip. A'.Y, vers. 12). 

t.xoDE. — Vous avez ii'inarqué, mes frères, 
ijue If qualrièino coiuniaiidement de Dieu est 
lu seul dont l'observatiou soil eucouragée jiar 
la promesse d'une récompense temporelle... 
Uieu promet, en effet, une vie longue à ceux 
(|ui hoiHirent leurs [larenls... Sans doute, il y a 
des exceptions, et des enfants soumis et dévoués 
à leurs parents iieuvent èlre appelés, même au 
prinlemps d<î leurs jours, à jouir des récom- 
penses du ciel... Mais la promesse n'en subsiste 
pas moins ; ceux qui ont honoré leurs pères et 
mères, qui ont entouré leur vieillessed'égards et 
prolongé, en quelque sorte, leur vie par les 
soins les plus tendres, sont ordinairement trai- 
tés de même par leurs enfants... Devenus vieux 
et infirmes, on leur rend ces égards, ces atten- 
tions délicates qu'ils ont eus eux-mêmes pour 
le? auteurs de leurs jours; et vous n'igno- 
rez pas, frères bien aimés, combien des soins 
respectueux et intelligents peuvent prolonger 
la vieillesse et en adoucir les ennuis... Voilà 
comment ceux qui ont honoré leurs parents 
sont eux-mêmes honorés par leurs entants, et 
vivent longuement... 

Les exemples ne me manqueraient pas pour 
vous montrer qu'une mort prématurée a sou- 
vent été le châtiment des enfants rebt-Ues a leuis 
parents... Voyez-vous ce jeune prince a la Heur 
■di; rà?e, commandant une armée nombreuse, 
qu'il a soulevée contre sou père : c'e~t Absalou... 
Le saint roi David, contre lequel s'est révolté ce 
fils ingrat, a quitté, triste, désolé et accompa- 
gué d'une suite peu nombreuse, la ville de Jé- 
rusalem... Il aime encore ce fils, maluré sa 
révolte, il jileure sur lui, il voudrait qu'il fût 
épargné... Mais Dieu sera moins faible et plus 
juste; Absalou périra, le cœur percé de trois 
dards. (?l sou exemple servira à montrer aux 
siècle-- futurs comiuuut Uieu punit parfois les 
enlanis iugiats, et ne permet pas qu'ils aient 
uni; longue vie... 

l'uopoiiTio.N. — Mais continuGos à expliquer 
les devoirs des enfants envers leurs parents... 
Nous avons montré que nous devions respec- 
ter et aimer les auteurs de nos jours; ce u'e.t 
oas usiCT., rnonnei-r que nous leur devons ren- 



ferme encore (rois autres obligations, que je 
vais vous expliquer... 

Divisio.N'. — Outre le respect et l'amour, nous 
devons à nos parents : premièrement, l'obéis- 
sance ; secondement , nous sommes obligés de les 
assister pendant leur vie ; troisièmement, il nous 
faut prier pour eux après leur mo:t... 

Première partie. — Certes, il n'est pas be- 
soin de beaucoup de paroles, pour montrer que 
les enfants sont obligés d'obéir à leurs pères et 
mères... Les parents sont les repn-.sen jrits de 
Dieu; el demémeque, lorsque Dieu commande, 
il faut exécuter ce qu'il ordonne sans hisitation, 
sans murmure, avec un cœur docile el un es- 
prit soumis; ainsi, enfants qui ra'écuutez, vous 
devez obéir à votre père et à votre mère... Pour 
être telle que Dieu la veut, votre obéissance 
doit être simple, prompte, et constante... Sim- 
ple ; vous n'avez pas à raisonner sur les dioses 
qu'on vous commande; à dire : c'est trop dif- 
ficile, que mon frère, que ma sœur le fasse... 
Vos parents sont assez raisonnables, pour ne 
pas vous commander une chose impossible, et 
si c'est à vous qu'une chose est commandée, ce 
n'est point votre frère ou votre sœur, mais vous- 
même qui devez l'exécuter... Prompte, à peine 
l'ordre esL-il donné, qu'un enfant, s'il est vrai- 
ment docile, doit l'exécuter sans remettre à un 
autre temps... J'ai ajouté que cette obésisaace 
devait être constante, c'est-à-dire que nous de- 
vons, dans toutes les circonstances et dans tout 
ce qui est légitime, obéir à nos parents.. . 

Sans doute, lorsque vous êtes devenu chef de 
maison, mère de tuiuiUe, il vous est pernns, si 
votr.; conscience vous le dit, de ne déférer aux 
ordres de vos parents que dans une certaine 
mesure... Votre père, votre m 're trouveront, 
par exemple, <iue vous êtes trop sévère à l'é- 
gard de vos propres enfants... Ici vous avez 
l'autorité principale, vous êtes meilleur juge, 
et c'est vi>us qui serez responsable devant Dieu... 
Et, en efiet, ordinairement, vous le savez, les 
aïeux sont beaucoup plus faibles à l'égard de 
leurs pelits-eul'uuts, qu'ils ne l'oi.t été dans l'é- 
ducatiou de ceux qui leur a;ipartenaienten pro- 
pre... Mais, a part celte circonstance et quelques 
autres semblables, il est vrai de dire que nous 
devons à nos parents une obéissance cons- 
tante... Surtout exécutons fidèlement leurs der- 
nières volontés, soit qu'ils les aient oui ou non 
consignées dans un testament... Jacob ex- 
prime à Josi'ph le désir d'être enseveli dans le 
tombeau de ses [ères. — Mais c'est bien loin, il 
y a plus de deux cents lieues de la terre de 
Gessen au pays de Chanaan, il faudra faire le 
voyage à pied accompai/né d'un cercueil!... 
Saml Patriarche, vous n'y avez pas pensé, vous 
abusez de laliection de v(;ire fils Joseph! — 
Non, fièies biei. aimé:., les dernières volontés 



4382 



LA SEMAINE DU CLEUGE 



du vieillard seront religieusument exécutées... 
Di\t Josepii faire un trajet plus loncf, les osse- 
meiiis rii' Jacob reposeront à «ôté des osse- 
ments Je ses pères, Isaac et Abraliim... Pour- 
riez-vous affirmer que les dernières volontés 
des parents sont toujours aussi fidèlement rem- 
plies?... A-t-on lait dire les messes qu'ils s'é- 
taient réservées? A-t-ou rempli les legs conte- 
nus dans leurs testaments? — Je ne sais. — 
Ce que je puis affirmer, c'est que beaucoup de 
pères et mères et d'autres parents ont vu leurs 
dernières volontés méconnues... 

Voulez-vous contempler le véritable modèle 
de l'obéissance due aux parents ? venez à Naza- 
reth considérer le fils de Dieu fait homme... 
Non-seulement il obéit à la vierge Marie, sa 
douce et mainte mère, mais, 6 pieux Joseph, 
vous pouvez aussi lui donner des ordres, il les 
exécutera avec la docilité la plus grande!... 
Marie (tommaudait, Joseph commandait, Jésus 
obéissait promptement et avec inie l... Et erat 
subdtius iilis. C'est dans ces trois mois que l'E- 
vangile résume les trente premières années de 
la vie de notre Sauveur, afin de nous faire bien 
comprendre l'importance de la soumission que 
les enfants doivent à leurs parents... 

Seconde partie. — Les enfants, avons-nout 
dit, doivent non-seulement obéir à leurs pères 
et mères, mais les assister est également pour 
eux un devoir... Que faut-il entendre par ces 
mots : assister ses parents?... Il faut entendre 
deux choses, les aider dans leurs travaux, les 
secourir, les soulager, lorsqu'il* sont malades 
on devenus vieux... 

Les aider dans leurs travaux. C'est-à-dire que. 
dès que le.s enfants ont grandi et sont en âge 
de diminuer, d'amoindrir pour leurs pères et 
mères la fatigue et la pc«ie, ils doivent travail- 
ler à leurs côtés, et racheter d'une certaine 
manière les sacrifices qu'à coûtés leur éducation 
première... Elles manquent à ce devciir, ces 
jeunes filles qui refusent d'aider leur mère dans 
les soins du ménage, qui, abus^uit de la ten- 
dresse trop faible qu'on a pour eiles, perdent 
un long temps à leur toilette et ne voudraient 
pas toucher même du bout du doii-'t à certains 
travaux réfiugnants ou pénibles... Pauvre mère, 
use 1 1 sauté, brise tes forces, ta fille le regarde 
et sourit peut-être eu contemplant la sueur qui 
perle sur ton tront... Pourtant, eu la voyant 
graii iir,lu t'étais dit peut-elre : « Elle m'aillera 
un joui-, dans quelques années nous serons 
deux; j'aurai moins de fatigues et de peines... » 
Hélas! ton espoir est déçu... Oui, mes frères, elle 
est ciipahle la jeune fille qui refuse d'assister 
sa mère dans ses travaux... Et ce pi-re qui s'est 
ruiné la santé, qui a peut-être contracté des 
dettes pour élever sa nombreuse famille, il s'en- 
cjurageail; en pensant à l'avenir, ilse disait, lui 



aussi : « Quand mes fils seront grands il.s tra- 
vailleront près de moi; je ne serai plussi-ul; 
ils seront mes aides, mes soutiens... » Parfois 
même, il faisait des rêves d'économie et d'ai- 
sance... Vaincs illusions! Soit paresse, soit indo- 
cilité, ses enfants ont refusé de l'assist^T dans 
son labeur... Il en est même, vous le savez, qui 
abandonnent le toit pateinel, afin d'être plus 
libres, et de dé[)enscr selon leurs caprices, le 
salaire qu'ils gagnent chez un maitre étranger... 
Enfants ingrats, ils ont oublié et les soins et les 
dépenses que leur éducation a coûtés... A 
peine peuvent-ils se suffire, que, comme des bru- 
tes, ils sVloiunent, ne pensant qu'à eux, mé- 
connaissant l'assistance qu'ils doivent aux au- 
teuis de leurs jours !... 

M:ii;, frères bien-aimés, c'est surlout lorsque 
nos parents sont devenus vieux et infirmes, ijue 
nous devons les assister... Maudit soit celui qui 
néglige son vieux père, qui refuse à sa vieille 
mère les soins dont elle a besoin... S'il a des 
enfants, qu'il le sache bien, si jeunes qu'ils 
soient, ses enfants le regard-'ulet l'écoutenl, et, 
lorsqu'il sera vieillard et infirme, il recueillera 
ce qu'il aura semé, il sera lui-même traité 
comme il aura traité ses vieux parents... Ecou- 
tez, à ce sujet, une histoire .. Un homme, pos- 
sédant une certaine aisance, s'(>tait déli^irrassé 
de son vieux père, et l'avait envoyé achever de 
mourir à l'hôpital... Le vieillard grelottait de 
froid; un reste de pitié s'éveilla dans le cœur de 
son fils; prenant une mauvaise couverture de 
laine, il la donne à son petit garçon, à;!é de 
neuf ans : « Va, lui dit-il, la porter à ton ;;i;uid- 
pêre... » Que fit l'enfant?... Ayant coup • la cou- 
verture en deux, il en cacha une [lartie et porta 
l'autre à son aïeul... Le père s'en étant a[ierçu : 
— Pourquoi n'as-tu pas porté la couverture en- 
tière, lui dit-il? — Père, répondit inL'énûment 
l'enfant, j'ai conservé l'autre moitié pour te la 
donner lorsque tu seras vieux et que je te met- 
trai à l'hôpital... La leçon était dure, mais elle 
était méritée... Frères bien-aimés, c'est ce qui 
se réalisera pour vous, je le répète; vos enfauts i 
vous traiteront comme vous aurez vous-mêmes 9 
traité vos pères et mères... i 

Oh! assistez donc vos vieux parents comme J 
vous assisteriez vos chers enfants;... si vieux I 
qu'ils Si lient, environnez-les des soins les plus 
doux, des é.;ards les plus exquis, des attentions 
les plus tendres; si vous saviez comme ils y sont 
sensibles... Nous les visitons et ils pleurent en 
nous disant : « Je ne manque de rien, on me 
gâte, couimir mes enfants sont bons!... » Dans 
leurs maladies, appelez h- médeci;i, cherchez 
par tous les moyens à proIongT leurs jours, et 
Uieu vous bénira... 

Mais aussi je vous en conjuie, point de fausse 
délicatesse, ni de cetle tendresse cruelle, qui 



LA SEMAINE DU CLERfiÉ 



138? 



îeLJraità écarter le prêtre et à cmoêcher au'ils 
ne reçussent avec ime pleine connaissance les 
derniers sacrements... C'est là surtout, c'est eu 
ce moment suprême qu'on pcui savoir si vous 
avez la foi, si vous aimez vraiment vos vieux 
parents... Qu'il esl triste, frères bien-aimés, 
d'entenilrc ces rctlexions que nous -vous en- 
tendu faire quf'.iucfois : ;< Olit non, ne lui don- 
nez pas l'Extrèmii-Om tion, il a encore trop de 
connaissance'... » Gens de peu de foi. votre 
tendresse aveugle vou? rend cruels et dénatu- 
rés!... Vous ne savez ilone pas quels sont les sa- 
crements que doit recevoir un mourant?... La 
Pnnitcnci; qui lui remettra ses fautes, l'Eucha 
rislie qui lui servira de Viatique, de provision 
de voyage pour l'éternité. L'Èxtrèmo-Onction 
qui iloit soulnger son corps et fortifier >on àme 
contre les angoisses de la mort... V'eus manque* 
à î'assislance que vous devez à vos parents, si 
vous ne faites pas tous vos eiiorts pour qu'ds 
re(;oivent ces trois sacrements, — ces trois sa- 
crements, initendft/-vous bien? — avec une 
pleine connaissance et une entière lileité d'eô- 
prit ;. . 

TromÀm; pwt'f. — Cependant, frères bien- 
aimcs, ipiand nous avons assisté nos parents à 
leurs derniers moments; quand nous leur avons 
fermé les yeux et fait des fmiéiailles honorables, 
n'allons pas croire que tout est fini, que nous 
ne leur devions plus rien... Il nous lesle enco e 
un devoir dès-important à remplir : nous de- 
vons prier pour eux... Ai-je he.soin de vous rap- 
peler une vérité si soitviiiit lépetée?... Noire 
âme est immortelle; aussitôt qu'elle a quitta le 
corps, elle paraît au tribunal de Jésus-Clirist, 
qui lajntîe sans doute avec miséricorde, mais 
aussi selon les lois éternelles de sa justice... 
Elles sont en petit nombre, en très-petit nombre, 
les âmes trouvées assez justes pour aller direc- 
tement au ciel. L'imm^itisu majorité de celles qui 
doivent être sauvées ne le sont qu'en passant 
parles flammes du purgatoire... Chères âmes 
ie nos parents, vous soutirirez plus ou moins 
longtemps, livrées, dans ces cachots ténébreux, 
à des feux qui doivent vous purifier. Mais la foi 
nous enseigne que nous pouvons vous soulager; 
ia reliirion, lu tendresse, la nature elle-m"me 
nous disent que c'est pour nous un devoir... 

Frères bien-aimés, comme cette obligation de 
prier p'^tir nos parents défunts, e-t souvent pc-u 
comprise et même méconnue!... Ne parlons pas 
de ces enfants sans entrailles et sans cœur, qui 
ne feront [las dire une messe pour lenis parents 
défunts, qui eux-mêmes ne diront jamais un 
J\otre /'ère un Je vous salue Marie, pour ce père 
et cette mère, qui les oui élev('s avec taut de fa- 
tigues et de soins... Non; ces malheureux n'ont 
sans doute qu'une foi bien faible, .s'ils en ont 
■encore; ce n'est pas d'eux que je veux parler... 



Mais VCU3, fidèles, qui faites parfois ofifrir le 
saint sacrifice pour l'àme de vos parents dé- 
funts ; c'est bien ; pourtant, ce n'est pas assez 
encore... Priez vous-mêmes,... le matin et le 
soir; le dimanche, quand vous assistez à la 
sainte messe, recommandez à Dieu vos parents 
qui sont morts... Si réellement vous les avez 
aimés, vous n'oublierez pas de vous acquitter 
de ce devoir, il est important, il répond à un 
l-'soin de nos c<rurs... 

-^aint .Augustin ne mampiait pas un seul jour 
d'implorer la miséricorde de Dieu, i)Our sou 
fere Patrice, pour sa mère saiuio Monique; et 
il les recommande même aux prières deseslec- 
t?urs. « vous, qui lU-ez ces lignes, s'écrie-t-il, 
n'oubliez pas, dans vos prières, les âmes de Pa- 
ti-ice cl de Monique, le père et la mère d'Augus- 
liii... 1) Et nous, mes frères, n'est-il pas vrai que, 
quand nous gardons le souvenir de nos parents 
dérunts, ce souvenir est stérile et les soulage 
peu dans ees cachots où ils gémissent?... Sup- 
posons (jue Dieu permette à ce père, à cette 
a.ère, dont vous avez tant pleuré la mort, de 
qu'îter les prisons du purgatoire, de venir assis- 
ter a vos préoccupations de la journée, à vos 
entretiens du soir... Que verrait cette pauvre 
î'me?... Qu'entendrait-elle?... V aurait-il, dans 
vcLre jonrace. dans voire semaine, je dirai 
pr:!sqiie dans toute une année, un seul senti- 
ment de voire cteur disant : « Mon Dieu, ayez 
pitié d'elle, daignez la soulager! n Pauvres àines 
de nos pères et le nos mères, en voyant comme 
vous êtes oubliés: « C'est lini, diriez-vous. on ne 
ir.'a-me plus, on ne pense [dus à moi, il faut que 
je subisse, sans espoir d'être jamais soulagé, les 
ciiâliraents que la justice de Dieu m'.i imposés... 
Enfants durs et ingrats, vos prières me seraient 
si utiles, je ne dois pas y compter; non, vous 
ii'aliri'gerez pas d'une heure, d'une minute, ces 
longues années que je dois passer dans les tris- 
tesses du purgatoire. » Et ces pauvres âmes dé- 
soli'es reviendraient plus tristes encore repren- 
dre leurs cellules dans ce séjour de larmes et de 
pénible attente... Est-ce vrai, chrétiens, conve- 
nez avec moi qu'on ne prie pas assez pour ses 
parruts défunts, et pourtant, c'est un devoir.., 

PÈiionAisoN. — Frères bien-aimés, l'Ecriture 
nous présente un admirable modèle des senti- 
ments ipie les enfants doivent avoir envers les 
f.nteurs de leurs jours; son histoire serait trop 
longue à raconter, je la résume en peu de mots. 
C'est le jeune Tobie. Quel respect pour ses pa- 
rents, avec quelle (locilité il écoute leurs avis!... 
Quelle atlection tendre pour s i irȏre et pour 
son vieux père aveugle!... Commandez, ô bons 
parents, le voyage qu'il doit entre|irendre est 
long, la route lui est inconnue... N'importe, il 
vous obéit, sans faire une observation... Dieu 
du ciel, récompensez sa docilité, envoyez l'ar- 



1384 



LA SEMAINE DU GLERGE 



change Raplinël pour le conduire !... Avec quelle 
piété il assisli- ces vieillards dans leurs infirmi- 
tés!... Et fiuLuul la mort vient les frapper, lui- 
même, maillé sa douleur, les encourage et leur 
fi-rme les yinix... Leurs dernières recommanda- 
tions sont pour lui sacrées ; ils auront la sépul- 
ture qu'ils se sont choisie, et leur souvenir vé- 
néré vivra toujours dans la mémoire de leur 
fils... Je nr suis pas surpris que ses sentiments 
à l'égard de ses viens père et mère aient attiré 
sur le jeune Tobie les grâces du Seigneur ^et 
toutes sortes de prospérités... Enfants, qui m'é- 
coutcz, etïorcez-vous de lui ressembler, respec- 
tez et aimez vos parents, obéissez à leurs ordres, 
assistez-les dans leurs besoins, ne les oubliez pas 
même après leur mort, et, vous aussi, vous se- 
rez ombles des bénédictions du Seigneur. Ainsi 

soit- il. 

l/abbé LoBRï, 

curé de VauehaasU. 



ACTES OFFICIELS DU SAINT-SIÈGE 

lETTBE DE N. T.-S. PÈRE LE PaPE PiE IX 

AUX ÉvÉouES DU Brésil. 

A I\los vénérables frères les évêques 
du Brésil. 

PIE IX, PAPE 

Vénérables frères, salut et bénédiction 
apostolique. 

Vous le savez, vénérables frères, les troubles 
qui, au Brésil, en ces dernières anisées, ont 
surgi par le tait de ceux qui, f tant afliliés à la 
secte maçonnique, se sont i;li-ses dans les con- 
fréries des pieux chrétiens et qui, surtout dans 
les diocèses d'Olinda et de Bèlem de Para, ont 
amené un grave conflit, ont été pour Noire âme 
le sujet de la plus amère trislessu, car Nous ne 
pouvions sans douleur cousidérer comment s'é- 
tait répandue la peste de cette secte iiernicieuse, 
pour la corruption de ces confréries, de telle 
sorte que les associations qui avaient été for- 
mées pour développer dans les lidèles un sin- 
cère esprit de foi et de piété fussent réduites à 
une condition si misérable, par suite de la f :- 
nesle moisson de zizanie dont elles avaient ri'ru 
le germe. Aussi, mù par le devoir de N'itre 
char-e apostolique, et poussé par 1 1 charité [)a- 
teinelle que Nuus avons pour cette partie du 
lrou[>eau de Notre-Seigneur, Nous avons jui^è 
qu'il fallait sans letard remédier àce mal. C'est 
pourquoi, vénérable frère ù'Oliiida, parla 1 .lîre, 
iu date du 29 mai 1873, que Nous vous .ivons 
adressée. Nous avons élevé Notre voix conii(! 



cette perversion déplorable introduite dans les 
confréries chrétiennes; cependant, usant de 
douceur et de clémence envers les membres de 
la secte maçonnique qui pourraient être trom- 
pés et illusionnés, Nnus suspendions pour un 
temps convenable la réserve des censures qu'ils 
avaient encourues, alin qu'ils pussent user de 
Notre bienveillance pour détester leurs erreur.* 
et pour se retirer dns réunions condamnables où 
ils avaient été initiés. De plus, vénérable frère 
d'0hnda,Nou3 vous avons maudé que, passé ce 
laps de temps, s'ils n'étaient venus à résipis- 
cence, vous supprimiez et déclariez supprimées 
lesdites confréries, afin de les rétablir, confor- 
mément au motif de leur fondation, par l'ins- 
cription de nouveaux membres, absolument 
purs de la tache maçonnique. 

En outre, lorsque, dans Notre lettre ency- 
clique du 1" noveuiliie 1873 adressée aux évê- 
ques du monde catholique, Nous Nous effor- 
cions de prémunir tous les fidèle^ con'ire les 
artifices et les embûches des sectaires, en rappe- 
lant publiquement à cette occasion les constitu- 
tions pontificales édictées contre les siciétés 
perverses, Nous avons dédaré que ces constitu- 
tions n'atteignaient pas seulement les sociétés 
maçonniques établies en Euroiie, mais aussi 
toutes celles qui sont en Amérique et dans les 
autres contrées du monde entier. Quel n'a donc 
pas oté Notre étonnement, vénérables Frères, 
quand Nous avons appris que, tirant prétexte de 
ce que, pour faciliter le salut des coupables, Nous 
avions, de Notre autorité, levé les interdits dont 
étaient frappées certaines églises et confréries 
où figuraient des memViresde sociétés maçonni- 
ques, on a osé répandre le bruit dan.« le public 
que la condamnation apostolique ne s'ai>(;liquait 
pas à la société maçonnique existant dans ces 
parages et, par conséquent, que ces sectaires 
pouvaient en sécurité de conscience f.dre partie 
des confréries des pieux chrétiens! 

Or, à quel point de telles allégations sont 
éloignées lies Sentiments de Notre espiit et de la 
vérité, c'est ce ijuc; démontrent ouvertement, 
non-seulement les actes que Nous avons rappe- 
lés plus haut, mais encore la lettre que Nous 
avons écrite à l'empereur de ce pays le 9 février 
1875, lettre dans laquele, en même temps que 
Nous promettions de révoquer l'interiiit ijui pe- 
sait sur (piclques éj-'lises de ces diocèses iiès que 
vousauri('zcté, vénérables frères d'Olinde et de 
Par.i, tirés d'uiic prison injuste pour être remis 
en liberté, Nous faisions cette réserve et condi- 
tion que les membres maçons des confréries 
fussent éloignés des ehargws qu'ils y occupaient. 
De Notre part, cette prévoyance n'a jamais eu et 
jamais i.e put avoir d'autre but que d'otlru- au 
gouvernement impérial, eu accédant aux vœux 
de l'empereur sur ce point et en rameuaut la. 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



138f 



tranquillité dans 1rs esprits, la facilité de réta- 
blir en leur pri'iniiT état les pieusi^s CDuln-ries, 
expurjrocs de la tacUe luaçonniiiue, et de fciire 
aue les membres dt- cette secte condamuée. tou- 
chés par Notre clémence envers eux, prissent 
souci de s'arraiher de» voies de la perdition. 
Mais, alin qu'en une matière si grave il ne 
puissi' rester aucun doute ni aucun sujet de dé- 
cc;itiou, Nous saisissons cette occasion de dé- 
clarer à nouveau et d'aftirmer que les sociétés 
maçouiàques, aussi bien celles qui sont an Bri"- 
sil que [lartnut ailleurs, — et dont un grand 
nombre qui sont tromjvés ou qui trompent di- 
sent qu'elles n'ont d'autre but que l'utilité so- 
ciale, le proiïrès el la bienfaisance mutuelle, — 
ïO't atteintes et proscrites par les conslitutioas 
et londamnations apostoliques, de telle sorte 
qiii- tous ceux qui. par mallieur, ont inscrit leur 
mnn aux registres de ces sectes, sont soumis ipso 
/■irio a Texcommunication majeure réservée au 
Souverain-Poulife. Aussi, vénérables frères, dé- 
sirons-Nous ardemment que. soit par vous- 
mêmes, soit par vos coopérateurs, les fidèles 
soii-nt tivertis d'avoir à se préserver de cette 
peste mortelle, afin que, partons les moyens en 
vdtre pouvoir, vous vous elforciez de les en te- 
nir éloijrncs. 

C'est avec une sollicitude non moin* grande 
que Nous recommandons à votre zèle de pour- 
voir à ce que, par la prédication de la paroledi- 
vine et par des instructions convenables, la doc- 
trine reli-ieuse soit enseignée avec soin au 
peui>le chrétien; car vous savez de quelle utilité 
si cet ofiice est l)ieu rempli, de quel grave dom- 
mage s'il est négligé, jouira ou souffrira le 
peuple chrétien. En outre, et après avoir traité 
de ces chose». Nous sommes contraint de dé- 
plorer aussi l'abus de pimvoir dont se rendent 
cou|>ables les présidents de ces confréries, les- 
quels, selon qu'il Nous a été rapporté, ramenant 
tout à leur caprice, s'attribuent indûment un 
droit sur les personnes et les choses sacrées, ou 
bien, revendiquent audacieusement la direction 
des choses spirituelles, île telle sorte que les ec- 
clcbiaoliques et les curés eux-mêmes soient pres- 
que soumis à leur pouvoir pour l'accomplisse- 
nieiit des devcirs de leur ministère ; ce qui est 
contraire non-seulement aux lois ecclésiastiques, 
m:iis à l'ordre même établi par Notre-Seigneur 
Jésus-Christ dans sou Eglise. En effet, les laï- 
ques u'o'.l pas été par Jésus -Christ établis 
comme les directeurs des choses ecclésiastiques; 
mais, pour leur utilité et leur salut, ils doivent 
être soumis à leurs pasteurs légitimes, et il leur 
appartient, c'uacun selon son état, de se faire les 
auxiliaires du clergé, mais non de s'immiscer 
dans ces choses qui ont été confiées aux pasteurs 
sacrés par Jésus-Christ. 

C'est pourquoi Nous reconnaissons qu'il n'est 



rien de plus nécessaire que de redresser selon 
l'ordre convenable les statuts de ces confréries, 
afin que ce qu'ils contiennent à ce point de vue 
d'irrégulicr et de répréliensible soit corrigi'; se- 
lon les règles de r!:;g!isc! et de îi discipline «k- 
nonique. A. celte fin, vénéial)les frères, consiilo- 
rant les raisons qui interviennent entre ces 
confrériesetlepouvoir Civil pour ce ipii regarde 
leur constitution et (ir^îiinisution par r;ipporl aux 
choses temporelles. Nous avons dcji iloinié des 
ordres à Notre cardinal secrétaire d'Etat pour 
qu'il traite avec le L:ouveriiement iiujiérial, et 
qu'avec lui il s'applique, jnir leurs elibrt.s réci- 
proques, à obtenir les ell'i'ts que Nous désirons. 

Nous espérons que le pouvoir civil s'emi)res- 
sera d'apporter avec Nous s^'s soins à cette af- 
faire, et Nous prions avec ardeur le Dieu dont 
procèdent tous les biens, aiin que par sa grâce 
il daigne protéger et aider cette œuvre où est 
engagée la tranquillité de la religion el île la 
société civile. Pour que Nous voyions s'accom- 
plir ces vœux, vous au.=si, vénérables Irères. 
joignez vos prières aux Nôtres, et comme gage 
de Notre sincère ddection, recevez la bénédic- 
tion apostolique que dans le Seigneur Nous ac- 
cordons très-tendrement à vous, à votre clergé 
et aux fidèles confiés à la sollicitude de chacun 
de vous. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 29 avril 
de Tannée 1876, la trentième de Notre pontificat. 

PIE IX, Pape. 



Liturgie. 



MATÉRIEL DU CULTE 

DE LA LAMPE DU SAINT-SAOREMENT. 

{i' article.) 

Nous examinerons dans celte étude : 

1° L'obligation d'entretenir une lampe conti- 
nuelli'menl allumée i!evant le Saint-Sacrement; 

2° Les moyens de subvenir aux frais qu'occa- 
sionne l'entretien de celte lampe. 

1. ^ — 11 est indispensable d'entretenir, allumée 
nuit et jour, au moins î/we lampe devant le taber- 
nacle où repose le très-saint Sacrement. C'est 
une obligation des plus strictes. A ce sujet, le 
Rituel loaiain fait cette prescription : Que plu- 
sieurs liitnpes, ou une au moins, brûlent perpé- 
tuellement le jour et la nuit devant le Saint-Sacre- 
ment : Lampades coram eo pluies, vel saltem una, 
die noduque, perpetuo colluceat. (Sancl. Euch.) 
Le Cérémonial des évè [ues se sert de termes a 
peu près semblables. Tous les conciles prnvin- 
ciaux, depuis le concile de Trente, sont formels 
sur cet article, et confirment de leur autorité 

T. VI il. N''44. 



ii>>6 



LA SEMALNE Dt CLEP.i.îî 



celle oliliurttion aus^i anii.iue (]u*uuiverselle et 
absolue dans Iniite l'Eglise. Eolie autres, le 
concile provincial de Uouen, tenu en 1850, 
charge les évêques do la province de veiller, 
chacun dans son iliocèse, à l'exécution de celte 
loi générale contre laquelle aucune coutume 
contraire n'a jamais pu prévaloir, et à laquelle 
il li'a jamais été accordé île dispense : « Paro- 
clws curare tentt-xr, ut Eucharislia conserv-tur 
cmn lumine die ne norte nccensc, et quidem sub 
cu'/M yravi, » dit à ce sujet saint Alphonse de 
Liguoii, et avec lui tmites les autorités litur- 
gi'iues. « Nous avons f.iit des recherchrs minu- 
« lieuses,dit le rédacteur des. 4)!û/e'?/«,danslacol- 
« lection des décrets des rites par Gardellini, et 
« dans celle de la Congrégation du concile, qui 
« ne comprend pns moins de cent-vingt vohiujes 
Il in-4, pour trouver un seul exemple d'nnecon- 
« cession aulhent;qU4 de dispense l'e la lumière 
« perpétuelle devant le Saint Sacrement, et nous 
« ne l'avons pas rencontré. • 

Les lauons apostoliques parlent de l'usage 
où élaicnl les fidèles des premiers siècles d'of- 
frir .le riiuiie pour les lampes des églises. Saint 
Augustin oieniionnele mèiue usage et en recom- 
mande l:i p. atique. Au sixième siècle, l'usage 
d'alTecter lies fonds au luminaire sacré était 
devenu ui.e rèiile inviolable de la iiiscipline 
«cclésiastique, tellement qu'il n'était pas per- 
mis de liàtir une église sans avoir pourvu d'abord 
aux diqienses ilu luminaire. Cette règle était 
même eiilrce daiis le code des lois de l'empereur 
romain; les JSucelles i]e Justinien fn font foi. Le 
pontificat romain, qui a renouvelé cette loi, la 
siinctionne du poids de son autorité. Il y a plus, 
cette iibliuiition est si grave, que, vu le cas 
dimposs.Liidté d'entretenir une lampe conti- 
nuellement allumée, on ne doit pas conserver 
le Saiiil-Sacrement, Pas de lampe allumée, pas 
de réserve, disent les •Jf'crets. Le Saint-Père lui- 
même a déclaré à plusieurs reprises, non-seu- 
lement qu il ne voulait accorder aucune dis- 
pense à cet l'gard, mais encore qu'il ne croyait 
.pas avoir le droit d'en accorder, la lumière 
liturgique étant, ;ijoutalt Sa Sainteté, d'insti- 
tution apostolique, bihlicjue et même divine. 
Du reste. Pie IX attache une telle importance 
aux lampes du sanctuaire, qu'il veille lui-même 
el en persoonp, à l'entretien des lampes qui 
brûlent devant le Sniut-Sacrement dans son ora- 
toire privé. Quel exemple pour nous autres 
prêtres, qui sommes, par vocation, les déposi- 
taires de l'honneur de Jésus-Christ et les gar- 
diens ofUciels de son corps très-sacré! 

II. — Quels sont les moyens l'e subvenir aux 
frais qu'occasionne rcotrelien d'uni; lampe? 
D'abord, oisons que ces frais ni^ sont pas con- 
sidérables; io a ."JO francs par an suilisnit lar- 
gement, La dépense de la lampe, non plus que 



celle de l'huila, n'est [las à la charge diî curé; 
mais le ministère de celui-ci consiste à recueil- 
lir les fonds nécessaires pour l'cn'.relien perpé- 
tuel de la lampe sacrée. Saint Liguori dit for- 
mellement que le curé est oldigé de faire ce 
qu'il faut pour que, dans les églises de sa dépen- 
dance, la sainte Eucharistie soit conservée avec 
une lampe perpétuellement allumée, jour et 
nuit, et cela sous peine de péché mortel. Qu'on 
remarque ces paroles : Il est obligé de faire ci 
qu'il faut, tenetur curare ut... 11 n'est pas dit : 
Il est obliLîé de fournir la lampe i-t de l'entre- 
tenir à ses dépens. Il n'y a donc aucun d.oute 
sur cette proposition : c'est au eu; é, chargé par 
office de donner la sainte communion, qu'in- 
combe le soin de conserver la sainte Eucharis- 
tie avec tout l'honneur qui lui est dû, et, par 
conséquent, de faire exécuter la loi de l'Eglise 
touchant la lampe perpétuellement allumée 
devant le saint tabernacle. 

Or, qUi Is moyens sont à la disposition du 
curé pour subvenir aux frais qu'entrain'; l'en- 
tretien de la lampe du Saint-Sacrement? Pre- 
mièrement la loi, car, d'après le déciet de 180!), 
art. 37, i.i fabrique doit fournir tout ce qui est 
néi-essaire pour les frais du culte, et, entre autres 
choses, il est dit qu'elle doit fournir le luminai: e 
dans lequel est bien certainement comprise la 
lam[ie du Saiot-Sacrement. Le second moyen, 
c'est d'établir, si on le peut, une confrérie du 
Saint-Sacrement, qui serait chargée l'.e pourvoir 
aux dépenses des lampes saci ces. Celle confré- 
rie existe dans beaucoup d'é.;^lises. 

Le troisième moyen est ceaii des quêtes et 
des cotisations; ce moyen est ancien dans 
l'Eulise. L'apotre saint Paul dit que les quêtes 
étaient eu usage parmi les premi»:!rs fidèles; il 
les recommande vivement dans ses épitres. Les 
congrégations romaines les ont aussi conseillées 
plus d'une fois. « Que si les reveims de la con- 
« frérie, ont-elles dit, ne suffisent pas, qu'on 
« établisse un questeur ou collecteur d'au- 
« mônes : Insliluatur quaslor, vel collector elee- 
« mosynarum. » Monseigneur de Ségur indique 
des moyens semblables dans le (lassage sui- 
vant : « Dans les paroisses pauvies, dit-il, où 
(I le prêtre [leut à peine suffire, avec son mo- 
« dique traitement, aux besoins les plus urgents 
« des malheureux et aux siens propres, poui- 
<i quoi quelques pieuses femmes ne formeraient- 
« elles pas une petite association, pour l'entre- 
« tien de la lampe du Saint-Sacrement dans 
« leur église? L'une apporterait un peu d'huile, 
<i une autre quelques mèches ou veilleuses, 
«1 etc., la principale personne de l'association 
« recui'illerait les petites cotisations même les 
« plus minimes, qui feraient de cette petite 
« œuvre, l'ieuvre de tous, l'œuvre du pauvre, 
« plus encore que du riche, l'œuvre des petits 



LA SEMAINE DU CLERGE 



1387 



« enfants oiix-mômes. Et le lion eiiré verrait 
(I avec bonhiHir ;os paroissiens lui v.nir en 
« aid', p^r celle action .«i simple et si sainte 
« tout à la fois. Bienlôt, sans aucun doute, de 
M i;ra"des bém-rlictions accorapagnernient ces 
« servantes du Sainl-Sacrcment, rt la rel gion 
« refleurirait dans des pays qui semlilent .ihnn- 
« donnés (!■' Dieu.» L»; Souverain-Pontife a dai- 
gné enrichir d'une indulgence de sept années 
tous le- actes de piété, quels qu'ils soient, par 
lesquels les fidèles coopéreraient à cet entre- 
tien. .\insi la pauvri' femme, le pauvr- ouvrier, 
qui, ne pinivan;, faire ]ilus, (ionni'r.ii'Mit leur 
Koutte d'Iuiil-, leur sou. leur centime, pour 
honorer le tro^-siiint Sacrement, pourraient dé- 
sormais gagm^r la gr;\ce si précieuse do l'indul- 
gence. 

Un quatrième moyen, c'est l'économie, la 
modération lians la décoration des églises. Que 
d'argent ilêpensi' s-iuvent en ornoracntation de 
mauvais '.;oût, en innovations ridicules et con- 
traires aux tr iililious liturgiques! Depuis quel- 
ques aimées, dit encore Mgr d" Ségur, qne de 
dépenses pour riches bannières, slaUies colos- 
sales, chandeliers splendides, belles chapes, 
belles étoles! etc... "Tout cela est fort bi«n et 
peut servir à la majesté du culte divin ; mais 
un peu plus de modération dans les dépenses 
qui ne sont pas nécessaires, et l'on trouvera le 
moyen d'obéir à nn précepte formel, plus im- 
portant cent fois que toutes ces choses : un peu 
plus de modération dans ce que le monde malin 
appelle souvent lu^e ou vanité, et l'on aura 
facilement de quoi entretenir une lampe. Il 
parait que Pie IX. étonné de recevoir de la 
France des <lem:indes de dispenses pour l'en- 
tretien des lampes du Saint-Sacrement, se serait 
écrié : « Je ne comprends pas les Fi;u)çais, ils 
c ont de l'argent pour toutes les bonnes œuvres, 
t il n'y a que pour la lampe du sanctuaire qu'ils 
« en manquent. ./ P(ii3sent ces paroles de Pie IX 
exciter la [lieuse générosité des fidèles vers ce 
point peut-être trop peu estimé par eux; il ne 
sera pas difficile de susciter quelques dons en 
faveur de l'éclairage de la lampe, en expliquant 
aux fidèles l'obligation et les raisons de tenir 
cette lampe continuellement allumée. Je connais 
l'exemple d'une personne qui, à la suite d'une 
exhortation de ce genre, fit à la fabrique la 
fondation d'une rente perpétuelle de 30 francs 
pour l'entretien de la lampe. 

Enlin, un cinquième moyen consiste dans 
VŒuvre des lampes du Saint -Sacrement, établie 
à Paris, sous la direction de Mgr de Ségur, et la 
p^résidence de Mme de Mauroy, fondatrice de 
l'association (I). Cette oeuvre admirable, dont 

1. Animée d'un dévouement sans bernes, et d'un grand 
•mour pour Notre-Seifrneur, cette pieuse dame consacre & 
a sainte Eucharistie toute son existence et toute sa for- 
mule 



le Saint-Père lui-même a provoqué l'établisse- 
ment afin de venir en aide à la pénurie des 
fabriques, fonctionne depuis 1853. Elle a pour 
but spécial de fournir gratuitement des lamp"s 
aux églises pauvtes, et de, faire rendre à la 
sainte Eucharistie les honneurs qui lui sont 
dus. Le 23 mars ISrio, le Souverain-Pontife 
eni'ichit la pieuse association de plusieurs indul- 
gences précieuses, h'après um- lettre récente de 
Mgr de Ségnr, celte œuvre, qui a son siège à 
Paris, rue B lyen, 25 b s. a fait riillurner plus 
de trente mille lamjies, et elle en a déjà donné 
à plus de hait mille églises, mais avec la condi- 
tion expresse que hi lampe sera toujours allu- 
mée, et qu'on se conformera aux prescriptions 
liiuriiiques [lour li. iiatisr' de l'huile, en n'y 
bi'ùlant jamais de pétnde.Ces la:iip!;s en cuivre 
verni sont d'une forme très-gr.icieuse et elles 
port"nt celte ins ■ri]!tic)n : Lumen sanctum ado- 
ralioiiis et reparatiunis. 

Il n'est donc plus permis d'alléguer la raison 
de [>auvreté |iour se dispenser d'allumer la 
lampe dn sinctu lire; enc>)rc moins cette pré- 
tendue crainte des voleurs, mise quelquefois en 
avant, pour se donner le droit d'éteindre pen- 
dant la nuit, au moins, le luminaire sacré. 
L'Eglise sait qu'il existe partout et toujours des 
voleurs, et cependant elle ordonne de tenir la 
lampe toujours allumée, perpétua die noctuque. 
Serons-nous plus scrupuleux que l'Eglise elle- 
même, et noua est-il permis de lui désobéir, 
pour sauvegarder mieux qu'elle ne le sait faire 
l'honneur du sacremeot de Jésus-Christ. 

Il est d'ailleurs remarquable que, sinon 
toutes, du moins presque toutes les églises qui 
ont été volées dans ces derniènis années, n'a- 
vaient pas de lampe allumée devant le taber- 
nacle. A cause de ces vols, on a coutume, dans 
certaines grandes villes, de porter à la chute 
du jour, le Saint-Sacrement dans la sacristie. 
En ce cas, on éteint la lampe du chœur : mais 
on en doit allumer une autre dans la sacristie 
devant la sainte réserve. 

Mais alors comment se fait-il que, malgré la 
gravité de cette obligation et tous les moyens 
indiqués pour y satisfciire, on trouve encore le 
Saint-Sacrement sans lumière dans beaucoup 
d'églises de campagne? Voici comment les 
choses se passent ordinairement. 

En venant à l'église le matin, le sacristain ou 
le sonneur de la paroisse trouve presque toujours 
la lampe éteinte; il la rallume scrupuleu.-ement 
avec la certitude qu'elle s'éteindra de nouveau, 
et, les messes terminées, il s'en va avec la satis- 
faction d'avoir accompli son devoir sans s'in- 
quiéter si la lampe est dans les conditions vou- 
lues pour brûler conliuuellemenl. L'huile étant 
mal épurée et de mauvaise qualité, ou les 
mèches éventées, la lumière dure à peine quel- 



1388 

ques heures. Ce n'est, pas ma faiiln, dil-il, je 
l'allume tons les matins, mais l'iuiile ne vaut 
rieu, etc.... Et il se croit eu sùreLc di* cons- 
cience. Or, c 'e^t au curé qu'incumho le soin de 
veiller à roNéeulion de celle loi, et de prendre 
t»us IfS moyens pour que la lampe hrûle conli- 
nueilemenl : curare ^e/ie'îw, dit saint Liguori, ut 
mcli'U'istia conservetvr cum Iwnine die an nocte 
ttcccnso, et guiSem Siib cu/pa (jravi. C'est le cuié 
en personne i|ue le Rituel rtimaiu et les statuts 
diocésains chargent de ce soin. Il peut mettre 
quelqu'un à sa place; mais il ^ioit veiller a ce 
que son supplé.ûit s'acquitte l)icn de la tâche 
qni lui est confiée, et, s'il y a négli;^'cncc, c'est 
le curé qui sera responsable devant Dieu. Saint 
Liguori dit encore que si, par une négligence 
cou|iab!e et grave tlu prêtre à qui ce soin est 
confié, la lumière cesse de brûler devant l'ado- 
rable Sacrement, pendant un jour entier ou 
pendant quelqu-,s nuits, il y a pi:h: morlel. 
(Lib. VI, de Euch., n" 224.) La raison de cette 
sévérité tient à la fin de la loi. et au but qu'elle 
se propose. Cette fin, c'est ae rendre honncurà 
la présence de Ji>sus-Christ dan? l'Eucharistie. 
Dou''., négliger d'entretenir une lumière devant 
le tabernacle, pour indiquer que là -ôside le 
Roi des rois, c'est négliger d'honorer Jésus- 
Christ dans sou sacrement; c'est le priver des 
témoignages d'honneur et de respect qui lui 
sont dus, et l'on comprend facilemeuï. que cette 
négligence devienne une faute grave. C'est 
pourquoi, pour l'acilitcr à nos confrères l'ac- 
complissement de celte prescription liturgique, 
nous leur demandons la permission d'entier 
dans les plus petits détails concernant: 1° la 
nature de l'huile plus ou moins bien épurée, 
son acquisilion, et sa conservation; 2° la pro- 
preté de la lampe et son mode de suspension; 
et 3°, enfin, l'énumération des difiérents systèmes 
de vielleuses ou de mèches employées, toutes 
choses que nous avons étudiées et pratiquées 
pendant longtemps, et avec le soia le plus mi- 
nutieux. 

L'abbé d'Ezerviue. 

curé de Saint-Valérien, 



LA SKMAINE DU CLEIIGÉ 



Droit canonique. 

U QUESTION DES DESSERV'^NTS 

—TROISIÈME SÉRIK — 

(6« article.) 

Nous signalons au lecteur l'argumentation 
suivante extraite encore de l'article de M. l'abbé 
Crai.^son. 

« Depuis un très-grand nombre de siècles. 



nous dit M. Pelletier, presqiie fous le^ curés sont 
inamovibles; et il prétend déduire de là que 
l'amovibililé est coiiliairo aux saints canons. 
Nous disons de noire coté, employant le môme 
raisonnement que lui : toutes les paroisses ou 
presque toutes sont, depuis des siècles, desser- 
vies par lies curés amovibles ou inamovibles. 
Donc l'extinction de pres'jue toutes les pa- 
roisses en France et la subslitulion des simples 
vicaires, en leur lieu et place, eût été une in- 
fraction aaanifeste des saints canons. M. Pel- 
letier trouve-t-il cet argument concluant? » 

M. Pelletier trouve l'argument si peu con- 
cluant qu'il croit devoir faire remarquer à son 
honorable adversaire qu'il joue simplement sur 
les mots et avec les mots. 

Premièrement, ce n'e-t pas sur les faits que 
nous i:ous fondons précisément en disant ijue les 
curés doivent être inamovibles, mais bien sur le 
droit; attenda que le principe de l.i stahiliti', 
invoqué d'abord contre les wirés primipuix, 
qui f^;is,iical desservir !••■■. pi^i'iss^'- ;iar -le- >.i- 
caires temporaires, a été considéré comme un 
principe général s'appliquant surtout aux pa- 
roisses indépendantes, e'est-a-dire aux paroisses 
ne relevant [las de curés principaux. 

Secondement, c'est à tort que M. l'abbé Craia- 
son veut, dans son argumenlation, lier en- 
semble l'extinction de> paroisses et la substi- 
tution des simples vicaires. Les deux mesures 
sont profondément distinctes. L'extinction des 
paroisfcs fut prononcée par. le Sain'i-Siége en 
1801, et en même teiups, pouvoir a été donné 
aux nouveaux évèqnes d'en conslituer de nou- 
velles. Les nouvelles sont avec les anciennes 
sans rapport aucun, il était parfaitement loi- 
sible à un évèque, en 1802, de faire une {pa- 
roisse avec deux, trois anciennes, et plus. 

Or, le pouvoir civil n'admelLant dans l'ori- 
gine, qu'une paroisse par justice de paix, avec 
le nombre ne vicaires voulu, les évèqnes 
pouvaient adopter ce système, dans une pre- 
mière organisation, et attendre des jours meil- 
leurs. Ce faisant, ces évèqucs n'étaient en oii- 
position avec aucune loi ecclésiastique. Parler 
de substitution de vîcaires à des curés, c'est 
tout bonnement, nous le répétons, remuer des 
mots. 

Nous regrettons de voir M. l'abbé Cralsson 
recourir au système chéri des gallicans, qui 
consiste à présenter les idées et les piali(|ues 
françaises, comme ayant moins d'inconvé- 
nients et plus d'avantages que l'observalioi 
stricte de la loi. Ecoutons-le : 

« M. Pelletier insistera peut-être eu disant : 
les évêques n'étaient pas autorisés àétablii- des 
parois-es à titulaires amovibles. — Ils n'étaient 
pas non plus autorisés à en ériger ;i titulaires 
inamovibles au-delà du nombre que l'Etat vou- 



LA SEMAINE DU CLKUGE 



i389 



lirait accepter. Oue devaient-ils donc fair.? 
lleuiincer à l'organis ition des pnroisses ou se 
délerinin.T pour lu mes\ire la plus avaiitai;euse 
à l'Eglise'? (l'était donc ce di-rriier parti sans 
diiutc ■lu'il fdkiit préfén.T. M.iii !a mesure la 
plu- avantageiis ■, as:îuri'raeut, ;!e pouvait être 
■pii- le [dus irraii'l norahre dc.s lidèles fussent 
re'i'^ués à des dislances sonvint énormes des 
pasteurs chargés de leur procurer les secours 
relisieiix. Il était bien meilleur de placer près 
d'eux, non pas des vicaires qui ne les auraient 
considérés i]uli co:ume des ouaill. s appartenant 
à autrui, qu'il-s ne pouvaient ::dministrer en 
nom propre, mais île véritab:es pa.-tcurs, aux- 
quels le troupeau appartient, obligés de prier 
pour lui, cl'ollrir pour lui la victime sans luciie, 
devant rcponiirii de son salut devant Dieu. 
Evidemment, c'était bien là la missiou que le 
chef de l'Eglise confiait aux éveques. Or, 
n'est-ce pas ce qu'ils ont réalisé en t-onférant 
des pouvoirs de curés aux titulaires amovibles 
que le gouvernement consentait à admettre? 
Comment oser aiipeler anticanonique une me- 
sure aussi sage, et, vu les circonstances, aussi 
nécessaire? » 

Tout cela c'est du sentiment, ce n'est pas du 
droit. La mission que le chef de l'Eglise con- 
fiait aux évèqnes était déiinie par le droit, 
droit commun, droit concor alaire. Au nom 
du droit commun les évéques devaient éri|^er 
toute? les paroisses en cures inamovibles ; e.i 
vertu du droit concordataire, ils devaient faire 
la circonscri[dion de- panasses de concert avec, 
le gouvernement. Or, pour lîes rai-uns qui 
s'imposaient au gouvernem.'iil lui-même, rai- 
sons qui ne devaient avoir de la force que 
pour un temps, puisqu'elles tenaiei't à la Irans- 
foimation d'un gouvernem ut ho-tilc à la 
religion en un régime meilleur, il fallait que 
les paroisses fussent en petit nombre et que 
leur territoire fut étendu. La ligne était donc 
tracée, il n'y avait plus qu'à la suivre. 

M. Craisson met en relief l'avantage qu'il y 
avait à donner des pouvoirs de curés aux suc- 
cursalistes, alin qu'ils pu;senl régir les âmes 
en leur nom propre. Cet avantage, e:. égard 
aux circonstances, nous semble contestable. 
Quelle était, en 1802, la condition des évé- 
ques? Extrêmement embarrassée. Le clergé, 
que ces évéques avaient pu grouper autour 
d'eux, leur était à peu près inconnu, débris 
de l'ancien clergé séculier, régulier et même 
lonstitutionnel. Le gouvernement voulait, à sa 
manière, faire de la conciliation ; il exigeait 
qu'une large part fût accordée aux prêtres 
assermentés dans la nouvelle organisation. Cela 
étant, la responsabilité des ordinaires se trou- 
vait intéressée à ne donner des pouvoirs de curé 
qu'à des sujets connus, capables, méritants ; 



et, à .-c point de vue, le système de nombreux 
vicaires, exerçant sous la direction des curés, 
avait bien son avantage. Il suffit, d'ailleuis, 
de consulter les annales des diocèses, d'invo- 
quer li'S souvenirs des vieillards, pour afliimer 
que beaucoup de curés amovibles, ainsi imi)ro- 
visés, ont laissé des traces déplorables. Dans 
les anné's qui ont suivi le concordat, les scan- 
dales ont été multipliés. Ces curés, quoique 
amovibbî^, étaient affranchi- de toute surveil- 
lance; leur manière d'être et lie vivre échap- 
pait absolument à l'évéque. Il eut été plus i,ii- 
sonnable de choisir quarante ou cinquante 
cures inspirant toute conliance, et de 1 ur 
donner le nombre de vicaires voulu. Ces vi- 
caires, aux or 1res du curé, eussent été inlL.i- 
ment mieux dirigés, surveilb-s. .Mais, du mo- 
ment que les succursalistes ont et» proclamés 
curés, qu'il a été expliqué que les curés de 
canton n'avaient point à s'ingérer dans leur 
ministère, l'action de ceux-ci est devenue pure- 
ment nominale, au grand dommage de la dis- 
cipline, et, par suite, au détriment des âmes. 
Le système des organiques, c'est-à-dire d'une 
cure par justice de paix, avec des succursales, 
n'en déplaise à M. Craisson. eu cgard aux cir- 
constances, n'était donc [tas si absurde. 

Voici enoor:' un spécimen de l'argumenta- 
tion du canoniste de Valenci'. Nous avons écrit 
que le coucor iat et les letln-s a]iost"liques qui 
s'y rattachent ne contiennent licn louchant les 
curés amovibles. Là dessus, M. l'abbé Craisson 
réplique : « Mais si la célèbre couveniion est 
absolument muette, comment Jl. t^elletier 
peut-il nous trouver tort d'affirmer qu'elle ne 
renferme pas la défense de faire b'S érections 
lui lui paraissent si répréhensibb s?» 

.\ la vérité, la défense d'ériger des paroisses 
à titulaires amovibles n'existe pas en propres 
termes dans le concordat; mais, lorsque, dans 
les lettres apostoliques qui l'accompai;nent, on 
recommande perpétuellement aux évéques de 
procéder, en toutes choses, canoniquement, la 
défense de faire des érections fantaisistes, 
qu'on nous pardonne le mot, est virtuellement 
contenue. 

M. Craisson a la prétention de nous porter 
un coup vigoureux dans les lignes suivantes : 

« M. Pelletier vient de dire qu'on ne peut 
nommer de piano des curés inamovibles, quand 
le titre primordial ne le permet pas. Comment 
donc, à la suite immédiate de ces paroles, 
peut-il nous reprocher d'avoir affirmé que la 
décision du 1" mai 1845 fait obstacle, et qu'il 
ne dépend plus des ordinaires de procéder à 
cette transformation. M. Pellatier ne devrait-il 
pas au moins s'accorder avec lui-même et ne 
pas se contredire dans l'espace de trois i 



LA si:maine du cleucé 



1390 

(luatre lignes, s'il veut qu'on accorde quelque 
contiance à ses assertions (1). » 

N'en déplaise à mon critique, il n'y a pnipt, 
entre les tknis cas, parité complète. M. Crais 
son se persuade que, depuis la réponse du 
Siiint-Siége à l'évèque de Liège, m 1845, un 
évèque na peut, sans induit, transformer une 
succursale en cure inamovible; interprolation, 
selon nous, forcé''. Quoi qu'il en soit, celle opi- 
nion df. sa part n'a qu'un rapport indirect avec 
notre ai'Ermation, savoir qu'un évèque ne peut 
tteplono nommer des curés inamovibles, quand 
le litre primordial ne le permet pas. Pour obte- 
nir une contradiction apparente, il a fallu que 
M. Craisson supprimât les lignes ci-apiès. qui 
duniicnt à nolrn pensée une clarté irrésistible. 
Voici ce q c nous avons écrit : 

« l'iiur ne [lius instituer que des curés ina- 
movibles, dans des paroisses constiluées sous 
le régime de l'amovibilité, il faudrait préala- 
blement ériger à nouveau les cures dites suc- 
cursales, ou, du moins, poser un acte ayant 
].our objet de mettre lesdites [.aroisses sous le 
régime de la perpétuité. On ne peut pas de 
pl/nio nommer ainsi des curés inamovibles, 
quand le titre primordial ne le permet pas (1).» 

Sans doute, M. Craisson et moi, nous disons 
que, l'acte primordial d'érection en cure amovi- 
ble restant intact, on ne peut pas rendre le suc- 
cursaliste inamovible de piano. Mais, en ce qui 
me concerne, j'explique que l'évèque peut faire 
un acte modifiant le titre primordial, tandis 
que M. Craisson estime que l'évèque ne le 
peut pas sans l'autorisation du Saint-Siège; 
voilà ce qui nous répare. Je ne suis donc pas 
en cuiiliadiction avec moi-même. 
[A suic7'e.) 

ViCT. Pelletier, 

chanoine de l'Eglise d'Orléans. 



JURISPRUDENCE CIVILE ECCLÉSIiSTIQUE 

POLICE DU CULTE. 

{Suite.) 

Placement des fidèles. — Banc de l'œuvre. 
— Bancs et chaises. — Chapeues. 

Première question. — Le curé, en vertu de 
son droit de police intérieure, peut-il placei- et dé- 
placer à son gré les bancs de l'église ? 

R. — Le curé a le droit de placer les bancs de 
l'église et de réduire le nombre de places qu'ils 
renferment. Il est juge, en outre, de leur forme, 
de leur longueur, de leur largeur et de leur 
nombre. Toutelois il ne pourrait user arbitrai- 
rement de ce droit, mais seulement pour les 
besoins du culte. Toute difficulté sur ce point 

1. Jl<cu« des iciences eccl., septembre 1S74 — 2.Semain' 
iu Cltrgé, tome IV, p. 208. 



entre le curé et le coLse'l de faluiquc doit être 
déférée à l'évèque. {Décret du 30 déccmhfi- 1809, 
art. 30. — Décision minist . du 18 murs ISIio. — 
An'ét de la cour de cassation du 22 avril t86S. — 
Arrêts du conseil d'Etat du il déceml/re 1827, 
6 juin 18o(i et 14 décembre 1837. — Bulletin 
des lois civiles eccl. iSHS, page 172. — f'-odi; 
alphabétique par Mgr André, tome /, page 44/5 et 
tome II, page 85. — Ravelet. Code manuel des lois 
civiles eccL.'i^' édit., page 166 e/ 194, et Semaine 
du clergé, tome 11, page 128.) Nous pourrions 
encore citer d'autres documents à l'appui de 
celte doctrine : nous nous contenterons de re- 
produire l'rirrèt de la Cour de cassation du 
22 avril ISiS. 
« La Cour, 

« Vu l'article 30 du décret du 30 décembre 
a 1809; l'article 13 du titre II de la loi du 10- 
« 24 août 1790; la loi du 16 fructidor an I il et la 
« loi du 26 pluviôse an VU; 

(( Attendu qu'aux termes de l'article 30 du 
« décret du 30 décembre 1809, le placement des 
« bancs et chaises de l'église ne peut être fait 
« que du consentement du curé ou desservant, 
« sauf le recours à l'évèque; et que cette liis- 
(' piisition s'applique à toutes les modifications 
« que, dans un intérêt d'ordre ou de c.onve- 
a nance, le curé juge à propos d'apporter à ce 
« placement; 

« Attendu que le tribunal civil de Langres, 
« en se déclarant compétent pour prononcer 
a sur la question de savoir si le curé de Domma- 
« rien avait pu. d'accord avec son coiiseil de 
(( fabrique, et eu vertu de son droit de police 
« intérieure, ordonner la suppression d'une 
« place daus un des bancs de son église, cl eu 
c tenant pour non avenue cette décision qui, de- 
a ferée parle défendeur à l'autorité épiscopale, 
avait été aiiprouvée par l'évèque de Langres, 
« s'estattribué un droit qui n'appartenait qu'a 
« l'autorité administrative et que, par là, le 
« tribunal de Langres a excédé les limites de 
« sa compétence et violé les décrets et lois pré- 
« cités; casse le jugement du tribunal de Lan- 
« grès du 3 décembre 1865, etc. » 

Ciintrairement à ce qu'enseignent certains 
auteurs, lorsque le curé use de son droit de 
police, pour raisons plus ou moins graves, les 
concessionnaires de bancs sont admissibles à 
demander des dommages-intérêts pour la jouis- 
sance dont ils sont privés, à moins que, par 
l'acceptation exi^resse de toutes les clauses con- 
tenues dans le cahier des charges, ils se soient 
engagés à ne réclamer aucune iuilemnité dans 
le cas dont il s'agit. Une ordonnance rendue 
au conseil d'Etat, le 31 décembre 1837, autorise 
la fabrique de Sennecy-le-Grandàcontract* un 
emprunt pour indemniser les adjudicataires de 
divers baucs dont les concessions avaient été an- 



I.A SEMAINE DU CLERGÉ 



1391 



Diiléts pour des ilémolilious ci «les chan^emeDts 
àfiiiiedaas l'église. Un autre arrêt ilu conseil 
d'Etatdu l-2décinibrel8J7 ilciide tjiie l'autorité 
judiciaire est seule coinpéti'iile pour iirononcer 
sur les dommages-intérêts dus par la fabrique 
pour inexécution des engagements qu'elle a pris 
vis-à-vis des concessionnaires. (Bulletin des lois 
civil, eccl., 1864, page 136. — Encyclopédie des 
conseils de fabriques par Bost, page i'M.) 

Deuxième question. — Le curé peut-il exiger 
que les personnes déjà placées dans l'église avan- 
cent leurs chaises vers CaxUel, de manière à ce que 
l'église puisse contenir un plus grand nombre de 
fidèlesl 

R. — Celle question ne peut offrir de diffi- 
cultés. Le placement des bancs ou cbaises dans 
l'église ne peut être fait que du consentement 
du curé ou desservant, auquel est dévolue la 
police intérieure du lieu saint, et qui, à ce titre, 
est juge de savoir si telle au telle chaise gêne 
ou uon le service du culte. C'est d'après ses 
indications que toutes les chaises doivent être 
disposées. La faculté conférée ici au curé n'a 
rien d'exorbitant; il en a toujours joui, même 
sous l'ancienne jurisprudence. S'il était admissi- 
ble qu'il en abusàt.ilyauiaitmoyen de faire ré- 
!ormer se.< prescriptions par l'autorité ecclésias- 
tique supérieure, puisque l'article 30 du décret 
du30<1écembre 1809 consacre formellement, en 
laveur des parties dont les droits seraient lésés, 
le recours à l'évêque. [Jousse, Traité du gouver- 
nement des paroisses, page 69. — Lettre ministé- 
rielle du 18 mars 1865. — Arrêt de la cour de 
cassation, 22 avril 1868. — Bulletin des loii 
civiles ecclésiiistiques, \%M,page 210.) 

Troisième quistion. — Le curé peut-il faire 
un règlement portant, par exemple, que, pendant 
les offices, les femmes se/ont placées d'un côté et 
les hommes de F autre'/ 

R. — Le placement des fidèles dans l'inté- 
rieur de l'cglise et pendant les cérémonies re- 
garde exclusivement le curé. Les marguilliers 
n'ont point à iuter\enir, sinon pour veiller à 
l'exécution des prescriptions du pasteur. C'est 
ce qu'il tant iléduire de l'art. 9 de la loi orga- 
nique du 18 germinal an X, de l'art. 30 du 
décret du 30 décembre 1809 et d'un arrêt de la 
Cour de cassation d u 22 juin 1868. En consé- 
quence, le ciiré a le droit d'ordonner que les 
femmes seront, pendant les offices, séparées des 
hommes, sauf, bien entendu, le recours à l'é- 
vêque, de la part de ceux qui croiraient devoir 
se plaindre d'uu semblable règlement (1). 

Quatrième question. — Les fabriciens et mar- 
guilliers d'honneur ont-ils droit à une place parti- 
culière dans l'église? 

I. Journal âet ComeiU de fabriques, année 1843, page 151 
«tKii, page 24. — Bulletin des lois civ.eccl., 1804. page 
ti i imi, page 133 ; lS6y, page 110. 



R. — Lafùrinative n'est pas douteuse. L'art. 
21 du 30 décembre 1809 est ainsi conçu : « Dans 
« les paroisses où il y avait ordinairement des 
« marLjuilliers d'honneur, il pourra en être 
« choisi deux par le Conseil, parmi les princi- 
« paux fonctionnaires publics domiciliés dans 
« la paroisse. Ces marguilliers et tous les mem- 
« bres du Conseil auront une place distinguée 
« dans Céglise. Ce sera le banc de l'œuvre. U 
« sera placé devant la chaire autant que faire 
« se pourra. Le curé ou desservant aura, dans 
« ce banc, la première place toutes les fois qu'il 
« s'y trouvera pendant la prédication. » Lors- 
que, p:ir un motif quelconque, il n'existe pas 
dans une église de b;inc de l'œuvre, les mem- 
bres du Conseil de fabrique n'ont pas le droit 
d'occuper gratuitement dans cette église les 
places qu'ils y choisissent. En ellet, dit M. Bost, 
s'il résulte des termes de l'art. 21 du décret Am 
30 décembre 1809 que le législateur a entendu 
accorder aux fabriciens une place distinguée 
dans l'église, on doit conclure des dispositions 
du même article qu'ils ne peuvent jouir de cette 
feveur que dans le banc de l'œuvre. Lorsque ce 
banc privilégié n'existe pas, on rentre dans le 
droit commun. Il faut toutefois observer que 
s'il Se trouvait dans une partie quelconque de 
Téglise un banc affecté au placement des fabri- 
ciens, ce banc, sous quelque dénomination qu'il 
fût désigné, serait en réahté le banc de l'œuvre. 
Il suffirait même, en l'absence de tout banc, 
d'une rangée de chaises, placées en face de la 
chaire el destinées aux fabriciens, pour que la 
prescription de l'article 21 du décret du 30 dé- 
cembre 1809 fût accomplie. 

Cinquième question. — Le maire a-t-il le 
droit d'occuper dans le banc de l'œuvre une place 
plus distinguée qu'aux assemblées du Conseil de 
fabrique ? 

R. — Cette question doit être résolue néga 
tivemeut. Le maire, dans les assemblées du 
Conseil de fabrique, doit siéger à la gauche du 
pré.sident, le curé ou desservant étant placé 
à droite. La première place, sauf le cas prévu 
par l'art. 2 du décret du 30 décembre 1809 re- 
vient donc, de droit, au président, ce qui ne 
lais--e au maire que la troisième place toutes les 
fois que le curé ou desservant et le président 
du Couseil de fabrique s'y trouvent eu même 
temps que lui. Nous ne saurions comprendre 
pour quels motifs il n'en serait pas ainsi, puis- 
que le maire ne peut invoquer, pour se placer 
au banc de l'œuvre, que sa qualité de labri- 
cien (1). 

Sixième question. — Le curé peut-il fairg 
porter dehors une chaise appartenant à un parti, 
culier, sous prétexte que celui-ci ne pcjje pus 

1. Encyclopédie de» Conseils de fabriques, par Bost, pag9 
14». 



1392 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



mmme il le doit, la taxe fixée par le tarif pour 
l'occKfiatiou de chaque chaise? 

R. — 11 esl hors de doute que les fidèles ne 
peaveut apporter leurs cLai?es daus l'église 
qu'avec le consentement de la fabrique et que, 
quaud cela a lieu, ils ueii doivent p;is moins la 
taxe fixée par le turif pour l'ocLUpation de cha- 
que chaise. C'est pourquoi nous croyons que le 
curé, agissaut comme mandataire de la fa- 
brique, peut, s'ils rel'useiit de payer celte taxe, 
leur faire eulever Lurs chaises pour les porter 
dehors. Mais ce moyeu, quelque légal qu'il soit, 
est presque toujours irapralicable. Il vaudrait 
mieux empêcher l'inlniduclion de ces chaises 
dans l'éghse ou bien, dans le cas où elle a eu 
iieu, poursuivie les personues récalcitrantes de- 
vant le juge de paix (1). 

Septième question. — La fabrique gui loue les 
chaisef de l'église par rangs a-t-elle le droit d'ixi- 
truduire, dam. le courant de l'année, un nouveau 
rang de chaises dans les rangs loues? 

R. . — Nul ,ne conteste à la fabrique le droit 
d'auf;meutei:, dans le courant de l'année, Ip 
nombre deschaises dans l'église. Toutefois cette 
augmentation doit être faite de façon que ceux 
qui ont loué des places dans .uu ordre et dafls 
un emplacemerit déterminés n'aient point à 
souffrir de cette mesure. J^a fabrique qui, après 
avoir loué les chaises des divers rangs par ele 
établis, introduirait, au milieu de l'année, uw 
nouveau rang après le pi emier, le second ou 
le troisième, etc., changerait nécessairement la 
position des coucessiounaircs qui occupaient les 
rangs inférieurs. Cette modification apportée à 
la jouissance de ces ilcrniers serait sans doute 
peu inipcnlante. Quaud on a .trois ou quatre 
peisounes devant soi, il est à peu près indif- 
lereutd'en avoir cinq; muis il suffit qu'on ait 
loue dans d'autres conditions pour que les lo- 
cataires aient le droit de se plaindre. Nous pen- 
sons donc que la fabrique doit s'absteair d'in- 
troduire un nouveau rang de chaises au milieu 
des raugs loués, pour ne point susciter les ré- 
clamations des locataires, et qu'elle doit se bor- 
ner à placer ces nouvelles chaises après les 
derniers rangs, en attendant l'expiration de 
l'année. 

Huitième questiou. — Le curé ou les fabri- 
ciens jtourraient-ils obi ger les concessionnaires 
d'un banc à se placer ailleurs, mais à un autre 
banc, parce que, derrière celui qu'ils occupent ac- 
tuellement, il n'y a plus assez de place pour les en- 
fants de l'école? 

R. — Si les concessionnaires sont en posses- 
sion de leurs baucs en vertu d'un titre régu- 
lier, ni le curé ni la fabrique ne peuvent les 

l. PscUioni mirtist., 3 décembre 1854 et 30 juillet 1868. 

— Journal des fabriqua, 1866, page 272; 1872, page 92. 

— liulteUii des loù civ. e<:cl.., 1856, page 226. — Cours al- 
phaAAi'gue, etc., par Mgr André, tome II, p. 8i. 



obliger à se placer ailleurs, mais ils peuvent dis- 
poser autour du banc concéilé autant de chaises 
ou autres sièges que cela est nécessaire, alors 
même qu'il en devrait résulter quelque encom- 
brement pour lus concessionnaires. Si la fa- 
brique est tenue de respecler les droits acquis, 
elle n'est pas moins obligée de pourvoir au 
placement de tous les fidèles (1). 

Neuvième question. — Le curé a-t-il la dis- 
position exclusive du chceur (ii) île telle sorte qu'il 
puisse s'opposer à la location que la fabrique vou- 
drait faire de plusieurs bancs qui y sont placés ? 

R. — Le curé a le droit de présider au place- 
ment des banc* dans l'inlérieui- de l'église; 
mais, quand ce placement a eu lieu d'une ma- 
nièri' régulière, il est imposàiihle d'admettre 
qu'il |)nisse arbitrairement empècln^rlafalirique 
d'où opérer la location. Comme le font tiès- 
sagement remarquer les auteurs, aucun article 
réglementaire, même dans le droit ancien, ne 
paraît justifier cette prétention. Au contraire, la 
concession de toutes les places aou occupées .par 
le clergé doit protiter :\ îa fabrique, d'après l'art. 
36 du déciet du 30 décemhie 1809. il est feule- 
ment à obsei'ver ((ue. conformément à l'art. 30 
du même décret, le cure doit élire consulté 
toutes les fois qu'il s'agit de la di.slribuliou des 
places dans l'église, sauf recours à l'cvêque (3). 

Dixième question. — Le curé ou desservant 
peut-il, de son autorité privée, faire la concession 
d'un banc ou d'une place quelconque dans son 
église, jnoyennant une rente annuelle au profil de 
cette égli<e'? 

R. — Cette question est résolue négativement 
par les termes mêmes de la loi d'après laquelle 
aucune concession de bancs ou de [)laces daus 
l'église ne peut être faiie que par le Conseil de 
fabrique sur le rapport du bureau des marguil- 
liers (4). 

Onzième question. — Le concessionnaire d'un 
banc a-t-il le droit de fermer ce banc à clef! 

R. — A moins de conventions contraires et 
stipulées expressément, le concessionnaire d'un 
banc ne peut fermer ce banc à clef, ni délendre 
au curé d'y iaire placer, hors le temps des of- 
fices, les eijfants du catéchisme, les membres 
d'une confrérie, etc., etc. Nous ne parlons ici 
que des eoncessiounaires à titre onéreux et uou 
des concessionnaires donateurs ou hieufaiteurs 
auxquels l'art. 72 du décret du 30 décembre 
1809 confère des droits bien détermines (5). 

1. ItaUelin des lais civ. eccl,, 1867, pa^e 287. — 2. Il est 
iraj^ortant de ne pas confondre le chœur avec le sanc- 
tuaire — 3. Bulletin lies lois civ. eccl , l8C5,page 101. — 
4. Décret du 30 décembre 1809. art. 68. 09 et 7C. — 
Journal des (abriiims, 1835. page 255. — En yclopédie des 
CoiiseiU de fairiq^'ts, par Bûst, page 285. — 5. tournai dtt 
Conseils de labriques, UûO Jiftge,351 ; 1870, page 192.— flut 
Min de» lois civ. eecl., 1867, page 222. 



LA SEMAINE DU CLERUË 



un 



Doiuit''me qtipslion. — Le cuir fieui->il oùli- 
ger une famille qui a obtenu la comeasion d'une 
chaiieile. <'n vertu de l'art. 72 du décret du 30 
décembre i8(;9. à y tai'<.<er entrer un certain nom- 
bre de persunnef, si féf/lute est triip petite? 

R. — 1>t! eniice«sionuaire ilouiti'nr ou bien- 
taiteur a (lioit a l'usiige exclusif An sa chapelle 
eu vertu An l'art. 72 du ilccret «lu 30 décembre 
480'J. Il peut en garder la clet. Aujourd'hui tous 
les auteurs sont d'accord sur ce point. Toutefois 
MgrAlTre admet, avec raison, un cas où le con- 
eessiouuaiie [loutrait être contraint à laisser 
entrer daus sa chapelle d'autres personnes, ce 
serait celui où la cliapelle occuperait un espace 
trop considérable pour rpie tons l"s pnrolssiens 
pusseut assister aux oltices (i). Toute riiffioulté 
sur ce pojal pourr.dt être dél'érée à l'évéïjue 
et au préfet, et, en e.i- lie 'lésareoril entre ces 
deu:: iiutorilës, au ministre des cultes. 

(A suivre.) H. Fédou, 

curé de Labastidetto (diccèse de Toulouse). 



Biograp h i« 



LE PÈRE ACHILLE SUiDÉE 

DE LA. COMPAlGME UE JFSU.S. 

{Suite.) 

La maison ne devait être ni un séminaire, 
ni un pensionnat, mais seulement un établis- 
sement ouvert à di- jennes ecclésiastiques en- 
voy s pai- leurs évèques ; ces «unes gens 
devaient suivre ■les cours àt la Fa -ulté et du 
Odlege «le France, pnis recevoir des ré.péttions 
intm mwot. Le miBi-tre ViUemain ac(?ueiilit le 
prosramme; mais le conseil de l'inslrnction 
publique fut moine favoruble. Sur l'avis du 
chef du cabinet du mi: isire de l'intérieur, on 
se passa d'autorisation et la maison fut ouverte; 
mais, soit faute de sujets, sot faute de res- 
source-, les évèques n'envoyèrent pas d'élèves; 
rétablissement n'en compta jamais plu i de 
quinze, ne fit guère que végéter et excit < 
lombrage du gouvernement jusqu'à l'époque 
de sa fermeture en 1845. 

Saint-.\cheul n'en fut pas qnitie a si Don 
compte. Depuis lî<32, il avait été relevé peu à 
peu, grâce aux soins du Père Guidée comme 
^ocixts et comme provjncial. En 1837, outre les 
.lères de la résidence, il abritait les pères du 
iroisiéme an, un covicial et un Ibéologat : 
c'était plus qu'il n'en faut pour offusquer les 
regards malveillants. Saint - Acheul fut dé- 
noocé comme association illicite et école ou- 

I . Traiii i» l'aiminitiratioi liimofUt di$ paretMW 
!■• édit., page 39. 



verte illégalement. Par deux lettres impératives 
le ministre Persil, digne exécuteur des hautes 
œuvres universitaires, somma l'éxèqued'Amieas 
de fermer Saint - Acheul. L'évêque, Mgr de 
Cliabons, outré de ces réiiuisil.on- impérieuses, 
se défendit et traîna l'affaire eu louitueur, pour 
que la chute du ministre rendît un | eu de caliue 
à la maison menacée. Sur ces entrefaites, il y 
eut, à Saiut-AclieuJ, soutenance solenur lli- de 
thèses thé(dngique,=, et, voyez vous ces abomi- 
naijles jé-uite.-. de tlieses coutrele irallicanisme. 
De niiiivelle-; ir ica>serie8 furenldonconlonnées 
contre cet odieux et toujours renaiss.iut S ûul- 
Acheul. Visites, enquêtes, ini|ni-iiions, perqui- 
sitiôus recommencèrent de plus bel)'', niais, 
comme toujours, sans résultat : le préfet de la 
Somme était obligé d'avouer lui-même qu'il 
tronviiit les jésuites à cheval .~ur la li-galité. 
Le relentisseuient de cette affaire eu fut, toute- 
fois, le résultai lo plus fâcheux, car il sembla 
dorinor l'éveil à tous les ennemis de la Coinpa- 
giiie. De toale- parts, arrivèrent, au gouverne- 
ment, les déuonciatiiuis les plus violentes contre 
les jésuites. L^s j'urnaux sonnèrent le toi^in, 
comme si l:i Fratce eût été en péiil. Cousin et 
Tliiers montèrent à la tribune pour étaler, l'un 
cetle f .ible.-s- d'esprit dont il a donné tant de 
preuves, l'autre celte habileté sans (uincipes et 
parfois sans conscience avec laquelle il poursuit 
le succès. Les jésuites, les jésuites! il n'y eut 
plus d'autre cri, plus d'autre aQaire. 

« Est-ce bien -sérieusement, demandait à ce 
proi'os le Journal dis Débots du 4 janvier 1839, 
que l'on redoute aujourd'Juii les empiétements 
religieux et le retour de la douainaliou cléricale? 
Quoi 1 oniis sommes les disciples du siècle qui a 
donné Voltaire au moude, et nous craignons 
les jé-uitesl 

» Nous vivons dans un pays où la liberté de 
la presse met le pouvoir ecclésiastique à la 
merci du premier lutteur venu qui sait tenir 
une plume et nous craignons les jésuites ! 

» Nous vivons dans un siècle où l'incrédulité 
et le septicisme coulent à pleins bords ,et nous 
craignons les jésuites! 

Nous sommes catholiques à peine, catho- 
liques de nom, catholiques sans toi, sans pra- 
tique, et l'on nous crie que nous allons tomber 
sous le joug de congrégations ultramontaines ! 

B En vérité, regardons- nous mieux nous- 
mêmes, et sachons mieux qui nous sommes ; 
croyons à la force, à la vei lu de ces libertés dont 
nous sommes si fiers. Grands philosophes que 
nous sommes, croyons au moins à notre philo- 
sophie. iVon, le danger n'est pas ou le signalent 
vos imaginations préoccupées. Vous calomuiez 
le siècle par vos alarmes et vos clameurs pusil- 
lauimes. i 

Dans ces conjoncluxes, la saule du P. GoLdée 



J394 



LA SEMAINE DU CLEUGÉ 



avait un peu fléchi; 1 dut se retirer ii Saiut- 
Aclieul pour y prendre du repos, mais ce repos 
ne fut pas de longue durée, et, recteur à Paris 
de 184:^ à 1846, le P. Guidée se trouva encore 
nne t'ois laucé daus la haute mer. 

Mur Atîre, dont la glorieuse mort couronna 
dignement une sainte vie, eut sans doute tou- 
jours les iutenliins les plus droites ; cependant 
il faut convenir que la droiture de son cœur ne 
préserva pas toujours son esprit de préjugé- peu 
favorables aux ordres religieux et aux jésuites 
en particulier. Les pn'jugés l'inclinaient médio- 
crement à la confiance et l'amenèrent même 
à l'opposition. Par une première mesure, il 
restreignit les pouvoirs des Pères, puis, par une 
seconde, ferma tout à fait leur chapelle. En 
présence de ci'tte mesure, les jésuites furent 
d'avis qu'il fallait mieux quitter Paris que de 
se soumettre. Le prélat, paraît-il, n'avait voulu 
parla que d rober les jésuites aux roups de 
l'opinion, mais leflet ne répondit pas à ses 
intentions. Bientôt le bruit se répandit que les 
jésuites de Paris étaient ou allaient être frappés 
d'interiiit, on que du moins ils ne pourraient 
confesser chez eux : car chacun répétait à sa 
manièri' ce qu'il avait ajqiris de l'ordonnance 
archiépisciipalf ; et, pennant que cette nou- 
velle, inexacte pour une bonne part, contris- 
lait les catholiques, les .i.lversaires de l'Eglise 
»'eu prévalaient comme d'un triomphe. Le P. 
Giiii'c", qui avait larticulièrt'ment connu l'alibé 
AlîVf, vicaire général d'Amiens, s'entremit près 
du |iielat et avait obtenu des adoucissi'ments à 
.'es rigueurs, mais pas sans faire ijuelques sacri- 
fices. Sur un bref improbatif du pape Gré- 
goire X\'l, il révoqua son ordonnance, et la 
paix se lit. iMais la bonne harmonie ne fut pas 
de longue durée. De nouvelles difficultés s'éle- 
vènnt bientôt, en partie à cause du P. de 
Ravignan, en partie à l'occasion de la persé- 
cution de 1845. Au lieu de voir dans la C.oinpa- 
gnie un nrdre n'pandu dans tout l'univers et 
relevant de ses chefs propres, l'archevêque ne 
voyait guère dans la maison de Paris qu'une 
coiigrégatiou isolée de prêtres auxiliaires obli- 
gés Comme tels de consulter l'oidinaire sur 
toulesleursdémarfhes et de suivre su diroL-tion. 
De là des malentendus, des froissemenls iné- 
vitables : de là, les rejioches qu'il aoressaitau 
P. de Ravignan, de là, cette lettre au P. de 
Villefort, où, résumant tous ses griefs et toutes 
ses prétentions, le prélat accuse et se justifie 
tour à tour, et, comme toujours, uièle aux 
reproches les plus pénibles, les témoignages 
non équivoques d'une sincère bienveillance. 
Enfin la paix se rétablit et cette fois pour tou- 
jours. Sur son lit de mort, l'archevêque martyr 
lit porter aux jésuites, avec ses adieux, l'assu- 
rauce de son estime et de sob affection. 



La paix avec l'archevêque n'empêchait pas la 
guerre sur toute la ligne. Au commencement 
de 1845, une brochure intitulée : Dumonopole 
universitaire, par Paul Lainaclie, avait produit 
l'eliet d'une bombe éclatant au milieu Ait l'en- 
nemi. Ajirès un premier moment de stupeur, 
l'épouvante fit place à la colère ; d'un accord 
unanime, la chaire de la Sor bonne, la presse et 
la tribune firent feu de toutes pièces contre ces 
audacieux jésuites, assez clairvoyants pour dé- 
couvrir, assez audacieux pourdévoilerau monde 
les turpitudes du monopole, l'our couler les 
jésuites d'un coup, la haute presse imagina de 
les faire figurer dans une scène fantastique au 
collège d'Oscott, en Angleterre, à l'honneur du 
comte de Chambord. Au moment où l'un des 
élèves, Arthur deClamorgan, disait avec beau- 
coup de feu, dans son accent irlandais : 

Il faut que sur le trône un roi soit élevé 

Qui se souvienne un jour qu'au ranjj de ses ancêtres 

Dieu la fait remonter par la main de ses prêtres.... 

les jésuites français auraient agité vivement 
leurs chapeaux. On avait ensuite chanté : viue 
HewilV; puis, pendant que le 'iuc de Bor- 
deaux était à table, la salle était décorée d'im- 
mortelles, et deux élèves, placés à la porte, 
portaient chacun un pavillon à fleurs de lys. Le 
père Guidée signala ce mensonge à Mgr Wise- 
mann qui répondit par la lettre suivante, aux 
rédacteurs du Moniteur parisien et du Journal 
des Débats. 

H J'ai lu, avec beaucoup de surprise, les dé- 
tails que vous avez donnés dans votre journal 
sur la visite de Mgr le duc de Borderux au 
collège d'Escott, près de Birmingham, que j'ai 
l'honneur de présider, détails que vous si- 
gnalez justement comme curieux. 

« Que ce prince ait bien voulu nous visiter, 
cela ne devrait surprendre personne ; au con- 
traire, s'être borné à inspecter des fabriques de 
fusils ou de boutons, sans s'intéresser aux éta- 
blissements d'éducation, et particulièrement 
d'éducation religieuse, c'eût été donner un dé- 
menti aux principes de sa vie, de sa famille, et, 
j'aime le dire, de sa nation. Et, de l'autre côté, 
qu'il ait reçu un accueil digne de son nom et de 
ses vertus, cela n'a rien non plus d'étonnant ; 
le contraire nous eût déshonoi'és. Voilà donc 
toute la vérité. Au-delà de ces simples faits, 
tout, dans votre récit, est un rêve, une pure 
fiction dont je réclame la pleine rectification. 

1° Le collège est dirigé non par des Pères 
'ésuites, mais par des prêtres séculiers. 

2° Je ne suis pas moi-même membre de cette 
illustre société, et, par conséquent, je n'en suis 
pas le provincial. 

3° Si par ii fils de famille du continent, on 
veut désigner des Français, je puis vous assurer 
qu'il n'y en a peis un seul parmi nus élèves. 



LA SEMAINE DU CLEHCE 



fUfS 



4* On n'a pas récité un seul vers A'Atlialie; on 
t'est borné à lire des conn)ositions en anglais, 
en allemand et en latin. 

5° 11 n\'xiste personne dans notre établisse- 
ment qui s'appelle Arthur de Clamorgan, et je 
n'ai jamais connu ce nom, ni en Irlande, ni en 
Angleterre. 

6" Par conscqnent ai lui, ni personne n'a 
récité les vers que vous «tez d'.4f/ja//e. 

7° Et par suite, ils n'ont pas étp accueillis 
avec enthousiasme par les Pères jésuites. Tout, 
dans cette scène, est imaginaire : l'élève, les 
vers, les jésuites et leurs chapeaux. 

8" La salle n'était pas décorée d'immortelles, 
et il n'y avait pas deux élèves à la porte avec 
drapeaux blams et Heurs de lys. 

9° Vous ajoutez qu'il y avait cinq jésuites 
français. Comme aucun jésuite ne s'y trouvait, 
il n'y en avait aucun de français. » 

Certes, le démenti était catégorique. Mais les 
deux journaux qui avaient malhonnêtement ni- 
venté cette fantasmnfjorie, ne l'avaient pas in- 
ventée pour accueillir un démenti. Le mensonge 
persista par défaut d'insertion et montra l'in- 
signe improbité des ennemis de la Compagnie. 
Ce fut bientôt une autre affaire, le procès 
Afiiiaër. AtTnaër était un fourbe qui s'était em- 
paré, pour en abuser, de la confiance de ces 
jésuites céputés si tins. Une fois au cœur de la 
plac, il déroba, en titre? de r^ ntes, des sommes 
appartenant à plusieuis provinces de l'Institut, 
prinfipali'uient aux mi.-sioiis Dans sa fuii--, il 
fut arrêté et déféré aux assis s rie la Sfine. Alors 
le fripon Se f.iisant victime, inventa contre les 
jé.>iuiles mi système d'imposluresque la presse ac- 
cuei lait comnip autant d'oMcles. Les jésuites, il 
est superllu de li' dire, étaieut innocents; mais 
telle était la faiblessi- du gouvernement et tel 
l'éiiarement deroi)ini(Ui, qu'ils durent craindre, 
non San.- motifs, que 1 inju te acquittement du 
coupable fût moins un désastre financier qu'un 
énormi! scandale pour la France. Un défenseur 
inespéré surfit à la dernière heure ; M. de Tho- 
rigiiy, appelé subitement à remplacer l'avocat 
général, parla avec une consciencieuse intrépi- 
dite. Le 8 avril 1845, Atfitaër fut condamné et 
l'honneur des jésuites vengé aux applaudis- 
sements des gens de bien. 

Mais rien n • devait assouvir les passions. 
C'était le moment où Eugène Sue publiait le 
Juif Errant, oïi Thiers obtenait son fameux 
ordre dn jour du 3 mai 1843, où Guizot enta- 
mail, avec le gouvernement pontifical, par l'in- 
k-rmédiaire de hossi, celte indigne négociation 
qui aboutit juste au moment où Dieu donna, à 
Loui.s-I'hi.ippe et à son mini.stre, une blouse 
pour se sauver en Angleterre. Mais ce que les 
jésuites eurent à soutinr, on le devine; ce qu'il 
fallut, au P, Guidée, de parfaite sagesse en ces 



temps si malheureux, on le comprend Et \'<m. 
comprend mieux encore que le coup de Ior- 
nerre do février n'était lait ni pour rassurer 
beaucoup, ni pour rendre la tâche plus facile. 
(A suivre.) 

Justin Fèthb, 

protonotaire apostoliqa* 



COURRIER DES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES 

UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DANGERS. 

{Suite.) 

Inauguration. 

Au jour fixé, c'est-à-dire le 15 novembre 1873, 
la faculté de droit d'Angers fut ouverte. Cette 
cérémonie, d'un caractère si nouveau, s'est 
faite dans la cathédrale, et a profondément 
impressionné les trois mille personnes qui en 
ont élé témoins. Elle était présidée par Son 
Em. le cardinal Rrossais Saint-Marc, arche- 
vêque de Rennes, avec le concours de NN. SS. 
lesevèques w'Angers, de Laval et du Mans. 
Mgr l'archevêque de Tours, retenu par le pèle- 
rinaite de Saint-Martin, et Mgr l'évêque de 
Lnçon, alors à Rome, s'étaient fuit représenter 
par des délégués. Le recteur, Mgr Sauvé, por- 
tail le costume de prélat i!e la maison de Sa 
Sainteté, et les autres professeurs étaient levé- 
tus de la robe de docteur, avec l'epitogi; de 
soie écarlate à trois rangs d'hermine el la loque 
de velours noir, galonnée d'or. M. !e chanoine 
?ouan, professeur de droit canonique, a pris 
place après le doyen, et portail le costume des 
docteurs de l'université catholique de Louvain. 
Il y avait au chœur environ cinq cents prêtres, 
de l'Anjou, de la Toiiraine, de la Bretagne et 
de la Vendée, et des religieux d'un granrl nom- 
bre d'ordres. Devant le sanctuaire on voyait 
les fondateurs el bienfaiteurs insignes de la 
nouvelle université, ain-i que les autorités ju- 
diciaires, militaires et civiles, qui avaient bien 
voulu faire savoir qu'elles se rendraient à l'invi- 
talion .!e l.i faculté. 

Après- le chant du Vent Creator^ Mgr l'évêque 
du Mans a comm'ncé la messe, et. à l'évangile, 
Mgr Frcppelest monté en chaire. Prenant pour 
texte ces paroles du livre il'Esdras : Surrexe- 
runt principes patrum de Juda et Benjamin, sa- 
cerdutes et tei'tiœ, ut ascenderenl ad adificandum 
templum Domini, universique quierantin circuitu 
adjuverunt monus eorum in substantia , l'émineiit 
orateur en a fait, dans son exorde, la plus sai- 
sissante apfilication à la restauration de l'uni- 
versité d'Angers. Puis il a développé ces deai 
pen>ées : qu'est-ce qu'une université catho- 



f39S 



LA SEMAINE OU CLtKGE 



lîque, et qne devra être,eri particulier.l'univer- 
sité d'Angers. 

L'idée première des universités appailient en 
proi'ie à l'Egli.-e. La sagesse aiitiijue avait pre?- 
s nli cette iuslilution, mais il lui mainjuail une 
doctrine assez puissan'.e et assez sûre d'el:»'- 
nième pour a-seoir toutes lesconnaissancis sur 
une base commune elles relier à leur sommet 
dans un iiitme courcnnnement. L'Eglise, q i 
possède celte doctrine puissante et sûre, n'eut 
pas plutôt triomphé des persécutions, qu'elle 
entreprit la synthèse des sciences et l.;ur déve- 
Icppi'iDcutsur un plan unique. «11 faut que la loi 
devienne savante elque la science reste tidèle.» 
C'est cell.: parole de Clément d'Alexandrie 
qu'on peut considérer comme le germe des uni- 
ver-ilés, lesquelles atteignirent leur complet 
dévelojipeinent dès le tieizième siècle. La foi 
qui cherche l'intelligence, fidesquœn-nninletlec- 
tum, lelie fut la devise du moyen âge cliré- 
lieti. Sa toi n'était pas inactive et fermée à toute 
iuvestigrttion; au contraire, elb marchait et 
avançait indéfiaiment, reculant sans cesse les 
liuiitesdu savoir. Une foi immuable pour busii 
il [icjur règle, une science uminemmi^iit pro- 
gressive, comme objet d'étude et comme bul, 
voilà le principe fondamental des universités 
■alholiques, principe dont l'histoire atteste ;a 
fécondité. 

f'.e principe, nous le ie[ireuODS ai.j.iurd'hui, 
mais avec rintelligcuce des besoins et des con- 
.Htions de notre époqu'*. Nous voulous refaire 
la synthèse des sciences sur uu plan plus vasie 
encore que dans le passé. Seules, les universi- 
tés catholiques peuvent faire cette synthèse, 
parce que seules elles possèdent, avec la vraie 
liberté, l'unité de doctrine et riattilig.'uce des 
tins dernières de la science. L'nûite de doctrine 
fait la force de leur enseignement; ce qui est 
multiple et divisé est nécessairement taible. 
Aussiles universités catholiques nous donneront- 
elles des hommes de principes et de convictions, 
au lieu des hommes de doutes el de comprouiis 
que fournit un ensrii;nemcut sansuai'lé de doc- 
lârine, où le théisme et l'atiiéisiin*, le spiritua- 
lisme et le matériahsme sont mis sur le même 
rang. 

(I Et ne croyez pas. Messieurs, que celte 
unité de doctrine et celte iixilé dans les prin- 
cipes, qui caractérisent les universités catho- 
liques, excluent le moins du monde la liberté 
de la science : bien au contraire, elles la garaa- 
lisseut el la protègent. Ah! sans doute, je le 
sais bien, l'ou voudrait faire accroire que, 
parmi nous, lea sciences humaines seront en- 
liravées dans leur essor, el qu'elles ne pour- 
ront pas se mouvoir librement dans la sphère 
d'activité dévolue à chacune. Mais ce sont là 
ies sophismeii contre lesquels nous protestons 



d'avance et dfi toute l'énergie de notre àme. 
Dans l'université catholique, chaque science 
devra g.irder sa juste liberté^ celle qui lui est 
particulière, ^MStow liOerlatem ; cas le progrès 
ii'e-t [lossible qu'à cette conditioa. C'est ce que 
proclamait naguère le docteur suprême et in- 
faillible de la chrétienté, en parlant de la pins 
haute des sciences humai u'l's, delà p'iilosophie : 
« Elle posfèiie, disait- il, aussi bien ,|U'; ^es 
» autres sciences, le droit d'user de ses prir;- 
» cipes, de sa méthode et des canclusions où 
» elle arrive; ce droit, elle peut l'exercer de 
» fe.çon à ne rien emiwasser qni lui soit élrao- 
« ger, ou qu'elle n'ait ac.i|uis d'elle-même, et 
K selon les conditions qui lai sont iiropres (1). » 
Qu'on ne vienne donc pas prédire que nous 
dénierons jamais à une science quelconque sa 
liberté léniliine. "Vous l'avez entendu de la bou- 
che de Pie IX : chacune a le droit de rester 
sur son terrain, de se gouverner par ses propres 
lois, de choisir la métho le la mieux adaptée à 
son objet; et aus^i longtemps qu'elle se ren- 
ferme tidèlemenl dans le cercle de ses attribu- 
tions, sans porter atteinte à aucune vérité 
certaine, sa liberté demeure intacte el son au- 
tonomie complète. 

» Mais, Mcjssieurs, pas plus que toute autre 
libellé, \i< liberté de la science ne saurait être 
san^ règle et sans frein. Celte règle, ce sont les 
vérités fondamentales que toute science est 
t^'uue de reSjiccter, ces vérités premières qui 
forment le patrimoine du genre humain, qui 
^nt l'héritage des siècles et la base d s socié- 
tés, ces vérités sans lesquelles Q n'y a ni ordre 
moral, ni conscience publique, ni civilisation. 
Cille rèjile souveraine et infaillible, c'est la ré- 
vélation divine, dont nul ne peut dévier sans se 
reuitre coupable du crime de rébellion contre 
l'autorité de Dieu. Et celle règle, il'-ssieurs, 
loin d'être une entrave à la liberté de la 
science, est pour elle un secours el un poiut 
d'appui. Le navigateur voit-il une entrave dans 
la boussole qui l'aide à éviter les écueils et les 
bancs de sable'? Le voyageur qui gravit les 
sommets des Alpes voit-il une entrave dans les 
barrières qui le séparent du précipice? Le dia- 
lecticien voit-il nue barrière dans les règles 
d'Aristote qui l'empècheut de déraisonner? 
L'homme de bien voit-il une entrave dans la 
voix de sa conscience qui le retient sur la 
pente du vice? Plus on a de garanties contre 
1 erreur, plus on est libre; et celui-là conserve 
toute son indépeodance, qui sait se taire l'es- 
clave de la vérité. » 

Un dernier caractère propre aux universités, 
c'e^t qu'elles retient toutes les sciences à leur 
sommet, comme elles les aâermissenl sur leur 

t. Lettre apostolique de Pie IX à l'archeréque de Mu- 
nich, 11 déceiuLre U>i'2 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



1887 



base et les protèf^cul dans leur liberté, u Ra- 
mener à Dieu toute la somme îles sciences 
comme autant de rayons cmanés de l'éternelle 
>ûrité, voilà le thème des universités catholi- 
ques : car il a'en estauuune qui soit élranj^ère 
à la gloire de Dieu ui au bonheur de l'huma- 
nité; c'est leur fin à toutes. Et cette lin ne 
saurait être ijunment terrestre, car l'homme 
lui-même ne ?e termine pas à la terre : il a des 
horizons plus vastes, des perspectives plus 
élevées. Sur ce plan de la création que nous 
embrassons du regard di; la science, Dieu a 
superposé un autre plan plus admirable encore. 
Par delà cet ordre do la nature que nous attei- 
gnons avec DOS seules forces, il y a un autre 
orilre, l'ordre surnaturel avec s;i merveilleuse 
économie de la grâce, de l'incarnaiion, delà 
vie divine, delà vision béatilique. d'sl le sanc- 
tuaire auquel doivent aboutir toutes 1rs scien- 
ces profanes. Voilà pourquoi lu théologie ou la 
science sacrée les prend aux termes do leurs 
eiforts, là ou expire la puissance uaturelle i!e 
l'humaine raison, et, les entraînant à s.i suite, 
elle les rattache entre elles pour les rvîlii-r à 
Dieu comme une chaîne d'or suspendue à l'in- 
fini.» 

Après avoir ainsi exposé l'idée qu'on doit se 
faire des universités catholiques, Mç;r Fiappel a 
dit sur quel plan l'université «l'Angers allait 
être reconstruite. Ce plan ne sera autre que 
celui de l'ancienne université, qui a com- 
mencé précisément par l'enseignement du 
dr it. Le droit est d'ailleurs la première des 
sciences humaines, et tout porte ^urlui. Tindi- 
vidu, la lamille, la société, les natinns, l'Eglise 
eile-raèmo. 

Et s'adressant aux professeurs, l'éminent 
prélat leur indique quel doit être l'esprit de leur 
enseignement. « Appuyés sur la raison et sur 
la foi, leur dit-il, vous apprendrez à vos élèves 
que le droit n'a pas sa source première dans 
l'intérêt, ui dans la force, ni dans les conven- 
tions kumaines, mais qu il a son fo:idcment 
dans la loi éternelle et absolue, telle qu'elle est 
réalisée dans l'inlelligeuce et dans la volonté 
divine, manifestée el appliquée aux créatures 
raisonnables qu'elle doit diriger. Vous leur 
apprendrez qu'il y a un droit essentiel et pri- 
mordial, résultant de la nature même des 
choses, qui domine et gouverne toute législa- 
tion positive. Vous leur apprendrez, le respect 
des lois de leur pays, sans vous interdire la 
liberté de signaler les lacunes et les imperfec- 
tions inhérentes à toute œuvre purement hu- 
maine. Vous leur apprendrez qu'il n'y a pas 
de droit contre le droit, qu'il existe un droit 
divin, émanant de Dieu révélateur et législa- 
teur, contre lequel aucune volonté humaine ne 
MuraU. prévaloir. Sans oublier que la cano* 



niste et le juriste u'opôrcnt pas toujours sur les 
mémos matières ni au même point de vue, 
vous aurez soiu de familiurist-r la jeunesse chré- 
tienne avec cette œuvre monumentale dans 
laquelle l'Eglise a résumé depuis dix-huit siè- 
cles les le(;Dns de l'expérience et les maximes 
de la justice. C'est ainsi que vous éckairersz les 
sommets du droit en même temps que vous 
pénétrerez jusqu'à ses fondements, demandant 
à l'histoire et à la philosophie leurs lumièrer 
réunies, afin de ramener la pratique à la théo- 
rie, et de suivre les p:iiieipes île leur applica- 
tion.» 

Toutefois le droit, si important qu'il soit, 
n'est qu'une branche de la science Nous achè- 
verons notre œuvre en faisant pour les autres 
sciences ce que nous faisons aujourd'hui pour 
le droit. 

Cette œuvre, c'est au profit des familles que 
nous l'avons entreprise, et nous sommes heu- 
reux de dire qu'on nous a compris et que le? 
ressources ne nous manqueront pas. 

En terminant, Mgr Freppel s'est adressé aux 
jeuni's étuiliants, et leur a dit qu'ils .seraient 
constumment l'objet d'une double sollicitude, 
sollicitude pour leur avancement dans la 
science, sollicitude pour leur aflermissenrent 
dans le bien. 

Telles sont les principales idées de ce superbe 
discours. L'assistance, visiblement émue, a 
chanté avec enthousiasme le Credo, tandis que 
Mgr d'Outremont continuait la messe. 

Au moment où se terminait le dernier évan- 
gile, un télégramme, envoyé de Rome par 
Mgr l'évèque de Luçon, faisait connaître que 
le Souverain-Pontife, heureux d'apprendre 
l'inauguration de l'université d'Angers, la 
bénissait de grand cœur. La lecture en fut 
saluée par le chant du verset : Oremus pro pon- 
tifice noslro Pio. 

Ensuite le cardinal et les évêques étant mon- 
tés à l'autel et s' étant assis le visage tourné 
vers le peuple, les pi-ofesseurs s'avancèrent, et, 
à genoux, récitèrent à haute voix, ensemble, la 
u Piofession de foi de Pie IV. » Puis, tour à 
tour et nommément, la main sur le livre des 
Evangiles, chacun d'eux jura de ne rien ensei- 
gner qui soil contraire aux définitions et aux 



doctrines de l'Eglise. 



Quelques jours aupai-aivaut, ils s'étaient réu- 
nis dans une chapelle et avaient fait la sainte 
communion, demandant au Dieu: des sciences 
la lumière, la force et le courage. 

Le chant du Te Deum et la bénédielion pon- 
tificale donnée à, la fois par les quatnei évêques 
ont clos cette solennelle ionetion, d'où date une 
ère nouvelle pour l'enseignement dans les pro- 
vinces de l'Ouest 



J398 



LA SEMAINE DU CLERGE 



Ktut actuel et i>r«niîcrs examens». 

Le rap|iort récemment présenté au Sonat par 
M. l'aris, relativem''nt an pr ijet de loi \V hI- 
flini;tijn,nous fournit, sixr l'uuiversllé d'Angcr?, 
l.'s indicatioDS suivantes : 

Il Le coDS'ùl de la future université libre a 
fait l'acquisition de vastes tenains, au prix de 
500.000 francs. Le devis des constructions, qui 
seront acUevées en octobre 1876, s'elè^e à 
400.000 francs. Pour f;iire face aux déueuses, 
il a éié sousi rit, jusqu'à ce jour, une somme 
de 1,200,000 francs. De plus, le revenu d'un 
capital de 3,000,000 e>t assuré pour le Iraile- 
menl des professeurs et l^s dépenses annuelles.» 

Ajoutons que la faculté des lettres sera orga- 
nisée pour la prochaine rentrée des clnsses, et 
ia faculté des sciences pour rnnnc.- suivaute. 
Ainsi, dans deux ans, Aiigers possédera le 
nombre de facull-és qui donne druit à l'avan- 
tage du jury mixte pour les examens. 

Pendant deux ans, donc, les élèves de la fa- 
culté catholique de droit d'Angers daviont se 
présenter devant les examinateurs de l'Etat. Sur 
32, qui s'y sont présentés cette première année, 
24 ont subi favorablement les épreuves, 47, de- 
vant !a faculté de Paris. Ce résultat n'est certes 
pas fait pour décourager les jeunes gensetleurs 
habiles professeurs. 

P. U'H.^UTERIVE. 



M. CHALLEfylEL-LACOUR 

ET LhîS IMiRES DE L'ÉGLISE. 

Au commencement de la lutte oratoire qui 
vient de se livrer au Sénat français, entre les 
partisans de l'université laïque et les amis des 
universités religieuses, M. Challemel-Lacour 
voulut humilier les Pères de l'Eglise, en vue 
d'exalter les professeurs de l'Etat. Il dit donc, 
ou, pour parler plus juste, il lut à la tribuue 
ce qui va suivre : 

«Aujourd'hui, on accuse l'Université de ma- 
térialisme. Le matérialisme répond à tout. Mais 
où est-il ce matérialisme? Dans combien de 
chaires est-il enseigné? Dans combien de livres 
en découvre-ton les traces? Est-ce qu'on au- 
rait, par hasard, la prétention de nous faire 
croire que 1.^ matérialisme est né d'hier, et que 
c'est l'Université qui l'a inventé? Je ne veux 
pas faire moi-même ce que je rt^proche à d'au- 
tie3, mais il me sera bien permis de dire — car 
c'est une chose que personne n'ignore, — que 
la matérialité de l'âme a été une doctrine ad- 



mise, soutenue, propagée par des Pères de 
l'Eslise. (Kires ironiques à droite.) » 

«En vérité, .Messieurs, je ne sais pas ce qui 
vous lait rire ; je n'ai pas la prétention de vous 
apporter une découverte. Ce que je dis là se 
trouve dans bien des livres; cela est tout au 
long chez des historiens que vous ne soupçon- 
nerez pas d'avoir du penchant pour les mau- 
vaises doctrines. M. Guizot affirme que cette 
doctrine a été la plus n'pandue au premier siè- 
cle, qirelle a dorainéjusqu'au troisième siècle, 
et il cite à l'appui de son affirmation des textes 
nombreux, qu'il aurait pu multiplier indéfi- 
niment. (Bruit et interruptions à droite.) o 

Tel est, d'après le Jowtial officie! du 19 
juillet 1876, le texte intégral de l'accusation 
portée solennellement contre la doctrine des 
premiers Pères de l'Eglise, par M. Challemel- 
Lacour, détenseur de l'Université. 

Bien que la majorité de nos sénateurs ait fait 
justice de ces allégations assez iuvrais -mblables 
pour être accueillies d'un sourire ironique, et 
trop odieuse- pour ne pas mériter l'anathème 
des interruptions, il ne nous semble point inu- 
tile de justitier l'attitude de notre honorable 
assemblée, et de décliner les raisons sur les- 
quelles elle a basé son verdict de réprobation. 

Nous verrons, dans cette étude brève et im- 
partiale, que l'Université de l'Etat traite asse« 
légèrement toutes les questions pii touchent 
au catholicisme; qu'elle iuvoque presque tou- 
jours, à l'appui de ses systèmes, les livres 
d'hommes ennemis de la raison ou de la foi; 
qu'elle ne tient aucun compte des réponses que 
nos écrivains ont faites de tout temps aux ob- 
jections de l'hérésie ou de l'incréiiulité ; qu'elle 
s'immobilise dans l'erreur, au lieu de se mettre 
au courant des nombreuses découvertes que nos 
historiens modernes ont faites, depuis (pielques 
années, sur le terrain des origines de l'Eglise; 
et, enfin, qu'elle prétend, sans le moimlrc titre, 
au monopole exclusif de la vraie science. 

Afin de procéder avec ordre, nous examine- 
rons d'abord quelle est la source où l'on puise, 
contre les Pères des premiers siècles, le grave 
reproche d'avoir admis, soutenu et propagé la 
doctrine de la matérialité de lame; ensuite 
nous nous demanderons si un pareil grief au- 
rait du moins pour lui une ombre de vraisem- 
blance ; et, finalement, nous discuterons les 
passages que nos adversaires mettent en avant 
pour etayer leur dire. 

1. — Ce n'est pas à M. Challemel-Lacour que 
revient la gloire d'apjiDrter cette découverte : 
que l'erreur du matérialisme a été la plus ré- 
pandue chez les docteurs de i'E^'lise, au pre- 
mier siècle de l'ère nouvelle, et qu'elle a dominé 
jusqu'au troisième siècle. Non : l- professeur 
universitaire avoue très-humblement t^ue per- 
sonne n'ignore cette chose. 



LA SEMAINE DU CLERC£ 



13H 



Pour combattre ses rivaux, il einiofse l'ar- 
nmrii de M. Guizot, le protestant, dont nos 
sénateurs ne peuvent, dit-il, soupçonner l'or- 
thodoxie catholique. 

Nous n'avons pas sons les yeux le texte de 
M. Guizot, que nous serions heureux de lire et 
de relire. Mais nous avons lieu de uous conso- 
ler de noire peine, en songeant que l'illustre 
éi-riviiin n'a point formulé, en première ins- 
tance, un grief, qu'à l'exemple de M. Challe- 
luel-Lacour, il se contenta d'enregistrer dans 
S; s sou->nirs. 

Ll-s (iliilosophes du xvm* siècle s'enrùièreut 
presque tous sous le drapeau du matérialisme; 
c'élait, à leur jugement, le meilleure moyen 
d'en finir avec le catholicisme, qui est la pre- 
mière écoli! de spiritualité. Toutefois, comme 
leur doctrine prenait mal, au seio de la France 
eucore inondée des lumières du règne si reli- 
gieux de Louis XIV, ils se virent dans l'obliga- 
tion de donner à leurs utopies nouvelles uu 
certain vernis d'antiquité. Ils prétendirent 
donc que le dogme de la spiritualité de l'àme 
remontait seulement à l'époque de Descartes, 
qui, le premier, aurait distingué le principe 
pensant de la matière. L'ancienne [ihilosupliie 
et l'Eglise primitive, au contraire, rei;ard;iient 
notre àmc comme une matière plus déliée, plus 
subtile que celle des corps. 

« Telle était, disaient-ils, l'opinion constante 
des premiers l'ères de l'Eglise. Titien, Tliéo- 
phile, saint Irénée, Tertullien, Origène, Ar- 
nobe, Laclaoce enseignent nettement la ma- 
térialité de l'àme. Saint Justin, Athénagore, 
Clément d'Alexandrie avaient si peu l'idée de 
substance spirituelle, qu'ils disaient que les 
enfants de Dieu, qui, avant le déluge, avaient 
eu commerce avec les filles des hommes, 
étaient des anges. Saint Hilaire dit positive- 
ment qu'il n'y a rien, soit dans le ciel soit sur 
la terre, soit visible, soit invisilde, qui ne soit 
corporel ; et que les âmes, soit dans le curps, 
soil hors du corps, ont cependant, par leur na- 
ture, une substance corporelle. Saint .\mbroise 
déclare en propres termes, que nous ne con- 
naissons rien que de matériel, excepté la sainte 
et vénérable 'l'rinité, qui seule est pure et 
simple, et d'une nature exempte de tout mé- 
lange. 1) 

Tel e-t le résumé des objections philosophi- 
ques formulées contre les Pères de l'Eglise, à 
l'époque où le cardinal de La Luzerne, évêque 
de Langres, composait sa dissertation sur la 
spiritualité de lame. 

Mais un autre polémiste chrétien nous ap- 
prend que les incrédules français sont ici, 
comme souvent ailleurs, les simples échos des 
protestants d'Allemagne. En effet, Beausobre, en 
son histoire des Manichéens, suppose, à la dé- 



charge de ces hérétiques, que les Pères de l'E- 
glise concevaient eux-mêmes la nature divine 
comme une lumière subtile, mais touttXjis cojf- 
porelle; qu'ils voyaient, dans notre âme, une 
émanation du dieu matériel, et par là même uu 
corps (Bcrgier Diciion. de T/iéoL, art. Esprit,. 
âme). 

Nous connaissons maintenant les sources d» 
la doctrine de M. Challemel-Lacour et de 
M. Guizot. Ce dernier, qui eut le double mal- 
heur d'être élevé dans les écoles du philoso» 
phisme, et dans les temples de la réioraie, n'a. 
pas eu sans doute, malgré toute la persnicaoité 
de son génie, toute la force qui lui étaiT néces- 
saire pour secouer ce préjugé qui lia, venait à 
la fois cle son instruction universitaire et de 
son éducation protestante. Et, cependant, il 
semble qu'il aurait pu le faire, vu l'invraisem- 
bliince de l'accusation dressée contre la mé- 
moire de nos savants et saints docteu» de la 
primitive Eglise. 

II. — Effectivement, dans l'hypothèse que 
les premiers Pères eussent adopté la doctaÉie 
humiliante du matérialisme de notre Mne, je 
ne puis m'expliquer ni l'ignorance du passé, ni 
la science du prc^ent. 

L'Ecriture entière nous représente l'homme 
comme étant une intelligence servie par des 
organes. Aux premières pages de la Bible, n«us 
voyons déjà une distinction établie entre nos 
deux natures : Dieu, dit la Genèse, forma donc 
l'homme du limon de la terre, et il rcpanc4t 
sur son visage un souffle de vie, et l'homme 
devint vivant et animé (Gen.ii, 4.). Ainsi notre 
corps sortit de la poussière, et n'avait pas la 
vie en soi; mais un souffle divin anima ceëe 
statue d'argile. Les deux éléments, dont nous, 
sommes composés, reconnaissent donc une ori- 
gine différente, qui les spécifie. Cette diversité 
d'essence amène nécessairement une contrariété 
d'action.Delàle passagedu livre de la Sagesse : 
Les pensées des hommes sont timides, et nos 
prévoyances son incertaines, parce que le corps,, 
qui se corrora[it, appesantit l'âme; et celte de- 
meure terrestre abat l'esprit, dans la multipli- 
cité des soins qui l'agitent (Sap. i.\', 14 et i5).. 
Puisque l'àme est distinguée du corps par son 
origine et ses œuvres, Salomon put en conclure 
aussi qu'elle a sa destinée propre : La poussière, 
dit-il, rentre dans la terre, d'où elle est, et l'es- 
prit retourne à Dieu, quil'a donné (Eccle., 
XII, 7.). 

L'Evangile, qui ne détruit point la loi mais- 
la perfectionne, n'a-t-il point enseigné claire- 
ment la spiritualité des âmes? Quelques étai- 
vains modernes ont osé mettre sur les épaules 
de notre Sauveur, la casaque rouge des aéma- 
gogues ; en est-il un seul qui l'ait accusé de 
matérialisme? 



uoo 



LA SLMAl.NE DU r.LEH(,E. 



Jésns-Christ noiv; sij;nale, en plnsiriirs en- 
droits, ranta'-'onisme siirWquelse t'ondo la dis- 
tiiiftion de l'àm" et du corps; et l'i-nscigue- 
mcnt (lu iMnître levèt ici, une force d'autant 
plus ;'T;mde. qu'il nous donne la doctrine de la 
spiiiuialilc de l'âme comme le fondement de 
nos |uincip;uix dcvoii». Ainsi d'abord, au mi- 
lieu des cil-constances les plus douloureuses de 
sa vie, il exhorta ses a[iôtres à veiller et à 
prier, de peur qu'ils ne succombent à la tenta- 
tion : car, leur dit-il, l'esprit est prompt et la 
chaire est faible (Marc, mv, 38). Cette antithèse 
de substantifs, et des iidjeclifs qui les qualifient, 
dénote évidemment deux substances si bien 
distinctes qu'elles combattent l'une contre l'au- 
tre : c'est-à-dire la matière et resjirit. Au puits 
de la Samaritaine, le Sauveur établit de même 
sur la dualité de notre nature ledevoirde l'ado- 
ration intérieure et de l'adoration extérieure. 
Après avoir parlé du culte rendu à Dieu sur la 
montagne de Samarie et dans le tem[ile de Jé- 
rusalem, il ajoute : L'heure est venue, et c'est 
à préseut, que les vrais adorateurs honoreront 
le Père, en esprit et en vérité ; car le Père cher- 
che des adorateurs de ce genre. Dieu est espiit; 
et il faut que ceux qui l'adorent le fassent en 
esprit et en vérité (Jean, iv, 23, 2i). Afin de 
prémunir ses disciples de vaines frayeurs, il 
leur disait : ne craignez [las ceux qui tuent le 
corps et ne peuvent tuer l'âme; craignez plu- 
tôt celui qui a le pouvoir de perdre l'âme et le 
corps dans l'enfer (Matt. \, 28.) 

Les apôties, qui devaient prèchei' le Verbe 
de D eu, et non pas leur doctrine personnelle, 
développent avec une grnnde netteté de style, 
le dogme ^i honorable itsi consola;it de la spi- 
ritualité des âmes. L Ecclésiastique avait dit : 
Examinez le- œuvres i!u Très-Haut; elles sont 
deux à deux, une contre une (Eccli.,xxxiii,13). 
C'est sur ce principe que saint Paul juge 
l'homme et dislingue ses deux natures. H 
écrit aux Ga aies : Jlarchez selon l'esprit et 
vous ne ferez pas les désirs de la chair ; en 
ettet la chair con.=^pire contre l'esprit, et l'es- 
prit conspire contre la chairt, de manière à ne 
pas vous laisser faire ce que vous voulez(G'il., 
■V, 16, 17) Ensuite le saint docteur énumére 
les fruits opposes de la chair et de l'esiirit. 
Dans son é|iîlre aux iv^mnius, FApôtre établit 
d'abord qu'il y a des inimitiés entre l'homme 
du liirps, et' celui que saint Pierre ap;;elle 
l'iioramt- du cœur (I Petr., m, 4) : Suivant 
riiomme intérieur, dil-il, je place mou bon- 
heur dans la loi de Dieu ; mais j'apert^ois une 
a.iitre inclination dans- mes memlires, et cette 
loi me ca[iLive sous l'empire du péché, qui est 
dans uics membres (Kom.,vii. 2:2, 23). Un peu 
plus loiu, il ajoute : Donc, mes frères, uous ne 
soinmes pas les esclaves de la chair, puur vivre 



selon la chair. Car si vnu» vivez selon la chair, 
vous mourrez; mais si votre esprit mortifie les 
œuvres de la chair, vous vivrez (Ib., viii, 
12, 13.) 

Ainsi la loij l'Evangile et les apôtres nous 
enseignent formellement que notre àme est 
spi:iluelle ; qu'il y a, dans l'homme, deux na- 
tures, une contre l'autre; que la thèse, c'est 
l'âme, et l'antithèse, notre corps. Notre dua- 
lisme parait dans la création, puisque l'esprit 
vient du souffle de Dieu, et le corps du limon 
de la terre ; dans les tendances de notre vie, 
puisque l'homme du dehdrs appesantit l'homme 
intérieur, et l'empêche de faire ce qu'il désire ; 
dans notre fin dernière, quand la matière re- 
tourne à la terre, d'bù elle est, et que l'àme 
remonte vers Dieu, qui l'a donnée. 

Maintenant, que dire? Les premiers Pères 
de l'Eglise possédaient nos divines Ecritures, 
qu'ils lisaient souvent à l'exclusion de tout 
autre livre. Ils étaient les disciples des apôtres, 
qui recommandaient avant tout de garder fidè- 
lement le dépôt sacré de la foi. Et ces hommes 
eussent été matérialistes? Quoi! ils annon- 
çaient le royaume de Dieu, ijui n'est pas de ce 
monde; ils menaient une vie tout opposée aux 
désirs de la chair, qu'ils crucifiaient en Jésus- 
Christ; ils éprouvaient de la joie à verser leur 
sang pour conquérir une gloire éternelle ; et 
ces ambassadeurs du ciel, ces ennemis du sen- 
sualisme, ces martyrs, vous les croiriez de la 
secte d'Epicure ? 

D'ailleurs, comment ces mauvais arbres ont- 
ils porté de bons fruits ? Nos adversaires ad- 
mettent qu'à partir du iv* siècle, nos saints 
docteurs ont professé une croyance tout à fait 
spiritualiste. Mais quelle est donc la cause 
d'une telle révolution dans les esprits? Serait- 
ce la idiilosophie ancienne qui aurait éclairé 
les écrivains de la primitive Église? Mais l'Iiis- 
toire nous assure que les philosophes embras- 
sèrent l'Ëvaii^ile des le début : témoins, saint 
Denys l'Arcopagite, saint Justin, saint Panlhcne 
et beaueoup d'autres. Après tout, les sophistes 
du xviii'' siècle soutiennent que « l'antiquité 
regardait le principe de la pensée comme une 
matière plus déliée, plus subtile que celle des 
cori»-. Telle était, continuent-ils, l'opinion de 
toutes les écob'S. Sans parlei- de celle d'Epi- 
cuie, qui ne reconnaissait d'autres êtres que la 
nature composée d'atomes, Zenon et les stoï- 
ciens, Pythagore et ses dis. iples, Platon avec 
tous ^es scclaleurs, Aristole a la tête des aca- 
démiciens el des péripalélicicrjs, faisaient tous 
de l'âme une substance matérielle (La Luzerne 
Disstrl. SU/- la spiritualitc de l'àme, ii). )i 

Si les écoles anciennes du paganisme et les 
premiers Pèr^ts de l'Eglise enseignaient, d'un 
commun accord, la matérialité de l'àme, où 



L\ SEMAINE DU CLERGÉ 



im. 



ionc avons-nous puisé, vers le iv« siècle, l'itlée 
toute nouvelle que noire es^pril, créé à l'image 
de Dieu, e>l simple co;i;me sou ;iulinir? 

En vérilfV r;ircu?alion de niat'.'fiaiisme, lan- 
-*ée contre les l'éres des premiers siècles, n'a 
onème pas pour elle une «ioibre de vraisem- 
nl.inue ; t-l, quand Difu It^i.te l'homme avec 
he.-iKCiiup de res[ieil, je Irouv." bien coupables 
les savants qui se muquent de leur auditoire, 
lors mému qu'ils s'iippi-'lleraieut M. Challemel- 
Lacour, ou M. Guizot. 

PlOT, 
curé- doyen de Jazennecoort. 



Sanctuaires célèbres. 

NOTRE-DAME OU SACRÉ-CŒUR A ISSOUDUN 

{Suite.) 

* Prenant alors dans notre bréviaire l'Image 
bénie de Notre-Dame du Sacro-Cœur et une 
Dutice de l'AsËoeiation, nous dîmes à la pieuse 
interloeutricf! qui était sa dame d'honneur, de 
vouloir binn remettre à Son Allefse, celte gra- 
vure et cet imprimé. L'auguste princesse ac- 
cueillit avec joie cet humble présent, jeta un 
regard attentif sur l'image, la mit à côté de 
son livre, dans l'intention die l'examiner plus à 
loisir, au sortir de l'église, et sa prière conti- 
nua à s'exhaler fervente devant £>ieu. Pour 
nous, nous quittâmes bientôt le tombeau des 
saints Apôtres, et le petit incident de la jour- 
née fut oublié... Mais l'image de Notre- Djme 
du Sacré-Cœur était tombée en bonnes mains. 

« La royale prim/er-s»^ ne put maUri-er son 
émotion, en son'.;eant à la royauté de Marie 
sur le cœur de Jésus; les royautés de ce monde 
qui font tant d'envieus, qui s'attirent taut d'in- 
justes perséi utiuns, cl qu'un souffl-; peut dé- 
truire d'un momeiit à l'autre, durent lui pa- 
raître peu de cho^e devant ce titre inamovible de 
Marie, fieirie du Sacré-Cœur... Elle voulut 
avoir de plus amples renseignements sur cette 
dévotionqui lu ravissait ainsi,elquilui si-inblait 
d'une si frappante opportunité. Ordre fut donné 
de rechercher le prétie qui avait remis cette 
image, et, à quelques jours de là, nous appre- 
nions que Nolie-Uame du Sacré-Cœur s'était 
choisie une nouvelle et dévouée zélatrice. 

« La princesse Pie voulut être instruite de 
tout ce qui concernait l'Association, chaque 
nouveau détail laissait voir combien cette 
grande àme était sensiide à la gloire de Marie. 
Les deux diailèmes que nous avions apportés 
«vec nous à Rome firent l'admiration de toute 



la famille royale; mais à la nouvelle qu'ils 
avaient .Hé faits avec les bijoux des Associés 
de Ni'tre-Dame du Sacré-Cœur, des riches 
comme d's pauvres, la noble princesse fut 
saintement jalouse... et à l'instnnt même dé- 
tachant de sa robe une broche où brillaient 
d'uu éclat vraiment royal trois diimants de 
grand prix, elle nous demanda humblement 
de vouloir bien leur trouver une petite place 
dans le iliadème. — Nous étious émus à notre 
tour, en voyant cette 'êt'^ découronni'C par la 
violence et l'injustice, s'intéresser si vivement 
à la couronne d'une statue de Marie, et ces 
mains royales se joindre si pieusement pour de- 
mander la grâce d'être la servante dévouée de 
Nolie-Dame du Sacré-Cœur. Les trois dia- 
mants ont élé enchâssés dans la couronne : il 
est facile de les reconn.iîlre à leur grosseur 
exceptionnelle et à leur brillant. 

Il Nus pieux zélateurs et nos dévouées zéla- 
trices de Naples, sachant notre présence à 
Rome, nous ont adressé les lettres les plus 
pre-santes. pour nous inviter à venir leur par- 
ler de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Nous avons 
répondu à leur appel, et l'on juge de notre 
agréable surprise, en trouvant dans la ville 
une délicieuse chppelle dédiée à la reine du 
Cœur de Jésus, et dans cette chapelle un audi- 
toire nombreux et des plus sympathiques. Pen- 
dant trois jours, on nous a retenus : il a fallu 
plusieurs fois raconter en détail les merveilles 
de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Son Eminence 
le cardinal Sforza, archevêque de Naples, a 
daigné nous dire lui-même tout l'intérêt qu'il 
porte à cette dévotion qui lui est chère et qui, 
sous sa haute protection, se répand tous les 
jours de plus en plus ilans son vaste diocèse. 
L''s ZL'latrices napolitaines sont n<im!in'uses. — 
J. Chevalier, supérieur des Miss, du S.-C. » 

Truis années plus tanl, les missionnaiies du 
Sacré-Cœur étaient de nouveau à Rome; sui- 
vons l'un d'eux dans sa visite au Vatican. 
C'est un second épisode à joindre au premier. 

Rome, dimanche soir,! juillet 187?. — «Impos- 
sible de vous traduire ce que nous avons 
ressenti en partant, ce soir, pour nous renlre 
auprès du Souverain-Pontife. Il était déjà tard, 
ces quartiers étaient solitaires. Nous anivàmes 
à la biisilijue, la grande coupole, lescoionnades, 
l'obélisqui:, les «mbres de toute cette colossale 
archilectur», ie projetant sur l'immense place 
de Saint- Pierre, et le silence qui régnait dans ces 
lieux, nous impressionnaient jusqu'au fond de 
Pâme. Ce fut bien plus encore, quand nous 
franchîmes le seuil du palais où Pie IX, légi- 
fime roi de Rome, est relégué comme un pri- 
sonnier dans son cachot. Un nombreux corps 
de gardes piémoutais, établi au fort Saint- Ange, 
peut à loisir surveiller le Vatican. 



I4d2 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



« Quelques gardes suisses, seul reste qne le 
Pppe ait pu conserver de sa petite armée, sont 
là, espaces de distance en distance, dans les 
larges et longs corridors, dans les escaliers et 
d.ins les anliihambres, pour discerner si celui 
qui monte est une brebis du pasteur, ou un loup 
déguisé en brebis; car il y a quelquefois des 
loups qui osent venir roder autour de la berge- 
rie, et qui volontiers prendraienl pour quelques 
mom' nls la douceur de l'agneau, afin d'arriver 
jusqu'au beiger. Les gardes fidèles du Pape, 
avec leur costume antique, leur figure franche 
et loyale, nous faisaient revivre dans ce coin du 
inonde, à un temps, hélas! qui n'est plus pour 
les nations. Quelle ditlérence entre le Vatican, 
qui demeure le même qu'autrefois, et Rome 
envahie par l'étranger et les mœurs de l'é- 
tranger I 

« Nous montions silencieux le grand escalier 
royal du Vatican ; quelques lampes, bril- 
lant à de longs intervalles, donnaient un 
caractère des plus graves à celte solennelle visite 
que nous venions faire, nous, les derniers ve- 
nus des défenseurs de l'Eglise, à l'Auguste 
prisonnier. Sur la vue de nos lettres d'audience, 
les iamiliers du Pape nous annoncèrent aux 
camériers de Sa Sainteté, qui nous intrcdiii>i- 
rent dan? l'anticliambre. Nous étions prol'on- 
démeul émus, durant ces quelques minutes qui 
précédèrent notre réception : ce n'était pas 
un homme que nous allions voir, c'était Jésus- 
Cliiist voilé sous le Pontife, et ce pontife c'é- 
tait le grand Pape, demeurant impassible avec 
les ^iens, au milieu de Rome envahie, comme 
Daniel dans la fosse aux lions. 

Il était huit heures etdemie, quand nous en- 
trâmes dans la moileste chambre du Souverain- 
Pontiff . Nou^ fîmes trois prostrations successi- 
ves, PU signe de notre protonde vénéiaiion. 
Pie IX, nous bénissant avec un sourire des plus 
aimables et une bonté desplus paternelles, nous 
fit signe de nous lever; mais cette bonté même 
ajoutait une telle auréole à sa triple majesté 
de l'èie, de Pontife et de Roi, que, plusieurs 
fois, accablés itu j oids de celte grandeur admi- 
lable qui était deviuit nos yeux, nous nous re- 
jeiâmes à genoux. Nous n'osions pas demeurer 
debout devant ce vieillard. Nous nous sentions 
plus à l'aise inclinés devant lui; sa bénédiction, 
sa parole, son regard, nous atteignaient mieux. 
A deux reprises, le Pape nous dit : « Levez- 
vous, mes enfants, u Mais nous nous sentions 
comme obligé.-îde nousagenouillerde nouveau. 
Que désirez-vous de moi? » demanda Pie IX. 
Le R. P. Chevalier répondit : « Que votre Sain- 
te teté daigui' agréer la donation pleine et 
« entière que notre humble congrégation Vous 
« lait d'elle-même, de tous ses membres et de 
» toutes ses œuvres, comme d'un bien qui est à 



« vous, vous regardant comme son fondateur et 
« son supérieur peisonnel. » Le Souverain-Pon- 
tife accepta et éi-rivit de sa main, au bas de la 
supplique : « Que Dieu vous bénisse et vous 
acconle la grâce de défendre lus droits de l'E- 
glise. d'APPELER les pécheurs à la pénitence, 
d'ExciTER TOUJOURS LE FEU delà dévotion envers 
la Bienheureuse Vierge Mairie, et que le Sei- 
gneur soit avec vous. — Pic IX, pape. » 

« Le Saint-Père jeta '<;s yeux sur la statue 
de notre Vierge et lut la devise : Notre-Dame 
du Sacré-Cœur, Patronne des auses désespérées. 
Cette invocation reporta Pie IX aux événe- 
ments qui se passent dans notre temps... il 
songea à la France, qui est la seule espérance 
humaine du Souverain-Pontife, et il nous dit 
avec un accent qui exprimait toute sa douleur : 
« La France, la France, que fait-elle donc?... 
« Elle hésite, elle balance, elle va d'un côté et 
o d'autre; qu'atlend-elle pour se mettre tout 
« entière du côté de Dieu? Ah I il y a en France 
« bien du mauvais, mais il y a aussi bien du 
<i dévouement, bien de la générosité, il y a 
« beaucoup de bien. Le triomphe de l'Eglise 
» est certain, et il viendra, mais il faudra 
« encore passer par le sang... Sine sangutnis 
« effijsione nnn fit remissio. Sans effusion de 
« sang, il n'y a pas de rémission. » 

Nous avions tout remis au Saint-Père, sauf 
la modeste ofliande de l'association; le Père 
Supérieur me fit signe de la présenter, et le 
Souverain-Pontife tendit la m.iin pour la rece- 
voir. En ce moment, nous eûmes peur que la 
Petite-GEuvre ne vînt à nous gronder, si nous 
ne demandions rien pour elle au Pape; et nous 
nous hasardâmes à faire une nouvelle demande: 
(I Très-saint Père, si votre Sainteté le permet, 
« nous avons une commission bien importante 
« à lui faire, en remettant cette petite somme..) 

— « Quelle est-elle? » — Très-saint Père, nous 
«avons de petits enfants pauvres qui veulent 
« se faire prêtres missionnaires, et les per- 
ce sonnes qui s'intéressent aux vocations de ces 
« enfants, donnent un sou par an pour les en- 
« tretenir ; vous êtes pauvre. Très-saint Père, 
« et nous ne vous demandons ou'u\ soc jiour la 
« Petite-GEuvre. » — Cette idée charma Pie IX.» 

— <i Un sou, oh! c'est bien peu. Mais je n'en 
« ai pas de sous. — «Tres-saiut Père, un buiocco.n 

— « Uu baiocco, les Piemontais me les ont tous 
« pris, mais je vais vous donner mieux que ça, » 
et Pie IX, cherchant des yeux ajr son bureau, 
mit la main sur une belle pièce d'or de vingt 
francs, portant son eftigie et marquée de la 
date 1870 .. C'est un souvenir de la dernière 
monnaie que !e Pape ait fait frnpperavant l'in- 
vasion. « Vodà pour la Petite-GEuvre,» et, en 
disant ces paroles accomp:ignées du plus gra- 
cieux sourire, Pie IX déposait de sa main dan» 



LA SEMAINE UU CLERGE 



140' 



la DÔtre le sou du Pape. El il ajouta : « Oh ! que 
« celle œuvre est honne! Gardez-bien ces en- 
« faiits, veillez bien sur eux, qu'ils deviennent 
I de bons missionnaires, il en faut; qu'ils ne 
« se fassi-nl pas prêtres par intéièt, dites-le 
« leur bien, qu'ils soient tout entiers à leur 
« voc.ilion... I) Touten poursuivant cette admi- 
rable conver-ation, le temps s'écoulait; il y 
avait viugt minutes que nous étions là avec le 
Saint-Père, qui s'occupait de nos œuvres, avec 
ie même intérêt ijue s'il n'eût eu que cette seule 
aflaire au monde. Nous nous retirâmes, le cœur 
plein de douces émotions, en nous disant: Que 
Pie IX est bon 1 — Un missionnaire du Sacré- 
Cœur (I). » 

MeulionnoDS maintenant quelques faveurs 
olilenues. — Rome 13 juin {867. — Pour la 
plus grande gloire de Jésus et de Marie, je suis 
heureuse et reconnaissante de constater que j'ai 
à peine invoqué Notre-Dame du Sacré-Cœur, 
que j'ai obtenu les grâces temporelles que je 
désirais; mille difficultés m'empêchaient d'es- 
pér.T ce résultat si heureux, qui me jette en- 
core dans l'êtonnement. Notre bonne Mère a 
daigné écouter mes prières; c'est à Elle siule 
que je reconnaisdevoir la grâce reçue. Veuillez 
donc offrir avec moi des actions de grâces à 
Notre-Dame du Sacré-Cœur qui m'a si visible- 
ment protégée. — Princesse Caeacciolo d'A- 

VELLINO. 

Les A nnales italiennes de Notre-Dame du Sacré- 
Cœur relatent les faits suivants, arrives en 1873. 
Une élève d'un pensionnat d'Osino avait avalé 
une longue aiguille très-acérée. Un chirurgien 
déclara le cas liès-giave. La mère, la demoi- 
selle et la supérieure allèrent se jeter aux pieds 
de la statue de la Souveraine du divin Cœur. Le 
lendemain, l'enfant rendait l'aiguille sans vo- 
mis-emeul et sans le moindre effort. — Une 
dame d'Isola, foulant aux pieds le sermentjuré 
devant le saint au!el, et l'afiection qu'elle de- 
vait à son mari et à ses enfants, menait une vie 
scandaleuse. Une terrible maladie l'ari-êta et la 
conduisit aux portes du tombeau. Comme rien 
ne pou\ait toucher son .;œur ni l'amener au 
repentir, on invoqua pour elle l'Avocate des 
causes désespérées, et on lui passa au cou sa 
mé aille. Presque aussitôt la morilionde s'é- 
cria: Vite, un confesseur! la Madone me le 
commandi'. 

Osniio, 12 décembre 1872. — Mon cœur sura- 
bonde de joie! N'in, jamais je ne cesserai de 
remercier la Souveraine du Cœur de Jésus de 
la grande grâce qui, par sou intercession, m'a 
é;é accordée. Il y a huit ans, notre père, ou- 
b4iant notre famille et l'amour que nous lui 
portion-, nou< quitta pour vivre loin de nous, 
v'étais alors bien jeune, et je voyais ma mère, 

1. Extrait des Ànnalu, août 1872. 



mes sœurs et mes frères pleurer amèrement sur 
une si dure sépiuation. Je pleurais aussi avec 
eux, sans comprendre encore toute la portée 
de notre malheur. J'étais loin de prévoir cette 
longue suite de misères qui devait être pour 
nous le triste résultat de ce dé|>art. Hélas! je 
l'appris bientôt: l'absence de notre père se pro- 
longea, et il fut bientôt évident pour nous qu'il 
ne voulait plus revenir au foyer de la famille. 
11 y a peu de temps, dans le monastère où je 
me trouve pour mon éducation, j'entendis par- 
ler de la belle dévotion à Notre-Dame du Sacré- 
Cœur, Espérance de ceux qui désespèrent et con- 
solation de ceux qui sont dans les larmes. Ce 
fut pour moi un rayon de lumière. Je sentis se 
ranimer ma foi et mon courage, et me fis ins- 
crire, ainsi que toute ma famdle, et mon pauvre 
père lui-même à son insu, dans l'Association de 
Notre-Dame du Sacré-Cœur. A peine avais-je 
accompli le témoignage de ma piété confiante 
envers Marie, que nous recevions une lettre- de 
noire père, lettre mille fois bénie, dans laquelle 
il nous manifestait le plus vif et le plus sincère 
désir de retourner auprès de noire mère et au 
milieu de ses enfants. Nous ne voulûmes pas 
attendre chez nous le retour de celui ijui nous 
est si cher, nous allâmes à sa rencontre. Ce fut 
une scène des plus attendrissantes, c'étaient des 
larmes de consolation, en nous trouvant réunis, 
après de si longues années d'absence. — Th6- 
HÉSE, fille de Marie (1). 

Notre-Dame dc Sacré-Cobur e» Esfà6nb. 

Le R. P. Bernard de Hoyos, premier propa- 
gateur de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus 
en Espagne, exerça, au siècle dernier, dans ce 
royaume, une mission semblable a celle de Mar- 
guerile-Siarie Alacoque en France. Vers 1733, 
le jour de l'Ascension, il vit ce Cœur adorable, 
et put contempler la blessure que l'amour divin 
tient ouverte pour le salut des âmes. 11 en- 
lendit en même temps ces paroles : « Le Cœur 
de Jésus régnera en Espagne. » Le jour de 
l'As-omption, il fut favorisé d'une autre vision 
qu'il rapporte en ces termes : 

Je vis l'immense bonté de Dieu le Père sous 
a le symbole du Cœur de Jésus. Ce divin Cœnr 
a était comme un globe de feu, d'une grandeur 
« démesurée, qui s'étendait par toute la terre. 
« Les rayons de sa lumière inondaient tous les 
M espaces, et venaient concentrer toute leur 
« activité dans le Cœur de Marie, que je voyais 
« semblable à un beau soleil tout brillant de 
« cliuté. t^'était du Cœur de cette Mère, bénie 
« de Dieu et des hommes, que ces rayons réflé- 
« chis parlaient de nouveau pour aller illu- 
« miner et embraser toute la terre. » Qui n'a- 
perçoit dans ces paroles l'image la plot 

1. Ànnalti itaUennei dc janvier 1873. 



1404 



LA SEMAINE DU CLEflCÉ 



Bftisisfante de la dévolion à Nclre-Dnme du 
Sacré-Coeur? Oui, t'est bien sur celte Vierge 
imiDaculép, sur ce tniroir sans la<lie, que Je 
Cœur divin de Jésus cancentre tous les rayons 
de sa gloire el tout le tVu «le son amuur, pour 
iiluojin&i- et embraser tou le la terre. Cette vi- 
sion explique le mouvement subit et général 
avec lequel le rosaume tiès-clirétien aaccueilli 
la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur. 

La Vierge d'Issoiidun poi^sède, dès les pre- 
mfèies années, son saoctuiiire à Barcelone. Une 
jeune Anulaise prutesianti^, âgée de 18 ans, 
obtient sa conversion de la Souveraine du divin 
Cœur, qui vi-nt de l'i-.uichir les Pyrénées, elle 
eet baptisée |»ar l'évcqtie des Canaries, et reçoit 
de sa main, le 1" septeii.brt; 1867, les sacre- 
ments de diiGriiialion et d'Euchari?tie. Rien 
ne saurait expr mer sa joie ni sa reconnais- 
sante envers l'Avi cale des causes difficiles qui, 
non-seulement a éclaiié son àme, mais lui a 
obtenu le cousfutement de ses parents. 

{A suivre.) 



CHROMQUE HEBDOMADAIRE 



Le Pape béoit les souscri|iteurs pour le sétnineire 
Garcia Moreno. — 11 est taiomcié à propos flp ce 
semmaire. — La siocii'té pour r^ieclion populaire Ju 
Pape l'rapijée il'exconnuuiiication. — Stat:siiqi'iMles 
bleus ecclé-iasli<i)ues Isqmclés. — Mort de Mgr Bra- 
vard. — Nouvel;.- instance pour rintroduoiion de 
la cause di- anrnîsation de Christophe Colon]b. — 
Le P. Jouben, docteur es sciences niatliéiDatic.;U';s. 

— Licenciés et bacheliers ecclésiastiques. — Con- 
cours annuel pour les bouises des écol s primaires 
supérieuiesù Pars ; nouveau triomphe des congré- 
ganistes. — Chasse prussienne aux tœurs «nsei- 

Snantes en Alsace-Lorraine. — Tracasseries à propos 
es jeunes gens qui viennent étudier en France. — 
Les Alsacien—Lorrains et le recruten'jent militaire. 

— frénérosilé de l'Allemagne pour les inondés de 
.l'Alsace. 

19 août 1876. 

Rome. — On pf souvient de la souscription 
qui a été ouverte il y a peu de temps en France, 
à l'efli t de concourir à l'érection, à Rome, 
d'un séminaire de l'Amérique du Sud, en l'hon- 
neur de Garcia Moreno. Les noms des pie- 
Bftiers souscripteurs, renfermés dans de rii hes 
albums aux armes pontificales, ont été offerts 
au 8aint-Père, le 6 août dernier. Ce jour avait 
6ié choisi comme étant l'anniversaire de la 
mort du glorieux pré.--ident martyr, tombé 
tous le poignard de la secte. Sa Sainteté a 
prodigué des bénédictions aux généreux sous- 
cripteurs, ainsi qu'au yawaaX L' Univers., qui 



avait pris l'initiative de la souscription. Cette 
souscription reste ouverte. 

C'est Pic IX qui a donné l'idée de la Ion- 
dation de ce séminaire, pour remplacer celui 
qui existe présenlemeut à l'usage de l'Améri- 
que du Sud, mais qui doit être prochainement 
liquidé pav le gouver::ement itilien. Eh ben, 
les journaux radicaux ont tout bounemenit 
rapporlé, avec le cortège obligé di>> .Tllu^^ions 
évangéliques que l'un connaît, que c'était le 
Pape qui allait faire main basse sur le sémi- 
naire de l'Amérique du Sud. 

La sacrée-pénitencerie a été consultée par 
un certain m mbri^ de curés de l'.ome pour 
coMiaîlie lacoiiduile à tenir àl'fgar I de ceux 
qui, ayant ]'ris part à la société pour l'élection 
jiupulaire du Pa|ie, sont amenés par la si âce 
de Dieu au tribunal de la pénitcnee. Après en 
a-oir iait rapport au Saint-Père et sous son 
approbalion, la sacrée-pénitencerie a répondu, 
premitTinieut que tous ceux qui prennent 
paît d'une manière quelconque à la dite so- 
ciété encoureut ipso fado la peiue de l'excom- 
muniealiiju majeure ; et secondement, que les 
■coupables encourent l'excommunication latœ 
«enientiœ spécialement réservée au Souverain- 
Pontife. 

La Gazetta vfficiale a publié, au commence- 
ment de ce mois, le tableau des ventes ecclé- 
siastiques peuilaiit le mcis do juillet : 422 
lois ont été mis aux enchères au prix de 
661,885 fr. 98, et ont produit 802 998 fr. 01. 

Eu 1876, le nombre des lots vemlus a été de 
2,780, qui ont produit 6,064,163 francs 73. 

Du 26 octobre 1867 à aoîn IS?."), les lots mis 
aux enchères étaient de 144,693, qui avaient 
produit 505,338,64" Iraiics 21. 

Le total, jusqu'en 1876, est donc de 117,825 
lots, vendus au prix de 512,223,830 francs2S. 

France. — Mgr Bravard (Jean-Pierre), an- 
cien évêque de Coutances, est mort dimauche 
dernier, 13 août, a Avranches, où U s'était re- 
tiré depuis qu'il avait résigné ses fonctions 
épiscopales, il y a environ neuf mois. Il était 
né le 20 féviier 181 1 , à Husson (Loiie), diocèse 
de Lyon. Ai>rès avoir- fut &i;8 études classiques 
au jwtit séminaire de Verrièi e, et sa philoso- 
phie au grand séminaire d'Alix (Rhône), il en- 
tra au grand séminaire deLyon. li n'avait alors 
que seize ans et demi. Ayant reçu la tonsure et 
les ordres mineurs, et étant trop jeune pour 
entrer dans les ordres sacrés, il se livra, par 
l'ordre de ses supérieurs, à l'enseignement. 
Attiré en 1829 dans le diocèse de Sens par un 
prèire de ses parents, il acheva ses études ec- 
clésiastiques au grand séminaire de cette ville, 
et, lorsqu'il eut atteint l'âge canonique, futad- 
miâ dans les ordres sacrés et ordonné prêtre le 
20 décembre 1835. 



LA SEMAINE DU CLEliGE 



.403 



11 était vicaire à la mi^tropole do Sens depuis 
six ans, lorsqu'il se jdij^nit, du 1841 à 1851!, au 
R. P. Jlinard, pour hjndnr la maison des niis- 
siiiiinaire.- dincéiaiiis de Pontigny. 11 rentra i-n- 
suile dans le diocèse de Lyon, où il fut succeisi- 
venii'nt uomiué aux. cures de Co,i;i>y.onBeau]t>- 
l.iis.et de Saint-lMinomond,à Sainl-Etiennc. Le 
t"' janvier l8o8, il acc-'utix les Ion. lions de vi- 
i-iiir ;;énéral i|He lui offrait Mgr Mellon-Jolly, 
aiTlicvèiiuc de Sens, et. le l:2aoùl 1862, il était 
dc'si^né (luur l'évécbéde Ouitances et d'Avran- 
ihe.s, lassé vacant [lar !a mort de Mgr Daniel. 
Du 28 oc.lolire lt>62. date diî son sacre, au27 
noveuibre 1873, époque d • .sa démission, Mgr 
Bravari ;i piildié III maiidemcuis, lettres pas- 
toiaies ou circulaites. 

Pirin; les ceuviei! dont son diocèse lui doit la 
fondation ou le développement, on cite: VŒu- 
vre dei Séminaires, lus Petits collèges régionaux, 
destines à rcievoir leseafants dès le bas àae et 
à les préparer pour les trois grands établisse- 
meuts de Saint-Lo, de Valognes et deMortain; 
la Caisse de retraite pou;- les prêtres âgés ou in- 
fîrnie- ; \'Or/.he/inat de l'rricrs. la Restauration 
du Mont-Samt-Michel, les Œuvres de la Pra/ja- 
(jation de la Poi et. le la Sainte-Enfance, les Con- 
férences et les Vacations ecclésiastiques. 

M;;r Bravaid était a-sistant tau trône ponti- 
lio.:d depui- le 17 juin 1867 et ebevalier de la 
Lésion d'honneur depuis 1860. Par décret du 
l'J novembre 1873, il avait été nommé chanoine 
de pi. L;iier ordre du chapitre .le Saint-Denis. 

Une nouvelle in-tunce auprès du Saint-Père 
pour l'inlroduction, par voie d'exécution, de la 
cause de canonisation de Chrisl.jphe Colomb 
vient d'être faite par le c.irdinal Donoet, arche- 
vêque de Bordeaux, eu sa ijualité de métropo- 
litain d'une partie des .\ntill. s et demeinlire de 
la saiiée Congrégation des Rites. Mgr bonnet 
r.ippi.lle les eU'orts de l'irréligion pour i-ape- 
tisser d'abord le rôle du célèbre navii;ateur, 
puis pour noircir sa mémoire, et les travaux de 
M. le cnmte Roselly de Lorgnes, p.)iir lui resti- 
tuer sa couronne d'homme proviilentiel et le 
venger de ses calomniateurs. Ces travaux sont 
si décisifs qu'ils ont obli-nu l'adhésion d'écri- 
vains séparés de l'unité catholi jue et peu tavo- 
r.ibles à la religion, mais guidés par le seul 
amour de la vérité. « C'est à vt«us, très-saint 
l'ère, dit en terminant l'Eme postiilalcur, .ju'est 
• .s^rvée la gloire de réhabiliter par les hon- 
curs des autels celui qui ne connut d'autre 
lunition que de propager la foi en jÉsus- 
' .URisT, d'autre grandeur que la grandeur et la 
puissance du Siège apostolique, comme le prou- 
vent jusqu'à l'évidence ses «lernières paroles, 
qui sont l'écho de toute sa vie. La veille de sa 
mort, Christophe (iolomb, confirmant l'institu- 
tion de son majorât, placé sous l'invocation de 



la tièri-?ainte Trinité, ordonnait à ses fils et à 
tous les héritiers de sou nom de metlre leurs 
biens et leur vii' à lu disposition du Souverain- 
Pontite. si le Souverain-Fontilé vei-ait à être 
attaqué dans ses préroxativus spirituelles ou 
temporelles. Cette œuvre de .glorieuse répara- 
tion, nous e;i avons l'espérance, Votre Sainteté 
l'accomplira. ;' 

Les calho,!i(|ues,ipar ieur ardeur continue à 
l'étude, remportent .sur i<*uti' l.i ligne des siio- 
cès jufttquanls. LeiR.P. Joubeit, professeurs 
l'école Sainte Geneviève, a soutenu, ces jours-ci, 
à la faculté des sciences de Paris, une thèse 
pour l'obtention du doctorat es sciences ma- 
thématiques pardevant un jury composé de 
M'M. l'uiseux, président: Herinile et Houquet, 
.membres de rinstiuit. Un auilitoiie d'élite, dit 
le correspondant parisien de la Goyenne, dans 
lequel ou remarquait beaucoup d'ecclésias- 
tiques, a pu coustater la science protonde du 
candidat et l'élégaule clarté avec la.fuelle il a 
répondu à l'arguiueutation des éminents géo- 
mètres appelés à le juger. Ce n'est pas ici le 
lieu de parler des développements techniques 
dans lesquels le P. Jouiiert a traité des ques- 
tions de haute analyse si importantes pour l'al- 
gèbre supérieure et la théorie des nombres, à 
la-suite de savants tels «jue Ijacubi. Jausi et Ha- 
milton. 11 suffira de lapporier les paroles de 
M. Puiseus ij l'émineut candidat, eu lui fai- 
sant connaître la décision du jury : « A l'una- 
nimité, mou Père, le jury vous reconnaît iligne 
du grade de docteur pour le remarquable mé- 
moire que vous venez d • lui soumettre. Il .lime 
aussi à rappeler vos importants travaux sur les 
fonctions elliptiques et .-ur les équations, que 
vous avez envoyés à r,\cadémie des sciences. 
J'ai la certitude que vous contiuuerez avec suc- 
cès d'explorer la voie dans laquelle vous êtes 
entré si brillamment. » 

L'école dite des hautes études des Carmes, 
privée, jiar la Chambre des députés, .:u mo- 
deste cri'dit qui lui avait toujours été alloué, 
a fait admettre treize de ses élèves au grade 
de licencié es lettres et de licencié es sciences, 
dans les deux sessions d'avril et de juillet. 
Voici leurs noms : 

Licenciés es lettres de la faculté de Paris : 
M. Martin, du diocèse de Clermont, reçu le 
premier; M. Broyé, du diocèse de Reims; 
M. Agoulun, du diocèse d'Augers ; M. Gallard, 
du diocèse de Boideaux; M. Dorlut (Heuri), du 
diocèse de Paris. 

Licencié es lettres de la faculté de Caen : 
M. Delajjaye, du diocèse d'Evreux, reçu le pre- 
mier. 

Lioonoié es lettres de la faculté de Poitiers : 



i406 



LA SEMAINE DD CLEUGÊ 



iM. Deschamps, du diocèse de Sens, reçu le pre- 
mier. 

Licpnoié è» lettres de la faculté de Nancy : 
'M Dillinseger, du diocèse de Paris. 

Licencié es lettres de la faculté de Lyon : 
M. Cout^rel, du diocèse du Puy. 

Licenciés es sciences de la faculté de Paris : 
M. Hénon, du diocèse de Reims; M. Lemoine, 
du diocèse de Séez ; M. Mailfert, du diocèse de 
Soissons, sciences physiques. — M. Pautonnier, 
du diocèse de Rennes, sciences mathématiques. 

La Semaine religieuse de Lyon nous apprend 
aussi que, sur vingt et un examens de bacca- 
îaurcJat suliis par les élèves du petit séminaire 
de Sai lit- Jean, pendant l'année scolaire de 
1873-76, dix huit ont été couronnés de succès. 
L'institution des C'aarlreux. la maison des Mi- 
nimes et les autres aéiuinaires du même dio- 
cèse ont tu des succès analogues. 

Revenons à Paris. Le concours annuel pour 
l'obtention des bourses d'externe aux écoles 
primaires supérieures de garçons (collège Chap- 
tal, écoles Turgot, Colbert, Lavoisier et d'An- 
teuil), a eu lieu, cette année, les 20 juillet et 
3 août, à la grande orangerie du Luxembourg. 
Le résultat de ce concours, affiché le \ \ a»iit, 
à la préfecture de la Seine, donne les i hiffres 
suivants : 

Sur 205 élèves déclarés admissibles, 59 ap- 
partiennent aux écoles laïques et 146 aux écoles 

congré.nanistes. 

Les cinquante premiers numéros a{iparlien- 
nent aux cdugréganistes, sauf les numéros 12, 
23, 31 et 34, remportés par les écoles laïques. 

Sur les 80 bourses mises au concours, 14 seu- 
lement ont été ol)lenues par les écoles laïques, 
tan. lis (|ue les écoles congréganistes se parta- 
gent les GG autres. 

Les écoles communales congréganistes sont 
aunombrede54; les écoles communales laïques 
sont, à Paris, au nombre de 86. 

En outre, les élèves appartenant aux petites 
écoles payantes libres peuvent présenter des 
élèves au c incours. Ce n'est donc pas seulement 
contre les 86 écoles communales laïques que les 
54 écoles des Frères ont à lutter. 

MM. les radicaux, qui ne veulent pas de l'en- 
seignement congréganiste, sont donc encore 
une fois convaincus de n'être qu'en paroles 
partisans de l'instruction populaire. 

Alsace-Lorraine. — C'est aussi à l'enseigne- 
ment congréganiste que MM. les Prussiens font 
le plus la guerre en ce moment. Partout où il 
se trouve encore des Sœurs de Ribeauvillé, 
chaque année on les remplace où l'on peut par 



des institutrices fdrmées à la hâte dans les 
nombreuses écoles normales qu'on a établies. 

Les jeunes gefis qui viennent en France faire 
leurs études sont aussi l'objet de mesquines 
tracasseries. Ils ne peuvent rentrer en unifornïe 
de lycée ou de collège libre, et. pour séjourner 
chez leurs parents, ils ont besoin d'un permis 
de l'autorité prrissienne. L'an dernier, un sous- 
préfet de la Hante-Alsace a envoyé une circu- 
laire à ses maires pour être renseigné sur les 
familles qui ont des enfants dans les maisons 
d'éducation françaises, ou des membres appar- 
tenant au clergé et aux ordres religieux. On 
craint que cela n'ait été fait en vue de condam- 
ner ces familb's à l'aoïende et à la prison. 

Les désertions n'ont pas lieu seulement pour 
raison d'étuiies. L'an dernier, sur 20,000 jeunes 
gens appelés sous le drapeau prussien, il s'en 
est piésenté 4,000 à peine, dont il a fallu ren- 
voyer plus de la moitié comme impropre au 
service. Où étaient les 16,000 autres? Partis en 
Suisse ou en Amérique, le plus grand nombre 
en France ; et c«la cinq ans après l'annexion 1 

Pour la seconde fois, on vient d'être obligé 
de renoncer à la navigation du Rhin, faite par 
un service de vapeurs, entre Strasbourg et Co- 
logne : voyageurs et marchandises faisaient 
également détaut. Cela non plus n'indique pas 
que l'Alsace-Lorraine se rattache à l'Allema- 
gne. 

L'Allemagne pourtant est si générençe pour 
elle! On sait que les populations alsaciennes 
ont été fort éprouvées au commencement de cet 
été par dcS inondations. La France n'a pas 
manqué d'aller à leur aide. Dans la seule ville 
de Paris, plus de 100,000 francs ont été recueil- 
lis à leur intention. Eh bienl sait-on combien 
le pays des milliariis a envoyé à Stras- 
bourg? Au le' août, les secours arrivés de 
Berlin s'élevaient à la somme de 2,773 marcs 
80 pfennings, en monnaie française, environ 
3,300 francs. C'est la Post, un journal de Ber- 
lin même, qui l'apprend au monde. Faut-il que 
les Alsaciens-Lorrains aient le coeur dur, de ne 
pas plus aimer la patrie allemande, qui se sai- 
gne pour eux ! 

P. d'Hauterive. 



Tome VUI. — N* S5. Quatrième aonée. 



30 aoùl 1876. 



SEMAINE DU CLERGÉ 



Frédicatton. 



PUN D'HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE 

Du 0UATORZI£HË DIMANCHE AIHÉS LA PENTECOTE. 

(Matth., VI, !4-33.) 

L'Amour des rlcbesees. 

Aimer Dieu et observer ses commnndements, 
telle est, dit le Snge, touie !a fin de l'homme en 
ce momie (I). Dieu, en effft, mes frères, s'est 
déclaré uoire maître : Ego Diminvs Deus tester, 
et il s'est chargé de veiller sur nous et de pour- 
voir à tous nos besoins. Or, mes frèi es, il paraît 
bien, par l'Kvangile et par l'expérience, qu'un 
autre maître viiut quelquefois solliciter la li- 
berté lie l'homme, maître trompeur qui promet 
ce qu'il ne peut donner, mnîlre orne! qui dévore 
ceux ijui s'attachent à lui Ci; inaitre imiiitoya- 
ble, contre ks séductious du ;'!i'l la Christ, au- 
jourd'hui, veut nous prémunir, c'est l'argent : 
l'argent dont le service. c'e>!-à-dire la recher- 
che passionnée, le culte, est incompatible avec 
le ?ervii-e de Dieu : Non pnteftk servire Deo et 
Afiimmonœ ; l'argent dont l'accumulation est 
complètement inutile, puisque Dieu se charge de 
pourvoir à nos besoins. .Méditons un instant ces 
deux pensées de notre Evangile. 

I. — Et d'abord, mes frères, si l'amour de l'ar- 
gent est une des passions les plus nuisibles à 
l'homme, c'est aussi une des plus communes, 
tlle se mêle à toutes les autres, parce que tou- 
tes les autres ont besoin de l'argent pour se sa- 
tisfaire. C'est avec l'or que le libertin paye ses 
plaisirs, que l'ambitieux ourdit ses inirigues, 
que l'orgueilleux s'offre à l'admiration du 
monde, que l'intempérant assouvit sa voracité. 
C'est la passiou du prodigue et la passion de 
l'avare. Or, mes frères, cette passion si com- 
mune est uue passion des plus dangereuses. 
Saint Paul dit qu'elle est la source de tous les 
maux : Hidix omnium malorum cupiditas (2). 
Elle est la source de tous les maux pour les in- 
dividus comme |our les sociétés. « L'or et la 
vertu, dit Platon, sont comme deux poids mis 
dans une balanci/ : l'un ne peut monter sans 
que l'aidre ne baisse (3). » Senèque, compléiaut 
cette pensée, dit que, pour un craud nomlire, 
la riches.-e est un obstacle à l'étude de la sa- 
gesse, et il donne ce conseil à un de ses amis : 

1. Eccli., xfl, 13. — 2. Util., MVI, 1. 2, 13. etc. — 
*. 1 Tim., VI, 10. 



• Si vous voulez étudinr la sagesse, il faut être 
pauvre ou du moins semblable a celui qui est 
pauvre (I). .Mais ^i la richesse a de si déplora- 
bles résultais pour l'élude de la simjile jibilo o- 
phie, quelle funeste inilueuce n doit-eilc p.. s 
exercer dans l'étude et l'acquisition de la sa- 
gesse diviiie. .Notre-Seigneur Jésus-Christ lu 
dit (2) ; les richeses sont des épines qui étouf- 
fent 1,1 sayes-e naissante : Qui autem seminntm 
est in spinis hic est qui verbum audit et sollicUudo 
sœn'liis/ius et fallacia divitmrum suffovat ver- 
bum. 11 ajoute : Et sine fnutu efficilur... Le 
fruit de la sagesse divine sont les bonnes mœurs, 
les vertus sociales et domestiques. Or, mes frè- 
res, le Verbe de Dieis l'atteste, l'amour de l'ar- 
gent rend les âmes stériles, sine fiuctu efficilur, 
stériles en vertus mais trop fécondes en vices. 
Car, selon lu remarque de saint Isidore (3), les 
richesses sont l'instrument du vice plutôt que 
de la vertu : elles entretiennent la mollesse et 
provoquent la volupté. Selon une belle compa- 
raison de saint Jean-Chrysostome (4), c'est de 
la glu... Il suffit que les âmes les aient touchées 
de leur aile pour qu'elles perdent tout ressort et 
toute vigueur (5). 

Je pourrais ajouter avec saint Paul que l'a- 
mour des richesses n'est pas seulement un obs- 
tacle à ra?qoisiiion de la sagesse et de la vertu, 
mais que souvent sa funeste inlluence va jus- 
qu'à faire perdre la foi eu plongeant 'e cœur de 
l'homme dans toute sorte do donliias : Hadix 
omniinn mal(.rum est cupiditas ij'i.rnn ouidam ap- 
petentes erravcunt a fide et in.scrtierunt te do/ori- 
bus mullis. -Mais c'est une de ces vérités deve- 
nues trop évidentes aujou.'^d'hui pour qu'il soit 
nécessaire de nous y arrêter. Jetez les yeux sur 
ce qu'il est convenu d'appeler les pays avancés, 
les [lay- riches, c'est-à-dire les pays oii règne 
en souverain le dieu Plutus, l'a.iiour de l'argent, 
et vous chercherez eu vain quel |nes re--tes d'une 
foi mourante... Plus de foi, plus d'espérance, et 
partant plus de charité. L'égoisme seul règne et 
triomiihe, et avec lui toutes les misères de l'es- 
prit et du cœur : Erraverunt a fide et inseiue- 
runt se dolorihus multis. 

Funeste aux individus, l'amour désordonné 
des richesses est la ruiue des sociétés civiles ou 
rcru'ieuses; oui, mes frères, je l'ai dit : religieu- 
ses. L'Eglise elle même, aux jours malheureux 
où elle laissa pénétrer l'amour des nch.îssc:' 

1. Plato. De civil. — 2. Sente, epist. xvit. — 4. .Ij'u/H. 
xui. 22. — 3. S. hid., epist CL\x.\vi. — i. S J 
Clirijs., in P>. X. — 5. Cf. Lâodriot, lléatiludes, 6* conf. 



1412 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



dans son sein, l'Eglise devint lauguissante... 
elle perdit cette vigueur austère qui fait sa force 
et qui, seule, s'harmonise avec la croix, de son 
divin fondateur. Ou nous accuse, uous autres 
catholiques, qui ne redoutons point les glorieu- 
ses pauvretés de la persécution, on nous accuse 
d'exagération quand nous montrons, dans 1 ac- 
croissement des richesses et dans l'usage de 
plus en plus pervers qui s'en tait, le signal de 
la décadence et de la ruine des sociétés. Eh bien, 
mes frères, je laisserai la parole un nistaut à 
l'historien latin : il va nous dire, lui, comment 
la République romaine éUiittombée, sans atti=u- 
dre les coups des barbares. « Dès que la Répu- 
blique, dit-il, se fut agrandie par le travail et 
la justice, qu'elle eut vaincu des rois puissants, 
subjugué des peuplades sauvages ; que de gran- 
des nations eurent été soumises par la force; 
que CarlhaL;e fut détruite de fond en comble et 
que toutes les mers et toutes les terres nous fu- 
rent ouvertes, alors la fortune commença à sé- 
vir et à tout confondre. Ces mêmes Romains, 
qui avaient soutenu sans peine les travaux, les 
périls, les iucerlitudes et les rigueurs des évé- 
nements, furent tristement vaincus par le loisir 
et les richesses, objets de tous les vœux. D'abord, 
s'accrut la soif de lor, ensuite celle du pouvoir : 
ce lut la la double cause de tous nos maux. Car 
l'avaiice anéantit la bonne foi, la probité et les 
autres vertus, pour leur substituer l'orgueil, la 
cruauté, le mépris des dieux et la vénalité uni- 
verselle : l'ambitiou r-mlit fourbes la plupart 
des hommes; elle leur apprit à exprimer des 
senlimeuts tout ditféreuts de ceux qu'ils avaient 
au fond 'lu cœur; elle ré^l.i Li haine et l'amitié 
sur l'inlerét, non sur la justice, il préféra les 
dehors de la vertu à la veitu même. Les progrès 
de ces vices furent d'abord insensibles, et quel- 
quefois même on les léprima. Mais dès que, 
semblables à un mal contagieux, ils eurent pé- 
nétré partout, l'Etal change-i do face, el le gou- 
vernement le pli. s jusie et le plus modéré de- 
vint cruel et intoierahle. Dès que la richesse fut 
devenue un titre d'Ii uneur et qu'elle donna la 
considération, le cieJit et le pouvoir, la vertu 
perdit ces avantages, la pauvreté devint infamie, 
la probité, malveillance. Ainsi, parles richesses, 
la jeunesse lut livrée au luxe, à l'avarice, à la 
cupidité, à l'orgueil : de là ses vols, ses profu- 
sions ; de là celte ardeur à prodiguer son bien 
et à convoiter celui d'autrui; de là ce mépris 
de la pudeur el de l'honneur : cette confusion 
monstrueuse, cet oubli des lois divines el hu- 
maines, de tout devoir et de toute modéra- 
tion (1). i> 

Les historiens grecs fout les mêmes remar- 
ques sur les républiques d'Athènes et de Sparte, 
« Pendant cinq cents ans, dit Plutarque, Lacédé- 

1. Salluste., 'Jaii.'., o. x-xii. 



luone observa les lois de Lycurgiic, et, pendant 
cinq cents ans, elle marcha à la tèle de la Grèce 
par la puissance et la sagesse de son gouverne- 
ment : mais, sous le règne d'Agis, l'amour de 
l'argent se répandit partout, et bientôt la vraie 
gloire et la vraie prospérité de la nation furent 
ensevelies avec les lois de son fondateur (1). » 
Oui, mes frères, dirons-nous avec le poète an- 
cien, l'argent détruit les cités. 

IL — J'ai ajouté, mes frères, que ce culte de 
l'argent, ce travail tiévreux, désordonné auquel 
on se condamne pour l'acquérir est un labeur 
compléuraent inutile. L'argent, mes frères, n'est 
qu'un instrument, un moyen... le moyen l'e 
subvenir à nos besoins. Or, mes frères, Notre - 
Seignerr Jésus Christ a pris soin de nousavertir 
que rien ne nous manquera. Ecoutez-le : « C'est 
pourquoi, je vous le dis, ne soyez pas inquiets 
pour votre vie de ce que vous mangerez, ni 
pour votre corps de quoi vous le couvrirez. La vie 
n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps 
plus que le vêtement? Considérez les oiseaux du 
ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'a- 
massent dans des greniers ; et votre Père céleste 
les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus 
qu'eux? Et qui d'entre vous, du reste, ;ivec tous 
ses ffuicis, peut ajouter à sa faillie une seule 
coudée? Pourquoi aussi vous inquiétez-vous de 
l'iialii lement? Voyez oomun'nt croissent les lis 
dcschimps; ils ne travaillent, ni ne filent, et 
cepeuLint, je vous le déclare, Salomon, dans 
toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un 
d'eux. Mais si Dieu revêt ainsi une h'rbe de la 
campagne, qui existe aujourd'hui et qui, de- 
midn, sera jetée dans le four, combien plus de 
sein il aura de vous, hommes de peu de foi ! Ne 
soyez donc pas inquiets, et ne dites pas : Que 
mangerons-nous, que boirons-nous, de quoi 
nous vêtirons-nous, comme les païens qui 
s'inquiètent de toutes ces choses? car votre Père 
céleste sait que vous en avez besoin. » — Et s'il 
est permis d'ajouter quelque chose à celle su- 
Mime exhortation, il ne refuse le nécessaire 
qu'à ceux qui ne veulent pas le recevoir de ses 
mains. Il se plaît à faire la volonté de ceux qui 
le craignent et il a promis l'abondance à la mai- 
son du juste qui se confie en lui. Nec sollicitt 
sitis. . . 

Mon Dieu, dirons-nous donc avec Salo- 
mon, mon Dieu, placez-nous dans cet heureux 
étal où l'on voit encore aujourd'hui le plus de 
vertus : dans cette médiocrité où Ion ne court 
ni les risques de l'opulence, ni ceux de la misère; 
où l'on n'est exposé ni a la tentation de mécoa- 
nailre Dieu, ni à celle de murmurer contre lui. 
Mendicitatem, et divitias ne dederis mihi, tribue 
tantum viciai meo necessaria, ne forte saliatui ilii- 

1. Plutarque, Vit. itcurj., xxix et xxx. 



r,\ SEMAINE OL' CLKKGE 



ui- 



cior ad rirgnudum, et dicnin : Quà h<>iiiiiius? "Ht 
egeaini-' compu/ms f'nrer et perjurtiis iioinim Dei 
met (Piov. \\x, 8 et '.Vj. 

J. Uegvin, 

curé il'Ei'liaunay. 



INSTRUCTION 



l'our la fête ob la nativité de lx. sainte 
Vierge. 

Quw est i$ta, quw firogreilitur 
quoii aurora cotutirgeiti (Can- 
tique, O ) 

Qu ind l'anrore paraît à l'horizon v.l ijue sa 
«lod • liiiuiére cuiQini'iu'e à se r:'p:r'iir % ell'^ 
a ji aie à la terr^^ une soite île joio, t-;!!- ('Uc ;in- 
iiD.icc aux hommes le lover procli.'iiii i;e l'as- 
•ii' éclatant du jour. Telle fulÀIuneaii mouionl 
s:i naissance, elc'ist pimniuoi li^^lise lui 
<. icsse iuijounrhui e s purules : « Votre nais- 
sance, ô Vi.T^i', Bléio lie Dieu, a rempli le 
monde de cunsolalinn et d'allégres.<c, parce 
que de vous est sorti le soleil de justici-, Jéfus- 
Ciiri-t. notre Dieu, qui nnus a d-livri--:; delà 
malédiction, nous a comblés de beaédi. tiens, 
et, détruisant l'empire de la mort, nous a ou- 
vert le cliL-miu d.! la vie étornelle. » 

Les hommes, ne (••■nnaiss int pas le trésor 
i]iir; Dieu leur envoyait, quaud jhirii' vint au 
momie, durent la regarder commit un enfant 
ordiiiaire; mais du moins les ange* la glori- 
iicrenl dans le ciel, toules les inleUi-.:ence£ cé- 
lestes tirent éclater leur joie, l'adiirMiilu Triuité 
ell-i-aième vil avec C(m|)laisaucc ce iliyue ob- 
jet de ses tendresses, le chef-d'œuvre de ses 
mains. Et l'Eglise rappellera jus^ju'à la fin des 
sc'cles, au souvenir et à la vénération des fi- 
dèles, l'anniversaire de cette bienheureuse 
naissance. 

Pour entrer dans i'e.-^prit lie cette fête, con- 
sidérons, mes frères : 1° ce qu'il y a de remar- 
quable dans la nidssance de Marie; 2° ce que 
nous devons retirer de cette solennité. 

1. — Les hommes qui se laissent si facile- 
ment éblouir par le vain éclut des graudeurs 
terrestres ont coutume 'e rendri', aux enfants 
des princes, dès qu'ils sont nés, des honneurs 
proportionnés à la noblesse de leur origine. Plus 
cette origine est illiis'rc. plus l'eufunt qui vient 
de naitre est rapproché du troue, plus aussi sont 
grands les honneurs iju'on lui rend et les signes 
de joirt qui ssluent -oti entrée dans le n^onde. 
Or, quel ne doit pas être l'empressement du 
chrétien à célébrer la fêle de ce jour! Le ber- 
ceau, prés duquel ou le convie, reuferme tout 
ce que la terre a jamais produit de plus graud. 



L'enfant, «pii attend tes hommages, est le chef- 
d'œuvre de la uature et de la grâce; son nom 
est plus doux que l'oleur de la myrrhe, sa 
naissai:ce, anooacéepar un messager d'en haut, 
fait l'orgueil et la consolation de l'univers, 
co:nnie l'admiration de toute la cour céleste. 
Uuoi de plus grand qu ■ Marie, selou la 
chair! IClle est la fille des lois de la terre. De- 
puis Adam, le [ircinicr anneau de la cliaine dea 
générations humaines, jusqu'à elle, quelle suite 
admiruiile! On trouve dans sa généalogie des 
rois non innius ivcommaiidables par leui' piété 
que par leur ardeur guerrière, tles patriarches 
qui ont si^ualé leur obi-issance et Iciir foi au 
milieu des épreuves les plus critiques, des pro- 
phètes pleins de zèle et de fermeté j our la 
gl'ire du vrai Dieu et la liéfense de ses intérêts 
sicrés. Par une admirable disposition de la 
l'rovidenre qui dirige tout, selon les règles 
il'uue profonde sagesse, Jlurie lirait so.i ori- 
gine de la plus antique maison royale (jui fut 
alors : et radicavi in populo honwi/lcalo iÈccli., 
24-16). 

Il est vrai qu'au temps du père et de la 
mère de la très-sainte Vierge, le sceptre de 
David était tombé en des mains étrangères. 
Mais cette circonstance ne servit qu'à mieux 
faire éclater la vertu de ces deux époux pleins 
de foi. Ils vivaient dans la petite ville de Naza- 
reth, à l'abri de la cruelle détiauce de l'usur- 
pateur Hérode. C'est là que, selon une pieuse 
tradition, un ange apparut à Joacliim, puis à 
Anne, et leur annonça l'enfant, dont la venue 
allait réjouir leur solitude. Kclairés d'une lu- 
mière surnaturelle, ils comprireut que Dieu 
leur avL.il donné cette bienheureuse enfant, 
non pour eux, mais comme un dépôt sacré dont 
ils devaient répondre. Aussi, le premier mot 
que Marie entendit de la bouche de sa mère, 
fut le nom béni de Dieu, la première affection 
de son âme fut dirigée vers lui. Tous les jours, 
son père et sa mère l'offraient au Seigneur, se 
préparant à accomplir leur sacrifice eu se sé- 
parant de leur fdle bien aimée. « heureux pa- 
rents, heureux époux, s'écrie saint Jean de Da- 
mas, A'avoir donné au monde une vierge qui sera 
en même temps la mère de Dieu, sans cesser d'ê- 
tre votre filli I 

Mais ce qui rend la naissance de Marie si 
glorieuse, c'est moins le sang illustre qui coule 
dans ses veines, querincomparalde prérogative 
de sa couccptioj immaculée. La gloire de ses 
ancêtres s'etîace devant ce privilège qui n'a été 
accordé qu'à elle seule. Rien de plus pur que sa 
naissance. Taudis que les autres saints sont en- 
trés dans le moude soumis à la condition com- 
mune des enfants d'Adam, qui est l'état du 
péché, Marie apparaît au jour en état de grâce. 
Plus heureuse iiue b; précurseur de iésus, qui 



f«1* 



las!;mai?;eduglergf. 



iut sanctifié dès le sein Je sa mère, cile n'i-ul 
jamais besoin d'èlre purifiée du péché : sa con- 
ception a été tout immaculée. 11 ne convenait 
pas en efiet que celle qui devait écraser la tèlc 
du serpent infernal eût éprouvé les terribles 
effets de son vei.in pernicieux. 

Le Dieu immortel qui, de toute éternité vou- 
lait s'incarner dans son sein virginal, ne l'a 
choisie pour mère, qu'après l'avc.r piéseivée 
de toute tache. Si Marie eut été enveli'itpéi- 
dans la malédiction commune, qui | èse sur 
tous les malheureux fils d'Eve et les rcii'l, >'.ès 
l'inflant de leur conception, abomin;!li;es aux 
ytux du Seigneur, jamais elle n'eût porté en 
elle le Verbe de Dieu. Et l'Eglise ne pourrait lui 
adresser ces paroles du cautique : u Vous êtes 
toute belle, 6 la bien-aimée du roi des rois, et ses 
yeux si /M) s, si saints, si pênétronts ne peuvent 
apenetoir en vous lu moindre souillure/ -> 

Que ce jour, ô fille du Très-Haut, où voiis 
paraissrz pour la première fois sur la trrrr, 
est un j jur brillatit pour vous et que v^s pre- 
mières démarches vont belles ! Votre njiissance 
rend gloire au ciel et fait tressaillir d'alli'- 
cresse la teire dont elle r; lève les c?iièrances ! 
Di(U n'avat jusqu'alors regardé cette vallée 
d'exil que lommeune région de pleurs réservée 
pour le séjour des criminels, mais au moment 
(lù '. (ius nais.-ez, les regard- du Seigneur s'arrè- 
leul sur un ebjet qui lui plaît trop, pour qu'il 
si.il li>i!Jours si irrité. 

li. — A l'exemple de Marie, nous devons re- 
noi;vcler en ce ji'ur notre consécration à Dieu. 
11 a les droits les plus ineonle^taliles a nos bom- 
n;aL:cs. 11 est notre ciéaleur; à ce titre nows lui 
appartenons par tout notre être; nou- dépen- 
dons de lui [dus que l'ouvrage de l'ouvrier qui 
l'a façonné. H est notre conservateur: c'est lui 
qui nous conserve la vie qu'il nous a donnée, 
par une création continuelle, et, sans lui, nous 
retomberio! s à chaque instant dans le néant. 
11 est notre Libérateur et notre Sauveur: c'est 
lui qui a brisé nos fe: s et nous a reconquis, par 
son sang, nos droits à l'héritage céleste. Il est 
notre dernière fin et le consommateur de noire 
salut : et il n'a d'aiilre désir (-ne de nou^ voir 
consacrer à son service le petit nombre de jo;.rs 
qu'il nous permet de passer ici-bas, afin i;e 
pouvoir nous récom|iei:ser à titre de mérite. 
El quelle récompense, mes frères, ne nous 
promet-il pas ? U veut se donner à nous sans 
réserves, pour une éternilé tout entière I 

Pourquoi hésiterions-nous à nous consacrer 
à un Dieu si grand, si libéral ? Ah ! plutôt, 
imitons Marie. Elle vient de naître ; el déjà 
file s\mp; este de présenter à Dieu avec une 
feiveui nouvi lie l'hommage de ses adoraùons 
et de son amour, bommoge qu'elle n'a cessé de 
hii offrir depuis l'iustaut de sa conception. 



Aussi la ïriuité tout entière semble penchée sur 
son berceau pour accueillir des sentiments si 
excellents. Le Père retrouve en elle, dans toute 
sa beauté, son image défigurée par le péché 
dans le reste des homm^'s. Le Fils la voit ornée 
de vertus si suMiiaes, qu'il lui tar^le, pour ainsi 
dire, de l'appfler saraèrc. L'Esprit-Saint, banni 
de pres.|ue tous les cœurs, tant la corruplion 
est générale alors, habite dans le sien comme 
darisun lione digne Je lui; ce qui fait dire à 
Marie : Cum essnn pnnulo, placui Alfissimo. 

L' in de moi, chrétiens, la jiensée de comparer 
noire naissance à celle ile Marie. Elle est née 
toute pure et nous niiisso is tous avec la tache 
originelle. Ma. s si nous sommes né'^ misérables 
et eiinemi- de Dieu, nous avons été régénérés 
dans les eaux du baptême. Là, nous avons été 
faits enfauts de Diiu et héritiers présomptifs 
du royaume des cieux ; notre âme a été com- 
blée de grâces in-igne- et en reconnaissance de 
tant de bieufuils nous avons promis à Dieu de 
n'appartenir qu'à lui. Mais hélas! notre nature 
est demeurée faible malgré le baptême et nous 
sommes toujours prêts à tomber. Que de fois, 
dans un de ces moments de ferveur que loul-; 
àrae a ressenti, n'avons-nous pas juré au Sei- 
gneur de lui être fi.lèles, et [lourtant notre 
jer^n-érançe n'a p is duré, nous avous eu a 
gémir sur de n:)avelles chutes. Marie au con- 
traire a lo'.ijûurs grandi en sainteté. Sa vie a 
élé une, parfaite, admirabb, depuis l'instant de 
sa nais-ance jusqu'à sa mort. Une fois con- 
sa rée à Dieu, elle ne s'est jamai- démentie, 
toujours elle a progressé de vertus en vertds, 
accumulant ainsi ses mérites et disposant dans 
son àme «elle suite d'élévations mystérieuses, 
dont parle le prophète : Ascensiones in cord-j sua 
disi-o-uil, qui, comme autant de degrés sublimes, 
l'uni élevée jusqu'à la hauteur des cieux, où sa 
gloire se confond avec celle de Dieu. 

Qu'uue telle perfection ne décourage pas 
Hiilre fiiblesse. iilais, anrès avoir ressuscité en 
nous !e règne de notre piemière ferveur, de- 
mandons à Marie la grâce de la persévérance. 

L iissiics en ce jour la confiance et 1 1 joie 
entrer dans nos cœurs. L'Eglise nous invite à 
bannir toute trisiesse, pui-que nous célébrons 
la naissance de notre glorieuse médiatrice. Que 
pouvons-nous craindre? Nous avons d/sormais 
une avocate puissante auprès de Dieu, qui saura 
nous détendre au milieu îles dangers et nous 
faire parvenir heureusement au terme de notre 
Cl tirsc. Avec elle, nous pouvons tou'. Il n'est 
point pécheur si désespère qui ne i)uisse avec 
son concours, espérer le pardon de ses crimes 
et l'entrée du ciel. Aimons Marie et répétons 
souvent son nom béni. Ce nom, qui lui a été 
donné à sa naissance, a toujours été prononcé 
avec respect ; il n'y en a pas de plus doux après 



LA SEMAINE DU CLEUGK 



r«r 



^.e nnm adornhle âo J('?ii!». L'cnfanlle bcgayi^au 
beici-au, la jeune fille le portf avi-c bonheur, le 
vieillard, qui incline vers la lomhe, l'invoque 
ivec confiance. Ce nom suave porte la \y.nx 
Jans les âmo-î ; puissc-l-il être notre join et 
notre oonsolation sur la terre, en altiMuiant que 
flous puissions le chanter avec les anges dans 
les cieux. Amen. 

L'abbé Gibarde, 
«nri de Sainte-Uarie. 



INSTRUCTIONS FAMIL'^RES 

SUR LES COMMANDEMENTS DE OIEU 

32' Instruction. 

OUATRIÈME COMMANDEMENT 
3' Instruction. 

StIJET : Les parents doivent nourrir leurs «niants ; 
les instruire ou les (aire instruira. 

Te.xte : Honora patrem tuum et matrem 
tuant... ut longo tempère... Père et mère hono- 
reras, afin de vivre longuement... {Deuteron., 
ch. V, vers. 16). 

ExoRDE, — Mes frères, en parlant de l'o- 
béissance que les enfants doivent à leurs pa- 
rents, j'ai omis à dessein une réflexion. — Je 
tiens à la faire au commencement de cette ins- 
truction, afin qu'elle soit mieux compiise et 
plus remari]ué;'. — C'est que les enfants ne sont 
point tenus il'obéir à leurs pères et mères, ou à 
leurs autres supérieurs, quand ce qu'on leur 
commande est contraire à la loi de Dieu... C'est 
riair, c'est évident... 

Pourtant, cette vérité si palpable n'est pas 
toujours compli'lement comprise. Je veux, par 
une comparaison, vous la faire, pour ainsi 
dire, toucher du doij^t... Un entant vient vous 
demander un con>-eil... Que ce soit une petite 
fille, un petit garçon, peu importe... Il vous 
dit en pleuniiil : Papa et maman m'ont dit de 
voler tel objet, mais moi je neveux pas... — Tu 
as raison, mon petit ami, lui diles-vous, car le 
vol est un mal, et l'on te mettrait en prison. — 
Vous avczd.)nné un bon conseil... Mais, laissez- 
moi vous appliquer un raisonnement sem- 
Mable... Ce sont vos enfants à vous-mêmes, 
dont il s'agit ; je les rencontre et je leur dis : 

— Pourquoi avez-vous manqué au eatéihisme, 
pourquoi n'étiez-vous pas à la messe iliman- 
che?.. Ils me répondent : Mon père m'a retenu, 
ma mère m'ena empêché, on m'afait travailler. 

— Que d.iis-jo leur rép:indre?... Ce que vou^ 
diriez vous-même- à l'enfant auquel S:'S parents 
consîi lieraient le vol. — Mes enlants, c'e.<l mal 



de janquer à la messe, vous ne devez [)oit3! 
dans ce cas obéir à vos parents. Dieu a une 
prison, qu'on appelle l'enfer, ony reste lonu- 
temps et c'est là qu'il punit ceux qui lui voletw 
le jour qu'il s'est réservé. — En ell'et, vous ne 
l'ignorez pas, m-s IVcre?, si la loi de Dieu dé- 
fend le vol, elle défend également le travail do 
dimanche... Or, les apôtres l'ont dit : il vaiti 
mieux obéir à Dieu qu'aux hommes; Dieu, c'of* 
notre premier supérieur. 

Supposez que votre fils atné commande â 
son plus jeune frère une chose que vous avei 
défendue... Est-ee à vous, ou bien à son frère, 
que votre enfant doit obéir? — C'est à moi, 
dites-vous, à moi qui suis son père. — A moi 
qui suis sa mère... C'est vrai, mais si vous com- 
mandez une chose que Dieu licl'end, eom[irenez- 
vousbien auquel des deux la justice commande 
d'obéir? N'est-ce pas à ce père que tous nous 
avons dans les cieux?... 

Ecoutez à ce sujet une histoire... Va enfant, 
à peine âgé de douze ans, honoré sous le nom 
de saint Celse, était le fils d'un persécuteur. 
En voj'ant le courage avec lequel souffraient 
les martyrs, en entendant la sagesse de leurs 
réponses, son eœur fut touché de la grâce et il 
se déclara chrétien... Vainement Marcien, son 
père, tenta de le fair.; sacrilier aux idole-; en 
vain sa mère essaya de le se uire;il fut fort 
contre les menaces, il fut fort contre les prières 
et les larmes. — Chers parents, disait-il, je 
vous aime, mais j'aime encore plus le bon Dif u 
qui est mort pour me racheter... A lui moa 
cœur, mon amour et mon obéissance. Et il 
mourait, martyr du Christ, condamné au sup- 
plice par son propre pèrel... 

Donc, pour conclure cette réflexion, vos en- 
fants ne sont point tenus de vous obéir, lorsque 
vous leur commandez quelque chose de con- 
traire à la loi de Dieu... 

Proposition. — Ceci m'amène à vous parler 
des devoirs des parents envers leurs enfants. 
Les parents doivent nourrir leurs enfants, les 
instruire, les corriger, leur donner le boa 
exemple... Nous nous contenterons, ce matin, 
d'expliquer les deux premières de ces obliga- 
ti iis... 

Division. — Premièrement. Les parents doi- 
vent nourrir leurs enfants... Secondement : Ug 
4oivenl les instruire ou les faire instruire. 

Première partie. — Frères bien aimés, remar- 
quez-vous que le plus souvent on se jette dans 
l'état du mariage sans y avoir sérieusement 
pensé, sans s'être fait une idée juste des de- 
voirs qu'impose ce sacrement, et surtout sans 
avoir demandé au bon Dieu la grâce de les 
remplir dignement. 

Etre père ou mère de famille ! Ahl chrétiens, 
'.uelle mi^sion noble. ;énible et délicate, si 



lilft 



LA SEMAINE DU CLtHGÉ 



elle est Hen comprise et si l'on veut s'en 
acquitter comme Dieu l'exige!... Mission noble, 
nui, Dieu, en vous donnant des cnlanU, vous 
donne à fovmpr. à diriger des âmes créées à son 
image, rarlu-lécs par le Sauveur, destinées à le 
louer pendant l'éternité dans le iiaiartis... Des 
âmes !... Mais c'est ce qu'il y a de plus sacré, 
(li^ plus précieux I... Comprenez-le-bien, c'est 
iésus-Christ qui remet entre vos mains le prix 
.le son sarg... Grand Dieu 1 comment allez-vous 
user d'un pareil trésor?... Mission pénible, 
elle vous causera des douleurs, elle exigera 
des sncrJlices. elle demandera des soins cons- 
lanls, une vi.yihince conlinuellc! .. Délicate 
aussi sera celte mission... Il est, dit-on, certains 
remèdes ((iii se changent en poison, si les subs- 
tances qui les composent ne sont pas exacte- 
ment jiroportionnées, et si les doses ne sont 
pas convenables... Ainsi, dans l'éducation des 
enfants, il faut unir la tendresse et la force, 
mélanger sagement la douceur à la fermeté, si 
l'on veut réussir; et de quelle attention déli- 
cate il est besoin, pour n'être ni liop dur ni 
trop faible!... 

Mais nous avons dit que le premier devoir 
des parents était de nourrir leurs enfants. En- 
trons dans quelques détails... Doit-on blâmer 
et condamner les mères, qui confient leurs en- 
fant à des nourrices?... A c tte question, 
deux réponses. — Si une santé trop faible, 
une constitution trop débile ne l'crmet pas 
à une mère de nouirir elle-même son en- 
fants, dans ce cas, mais dans ce cas seule- 
ment, je ne la blâmerais pas de le confier à 
des mains étr:ini:èrps... Que si, pour conserver 
la fraîcheur de so;i teint, pour ne pas déformer 
sa taille, ou pour d'autres motifs tout aussi 
frivoles, ure mère refuse d'allaiter son enfant, 
il me semble qu'elle n'est plus n;ère qu'à 
moitié, qu'elle ne répond ni aux vues de la 
nature, ni aux intentions du Créateur, qui a 
placé près de son cœur deux sources de vie 
auxquelles doit s'abreuver son eniant... Que 
j'aime mieux cette noble et pieuse femme... 
Devenue mère, on l'engageait à ne pas nourrir 
sa petite fille... — Vous êtes trop faible, lui 
disait-on. — Qu'importe, répondit-elle, Dieu, 
qui me l'a donnée, me (!onnrra ce qu'il faut 
pour l'élever; lantque je vivrai, nulle aulre que 
moi ne sera sa mère! — Vous citerai-je aussi 
comme exemple, ô pieuse mère de saint Louis, 
noble reine Blanche, le modèle des mères, 
rhonnenrde votre sexe?... Vousn'avez pas voulu 
qu'un seid deTos neuf enfants s'abreuvât à une 
source étrangère; c'est sur votre sein qu'ils ont 
été nourris, sur votre cœur qu'ils ont été 
bercés!... Aussi, comme ils vous aimaient, 
comme ils vous respectaient, comme ils ont été 
les imitateurs de vos vertus!... 



Inutile, frères bien aimés, d'insister longue- 
ment sur ci'tte oliligatiou de nourrir ses en- 
fants; tous vo'.is donnez aux vôtres la nourri- 
ture dont ils ont besoin, vous aimeriez mieux 
vonsimposcr des privationsque devoir voscUers 
enfants manquer de quelque chose... A peine 
renconirerait-on çà et là dans nos campagnes 
qu -Iques ouvriers paicsseiiK et déiiancliés, do- 
pensant au cabar.t où au jeu, le pain qu'ils 
doivent à leur famille... Oh! ceux-là sont cou- 
pabb's, bien C()U[iablesl... Le ti'int bave et 
flétri, les iiifiriuilcs précoces de leurs enfants 
le disent assez... Voyez-vous paifoi- ces pau- 
vres [iclits à peine velus étalant lenr misère, 
«l nous tendant nnc niain que la fHiblosse et le 
froid rendent tieuiblanlc!... Que leurs parents 
sont cruels!... iNe sont-ils pas au-dessous des 
animaux? Gir eufin, l'oiseau apporte à ses pe- 
tits la becquée qu'ils atlendent ; le lion lui- 
cf:ème donne la pâture à ses lionceaux; tandis 
que ces tristes parents livri'ot leurs enfants aux 
privations, à la misère, à la mendicité, au dé- 
sordre... 

Seconde partie. — Les parents doivent ins- 
truire leurs enfants. Oui, frères bien aimés, et 
cette instruction doit commencer de bonne 
heure... Ici, c'est surtout à vous, mères cliré; 
tiennes, que je m'adresse. C'est à vous fu''l j 
appartient de donner à l'âme de vos enfants 
les premières leçons; celles dont rimprcssion! 
sera la plus profonde, le souvenir le plus du- 
rable. Un poète Ta dit : 

Le cœur da jenne enfant est tm rase profond; 
Lorsque la première aaa qu'on y verse est impure, 
La mer y passerait sans laver la soaillure : 
Car labiine est immeaseetla tache est au fond(t)l... 

Ce qui est vrai pour le mal l'est également 
pour h bien ; si, dans ce petit cœur, vous versez 
la piété, l'amour de Dieu, comme une liqueur ! 
précieuse, soyez-en sûrs, il en conservera long- 
temps l'odeur et les suaves parfums... Dès que 
votre enfant commence à donner des signes 
d'intelligence, faites-lui embrasser le Christ et 
l'image de la vierge Marie; prenez ses petites 
mains, ap[irenez-lui à tracer le signe de la 
croix... Ses lèvres vont bientôt s'ouvrir, déjà il 
essaye de 'régayer ses premières paroles ; que 
le nom du Sauveur et celui de l'auguste Marie 
soient les premiers sons qu'il apprenne à répé- 
ter... Jésus, ô roi des âmes, ô Seigneur de 
toutes les éternités, votre image bénie reposait 
avec moi dans mon berceau; mes lèvres enfan- 
tines aimaient à l'embrasser, une tendre mère 
m'apprit de bonne heure à prononcer votre 
nom chéri... Puisse, ô.lésusde mon âme, cette 
douce image reposer aussi sur la eoiiche ou^j 
j'aurai les sueurs de l'agonie! Que mes lèvres ' 

I. Alfred de Miissft. Ro/fa. J'ai modifié le premier hé- 
mistiche : Le ccur Je Chumnie cierge. 



LA Sî;\!AINE R'J clf.rciî 



an 



blêmes et fléfrips par rapprnchcdc h\ inorl s'y 
collent encore on oxpirani; «ino votre nom, plus 
doux (]ue le miol, et consolant comme l'erîfiô- 
rance, soit mn ilernic e parole!... Et vous, 
Vierge Mnic, nd'à tout jamais dans mon cœur 
votre nom, votre amour s'entiolace au nom et 
à l'amonr de volie divin Kl- i omme un chiirre 

inséparable Kh liien, oui, mèri's. de bonni; 

heure vous devez instruire et former l'ftme de 
vos eiifa:its.. . Kt iei que d'exemples je pourrais 
vous citer pour von< mintrer l'influence de 
cette première instruction donnée par une 
mère... Lais-ms de côté sainte Symphoros-» et 
si'S sept enfants; ne parlons pa< lie la mère de 
siiint Edmond et de tant d'antre-* pieuses 
femmes... Voyez-vons saint Alphonse de Lignori, 
tout petit enfant, afcenouil lé près de cette sainte 
et noble dame, qu'il appelle «a mère!... Déj.i il 
sait ses prières, déyi ihê-itcavec elle le chipe- 
let au pied d'une image de Marie... «.Mon 
enfant, lui n-pèle-t-on souvent, c'est Dieu qui 
est votre père, c'est la sainte Vi.rge qui est 
votre mère ; il* votts aittient encore plus que je 
neV()n3aime; gardez-vo-.is de leur dés béir 
jamais; vous li'ur feriez de la peine et ils vous 
puniraient !. .. » Grand Uieu! qu'elle est belle 
l'àT.e de l'enfant nu swlir du liiipléme; c'est 
une ciremolle et vierge «lui prendral'empreinte 
que vous lui donnerez. C'c^t un prrpier bien 
blanc sur lequd vous traeeroz, ô mères, ce que 
vous voudrez, chaque lettre ijue vous y marque- 
rez restera inellaçaltle!... Oh! je vous en con- 
jure, gravez-y le bien, la piété, la vertu, l'hor- 
reur du mal... Le bon aoge de ces chers enfants 
vous aidera, et vous en serez vous-mêmes ré- 
compensées dès ce mon'lc. 

Vos enfants ont gr.mdi... Que devez-vous 
faire pour leur donner l'in-traetion à laquelle 
ils ont droit... Ici, m^ s frères, je dois établir une 
distinction; il y a l'instruciion de l'école et 
l'instruction de l'Kglise... Je me hâte dédire 
que vous devez procurer l'une et l'autre à vos 
enfants... Oui certes, lespaicnts sont coupables 
qui laissent croupir leurs enfants dans l'igno- 
rance; ils ne savent dune pas de quels secours 
ifs les privent, et ([iielle.- humiliations ils leur 
préparent. Que deviendront donc ces jeunes 
garçons, ces petites hlles, qui courent les rues 
et mènent une vie vagabonde, alors qu'ils de- 
vraient fréquenter l'école, comme les autres 
enfants?... Ce qn'ils devien^lronl?... Mais nous 
le savons trop... Ils deviendront la désolation 
de leurs parents, le scandale de la paroisse et 
une sorte de chancre pour la société!... Mal- 
heureux pères et mères, qui négligez de veiller 
sur l'iustruction (ie vos enfants, que vous êtes 
coupables et quels durs reproches ils pourront 
vous taire un jour I... Parents cruels, diront-ils, 
«i, aussitôt après ma naissance, vous m'aviez 



dépo-c sur une 1 orne, une âm.; ohariîablc on 
l'hôpital m'aurait recueilli; j'aurais du moins 
reçu linéique instruction, et des soins que vous 
ne m'avez pas donnés!... » C'est dur, et pour- 
tant c'est vrai... Oui, certains enfants ont à 
regretter que, dès leur bas âge, la mort ne les 
ail pas privés d'un père et d'une mère indignes 
de remplir le rôle sacré que la Providence leur 
avait attribué... Je le sais, mes frères, de tels 
parents sont des exceptions ; mais j'ai dû les 
signaler... Deux mots enc>ro sur Hnstruction 
de l'école, vous êtes ol)ligés d'y envoyer vos 
enfant?, de soutenir les instituteurs et les ins- 
titutrices dans la tâche souvent ingrate qu'ils 
cnt à remplir... J'ajouterai même que, si vous 
avez de la délic.itesse et quelques sentiments 
des convenances, pa-sé un certain âge, qui 
doil être peu avancé, vous devez envoyer votre 
fille dans une école de jeunes lilles... Dùt-elle 
quitter votre village; quand même son absence 
devrait vous imposer dos sacrifices! Ces sacri- 
fices,-^oyez-en sûrs,ne seront paspenlus. Je n'in- 
siste pas sur ce point; ce que j'ai dit doit suf- 
fire, et vous m'avez compris 

Un mot maintenant sur l'instruction reli- 
gieuse de vos enfa.its. Vojs la leur devez ; vous 
êtes très-coupables si vous les en privez. Elle 
est de beaucoup la plus importante... Il est 
permis d'ignorer certaines fluesse^ du calcul et 
mèrne quelques règles d'orthographe; on peut 
faire un honnête homme et se sauver, tout en 
ne sachant pas beaucoup de choses qu'on ap- 
prend à l'école... Maison ne peut opérer son 
salut sans savoir les vérités qu'enseigne le ca- 
téchisme, sans pratiquer les veitus qu'il com- 
man le, sans recevoir les sacrements institués 
par iNotre-Seigneur pour sauver nos âmes... 
Vous devez donc soigneusement veiller à ce que 
vos enfants non-seulemeut fréquentent le ca- 
téchisme, mais à ce qu'ils apprennent l!s véri- 
tés contenues dans le petit hvre qui porte ce 
nom... Vous le leur feriez réciter vous-mêmes, 
vous leur donneriez même certaines peliles 
explieilions selon votre pouvoir : croiricz-vous 
par Insard en trop faire? Non, non, frères bien 
aiiiiés, vous accompliriez simplement ce devoir 
qui vous est imposé : le devoir d'instruire vos 
enfants... 

Péroraison. — Un mot encore et je finis... 
Dieu pi'rrait que sainte Elisabeth de Hongrie 
fût barmie de son palais et réduite à mendier, 
elle qui s'était montrée si compatissante pour 
les malheuri'ux!... Il voulnii eu taire non -seu- 
lement une granile sainte, mais le modèle des 
mères... Entourée de quatre petits enfants, 
dont le dernier n'avait que quelques mois, on 
la vit, au plus fort de l'hiver, ericr sans asile, 
n'ayapt [lour réchautl'er ces cliers petite inno- 
cents que ses larmes et son amour'... Elle ven- 

T. Vlll. N° -15. 



1418 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



dit ses bijoux pour les nourrir, elle jeûna plus 
d'une fois, afin de subvenir à leurs besoin-!... 
Plus tard, rentrée dans sa première fortune, 
avec quelle tendresse elle instruisait ces chers 
enfants, en leur parlant de Dieu, de sa provi- 
dence, et formant leur cœur à la piété et à la 
vertu... Mères qui m'écoutez, voilà votre mo- 
dèle; nourrissez vos enfants même au prix des 
plus grands sacrifices ; veillez sur leur instruc- 
tion, et surtout sur leur instruction religieuse; 
apprenez-leur qu'ils ont, avant tout, un Dieu à 
servir, une âme à sauver, et Dieu bénira vos 
soins. 
Ainsi soit-il. 

L'ab'.ié l.oBf.r 

ciii-'j ci: Vaujlia-ïSis. 



Théologie dogmatique 

LES DOCTRINES DU CONCILE DU VATICSN 

ET DU SYLLABUS. 
NATURE DE LA FOI. 

Deux grands faits religieux ont marqué la 
seconde moitié du xix' siècle : le concile du 
Vatican et le Syllabus. Leur influence, qui ne 
fait, pour ain>i dire, que commencer, a été 
considérable, llsout frappé an cœur deux er- 
reurs qui vivaient au sein même de l'Ei^lise : 
le gallicanisme et le libéralisme doctrii:al. Le 
concile, interrompu par les cjrconst.ini e^ dou- 
loureuses que tout le monde connaît, a pioduit 
deux monuments d'une haute importanr.'. : les 
deux corislilulions conciliaires, Dd Lilius et 
Pastor œternus. Nous avons étudié, au point de 
vue tlicologique, les deux premiers chapitres 
de la piemicre. Jetons un regard, avant d'aller 
plus loin, sur le chemin parcouru. 

Le concile a posé d'abord les bases de l'ordre 
naturel. Ce ne sont pas seulement, en «fiet, 
les vérités révélées que la raison humaine ea 
révolte a attaquées depuis un siècle, elle s'est 
tournée contre idle-même; elle s'est dciacinée, 
en quelque sorte, en enlevant le fi;l dans 
lequel ell ■ puise la vie, et en détruisant les 
fondements île l'ordre intellectuel, moral et 
social. Aussi, c'est la raison même et la société 
que le concile a défendues en coniiamnant 
l'athéisme, le matérialisme, le panthéisme. 
C'est l'olijet du premier chapitre delà constitu- 
tion Z>ei /•'(//«« et des canons ijui y corresp.m- 
dent. Eu les exposant, nous avons démoalrc les 
grandes vérités iju'ils dftirment, cl réfuté les 
erreurs qu'ils condamnent. 

Le concile entre avec le chapitre second 



dans l'ordre surnaturel. La possibilité, la con- 
venance, la nécessité de la révélation divine y 
sont enseignées, et nous les avons démontrées. 
Précisant le sens de celte nécessité, la consti- 
tution coniiliaire rejette d'un côté les excès du 
traditionalisme qui admet la nécessité absolue 
de la révélation poui' la connaissance des véri- 
tés de l'ordre naturel, et de l'autre, ceux du 
rationalisme qui rejette la révél.itiim et la pro- 
clame impossible. Le chapitre se termine par 
l'indication des sources qui contiennent cette 
révélation divine : la tradition et les saintes 
Ecritures, dont le caraclère est précisé plu» 
parfaitement qu'il ne l'avait été jusque là. 

Mais à la révélation correspond dans l'homme 
un acte et un état particuliers.appelés la foi di- 
vine. Le concile était donc amené naturellement 
à en parler. C'est l'objet du chapitre troisième, 
intitulé de Fide, et dans l'étude duquel nous 
alliDs entrer. Il contient, avec les canons qui 
s'y m Hachent, six ou sept questions de haute 
importance : la nature delà foi; les motifs de 
créilibilité sur lesquels elle s'appuie ; la grâce 
et la lilierté qui concourent à sa production ; 
les objets qu'elle embrasse; l'organe qui nous 
les propose au nom de Dieu; la nécessité et le 
bienfait de cette foi divine : ce sont là de 
grandes et belles questions que nous allons étu- 
dier dans ce qu'elles ont de plus important. 

Mettons d'abord sous nos yeux le commen- 
cemeut de cet important chapitie : « Couira» 
l'homme dépend tout entier de Dieu, son Créa- 
teur et Son Seigneur, et comme la raison créée 
est absolument soumise à la vérité incréée, nous 
sommes obligés de rendre, par la foi, au Dieu ré- 
vélateur, l'homni ige de notre intelligence et de 
notie volonté. Or, cette foi, qui est le commence- 
mi'ut du salut de l'homme, l'Eglise catholique 
enseigne qu'elle est une vertu surnaturelle, 
par laquelle, sous l'action et avec le secours 
de la grâce divine, nous croyons vraies les 
choses qu'il nous a révélées, non pas à cause 
de leur vérité intrinsèque perçue par la raison, 
mais à cause de l'autorité de Dieu qui nous les 
révèle et qui ne peut se tromper ni tromper. 
Car la foi, selon le témoignage de TApôlre^ 
est la base des objets de notre espérance et la 
conviction des \érilés que n»us ne voyons 
pas (1). » 

Le concile donne d'abord la raison radicale 
de la foi : c'est la dépendance de l'homme à 
l'égard de Dieu, son créateur et sou maître, 
c'est la dépendance essentielle de la raison à 
l'égard (le la vérité incréée. C'est là un point 
que les prédicateurs devraient traiter souvent 
à cette époque d'orgueil et de rébellion intel- 
lectuelle, et où la raison n'est pas moins en 
état d'insurrection que la volonté et les pas- 

i , Const. Dei Filiu; c. UI. 



I 



LA SEMAINE DU r.l,[;UGÉ 



(ii« 



lions de l'homniR. Celte dernière, c'est-à-dire 
la révolte morale, [)ar laiiurlle la volonté et 
les passions s'insiirç;ent contre Uieu, a toujours 
existé ; c'est rinstirreition do lu faiblesse; la 
révolution inlellecttiellc, ou l'insurrection de la 
raison contre Dieu, est la œal.-idie spéciale des 
temps moileriies.liien pl\is diriicileà guérir ijne 
l'autre. (Test elle ijue le concile a frappée en 
ces termes : « Si i|iii'l'iu'un dit que la raison 
humaine est indcpeinirinte, de telle sr)rte que 
la foi ne peut pas lui être commamlée par 
Dieu, iju'il soit analhéme. » Telle est, en eflet, 
Ja piélcntii)n d'un nombre infini d'intelli- 
gences qui ne relèvent que d'elles-mêmi»s, 
divenl-elles, et n'admettent que ce qu'elles 
voient ou croient voir. Et telle est aussi la rai- 
son de ce dcluL;e d'erreurs qui nous inondent 
depuis un siècle. 

Le droit de Uieu de commander la foi à 
l'homii e csl par lui-même évident. Il est, en 
eltel.ia Vérité Infinie; or, c'est à elleà se mani» 
festcr à riiomme, de la manière qu'elle sait être 
la meilleure. Il est de plus son créateur et son 
souverain miiitrc; il a, par conséquent, le 
droit de comraaniler et d'imposer à l'homme 
la voie qu'il doit niivre. Refuser est une ré- 
volte contre la véiité; c'est se placer, autant 
qu'on le peut, hors du domaine i!e Dieu et delà 
voie dansl;iqiiclle il veut que l'homme marche. 
Les conséquences d'une pareille conduite ne 
sauraient èlrc douteuses. 

La foi, du reste, est dans la nature même de 
l'homme 1 1 dans sa condition. Il y a, dans tous 
les ordres do choses, mais dans l'onlre reli- 
gieux surtout, nombre de vérités qui défiassent 
la portée de son intelligence, il y en a d'autres 
qui sont des faits libres de la voloné divine, et 
que, par consèquonl, il ne peut connaître non 
plus que [lar la révélation qui lui en est faite. 
Mais l'acte qui correspond dans l'homme à la 
révélation, c'est l'acte de foi. Elle est dans sa 
Dature et sa condition. 

En en donnant la définition, le concile en a 
donné, par là-méme^ la nature, au moins dans 
sa substance, et il l'a fait avec une grande pré- 
cision. Eccksia cathoHca profitetur virlutem esse 
supernaturalem qua, Dti aspirante et adjuvante 
gralia, ab eo revelata vera esse credimus, non 
propler inliinsecnm rcrum tieritatem naturali ra- 
lioni< lumine pcrspectam. sed propler auctorita- 
tem ipsius Dei revetanlis. qui nec falli nec fallere 
pot es t. 

Le premier caractère qui ressort de cette 
définition, c'est ([ue la foi est surnaturelle, et 
cela dans tous les éléments qui la composent. 
Il n'a pas manqué de théologiens et de philo- 
sophes qui, tout en conservant de pom la foi 
catholique dans leurs théories, la niaient en 
réalité, en la confondant avec les connais- 



sances purement nalu elles. Telle est la doc- 
trine d'Hermès et de ses disciples, qui ne voient 
dans la foi qu'une conclusion ilcs motifs de 
crédibilité ou des raisons qui préparent à 
croire. Dans Icnr système, la raison ou la dé- 
monstration rationnelle est le fondement môme 
sur lequel la foi s'appuie. Et, conséqucinmcnt, 
elle ne dillere pas substantiellement et dans sa 
nature des connaissances et des sciences pure- 
ment rationnelles. Le concile a condamné cette 
doctrine en c"s termes : i^i' quis dixerit fidem 
diviiiam a nntwali de Deo et rébus rnoralibus 
scienli'i non distinijui, ac prop'erea ad fidcm di- 
vinnm non nquiri ut revelata verita.t propter 
auctoritatem Dei revelantis credatur, anuthe- 
ma fit. Il est à noter que, dans le système 
d'Hermès, l'autorité de Dieu n'est qu'un motif 
de créilibilité : nous ne croyons qu'en nous ap- 
puyant en dernière analyse sur la raison. 

La foi, d'après la définition du concile que 
nous avons citée, contient comme six éléments 
principaux. Elle est d'abord une vertu surna- 
turelle, un habitua, comme dit l'école, virtiet 
supeinaturatis. Son principe est la grâce divine, 
Dei aspirante et adjuvante gratta. Elle est une 
adhésion de l'esprit, positive et certaine: a De» 
revelata vera esse credimus. Son objet, ce sont 
les vérités révélées : a Deo revelata. Enfin sou 
motif, la raison intrinsèque sur laquelle elle 
s'appuie, c'est l'autorité de la parole de Dieu 
révélant, l'autorité de Dieu révélant, auctoritas- 
Dei revelantis ; novis croyons propter auctorita- 
tem Dei revelantis. Enfin le concile indique la. 
raison même de celte autorité, ce qui la com- 
pose, pour ainsi dire, c'est l'infaillibilité essen- 
tielle de Dieu, ou sa véracité, qui fait qu'il ne 
peut ni se tromper ni tromper : nec falli, nec 
fallere potesl. 

Le motif de la foi, ou la raison de croire, a été- 
l'objet de discussions vives parmi les théolo- 
giens. On peut distinguer et on distingue, en 
efi'et, comme deux espèces de motifs de croire r 
il y a un motif propre, formel, (jui est la rai- 
son intrinsèque de l'acte de foi, qui entre en 
elle, qui en est un élément constitutif. Les 
théologiens l'appellent communément l'objet 
formel «le la foi, parce qu'il lui donne, pour 
ainsi dire, sa forme propre, qui la distingue 
de tout autre acte : j'admets telle vérité, l'im- 
mortalité de l^me, par exemple, pour telle rai- 
son, c'est-à-dire l'autorité de Dieu qui la ré- 
vèle; c'est là la foi; je puis l'admettre aussi 
pour un autre motif, pour les preuves ration- 
nelles (jui la démontrent, et ce sont là deux, 
actes tout différents. On distingue ensuite les- 
motifs extrinsèques de la foi, qui amènent l'es- 
prit comme à son vestibule, à son entrée : ce 
S(mt les motifs de crédibilité, dont nous par- 
lerons plus tard avec le concile. Us rendent le»- 



1420 



LA SEMAINE DU Cl.EIlfÉ 



objets cle la foi croyables; mais par eux-mêmes 
ils ne les font pas croire. 

La constilution conciliaire Dci Fih'us a donc 
déterminé de la aanièro la plus expresse l'ob- 
iel formel ou le motif jiropre de la foi : c'est 
l'autorilé de Dieu révélant; nous croyons 
propter auctorilatem Dci revehmth. Désormais 
donc les théologi'us, en établissant leur thèse 
sur l'objet formel ou le motif propre de la foi, 
devront certainement y faiie entrer cette ex- 
pression et cette idée. Sans doute, ils devront 
expliquer ce qu'est cette autorité, mais avant 
tout ils devront l'exprimer dans leur thèse à 
cet égard; c'est pour eux une obligation. Je 
suis doue étonné de constater cette omisMoa 
dans deux théologies destinées aux séminaires 
et publiées après la tenue du concile. L'une est 
celle de Vincent, éditée par les professeurs du 
séminaire de Clermont ; l'autre est une édition 
de Thomas de Charmes, donnée par ceux du 
séminaire de Saint-Dié. Ces théologiens citent 
bien la définition de la foi donnée par le con- 
cile, et ils parlent de l'autorité de Dieu dans 
les développements qu'ils donnent; mai>, dans 
l'établissement de leur thèse, le motif propre 
de la foi ou son objet formel, donné par le con- 
cile, brille par son absence. Voici la première : 
Summa Dci veracitas, tam in cofjnoscendo qunm 
in (licendo, est motivum saltem primanum fidei 
nostrœ. Voici la seconde : Ob/ectum formate fidei 
ést prima Veritas in dicendo, sive est > cvelatio Dei 
summe verocis. Le concile dit : le motif de la 
foi, c'est l'autorité de Dieu; ces théologiens di- 
sent : c'e?t sa véracité. Il n'y avait cependant 
rien de plus simple, de plus juste et de plus 
obligatoire que de p;irler comme le concile, et 
cela dans la thèse même, qui est ce qu'il y a 
de jdus iiuiiortant et ce que les élèves retien- 
nent et défendent dans leurs examens et leurs 
autres exercices scolaires. 

C'est donc aujourd'hui une vérité acquise, 
l'objet formel de la foi est l'iiutorité de Dieu 
révélant, c'est là le motif propre de notre foi : 
l'autorité doctrinale i!e Dieu. Et cette expres- 
sion est d'autant plus juste, que la foi est non- 
sculiineiit un acte do l'intelligence, mais aussi 
de la volonté ; et le concile a eu soin de le rap- 
peler : Cum liotno a Deo tanquam Creatore et 
Domino suo totus depcndcat, et ratio creata in- 
creatœ veritati penitus suhjeda sit, plénum reve- 
lo)Ui Deo intelttctus et voluntatis obsequiitm fide 
prœatare debemus. El l'autorité de Dieu s'im- 
pose dans la foi à l'une et l'autre faculté. 

Il esi tiès-\ rai toutefois que la véracité de 
Dieu, ou son inlailliliil.lé, entre de quelque ma- 
nière ('ans le luntif de la foi, et le concile l'in- 
dique lu. -même; nous croyons, dit-il : propter 
auctorilatem i/.sius Dei revelanlis, qui nec falti, 
nec fuiltre pote^t. Ces derniei s mots expli(iuent 



l'autorité doctrinale de Dieu et en donnent la 
raison : c'est sa vérité, son infaillibilité essen- 
tielle. Mais le motif formel pour leijuel nous 
croyons, c'est l'autorité de Dieu. Et c'est elle 
qu'il faut entendre dans ces paroles de l'acte 
de foi, tel qu'on le réi ite babiluellement : Je 
crois fermement, etc.; jiarce que c'est vous qui 
l'avez rf(V; e'est-à-dire parce que vous êtes 1,1 
souveraine autorité qui parle; et l'on ajoute : 
et que vous ne pouvez ni vous tromper ni ywus 
tromper; ce qui explique l'autorité doctrinale 
de Dieu, motif formel de la foi. 
(A suivre.) L'abbé Desorges. 



Droit canonique. 



l^ QUESTION DES DESSERVANTS 

— TROISIBMK SÉhIE — 

(7* articSe ) 

Nos lecteurs savent que, d'accord avec Dom 
Guéranger, les rédacleuis des Mélangea théolo- 
giques et d'autres canonistes, i^ous avons dis- 
cerné, dans la réponse romaine du 1" mai l8io, 
une dispense accordée par le Saint-Siège, dis- 
pense dont les évoques peuvent profiter jusqu'à 
ce que le Saint-Siège statue autrement. Tel n'est 
point le sentiment de M. l'abbé Craisson. En- 
tendons-le. 

« Quoique nous ayons prétendu et que nous 
prétendions encore que la situation des desser- 
vants en France et en Belgique est normale, en 
ce sens qu'elle n'est point condamnée par les 
saints canons, nous n'avons pas prétendu tou- 
tefois que ce lût la condition ordinaire des curés 
dans l'Eglise; nous avons même dit positive- 
ment le contraire dans le uuméro de sep- 
tembre 1873 de cette revue. » 

Voici, en cflVt, ce qn'écriv.iit l'estimable au- 
teur daus le numéro sus-indiqué : 

« Se.ns doute, la r'>gle, d'après les saints 
canons, est que les liluluires des paroisses 
soient inamovibles, quand ( lies n'ont pas été 
établies sur un autre pied; mais les canons 
n'interdisent pas qu'on en établisse iHans 
d'autres comlitions; ils permettent d'en ériger 
avec des titulaires que les évêques puissent 
changer... » 

Conciliez, si vous le pouvez, la règle qui 
prescrit l'in.imovibilité avec la faculté, pour un 
évèque, d'ériger contr.iirement à la règle. Mais, 
repre ous la ( itation première, relative à la 
décision du 1'' mai 1843. 

« De là, (lit M. Craisson, il résulte que l'êvêque 
de Liège... voulant couper court à toute résis- 
tance, a dû naturellement recourir au Saint- 



I 



LA SEMAINE DU CLblUGË 



H2{ 



Siège et proroquer de sa part une décision... 
Cela n'expliqui! pas enlièremenl sans doute la 
réponse bénigne annuil, et n^ms convenons (|ue, 
si le Souverain- Pontife eut voulu siinple:uent 
donner une tlécisiou sur le doule exposé, il eût 
pu dire à l'évèque : Vous êtes dans voire droit, 
les canons ne s'opposiuil p:is à ce qu'il y ail des 
curés amovibles... Mais le l'ape avait en vue 
une mesure plus et'ticac''; si. pour des molifs 
graves, il voulait qui'ceit^î eondiliou de curés 
amovibles ne [lùl èin^ clinngée sans son con- 
sentement, quelque porté qu'on put être à la 
trouver illégitiiue, parle motif qu'elli: avait été 
établie forcément, l'expression ôenigne aitnuit 
s'i-x|dique : au lieu de décider simpleiuent, il 
fait uiie concession en faveur des évêiiues, pour 
consoliiicr leur autorité vis-à-vis des desser- 
vants. On conçoit donc très-bien ees expres- 
sions bénigne annuit, sans recourir à aucune 
dispense (1). b 

Nous maintenons ce que nous avons déjà dit 
savoir, que le langage du caiionisle de Valence, 
toujours très-abondant, ne brille pas par la 
clarté. Néanmoins, nous croyons aujourd'hui 
saisir sa pensée. Le mot dispensf, dr.ns l'espèce, 
n'est peut-être pas, à vrai dire, le mut jusie. Si, 
en 1802, leSaint-Siégeeùl aulorité les évéques 
à ériger des paroisses à titulaires amovibles, le 
mot rfjs/jtnseeûtéléle mol propre. Mais, en 1845, 
la position n'est plus la même. D'abord le Pape 
évite de se prononcer sur le défaut intrinsèque 
des aeUs posés eu 1802, il se contente de viser 
à la pratique et il permet, bénigne annuit, que 
l'élal de chtises, inlro'luil par ces actes, de- 
meure tant qu'il ue sera pas par lui statué 
autrement. Il y a, sans doule, ici concession, 
mais celte concession, M. l'abbé Craisson lui 
donne une portée qu'elle n'a pas. En nous alla- 
cliaut au sens lilléral des mots bénigne annuit, 
nous estimons qu'il est loisible à tout évêque 
de ne rien changer dans le régime des succur- 
sales. Selou M. Craissun, il est défendu de rien 
cli.inger, c'est-à-dire que le bénigne annuil est 
l'é quiviilent de /trce^aibil . Nous eioyoos que, si 
l'intention du Saint-Siège a été vciilali.ement 
de défendre tout changement, il ne se serait 
pas servi des mots bénigne annuit, qui s./nleut 
l'indulgence, bien loin d'avoir un caractère 
impératif. 

Dans nos séries précédentes, à la prétendue dé- 
fense de transformer en inamovibles les cures 
ami.viMcf, nous avons exposé un l'ait matériel, 
pal|iuble, le t'.iit des transfoi mations de cegenre 
opérées [^ar l;'»é\cques, de[iuis trente ans, sans 
qu'aucun d'eux ;iil senti le besoin de recourirà 
Rome. Nous ue craignons pas d'avouer que cet 
argument n'a peut-être pas toute la force dési- 
rable. En etiét, dans la supplique adressée au 

i. Rcvut des scitnctt ecct., sejit. 1874. 



SaiulSiége, l'évèque de Liège demandait si, 
dan- les contrée-; où les lois civiles n'ont pu être 
suffisamment changées, la discipline introduite 
après le concordat était légitime, etc.. Il esl à 
croire que la clause relative aux lois civiles, a 
eu, aux yeux du Pape, so:i importance; d'où il 
suit que, en supposiint que le Pape ail voulu 
défendre les Iraiislormations, la délense néan- 
moins ne s'appliiiueraii point au cas d'un 
évêque transtormani une succursale eu eure, 
de concert avec le gouvernement; car, alors, 
l'obstacle provenant de la loi civile ne sub- 
siste plus. I)'ailleurs, chacun s-iit que l'article 
des organiques dispose qu'il y aura au moins une 
cure par justice de paix. Les mots au moins 
laissent une latitude dont on profile tous les 
jours. 

Les explications qui précèdent nous con- 
duiscnl à élucid. run autre (loint. M. Bouix, en- 
dehoisile tout rai-onnemcntbasé sur la réponse 
romaine du l" mai 1845. croit pouvoir soute- 
nir qu'il n'est pa^ [lerrnis à un evéque de Irans- 
fornicr une siiciu.'s ,1e !î;i cure, sau- le con-en- 
tement du Siiinl-Sie^'C. Ce caiioniste se fonde 
principalement su: l'opinion 'le Leureni, dont 
voici le texte : 

« Unm paroi hialis jam erecta habet tamen 
H rcclorcui ad n;itnm amovibilem ex fuiida- 
« tiune vel cunsuetudine, pelitur (nempe a Sede 
« apostolica) ejusdem ccclesiae status mutalio, 
« ut exinJe rector amovibilis fiât perpetuus : 
« talis mulatio spectat ad Papam, cum praeter 
« hune nuUus possit mutare couditiones in 
« limine fundationis adjectas de consensu ordi- 
« Darii(l)... » 

Ce texte s'applique-t-il à nos cures amovibles 
actuelles? Nous ne le pensons pas. Premiére- 
meul le régime de l'amovibilité n'est point le 
fait d'un fondateur. On appelle fondateur ce\ai 
qui, par ses libéralités, assure la dotation d'un 
bénéfice. Quoique l'Eglise ait une préférence 
marquée pour les bénéfices entraînant la per- 
pétuité des titulaires, cependant, par respect 
pour la liberté des fidèles, elle veut bien 
admettre des bénéfices purement minuels, c'est- 
à-.!ire dont les titulaires sont révocables. Dès 
que bi condition de révocabilité est acceptée 
par l'évê i|ue chargé d'ériger, il y a coulrat, et 
la révocabilité ne peut être écartée sans auto- 
risation apostolique. 11 y a une diflérence entre 
celui qui fonde un bénéfice et celui qui l'érigé. 
Toutefois, si l'évèiiue qui érige assure en 
meiuc temps la dola'.ion, il léun'A su»- sa tête 
une double "luaiité et les droits aflerents aux 
deux qualités. 11 est à peine nécessaire de faire 
observer que nos évéques, en t802, n'ont pu 
s'attribuer le titre de fondateurs. Donc la pre- 
mière hypothèse, posée par Leureni, ne saurait 

». De t'uracho, p. 239. 



14ÎÎ 



LA SEM.UNE DU CLEKGE 



trouver son npplication dans la création de nos 
succursales. 

ScconilemcQt, la coutume ue peut être invo- 
quée, car, s'il existe chez nous des cures amo- 
vililes, c'est en vertu d'un litre écrit, d'un acte 
d'érection posi^ par les évèiiues, en 1802. Nous 
comprendrions la coutume, par rapport à des 
cures dont l'origine n'est pas connue, ou qui, 
inamovibles autnfois, auraient, depuis un cer- 
tain laps de temps, fini par tomber sous le 
ré<;ime de l'amovibilité. 

Le sentiment du docteur Bouix est donc 
inadmi^sible. C'est par occasion que nous trai- 
tons le p«int dont il s'agit; ici, M. l'abbé Crais- 
son n'est point en cause. 

» Cepeudanl, continue M. Bouix, l'usage, en 
France, a prévalu, savoir que les évè.iues, sans 
le concours du Saint Siège et avec le seul assen- 
timent du gouvernement, tri'nsforment les suc- 
cursales, c'e-t-à-dire les paroisses manuelles en 
perpétuellte. Cette pratique parait avoir été 
iutroduite sous l'influence de cette pensée, 
savoir que le pouvoir des évêques, d'opérer les 
transformations dont il s'agit, se trouve ren- 
feimé ilans la faculté donnée, après le concor- 
dat, d'ériger et de délimiter des nouvelles 
paroisses, avec le concours du gouvernement, u 

(^etle explication ne nous salistait pas com- 
plètement; elle SI rait adéquate, s'il s'auissait 
des premiers évêqms après le concordat, à qui 
le soin d'organisrr les [ ouvelles piiioisses a été 
dé'.égui-, mais ici il est question des évêques 
qui, depuis trois quarts de siècle, ont successi- 
vement régi les diocèses. Faut-il admettre que 
les pouvoirs primitivement donnés subsistent 
toujours dans les successeurs? 

Voici, saul avis meilleur, comment nous rai- 
socnerions : En 1802, les évêques devaient 
constituer toutes les • ures sous le régime l'e 
l'amovibilité; nais ils ont trouvé un obstacle 
dans la volonté du gouvernement. Par suite, 
l'opération est restée incomplète; or, selon les 
cas, lorsque le gouvernement consent à l'érec- 
tion d'une cure, l'obstacle disparaît, et la situa- 
tion est régularisée par l'évêque pro tempore, 
qui peut se considérer alors comme chargé de 
parfaire l'œuvre commencée eu 1802. 

Nous ne voulons pas terminer cet article sans 
relever une inadvertance écliappée à M. Bouix, 
à propos toujours delà dérision du l"mail845. 
Ce cauoniste éciivail ce qui suit dans la Bévue 
des sciences ecclibiosliqiies, I. X, p. 34 : 

« Li s mots btniyne unriuit expriment que le 
Souveraiu-l'oniif • a voulu accoider ce que 
l'évêque de Liège témoignait désirer. Or, ce 
prélat sollicitait piécisémeut une réponse affir- 
mative à Sa queetion : An disciplina inducla va- 
leal et in Lonsiientia ubliijtt usquc ndulium .wictcf 
Sedis disposttionem? Pour accorder cela, il fal- 



lait non-seulement que la discipline des révoca- 
tions a'/ ««/"/« fût déclarée licite aux évêques 
tant iprils ju.u'eraient à propos d'en user, mais 
qu'il leur fût fait défeoçe de la changer, et que 
ce changement fiit réscrvi; au Sainl-Siége. » 

Dans la circonstance, M. l'abbé Bouix ne cite 
pas exactement . La question posée par l'évêque 
de Liège est celle-ci : 

« An valeat et in conscientia obliget, usque 
« ad aliam S. Sedis dispositionem, disciplina 
B inducta... ex qua episcopi rectoribus eccle- 
« siarum, quse vocantur succursales, jurisdie- 
« tionem pro cura animarum conferre soient ad 
« nutum revocabilem, et illi, si revocentur, 
• vel alio mittantur, teneautur obedire? » 

Les mots in conscientia obliget ont leur déve- 
loppement dans ceux-ci : et iÛi, si revocentur vel 
alio mittantur, teneantur obedire; taudis que 
M. Bouix donne à entendre que in conscientia 
obliget concerne les évêques. D'où il suit que 
l'évêque de Liège aurait principalement prié le 
Pape de lier les mains des évêques. Cette inter- 
prétation est repoussèe par le texte même do la 
supplique. 

M l'ubbé Craisson ue manque pas de se pré- 
valoir du sentimeut de son maître; nous per- 
sistons à croire qiie, surtout dans une sup- 
plique, on ne doit attribuer aux mots que le 
stns et la portée nécessaires. Or, pour atteindre 
le but que se proposait l'évêque de Liège, ilsuf- 
fi.-ait de déclarer la discipline licite, sans aller 
jusqu'à la déclarer obligatoire. 

VicT. Pelletier, 

cbanaiDe de l'Eglise d'Orléans. 
{A suivre). 



JURISPRUDENCE CIVILE ECCLÉSIASTIQUE 

POLICE DU CULTE. 
(5* article.) 
Baptême. — MAniASE. — Malades. — Fête 
PATiiONALE. — Pose de première pierre d'une 
ÉGLISE. — Fec de Saint-Jean. 

1" Question. — Un maiie a-t-il le droit d'or- 
donner qu'aucun enfant ne sera prisenté à l'éy/ise, 
pour lui faire administrer le socî'emeiits de bap- 
tême, sans avbir été préalablement présenté à la 
mairie et inscrit sur les registres de l'étal cirii ?" 

R. — Les défenses prononcées par les maires 
de porter les enfants à l'èglise avant qu'ils aient 
été présentes à la mairie ei de les baptiser avant 
qu'ils aiciu été inscrits sur \<-> regi^tr'•s de l'état 
civil ne sont uul.enient obligatoires. Tout ar- 
rête renfermant les mêmes piuhibilious, quelle- 
que soit la forme dont il aurait été revêtu, serait. 



LA SEMAINE DU CLERf.É 



1421 



illégal et frapiiô d'une nullilé radiiale. Ni le 
cuié, ni lf!s ciloyeiis ne seiaiunt obligés de s'y 
conformer et aiieiine peine ne sauiait éire pro- 
noMiét! contre renx qui eu violcraicnl les dispo- 
sHioiis. [Jotirmil des Conseils île fabriques, 1835- 
lS3li, page 61. —1863, page 32i). — Bost, En- 
cyclopédie des conseils de fafjriques, page 150). 

2' Question. — Un curé peut-il bénir un ma- 
ria /e sans qu'il lui ail été aujiiiritvant produit un 
certificat de mariage contracté devant l'officier de 
Cétut civil? — Ce certificat peut-il être délivré 
par le secrétaire de la mairie? — Doit-il être sur 
papier libre ou timbré? — S'il est sur papier libre, 
ie curé qui l'accepte est-il répréhensible ? 

R. — Les curés ne doivent donner la bénédic- 
tion nuptiale qu'à ceux qui justilieiit, en bonne 
et due forme, avoir eoutraclc'! ninriage devant 
l'officier de l'état civil. Les articles (Ul) et 200 
du Code pénal contiennent la s:!iiilion de cette 
règle et renferineul des dispositions trcs-rigou- 
reusi'S contre ceux qui rcnlreindraient. o Tout 
« minisJre d'un culte, dit l'article 199, qui pro- 
« cédera aux cérémonies leligieuscs d'un ma- 
« riage sans qu'il lui ait été justifié d'un acte 
a de mariage préalablement reçu par les ofri- 
« ciers de l'é'.at civil SiTa, pour la première 
« fois, puni d'une amende de 16 à 100 francs. 
M — En cas de nouvelles coutruventions de 
« l'espècû exprimée en l'article précédent, ajoute 
« l'artiile 200, le ministre du culte qui les aura 
« commises sera puni, savoir : pour la pre- 
« mière récidive, d'un emprisoanement de deux 
■« à cinq ans, et, pour la seconde, de la déten- 
«ition. '. Le curé est obligé de se faire remettre 
«nmaiu ee cerlilicat avant de procéder à la cé- 
rémonie religieuse, alors même qu'il a la con- 
naissance de raccomiilissement du mariage 
«ivil auquel, par exenipl". il a assisté comme 
témoin. H lui est également interdit de procéder 
à un mariage religieux sous condition qu'il 
n'aura son plein ellel (lu'aprés le mariage civil. 
L'ecclésiastique qui contreviendr lit à la loi que 
nous venons de citer ne pourrait être poursuivi 
devant les tribunaux qu autant qu'il y aurait 
«té renvoyé par le Conseil d'Etat. C'est ce qui 
résulte de plusieurs Oidonnanues rendues en 
Conseil d'Etat, le 25 septembre 1830, le 21 dé- 
cembre 1843, etc., etc., el d'un arrêt de Cour 
de cassation du 29 décembre 1842. 

Le certificat de mariage civil doit toujours 
être délivré par le maire ou sou reprcseutaut, 
qui a reçu le consentement de? époux à la mai- 
rie. Un curé prudent doit refuser tout certificat 
signé par le secrétaire de la mairie. 

Ce certificat doit, en outre, être toujours ré- 
digé sur papier timbré. Les ministres de la jus- 
tice, des cultes et celui des finances ont plu- 
sieurs fois écrit aux évéques ou aux procureurs 
généraux pour inviter les cures à refuser les 



certificats de mariage rédigés sur pnp'er libre 
{2G juillet et 18 septembre 1858). Cependant, si 
l'officier de l'étal civil ne fe conforme point à 
la loi, soit parce qu'il n'a pas de papier timbré, 
soit pour tout autre motif, nous ne pensons pas 
que le curé doive surseoir à la bénédiction nup- 
tiale jusqu'à ce qu'on lui présente un certificat 
sur timbre. Nulle part la loi ne donne au prêtre 
la mission de surveiller la légalité des actes de 
l'état civil ; ils prennent ceux qu'où leur donne 
quand ils leur apparaissent iirocéder réellement 
de ceux auxquels est conféré le soin de les dé- 
livrer. Il suUit qu'il leur soit justifié en bonne et 
due forme de l'accomplissement préalable du 
mariage àlamunic palilé. Inutile d'ajouter que 
les employés et vérificateurs de l'enregistrement 
n'ont nullement le droit, à l'eflet de constater 
les contraventions qui auraient été commises à 
la loi sur le timbre, d'exiger des ministres du 
culte la représentation des certificats qui ont 
et ■ remis à ces ministres par les époux ou par 
l'ofiieier de l'état civil. La disposition du décret 
du 4 messidor an XIII ne peut être invoquée 
contre les curés ou leurs représentants. 

Consulter : Affre, Traité de iadministmtion 
temporelle des paroisses, 8° édition, page 202. — 
Raoelet, Code manuel des lois civiles eccl.,2' édit., 
p'ige 124. — Encyclopédie des coneisU de fa- 
briques, par Bost, page 592. — Loi du 13 bru- 
maire an\U et décret du 9 décembre 1810. — 
Cours alphabétigue, ''te, par Mgr André, tome I, 
page 485. — bulletin des l.nis riviles eccL. 1854, 
page 125; 1836, page 2;jO; IB'îO. page i8. -• 
Journal dei conseils de fabriques, 1836, page 62; 
i8ô2, page 30, etc., etc. 

t) i.iut aux m;iria^es in extremis, nous pen- 
sons, quoique la défense portée par le gouver- 
nement soit générale, qu'un curé peut les bé- 
nir, avant que l'ofticier de l'état civil ait recule 
coiis.'utemeut des époux, sans encourir les 
pein. 3 p >rtées par les articles 199 et 200 du 
coi'c péual. Eu eff jt, l'usage a toujours été pu- 
bliquement et universelkm-nt observé de ma- 
rier en face de l'église ou de donner la bénédic- 
tion nuptiale à deux personnes qui ont vécu 
enseud)'ie sans être unies civilement et qui, au 
moment où l'une d'elles va mourir, demandent 
à 1 éLjulariser leur position aux yeux de l'église, 
ne pi;nvaut ou ayant de bonnes raisons pour ne 
pas contracter des engagements civils. Dans ce 
cas, la bénédiction nuptiale n'étant plus qu'une 
simple alfaiic de conscience et sa ri'M.e,pl;on ne 
devant point détourner de racconi[ilissement 
de l'acte civil des personnes qui sont réputées 
l'avoir accompli ou qui ont des raisons légitimes 
de ne pas l'accomidir et ne compromettant 
l'élat civil d'aucune personne, du moins d'une 
manière dommageable, le législateur n'a pas 
eu, ce semble, l'intention d'étendre jusque là 



1424 



LA SEMAINE DU CLF.KGE 



fa prohibition. (Promi'SA'Jlt, Dictionnaire rai- 
sonné de jurisprudence, édile par l'abbé Migue.) 

3° Question. — Un curé a-til le droit d'en- 
trer dans une maison oit il est appelé par un in- 
dividu dangei-tusement malade, malgré la volonté 
d'un da ses parents? etc., etc. 

R. — L'af fu mative n'est pas dontenso. Le prê- 
tre qui coniuiit le^ désirs d'un moriliond et ne 
peut, à cause des entraves quiluisont suscitées, 
parvenir jusqu'à lui, doit immédiatement porter 
plainte au procureur de la République qui dou- 
lora des ordres pour que les désirs du mori- 
l)i>ud soient exaucés. En tout las, ceux qui 
s'opposent à l'introduction du prêtre dans la 
diambre de celui qui réclama son ministère 
peuvent être poursuivis et puuis conformément 
à l'article 2(30 du code p- nal ainsi conçu : « Tout 
« particulier qui, p r des voies de fait ou des 
(1 menaces, aura contraint ou empècbé une ou 
« jdusieurs pers mues d'exercer l'un des cultvs 
« autorisi's, d'assister à l'exercice de ce culte,... 
« Sôra puni d'une amende de seize francs à deux 
« cents francs et d'un emprisonnement de si.K 
(' jours à deux mois. » 

4'Queslion. — Lorsqu'un individu s'est engagé, 
même pardevunt notaire, à ne pas appeler le prê- 
tre, en cas de maladie, et que cependant la famille 
voudrait lui faire administrer les derniers sacre- 
ments', celle-ci a-t-elle qudque moyen de satisfaire 
ses légitimes désirs, en présence d'un étrange/ qui, 
se disant mandataire du moribond, suscite tous les 
obstacles possible.-t pour empêcher le prêtre de 
remplir son ministère ? 

U. — Ce cas n'est malheureusement pas rlii- 
méiiquc. Nous empruntons notre réponse à ua 
savant professeur de la faculté de droil de 
Toulouse, M. Gustave BressoUes, qui a publié 
sur ce point une consultation très-remarquable 
dans le journal ZéJ/onrfe, du l'O septembre )S7'2: 
« Pendant la vie de celui qui s'est engagé à ne 
« [;as appeler le prêtre, en cas de maladie, à ne 
« 1 as se marier à l'église, à ne pas l'aire bapti- 
« âer ses enfants, il est hors de doute que le 
« sonscriplour de cet engagement n'est nulle- 
i; ment lié par de pareilles promesses et que 
« Celui ou ceux entre les mains desquels se 

• trouve cet écrit n'ont aucun droit à en récla- 
« mer l'exécution, et, dès lors, aucune indem- 
o uité pécuniaire, fût-elle fixée d'avance, à exi- 
« ger pour inexécution. L'objet d'une telle 
« promesse est de ceux qui ne peuvent faire 
l'objet d'une convention (art. 6 et (128 du 
« code civil), et nul ne peut prétendre avoir un 
« intérêt, appréciable par les tribunaux, à l'exé- 
B culion d'une telle obligation. L'esclave volon- 

• taire est donc libre, et, s'il le veut bien, il peut 
) expulser de chez lui celui qui voudrait s'y 
) établir, en tyran, pour empêcher le prêtre 



I) d'approcher; qu'il ne iraig.iC pas les meua- 
» ce.-, qu'il appelle au besoin à sou aide l'auto- 
I) rite publiqui' (ju: lui doit protection contre la 
» violation ilu domicile des citoyens (art. 184 
» du code pénal). 

» Mais, si le solidaire ne proteste pas contre 

» sa criminelle promesse, s'il est malade et 

» qu'il veuille ne pas voir le prêtre, quelle est 

» la situation de la famille? — Nous n'avons 

» pas à parler ici de ses devoirs de conscience. 

» l! est bien clair que la famille chrétienne ne 

» s'arrêtera pas devant une résistance souvent 

» plus factice que réelle. Que d'exemples n'y 

» a-t-il pas, grâce à Dieu, de victoires rempor- 

» tées par les prières et la persuasion d'une 

» épouse, d'un tils ou d'une fille dévoués 1 Mais 

I) si leur apostolat est empêché de fût parle 

» cerbère qui, porteur de l'écrit du malade, 

I) veut monter la garde auprès du moribond, 

» n'y a-t-il rien de légalement possible poui- se 

» soustraire à cette oppression? !■; n'hésite pas 

1) à penser que la mère, les enfants, la famine 

» eQlin,ont le droit, parce que c'est leunlevoir, 

» ne faire cesser les obslac les qui em|iéclieut 

» l'accès i;u ministre du ce lie. En ca-; de résis- 

» tance de l'intrus, ils peuvei t porter plainte 

» contre cette nouvelle violation de domicile, 

» aggravée d'entraves au libre exercice du 

M culte (article 260 du Gode pénal). 

» 11 im[Hirterait peu d'argumenter de la vo- 

1) lo:ité du malaile de conserver chez lui ce pré- 

I) tendu frèi'e et ami, ce lyian de son âme : car, 

» sans [larler des doutes légitimes qu'on peut 

» avoir sur la sincérité de la liberté d'une pa- 

» reille promesse, le foyer domestique est aussi 

» le domicile de la mère et des enfants et ils 

I) doivent avoir la liberté d'y accomplir tous 

I) leurs devoirs de famille. Il faut donc qu'ils 

» puissent mettre directement en rapport le 

» malaile avec le ministre du culte, sauf à ce- 

I) lui-ci à juger s'il doit donuL-r suite à ses vi- 

» sites. » 

D°" Question. — L'autorité municipale a-t-elle 
le droit de ch mger la date d'une fêle patronale 
sans consulter le curé? 

R. — U n'appartient pas au pouvoir municipaL 
de changer à son gré la date d'une fête patro- 
nale qui, à l'origine', avait un caractère exclu- 
sivement religieux, sans que le curé ait été 
préalablement averti ou consulté. Uu pareil 
changement est d'ailleurs nécessairement su- 
bordonné à l'autorisation préfectorale. Ainsi 
décidé par le préfet de la C6te-d'0r, le 18 sep- 
tembre H873. Nous ne doutonspas c|ue la même 
question ne soit, le cas échéant, résolue dans 
le nnêrae sens par M. le ministre de l'intérieur. 
Voici le texte de cette décision qui est fondée^ 



LA SLJIAiNE DU CI.KIKJf. 



:;?5 



tlUleJuutnil (kn cnrseih de (tiùntjiic, Mir les 
véiilal)li'> i>iiiicij)0.> lie la matière et ptiil être 
» Miloiée cornue ujaul la foice d'une dcci- 
i.iu. luiuisiérielic. 

(i .(.n=icur le Maire Il ne pcul ap- 

B I ai. euir au pouvoir municipal lie changera 
» mju e,Té la daU' de la fêle palronale i|ui, à 
» l'origine, avait un caractère roaliveuieiit re- 
» ïifiicux. Dans le cas particulier, M. le curé de 
» Biazey n'u même pas élé averti ui coufulté. 
)) Mai.-,"en ailmctlunl que la fèlc locale n'ait 
» ph;s qu'un caraitire pureiucnt civil, il serait 
» encore impu.-sible à l'autorité municipale de 
> se passer de l'autorisalion prèfector-.le pour 
B eu changer la daic En eflct, les fêtes, foires 
B et marchés ;imèncnt un concours de popula- 
» lions paimi lesquelles peuvent se |troduire 
» des désordres ou des acciiicnts,et l'autorité 
» dcpartement.ile doit toujours être eu mesure 
» de prendre tell s précautions qui lui pnraî- 
» traient ntcessaii es pour assurer la sécurité 
» publique. 

» Dans ces circonslances, il ne m'est pas pos- 
« sible d'approuver le [irocés-verbal d'adjudi- 
» cation, pour trois années consécu'.ives, du 
8 droit de louer le bal public pour la fête pa- 
» tronale de Brazey-en-Plaine, c'est à-dire le 
)) troisième dimanche de septembre, le leude- 
» main et le dimanche suivant. 

» Je vous préviens, en même temps, directe- 
» ment, à raison de l'urgence, que j'interdis 
n formellement la célébration d'une fêle pu- 
» blique à Brazey-en-Plaiue au:; dates des 21, 
» 22 et 28 septembre présent mois, puisque ces 
* dates ne sont pas celles de la fête l'atronale. 
» Je donne des ordres tormels à la gendarmerie 
» pour que des procès-verbaux soient dressés 
» contre tout débitant qui ne se conformerait 
» pas exactement ces jours-là aux prescriptions 
» ordinaires pour la tenue et la fermeture des 
■ lieux publics. 

a Agréez, Monsieur le Maire, etc., etc. 

« Le préfet de ht Côle-t'Or, 

« Daunassans. » 

6* Question. — Lors de la construction d'une 
église, dans une commune, le maire u-l-il le droit 
de s'opposer à la cérrntonie de ki pose de la pre- 
mière pierre de cet édifice? 

R. — Non. Cette cérémonie doit toujours être 
faite, non-seulement parce qu'elle est prescrite 
par le Rituel, mais encore parce qu'on ne sau- 
rait supposer que les fidèles s'y opposent. Cela 
étant, ;l ( st clair que le droit et le devoir du 
maire sont de. garantir la liberté religieuse et 
celle du ministère ecclésiastique, de protéger 
l'expression des sentiments religieux des habi- 
tants, en un mot, de lacilitei: l'accomplissement 



de cette céicmonio.au lieu /le l'cnii èiher. Si le 
maire agissait contre son devoir en srnil.l.bli; 
circonstance, le curé serait autorisé à le dénon- 
cer à l'autorité supérieure et même à former 
contre lui le recours autorisé j ai- l'art, 8 de la 
loi du i8 germinal an X devant li' minisire des 
fulli'S et le (iouseil d'ICt.d pour abus de pouvoir. 
{Bulletin des lois civiles eccl. , 1 862, [lage 46. ) 

"î" Question. — Le maire peut -il designer, 
maigre le curé, l'endroit &m sera allumé le feu qui 
doit être béni la veille de la fête de saint Jean- 
Baptiste ? 

K. — En principe, le maire a le droit de 
prendre toutes les mesiiriîs néeesiaires ayant 
pour objet la sûreté et la coimnudité du pnssaye 
dans les rues, quais, pla^ es et voies publijues. 
C'est à lui également qu'irconihe le devoir de 
prévenir, par des précautions convenables, les 
accidents, tels que les iDcendie.'!, ctc, etc. {Loi du 
16-24 aoûi 1790 (t du VJ Juillet 1791.) l-'est 
pourquoi nous n'hésitons pas à lui reconnaiire 
non-seulement le droit mais encore le lievoir 
de désigner, malgré le curé, l'endioit où sera 
allumé le feu qui doit être béni la veille de la 
fête de saint Jean-Baptiste, si le lieu choisi par 
le curé n'était pas convenable, ou s'il éiait trop 
près des habitations, des granges, etc. Mais, s'il 
n'existe point de inotifs sérieux pour s'oppos^'r 
à la décision du pasteur de lapu-oisse, le mr.irc 
doit la respecter. Toute ditliculté sur ce point 
devrait être soumise à l'évèque ^ t au préfet, qui 
se concerteront pouras-urer le libre exercice du 
culte et prévenir tous les accidents. 
{a suivre.) 

H, Fédou, 

«are de Labastidette (diocèse de Toulouse). 



CONTROVERSE POPULAIRE 



Oo entcud répctei* ù tout ^uonictit quo 
l*EgIlise e^t l'enuemle de la civilisation. 
Cela et>t-ll <lono vrai 7 

III 

Quelques mots à présent sur ce que coûte à 
J/Eglisc la civili.-aliou. 

Car on n'arrive à aucun ré=ul(al sans qu'il 
en coûte, peu ou beaucoup. Et plus une chose 
coûte, moins on p.:ut dire qu'on ne l'aitiic p;:s,. 
qu'on eu est l'i nnemi.Si une mère se jette dans 
les flammes pour eu retirer son enfant, si elle 
veille ensuite sur lui sans relâ>:he pour le 
soigner et le guérir, si enfin elle lui consacre 
toutes ses forces et tous les instants de sa vie 
pour en faire un h .>mme, qui dira qu'elle ne 
l'aioie pas, qu'elle est son ennemie ? 



1426 



LA SEMAINE DU CLEBOE. 



Eh bien, l'Eglise est celte mère. Elle est la 
mère du genre humain. Pour le sauver de la 
barbarie, pour l'arracher aux ténèbres de 
l'ignorance, aux feux dévorants et abrutissants 
du vice, à l'opiiressiiin du despotisme, elle a 
bravé tous les périls, aH'ronté tontes les fatigues, 
enduré toutes les souffrances et mille et mille 
fois répanilu son sang. 

L'bi loire de ce qu'a fait et de ce qu'a souf- 
fert l'Eglise pour la civilisation va du sang du 
Calvaire, dont elle est née, au sang des trois 
jeunes missionnaires massacrés an mois lie jan- 
vier den ier, sur la route de Tombouctou, où 
ils su rendaient pour porter la lumière de 
l'Evangile aux peuples barbares qui habitent le 
centre encore inconnu de l'Afrique. 

Voulez-vous que nous jetions un coup d'œil 
ensemble sur cette longue suite de siècles? 

Les premiers ouvriers de l'Eglise sont ceux 
qu'on a toujours ajipeléspropiemeut les apôtres. 
Obéissant à leur divin Midlre, qui était venu 
pour être la lumière du monde par sa doctrine, 
nous le voyons, peu après qu'il les eût quittés, 
se disjierser pai' toute la terre pour répamlre 
cette doctrine bienfaisante. 

Comment sonl-ils reçus, pour prix de leur 
dévouement ? 

Chose inexplicable, si l'on ne savait que le 
démon, l'iiiéconciliable ennemi de Dieu, se 
sert de ceriains hommes pour combattre les 
bienfaits de Dieu, comme Dieu se sert de cer- 
tains hommes pour les répandre 1 

Les apôtres donc, qui apportent la vérité à 
eux qui l'ont vainement cherchée, la libertéaux 
esclaves, la sécurité aux maîtres, la vie aux 
«nfuiils, la dignité aux femmes, l'honneur à 
tou-;, le bonheur à tous, lesapôlres sont pour- 
chassés comme des bêles faines, jetés dans les 
piisous comme des malfaiteurs, el finalement 
m s à mort comme 'les scélérats el des assassins, 
par le 1er, par le feu, ou par d'autres moyens 
encore plus cruels. 

Leurs disciples, héritiers de leur mission, re- 
çoivent pour les mêmes bienfaits les mêmes 
traitements barbares : Denis est décapité à 
Palis, Savinien à Sens, Irénée à Lyon, et ainsi 
des autres. 

Pendant trois siècles, le sang des ouvriers de 
l'Eglise et même de tous ses enfants coule à 
fl ;is On leur fait endurer les cruautés les plus 
horribles. Tout vivants, ou les donne en 
pâture aux bêtes, on les jette dans des bûchers, 
on les coupe en morceaux, on les enduit de 
isuiislance-; grasses et on les allume la nuit en 
f.n Si; d • torches dans les jaidins impériaux de 
lî^me, pour éclairer la promtoade des persé- 
ciileiirs 1 Onze millions de ciirétiens donnent 
ainsi leur vie à la cause de la civilisation, et la 
font enfin triompher du paganisme romain et 



de ses corruptions. Mais voilà ce que coûte à 
l'Eglise cette première victoire ! 

Cependant son œuvre civilisatrice ne f^it que 
commencer. Que de souffrances nouvelles n'eut- 
elle pas à endurer pour transformer el policer 
les Gaulois et les Francs, les Bretons, les Ecos- 
sais et les Irlandais, les Gotlis et les Vandales, 
les HiTiiles et les Saxons, les Russes el les Hon- 
grois, et cent autres peuples plus féro*cs les 
uns que les autres ! Qu'on se représente les 
ouvriers évangéliques arrivant au milieu di- ces 
barbares, aux habitudes violentes, aux mœurs 
dépravées, et qu'on juge de l'accueil qu'ils y 
reçurent, lors(|u'ils leur annoncèrent un seul 
Dieu tout puissant, qui commande de par- 
donner à son ennemi, défend le meurtre et le 
vol, prescrit le respect de la femme et de tout ce 
qui est faible 1 

Les mauvais traitements, les supplices de 
toute sorte et la mort, telle fut encore ici leur 
récompense, jusqu'au jour où ces peuples, en 
flécliissant le genou devant la croix, se dclour- 
nèrent enfin du chemin de la barbarie pour 
entrer dans les voies de la civilisation. 

De nos jours, les choses se passent encore de 
mè.'ûe.C'est toujours au prix des plus ruiles tra- 
vaux, des souffrances les plus atroces et sou- 
vent de la vie même, que les missionnaires de 
l'Eglise parviennent à civiliser les peuples qui 
ne le sont pas encore, ou qui n'ont qu'une 
fausse civilisation, comme les Turcs et les 
Chinois. 

Ces généreux et admirables ouvriers, qui 
auraient pu jouir parmi nous de toutes leurs 
aises, se trouvent souvent réduits à une misère 
pire que celle de nos mendiants d'Europe. « Je 
pleure, disait un évéque missionnaire de 
l'extrême Orient, quand je remontre un de 
mes prêtres sans chapeau, sans souliers, et à 
peine couvert de misérables vêtements en lam- 
beaux. » 

Un autre évoque des mêmes contrées, Mgr 
Flaget, écrivait en parlant de lui même : «Je 
demeure dans l'une des plus belles maisons du 
village ; elle a pu coûter 25 bancs ; ne riez pas, 
il y en a de seize sous. La porte de ma 
chambre est une feuille de papier. L-i pluie 
tombe à travers mon toit presque ans i dru 
que dehors ; pour moi, de lit, de siège, de 
table, point. » 

Un troisième écrivait d.i régions polaires : 
« Riou paletot me seit de matelas, une mitaine 
et ma casquette d'oreiller ; deux couvertures 
doivent défendre au froid de troubler mon 
repos, el quelquefois un duvet de neige vient, 
pendant la nuit, seconder leur action protec- 
Irii-e.» 

Il n'est pas rare que les aliments leur tassent 



LA SEMAINE DU CLERC. E 



uxs 



autant défaut que les abris elles vêtements. On 
en cite qui sont morts de faim. 

Mais c'est surtout dans les temps de persécn- 
tinn que ces privations et ces soulTrances de- 
viennent plus cruelles, alors que, pour uc point 
amonor la ruine de leurs mis-ions naissante?, 
ils sont obliges do fuir et de si^ cacher au fond 
des : iréls ou dans les cavernes des montagnes. 

Ct\endant, ils sont parfois découverts et 
saisis, nubien, ilans l'espoir d'apaiser la rage 
des pf^rséruteurs contre leurs néophytes, ils 
vont se livrer eux-mêmes aux bourreaux. 

C'est alors le moment des douleurs les plu' 
atroces. Au Tonquin, en 1833, M. iMurchand 
voit autour de lui huit bourreaux, armés de 
grandes tenailles, lui arracher par morceaux 
toute la chair qu'il a sur les os. Deux ans plus 
tard, M. Corna)', après avoir été p'^s'eurs fois 
déchiré à coups de rotin, est hach- en mor- 
ceaux. Son confrère, M. Jaclardj subit une 
affreuse détenlion de deux ans, dans une cage 
de ijuelques pieds, et est ensuite mis à mort. 
Mgr Borie est massacre parle bourreau, qui ne 
lui tranche la tèlH qu'au septième coup. 

Le royaume de Corée est plus terrilile encore 
pour les héroïques missionnaires de l'Eg'is* et 
de la civilisation. Depuis 1825 seulement, deux 
évéques, Mgr Imbert et Mgr Daveluy, et cinq 
de leurs prêtres, les PP. Don:iard, Mauban, 
Chastan, Huin et Aumaître, y ont cueilli la 
palme du martyre. 

Quelle serait longue la liste de tous ces 
héros pacifiques, s'il nous fallait la dresser ! 

Eh bien, nous le demandons une dernière 
fois: l'EL^lise, qui depuis plus de dix-huit cents 
aD« inspire de tels dévouements et fait de tels 
sacrifices pour élever l'humanité tout entière à 
la connaissance de la vérité et à la pratique du 
bien, peut-elle être accusée d'être l'ennemie de 
la civilisation ? — Non, certainement, si ce n'est 
par des gens ignorants ou de mauvaise foi. 

Vous voyez donc le cas qu'il faut faire de 
cette accusation. 

P. d'Hauterive. 



Biograp lii e 



LE PÈRE ACHILLE GUIDËE 

r B LA COMPAGNIE DE JESUS. 

La loi du 15 mars 18.oÙ offrit, aux Jésuites, le 
champ d'apostolat qu'ils souhaitaient le plus. 
Notre P. Guidée tut appelé d'abord à Lille pour 
la fondation d'un collège, puis à Amiens, où il 
fonda et dirigea .jusqu'en 1855 le collège libre 
de la Providence. Ce qu'il pouvait être, dans ces 
tonctions, après ses antécédents, il est facile de 



le conjeclnri-r. Instruit par les malheurs da 
temps, il ne voulait pas seulement une forte 
iustruction, nais une éducation foncièrement 
chrétienne. Du reste, comme si tant d'elforls 
n'eussent pis suffi à son ardeur, il pièchait au 
dehors et se dévouant plus spècialementà l'œuvre 
des militaires pour les maintenir dans le devoir 
religieux, à l'œuvre des saltimb.mques pour 
catéchiser leurs entants, et à l'ceuvre des écoles 
catholiques de Suède afin de soutenir, à Stock- 
lioliu, des écoles iierséculéis par le fanatisme 
protestant. Enfin, le croirait-on, au milieu 
d'une vie si occu;'ée, si constamment absorbée 
par les aflfaires, le P. Guidée fciuchait à l'outil 
des forts, à la plume et composait des ouvra.;e« 
dont nous devons dresser rédifiaiilc nomencla- 
ture : 

i« Manuel drs jeunes Professeurs, 1842 ; 

2° Manuel du Soldat chrétien, 1830 ; 

3° Manuel des Mères chiétienne^, IS30 ; 

4° Manuel de l'Ouvrier cliréiien. IS'JO; 

5° Manuel du Marin chicticn, 1851 ; 

6° Manuel du Laboureur chrétien, IK51 C 

7° Notice sur le P. Enlève, S. J., mi'^sionnavt 
en Chine, I" éiitiou 1843. 2' édition 18.Ï3. 

8° Vie du P. Vurin, de lu Compaijnie de Jésus, 
4'e édition 1834, 2« édition 1860; 

9" Noti'-es historiques sur quelques membres 
de la société du Sacrè-Cœui' et de laCompi.uuie 
de Jésus, publii'os d'abord dans la Vie du P, 
Varin, puis séparément en deux volumes ea 
1860: 

10° NoticesurleP. Alex. Mallet, S. J., 1836; 

l!» Vie du R. P. Louis Sellier, S. J., 18^8; 

12° Souvenirs de Saint-Acheul, ouvrage du 
P. Loriquet, réédité en 1839 ; 

13° Notice sur M. Joseph- Henri Dubois- four- 
nirr, 18G0 ; 

14° Notice sur le P. Leleu, S. J., 1860 ; 

15° Notice sur le F. Firmin Heigny, S. J.; 
18G0; 

16° Notice historique sur le P. Renault, S. J., 
1864 ; 

n» Notice sur le P. Ck. Dubois, S. J., 1807. 

A suivre la vie du P. Guidée, on l'aurait cru 
absorbé par sou ministère actif ; à voir ia liste de 
ses quiuzi écrits, on le croirait homme de lettres, 
quand il ne fut qu'homme de zèle. Dans le 
nombre de ses publications, on voit deux séries 
d'œuvres, les unes de piété pratique, les autres 
d'édification. « Sans autre prétention littéraire 
que d'exposer clairem-ut ce qu'il voulait faire 
connaître, dit son biographe, le P. Guidée a su 
mettre dans ses récits l'intérêt qui est le charme 
propre' de, la narration, un style à la fois simple 
et digne, et jusqu'à une sorte d'élégance sobre 
qi:i atteste un commerce habituel avec les bons 
écrivains français et les modèles de l'antiquité. 
liais que de calme, de patience et de force 



int 



LA SEMAINE DU CLERGE 



3'âmo. il lui fallut pour amener à honnj fin 
•hacun de ses ouvrage-^, malgré tant d'oeoupa- 
lioiis si imiiortaoles. d-tail à I olijrt d'un oion- 
lUMU'iit univerfi'l... On conroit que des ou- 
vraçtf-, coiuiiosés dans di; Il-IIl-s conditions , 
n'oil'rent pas les traces d'une insidration bien 
vive. Us otîreiit, du moins, ce qui a bien son 
prix, le î^uuve reflet d'uni' âme siT'Miie. l'acicnl 
du juste louant les jusir?. ot i';iuiige il'uu . œur 
vertueux se révélact lui-même en traçant le 
portrait de la vertu (I). » 

Nous ne rendrons pas eompte de ces ouvrages 
qui se dérobent, par leur olijet, à toute espèce 
de compte rendu. Le I'. (uiidée ne voyait, du 
reste, dans ces compositions, .[u'uii moyen d'.>- 
dificatiou et un génie d'apostolat cher de tojit 
temps à sa Compagnie ; jamais il u'amlùtionna 
d'autre fruit de ses ouvrages que .l'ètrc utile 
aux àme-. Dans une de si s préfaces, il écrivait : 
« Puisse ce lavail, cnti épris en vue de Dieu, 
contribuer au bien des âmes et allumer, dans le 
cœur de ceux qui le liront une éiueelle du feu 
sacré que le Sauveur est venu apporter sur la 
terre ; c'est notre vœu le plus ardent, ce sera 
notre jlus douce récompense {i). » 

Celle modcsti- n'empêche pas l'auteur d'at- 
teindre au méiite littéraire, souvent avec d'au- 
tant plus de su. ces qu'il en cherche moins. 
Nous citerons ici. en preuve, quelques mots du 
chanoine Trcsvaux du Fraval sur la vie du 
P. Vurin : u Nnus avons eu rarement, dit le sa- 
vant chauoiui', en lis.uil un livre confié à notre 
examen, autant de plaisir que nous en a causé 
la Vi; du P. Varin. Indépendamment de l'inté- 
rêt que nous ius ire le souvenir de ce saint re- 
ligieux que nous avons connu pendant trente 
HHs, nous avons trouvé cet ouvrage si bien fait, 
que nous en rendons compte avec une satisfac- 
tiiii toute parliciilicre. Le F. Varin, par sa 
hau'.e vertu, méritait que su mémoire lût sauvée 
de l'oubli ; nous es[iéi ons qu'elle le sera par le 
talent de son biographe. Tout coniribue à faire, 
de cette vie, un ouvrage excellent : narration 
bien conduite et coi;stammenl inléressante; 
style correcl et convenable au sujet ; notes cu- 
rieuses répandues au b s de^ pages et destinées 
à éclaircir certains laits relatifs dans la Vie : 
voilà ce que l'on trouve réuni dans l'œuvre du 
P. Guidée; aussi ne doutons-nous pas qu'elle 
n'obtienne un véritable succès (3). » 

Au mérite littéraire, ces différentes biogra- 
phies ont, comme écrits historiques, le mérite 
de la justice. Ce sont des témoigiiages authen- 
tiques et intègres ; les historiens de la sainte 
Eglise pourront plus tard les mettre à profil ea 
toute sécurité. 

I. Le P. GnANDiDiBn, Vie du P. Achille Guidée, p. 349. 
— 2. rie du P. Var n, préface. — 3. B'bliographie cat/io- 
fçi't, t. XIII, D. 30M. 



Quant aux pL'tits maiMicls <ln I*. Gni'^ée, co 
sont des ouvrages de dévotion jiratique et éclai- 
rée. Le Manuel des p7-ofe>seurs .'le fait pas ex- 
ception. Le Hatio discendi et doccndi, du P. Jou- 
vency, se trouvant à la portée île tous, l'auteur 
n'avait pas à s'en occuper ; mais il emprunta aa 
P Sacchini sa Parœnefis et ?on Piotn'fiiicon, 
deux excellents petits O'ivragrs, dont l'un rap- 
pelle au professeur la dignili'i île ses fonctions, 
et l'autre lui enseigne les moyi'DS de .~'en bien 
acquitter; au P. Legaudier, son oiiuscule sur la 
Mwnère de gouverner les /.ensiumiaires ; au 1*. 
Jndde sa précieuse Insl'urtwn pow les jeunes 
professeurs : puis réunissant tons ces tiaités en 
un petit volume, il eu lit son Munu.cl des jiunet 
professeurs. C'est ainsi qu'il aval; inaujuré la 
série de ses manuels, humbles iielits livres qui 
rapportent peu de gloire a leur auteur, maii.ce 
qui vaut mieux, beaucoup de piofit à leurs lec- 
teurs. 

Dans le même ordre d'idée^, le P.évérendPèrc 
avait remis en vigueur le Ratio yludiouin de sa 
Compavinie. Ce livre est une méthode, un code 
com: let d'enseiuncmeni classiqiie ; c'est un in- 
conti stable eliel-d'œuvre, parce qu'il fut le 
fruit non d'une inv; nlion systéni 'tique et aven- 
tureuse, mais dunesagese marie .par la ré- 
flexion et cont (M.''e p.ir l'expéiience. I,eibnilz 
le tenait en grande estime ; B.icou le proclamait 
le meilleur de son temps : iVi/nl meliuf {',). Le 
P. Guidée et ses associes tentèrent doue de re- 
mettre en usage ce livre honoré de si beaux 
témoi;; nages et glorifié d'ailleurs par ses iruits. 
S'ils rencontrèrent, dans les préjugés et les 
exigences des temps actuels, des obstacles qui 
entravèrent les progrès de leur généreuse en- 
treprise, ce ne fut pas leur faute : eux, du 
moins, ils s'y dévouèrent avec une patiente 
énergie ; et, pour sa pari, le P. Guidée s'elforça 
toujours d'entrer dans l'esprit des règles que le 
liatio studiorum trace au recteur de collège, et, 
autant que possible, il les exécuta à la lettre. 

Ënfii), pour aider et soutenir les élèves dans les 
épreuves de la jeunesse, le P. Guidée avait 
donné une édition des Pensées d'Humbert sur la 
religion. 

F^n s(m privé, le P. Guidée se distinguait par 
son esprit de foi, d'obéissance, d'humilité, de 
pauvreté, de charité et de fidélité au il>'vou-. Sa 
foi se manifestait spécialement par le zèle pour 
la gloire de Dieu dans l'exercice de l'autorité, 
par la drvotiou à Jésus Christ et à la sainte 
Vierge. Sou obéissance, entière à l'égard des 
supérieurs, éclatait encore dans sa simplicité à 
recevoir et à faire la correction fraternelle. Sa 

t. De dignitat'' et au(jmtnl'a Miintiartim, Vil. — Contai» j 
tcholOLi Jesuilarum. d'sait llacon : nihil Omni iju'W in usum i 



venit his metiu< 
décisifs 



Nous oouirtoas citer vingt textes aussi 



LA SEMAINE DU CI.EKGK 



U2f 



chanté était grande envers les frètes, les ma- 
Jailes, les pauvres et les étrangers. Avare du 
temps, il eu disposait avec esprit d'ordre et 
sans jamais perdre une minute. Du reste, fidèle 
à lu icgle, aux exercices de piété, aux devoirs 
de la vie coiuiuiiue et aux obligations de sa 
cliurge. Tel était le bon Père Guidée. 

La sanlé du P. Guidée n'avait jamais été ro- 
buste. Si elle put se soutenir assez longtemps, 
ce l'ut grâce aux soins attentifs qui lui étaient 
imposés par la règle ou par les supérieurs; ce 
fui pins encore grâce à l'énergie morale qui 
tiioniphait de sa faiblesse physique. Mais, dans 
cette lutte continuelle de l'âme coutre le tem- 
pérament, le corps, à force de subir la loi et 
d'obéir à la volonté, s'affaiblit de plus eu plus 
jusqu'au jour où il tomba pour ne plus se re- 
lever. Le F. Guidée fut pris d'un mal d'estomac 
et mourut dans les plus grandes douleurs et les 
plus vifs sentiments de piété, le 13 février 1866, 
dans sa bonne ville d'Amiens. 

Le clergé et les fidèles firent, à ce bon servi- 
teur de Jésus-Christ, des funérailles en har- 
monie avec son rang et ses verlus. Un vicaire 
;éuei al chanta la messe, et révéïjuc, Jucques- 
\iitoiiie Boudiuet, prononça l'iloge funèbre. 
Jiielques jours plus tard, le l'. Uubiilon écri- 
rait : 

« Le P. Guidée a rendu de grands services. 
lomme pratique et dévoué, il le s'est jamais 
nisfé sui.^ir par l'entraînement de briller et de 
laraître; il a sacrifié sou temps et tout sou 
avoir-faire au bien de la communauté, de la 
irovince et de la Compagui ■. l'^l ce dévoue- 
acnt qui n'a jamais Ûéclii, accompagné d'un 
ens droit et pratique, en ;i fuit un homme 
raiment remarquable : ce fut un type du Fi- 
'elis ieiTus et prudens l'uisse la bonté divine 
ii susciter un ^rand nombre de dignes héri- 
lers I » 

Nous resterons sur ce vœu. .Vussi bi:.'n ces 
gnes tracent fidèlement le portrait du véné- 
îble religieux et seront la meilleure conclusion 
e cette notice. 

Justin Fèvre, 

protonotaire apostolique 



V a r 1 o l e s. 



M. 



CHALLLMEL-LACOUR 

ET LES PliUIiS DK L ÉGLISE. 
{Suite.) 



Toutefois, avant d'entamer la discussion des 
textes, nous ferons une observation et donne- 
rons quelques règles de critique littéraire. El 
d'abord, il nous en coûtera peu, si l'occasioa 
s'en trouve, de reconnaître chez les Pères de 
.l'Eglise, surtout aux premiers temps, ijuelque 
•nexactiludes de langage et rnèine de véritables 
erreurs, sur certains points secondaires do la 
révélation. En efl'et, nos docteurs jouent un 
double rôle sur la scène du monde. Iluraraes 
de Dieu, ils sont les témoins de l'Evangile, les 
interprètes des Ecritures, les gardiens de la 
tradition, les échos de la cmyance universelle. 
A ce point de vue, ils ne varient jamais daD» 
I -ur doctrine, qui se confond alors avec l'ensei- 
gnement infaillible de l'Eglise. Mais, outre ce 
coté immuable, les Pères nous . (Tr. ni unepliy. 



m. — Mais le vrai, cira-ton, peut quelquefois 
'être pas vraisembladjle. Eh bien, ouvrons 
'histoire, et consultons les faits. 



sionoraic changeante, suivant le earaetèrc de 

l'auleur et les préjugés de l'épo lue. Hommes 

du monde, ils ont le droit comme tout autre 

docteur, après avoir établi les principes de foi, 

de raisonner sur ces axiomes ioébanlables, et 

d'en tirer des conséquences variées. Sous ce 

dernier rapport, ils soat faillibles, tout aussi 

faillibles que les philosophes. ..VIùs, s'ils se 

trompent, l'erreur reste à peu près individuelle, 

et ne touche, comme nous l'avons déjà dit, qu'à 

des sujets de second ordre, .\ussi, prétondons- 

nous, mêm:^ avant la preuve, que les Pères des 

trois premiers siècles de l'Eglise n'ont giière 

pu faire fausse route eu traitant la que-tion 

fondamentale de notre âme; et'|ue, damsl'hy- 

lolhèse où l'un de nos écrivains ecclésiasliques 

serait tombé dans l'abîme du maiérialisme, il 

n'aurait pas eu assez de vogue puur i;rt[ioscr 

son système à la foule de ses conlcmpirains. 

Avant de passer outre, nous établirons, pour 
l'interprétation des Pères de l'Eglise, quelques 
règles dont tout le monde reconnaîtra l'uti- 
lité. 

1* N'allez pas juger un auteur d'après ua 
seul mot tiré de ses ouvrages. Il est libre à tout 
écrivain d'empUiyer le terme qui lui convient, 
saut à le délinir sur l'heure, ou plus tard. 
D'ailleurs, personne n'ignore que les expres- 
sions d'un vocabulaire se modifient avec le 
temps. 

2° Gardez-vous même de formuler un blâme, 
après avoir lu ([uelques lignes d'un volume en- 
tier. Le cardinal de Richelieu aimait à dire : 
Donnez moi deux nu trois lignes d'un homme, 
et, avec cela, je le ferai pendre. Effectivement 
une phrase détachée ne révèle les véritables 
sentiments des Pères qu'à la condition d'être 
confrontée, non point à quelques détails, mais 
à l'ensemble même île ses écrits. Kt ijue me 
fait ce passage obscur, où l'on soupçonne un« 
pensée de matéiialisme, si je découvre ailleurs 



1430 



LA SEMAINE DU CLEKfin 



ront textes qui affirment la spiiitualité de 
la^ne? 

3° Pour êlro en ilroil de jeter la pierre à des 
aiit.-'urs, et surtout à de saints personuaiïPs, il 
faut étudier soigneusement leurs opinions. 
Ainsi, dans la primitive E,-dise, qnehiues uns 
stîpposaient dans l'iiomme le corps, ou l;i ma- 
tière; l'esprit ou >n(?«.ç, principe immali'riei de 
la prnst'e; et enfin l'âme, i^?père de médiateur 
plasliijue, de nœud vital, qui tiendrait le mi- 
lien entre l'esprit rt la matiér.\ Il est éviilent, 
si l'on ignore ce sj-stème, 'jne l'on prêtera à 
l'éciivain un(! is;norance dont lii lecteur seul est 
conpal)le, en appliquant à l'âme ce qui est dit 
du principe vital. 

A" Pour comprendre les Pères de l'Eglise, 
il esl encore nécessaire de connaître la nature 
des erreurs qu'ils avaient à réfuter. Par exem- 
ple, on est froissé de voir que !e grave et sa- 
vant Tertuliien désigne notre âme par le mot 
corpus, ou corps. Le terme est impropre, et 
saint Augustin en blâme justement l'emploi. 
Mais si l'on se rappelle que Tertuliien avait en 
vue des épicuriens, qui ro^ard-iient l'âme 
comme un accident lie la matière, on lui par- 
donne une ombre d'erreur, parce qu'il avait la 
loiialile intention d'aifirmer une grande vérité, 
savoir que notre âme sulisisle en elle-même. 
D'ailleurs le terme de corps pouvait bien avoir, 
de son temps, la signification spirituille de nos 
jours; car nous disons nous-mêmes : le corps 
de mes pensées. 

Ceci posé, nous examinerons la liste des Pères 
de l'Eglise que l'on accuse d'avoir professé la 
doctrine de la matérialité de l'âme. 

Tatien. — Nous étions sur le point de jeter 
ce philosophe par-dessus bord, et de le sacri- 
fier au génie des tempêtes. Est-il surprenant, 
disions-nous, que l'ingrat disciple du martyr 
saint Justin, après avoir renoncé à la foi ortho- 
doxe pour londer une secte des gnostiques, 
nous ait laissé, dans ses ouvrages, quelques 
traces de matérialisme? Quand on engloutit ua 
chameau, l'on peut avaler un moucheron. 
Mais, après examen fait de la vie et des opi- 
nions de Tatien, nous nous sommes persuadé 
qu'il n'enseigne clairement ni la matérialité, 
ni la spiritualité de l'âme. Son système sur la 
nature de l'homme, qui se compose de matière, 
d'âme vivante et d'espritcréé à l'image ée Dieu; 
le mélange qu'il fait de la philosophie et de la 
Bible, du dogme et de l'a-cétisme, du naturel 
et de la grâce; et, par dessus tout, l'obscurité de 
ses termes, l'incohérence de ses idées, l'entor- 
tillement de ses phrases, n'aident pas le lec- 
teur à découvrir le fond de ses sentiments. 
Parfois donc, le père des eucraliiiues semble 
ranjjor l'âme au nombre des corps : « L'âme 
des hommes, dit-il, n'est pas simple, mais se 



compose de plusieurs parties. Elle est disposée 
de manière à se révéler pnr le corps. Jamais 
elle ne se montrera sans le corps; et la chair 
ne resuscitc point sans l'âm • [Orat. adv. Grip- 
cos, n" 15). » Quelle esl doue celte âme (jui se 
distini^ue de la chair et se confond avec elle? 
Auparavant le pliilosophe chrétien disait : 
a Non-; démêlons deu\ sortes d'esprits dont 
l'un s'appelle âme, et l'autre, d'une nature plus 
snidime, se nomme image et ressemblanee de 
Dieu. Les premiers hommes avaient ce dou- 
ble esprit; si bien qu'ils étaient (ormes en [tar- 
tie de matière, et l'emportaient d'un autre côté 
sur la matière [Jb., n. 12). 

ThmpMle. — L'on a calomnié le saint évé- 
que d'Antioehrt, en supposant qu'il professait 
la doctrine du matérialisme. Nous venons de 
parcourir ses trois livres à Aulolyque, et nous 
n'y avons pas noté une seule erreur touchant 
la meilleure partie de l'homme. En revanche, 
il affirme assez neltement sa croyance à la spi- 
ritualité de l'âme. Voulant démontrer que 
Dieu, simple par essence et invisible aux yeux 
du corps, s'est manifesté aux hommes par le 
spectacle de ses œuvres, il ajoute : « De même 
que l'âme ne se voit pas dans l'homme, mais 
échappe à nos yeux, pour se trahir dans les 
mouvements du corps; ainsi Dieu, qui se dé- 
robe à la vue de l'homme, se voil et se com- 
prend dans les œuvres de sa providence (Ad 
Autobjc, I, .'i). » Cette comparaison de Dieu 
avec notre âme est loin d'exhaler une odeur 
de poussière. 

Saint Irénée. — « Sur saint Irenée, dit le car- 
dinal de la Luzerne, on objecte que ce Père 
prétend i|ue l'âme est le souftli! de la vie, et 
qu'elle est seulement incorporelle en comparai- 
son avec le corps mortel {Contra Hœres., v, vi, 
n. l). L'inspection du texte montre qu'il tient 
à un sysième que le s;iint docteur avait puisé 
dane les écoles philosophiques. Il clislini;uait 
trois choses : le corps, l'àme et l'esprit. L'âme, 
selon lui, n'est que le souffle de la vie, que le 
principe vital, qu'il dit être iiicorj.orcl relati- 
vemenl au corps. Mais, dans ce même passage, 
il ajoute, ce qu'on se garde bien de rapporter, 
que l'esprit est incomposé, simple et indisso- 
luble. Il ri'pèle, dans un autre endroit, la même 
iiiée, et dit que ni le corps, ni l'âuie, ni l'es- 
prit ne sont l'homme, mais que l'homme par- 
fait est composé des trois {Ih., v, 6, n. i). Lac- 
tance met ce système de la triple composition 
au rang des opinions douteuses {De Ojiifk. Dei, 
c. xviii) ; et saint Césaire, frère de saint Gré- 
goire de Nazianze, disant que l'âme est f esprit, 
en dislingue l'intelligence, qu'il dit être la 
puissance principale et guberuatrice. Mais il 
parait qu'il la distingue, non comme une au- 
tre substance mais comme abstraction, el 



LA SEMAINE DU CLIII.OÉ 



1431 



•conimt» 011 ilislingiie une r:;cii]lé de son ?ujtt 
{[lialog. m, Jnknot/. 187). Ou fait à saint licnée 
un autre reproiihe. On l'accuse d'avoir dit que 
'.•■s ùines sorti'.s du corps conscrvetil uu carac- 
tère corporel; qu'elles ont une (Lure de corps, 
alin d'être reconnues {Coi^tra Hœres., III, 34, 
11. 3). D. iMassuit, S(in éditeur, observe sur ce 
pissagi! que, !-elon jilu^icurs auteurs, l'olijet 
du <ii\ut docteur est de martUiT la distiiuliou 
eulr.-. les au;4es et les àoics humaiues sorties du 
corps; et que ce qu'il appelle caractère de corps, 
IJguie de cor|i.<, u'esl i.ulro chose, sel-.-n lui, 
qu'un cerlan caraclè.e, une certaine relation 
-aiî.\ Corps qui les ont animés, qui les distingue 
des e.'prils célislcs, mais qui n'empèclie pas 
leur spiiilu.ili:é. On pcairrait dire aussi que 
faint Irénée était dans l'idée de quelques au- 
tres docteurs, qui, nu pouvant iaiaginer que 
l'àme jouit ou foufl'ril en-dehors ties sens, 
croyaient qu'api é> la mort, elles seraient unies 
à des substances matérielles très-déliées. En- 
fin saint Iréme parle ici des âmes, animœ; et 
nous venons de voir qu'il les distinguait de 
l'esprit absolument incompo-é, simple, incor- 
porel. Quel que soit, de ces divers sens, celui que 
J'ou adopie, il n'y eu a aucun qui soit vrai en 
soi; mais il n'y en a aucun qui contr.irie la 
doctrine de la spiritualité {Dissert. »«/• la s/nri- 
iualité de l'âme, v). » 

Tei(ullien. — Chose asrcz étonnaDie, et qui 
ne peut guère se rencenlrer que dans un nénie 
bizarre, co:r;me celui du prêtre de l'Afrique, la 
théologie fit varier Tei tullien daus sa croyauce 
à l'immatérialité > e l'àme, et la philosojihie 
sembla le ramener au giron de la vérité. Uaus 
son Apologétique (e. .\lviii) et dans son livre du 
Témoign'ige de L'âme (c. iv), il avance que les 
âmes ne peuvent, sans le lorps, éprouver les 
douleurs de l'enfer; et il en couelut, d'après 
d'exemple du mauvais riche, qu'elles doivent 
être corporellt s. Mais, en son magnilique traité 
de la résurrection de la ch;iir, il iLodilie son 
opinion, et dit justement, bien qu'en termes 
impiopres : « Un partisan trop simple de notre 
système s'imaginera que la chair doit être re- 
présentée au jugement, parce que l'âme étant 
incorporelle, ne serait pas capable par elle- 
même de sentir la joie ou la douleur : c'est 
ce que ^ense le vuluaire. Pour nous, nous en- 
seignons ici que l'àme est corporelle (lisez 
une substance à part), qu'elle existe daus sa 
sphère, (|u'elle possède une nature spéciale, des 
propriétés qui la font sentir et souffrir. En 
ellet, que lésâmes, dans les enfers (ou les lieux 
inférieurs) éprouvent tantôt de la peine et tan- 
lôl du plaisir, feien qu'elles soient isolées et 
séparées de leur corps, c'est ce que nous dé- 
montre l'exemple de Lazare [De resurrect. car- 
nis, .wii). » Au livre de lame, Terlulllen parle 



en philosophe et prouve la spiiitiialifé de l'âme 
en s'uppuyant sur le dogme de l'immortalité : 
«L'âme, dit-il, est individuelle, simple, parfaite 
en >oi; le dehors ne luiappoite pas plus d'aug- 
ment'tion qu'elle ne soutire d'elle-même de 
division : car elle 'l'est pas soluble. Si elle était 
suscc[)!ilile d'nyrèiçalion, elle p 'urrait se dis- 
soudre; que si elle peut se dissoudre, elle ne 
serait plus immortelle. Donc, puisqu'elle ne 
meurt pas, elle ne se dissout, ni ne se divise. 
Car se liiviscr, c'est .se dissoudre; et se di'^sou- 
dre. c'est mourir. L'àme, il est vrai, se divise 
en plusieurs parties ;... mais ces distinctions 
n'alleeîent pas la nature de l'àme. Ce sont des 
puissaiices, des forces et des œuvres, comme 
on l'U trouve dans les livres d'Aristote. Il ne 
faut pas les regarder comme des portions d'une 
substance animale ou matérielle, mais comme 
des facultés : par exemple celle de la locomo- 
tinn, de l'action et de la pensée... [De anima, 
c. xiv). » Est-ce que Tertullien ne s'explique 
pas ici, touchant la spiritualité de l'àme, avec 
autant de justesse que Descartes? Et pourquoi 
donc alors nous butterions-nous contre cer- 
taines locutions, ou impropres ou mal com- 
prises, pour l'accuser d'une erreur qu'il a fus- 
tigée lui-même, dans d'autres endroits de ses 
(luvragcs? 

Origène. — Cet auteur avait dit : « Le Père, 
le Fils elle Saiut-Espril ont le privilège d'être 
sans substance matérielle, et de vivre tout à lait 
en-dehors «le la compagnie de la chair [De 
principiis, 1. I, c. vi). » L'on a sans doute abusé 
de ce texte pour formuler contre Origène une 
accusation de matérialisme. Mais une simple 
inspection du passage suflit à laver l'auteur 
d'un pareil reproche. Que veut-il dire, en eflel? 
11 lui paraît di.ficile, et impossible, jusqu'à un 
certain point, que les créatures raisonnables 
demeurent tout à fait incorporelles; ou, pour 
autrement parler, que l'àme des hommes puisse 
jamais vivre sans le corps, qui est son vêtement. 
L'auteur en conclut qu'après la mort, et avant 
la résurrection île la chair, les âmes sont revê- 
tues d'un corps aérien, comme l'enseigne l'école 
de Platon. Le système est faux, mais n'attaque 
d'aucune manière la spiritualité de l'âme. Aussi 
Origène a t-il le droit d'être honoré comme 
les plus glorieux défenseurs de la dignité hu- 
maine. 

Nous ferons observer qu'Origène, à l'exemple 
de saint Justin, compose l'homme de corps, 
d'àme et d'intelligence. A ne pas tenir cinnpte 
de ce ^yslème, l'on ne saisirait pas bien la pen- 
sée des textes que nous allons citer. 

« S'il en est, dit-il, qui confondent le corps 
avec l'àme et l'intelligence, qu'ils m'expliquent, 
je les en prie, comment l'homme est capable 
de découvrir et de démontrer des questions si 



u:i2 



LA StMAINE m CLEUGÊ 



ardues et >i iiioFoiiiIls? D'où lui vient Jonc l.i 
narmoire? Coinaicnl peut-il conteiniilor les cho- 
ses invisibles? Do quelle manière un eopps 
aura-t-il l'intelligence des ètrts incorfiorcls? 
Une nature m itéricUe va recherclierle principe 
des arls, démêler la nalure des choses et eu 
faire la Jéuioostralion? Elle pourra sentir et 
comprendre les dogmes divins, qui sont évi- 
demment immatériels?» C'est ainsi qu'Oiigèue 
établit la spiritualité de l'âme, sur la nalure 
même de ses opérations {Princiji., l.I, c. vil). )> 

Plus loin, il ajoute : « Maintenant voyons les 
malières qu'il nous faut traiter, selon notre 
croyance, c'est-à-dire selon la foi de l'Eglise. 
Toutes les âmes et toutes le; créatures raison- 
nables ont clé faites, ou créées, qu'elles soient 
saintes ou mauvaises; toutes sont incorporelles, 
par le privilège de leur nature; mais de ce 
qu'elles sont incorporelles, elles n'en restent 
pas moins créées (y*., 1. 1, c. V4i, n° I). » 

Enfin, dans son exhortation au martyre, le 
même auteur nous dit : « L'homme aime la 
vie, bien qu'il soit persuadé que la substance 
de l'àme raisounable entretient avec Dieu quel- 
que parenté. Or, l'une et l'autre sont intelligi- 
bles et invisibles ; elles sont même incorporelles, 
ainsi i;u» le démontre l'évidence [Exiiort. ad 
Marlyrium, 47.) » 

Amobe. — Ce rhéteur d'Afiique publia ses li- 
vres contre les ualions, avant qu'il n'eut reçu le 
baptême. Il connaissait donc mieux les systèmes 
de !a philosophie que les dogmes du christia- 
nisme; aussi, comme l'a olwervé la critique, il 
semble plus habile à détruire les superstitions 
de l'idolâtrie qu'à édifier les vertus de l'Evan- 
gile. Ayant à traiter la question d; l'àme, il 
jhirlit de ce faux principe que les âmes, si elles 
étaient spirituelles, ne pourraient soulTrir dans 
l'autre vie les tourments dont l'Ecriture menace 
les méchants, et s'imagiua qu'il fallait néces- 
sairement supiioser la matérialité de l'esprit. 
Cette conséquence erronée lelorce d'av.juerque 
l'âme n'est iioint immortelle de sa n:-.tuie, mais 
par grâce; que Jésus-Christ appelle à la gloire 
éternelle les fidèles observateurs de :-a parole, 
et qu'après de longs supplices, il laisse cotisu- 
tner ceux qui n'ont pas eu connaissance i!e Dieu. 
{Adm-. Génies, 1. II, 14, 30). 

Ailleurs, le | hilosophe Aruobe atténue sin- 
gulièrement sa faut". Il confesse d'abord que 
l'essence de l'àme «st très-obscure et malaisée 
à définir. Cependant, pour nous en donner une 
idée quelconque, il nous la représente comme 
étant la médiatrice entre l'être immortel et la 
créature mortelle. Enfin il loue et admet le 
sentiment des hommes doctes qui voient, dans 
notre âme, le caractère immortel de la divinité. 
Ce passage est bon à traduire : « La nature 
douteuse et ambiguë des âmes et leur litre de 



médiatrices nous ouvrent les portes de la phi- 
lo.-ophie, «t nouscugagentà en cultiver l'élude. 
En effet, la science du sage fait éclater la me- 
nace sur la tête de celui qui a commis des cri- 
mes ; et, d'autre part, elle lait concevoir de 
joyeuses espérances à l'homme qui s'est préservé 
du vice, et a pratiqué pendant sa vie les devoirs 
de la justice. Voilà pourquoi, chez les savants 
et les hommes de génie, l'on se dispute sur la 
qualité de l'âme : les uns disent qu'elh; est 
mortelle de sa nature et ne saurait jmrticiper 
à la nature divine ; les autres soutiennent qu'elle 
est immortelle, et ne peut jamais descendre à 
la nature matérielle. C'est son titre de média- 
trice qui donae lieu à ces deux hypothèses. 
Celte loi moyenne fournit des preuves à ceux 
qui la disent passible et sujette à la mort; en 
même temps elle favorise ceux qui l'appellent 
une créature immortelle et divine {/à., ,'JI.) » 
L'on voit qu'Arnobe n'est point un matéria- 
liste audacieux etiiupénitent. Peut-cire, — et c'est 
une opinion qui a été professée dans les écoles, 
— suppose-t-il que l'âme , au sortir de ce 
monde, est accompagnée d'un corps aérien, qui 
puisse la rendre sensible aux tourments de l'en- 
fer comme aux joies du parailis : erreur qui ne 
blesse en rien la doctrine de la spiritualité. 
Quant à la mort dont il menace le pécheur, 
c'est évidemment la mort spirituelle, qui' nos 
Ecritures rappellent si souvent : lui-même le 
laisse à entendre (/6.. 14). La loi moyenne, in- 
ventée par notre auteur, n»us met sur la voie 
de la justesse et de l'inesaclitude de ses asser- 
tions. Dieu seul, nous dit-il, est simple de sa 
nature, et pir là même, immuable et immortel. 
L'àme de l'homme, si m'ibile et exposée à la 
mort éternelle, pouriait-cilcs'api>ropier b per- 
fection de Dieu? Aruobe a raison : notre âme 
ne peut ètie spirituelle au même degré que la 
nature divine. D'autre part, est-ce que l'âme 
sera comiiarèe à la maiièrc iusensibie et aux 
animaux sans raison? Non, sans doute. Dune, 
notre âme tient le milieu entre le grand Esprit 
et la matière. Aruobe se rapproche ici de la vé- 
rité, s'il ne la possède eutièremeut. Doue, il y a, 
dans noire âme, un coté spirituel et nu coté 
matériel. C'est là que le rhéteur se trompe. 
Lactaiice, d ailleurs, nous fera bieu comprendre 
le système d'Aruobe. 

PlOT, 
caré-doyea de Juzeauecouit. 



i 



Sanctuaires célèbres. 

NOTRE-DAIÏIE DU SACRÉ-CŒUR A ISSOUDUN 

{SuiCe.) 

Tarragone célèbre la fêle de Notre-Dame du 
Sacré Cœur, le 31 mai 1871, avec une pompe 



LASE-UAINt; LU Cl. LUC i: 



u:» 



I 



exlraordiiiaire. Laiirore de ce dernier jmir de 
mai nTi|idrait purn el sereine; les portes du mi)- 
naslèie de J sus-Marie s'uiivrenl pniir recevoir 
les u .tables de 1» cilé ; car t'est au nom de la 
vile enlièro qu'a Tn-u la fèli-; la populalioii 
remplit les cours et les jardins. Les lufanls de 
Marie porieut une bauniùre de Notre-Uatue du 
S.c:é-Cœui-. An uiilieii de la proce-^inn luar- 
cl.ait u!.e Irês-iictile lille toute \é.uo de bleu. 
cl portant >ur sa poiliino les aruies de Nntre- 
D.irne liu Sacre-('.(eur, quatre au 1res petits auges 
• il- son à-ie et vèluis de blanc l'environnaient. 
0.1 aurait ilit nn iiluct i oie an milten d'une 
multitude de blanrhes tnarguei iles, ou nn [.ré- 
cieux saphir, en bàs=c' dans une couronne d'ar- 
gent. C'était [i\iii que cela: c'était la pcli::' fille 
privilégiée de Notre-Dame du Sacré-Cœur. « Il 
est de tradition, » nous assurait un mission- 
naire qui nous préparait a la fêle, « que partout 
où la Reine de Jésus est installée avec amour 
fct piété, quelque grâce parlicalière signale 
qu'elle a.;rée les liomm;iges qu'on lui rend. » 
Notre Mère bien-aimée c'a pas voulu manquer 
à celte traiiition qui se perpétue depuis des an 
nées, et celle petite lille, qui est ma sœur, était 
là pour prouver que la Rfiue du Cœur de Jésus 
Ti'a pasfnoore épuisé la source où elle jrfad 
tontes ses faveurs. Depuis plusieurs mois, celle 
ihère enfant qui compte à puine cinq ans, souf- 
frait beaucoup, sans que les ressources de la 
médecine pussent tiouver >in remède; la mal 
étant devenu plus sérieux, mes par. Jiti (.ronii- 
reiil de lui faire porter les couleurs de >'ovre- 
Dame du Sacré-Cœur, si cette Vierge la guéris- 
sait. Vingt jours à peine après le vœu qui avait 
était fait, ma petite sœ.ar se trouva cumplcte- 
ment délivrée de son inlirmité et prête à venir 
assister à notre belle [.r'.ccssion. — Marie ce 
LA CONCEPTiOf ARMADA, -.élatrice de Nolrc-Dame 
du Sa.rc-Cœur. » Le jour de l'Iratnaculée-Coa- 
ceplion de la même année, on installa dans la 
cliapeile de ce mona.tere, avec grande solen- 
nité une superbe statue de Notr -Uame du 
Sacré-Cœur, bénite à Issoudun par Mgr Char- 
bonnel. 

L'archevêque de Valencia, déclare o que l'on 
professait depuis longtemps dans son archi.lio- 
cèse un fervent amour euveis Marie, sous l'in- 
vocation ie Mère des Aban.lonnés, e* qu'il ne 
doute pas (]ue le culte de la Souveraine du 
divin Coîur ne produise les fiuils les plus abon- 
dants .le giàce, comme il les porte déjà (I). » 
L'association dont Issoudun est le centre, tait 
de rapides progrès à Valencia. La ville de l'or- 
tosa l'act-ueille ég.ilement avec ferveur; dès le 
jour de suu inauguration^ 330 personnes s'ius- 
crivent au nombre des associés. Sur la recom- 

1. ra.tncia, 27 «vril i871. 



man 'niion de la fJnparl des évéqiies, ra.'S'iria- 
tion de Notr.'-I)a!i:u d'Issouduu se répand dan» 
tous les di'icési' d'iil-i.agne, et y coropic de» 
milliers de membres. 1^ ville de Grenade ins- 
talle sa statu,; ilaas une de ses éylises, et 
l'archevêque accorde une indulgence aux fidèlei 
qui ircnt la prier. La paroisse de Noir.>-I)ame 
del Pino, une des plus importantes de Barce- 
lone inaugure par un tridiium la dévotiou à It 
Siiuveraioe du Cœur d..' Jésus. Cordon ■ célc<<ire 
de- fêles en son honneur. En juillet ifwl, Ici 
Annale-i du Sacré-t^œur laraissent en Imgue 
espagnole. Tarragone et Barcelone deviennent 
di;ix e nlrcs de la dévotion, deux fovcis d'où 
cl! • achève de se répandre dans toute l'Es- 
I aine. 

Les Annales espagnoles de Noire- Dame d» 
Sacré-Cœur nous font connaître des faits vrai- 
ment merveilleux de protection due à cctt« 
Vierge. Dans la nuit du 8 septembre ''872, sur 
le chemin de fer de Tarragone à Valencia, « 
lieu une épouvantable catastrophe; la locomo- 
tive et les wagons de voyageurs sont précijiitéî 
dans l'abîme; dix-sept personnes sont tuées, 
vingt-huit sont blessées. Un seul wagon reste 
sur le terri'-plein ; il renferme un paqu.-t d'i- 
mages de Kotie-b.imc du Sacré-Cœur, confiées, 
ce jour-là méiKC au courrier. — Un négociant, 
qui a depuis qn.l.nie temps consa.'ré sa per- 
sonne et ses allaircs a la Reine du divin Cœur, 
va, a"ant de s embar [uer pour la Havane, se 
prosterner devant sa statue el y allurnc une 
lampe devant brûler nu mois. Tandis qu'il con- 
fie son voyage et son avenir à l'Avocate des 
causes ditîiciles, une voix intérieure lui dit: 
« Pars aujourd'hui de Tarragone, n'attends pas 
à demain. » 11 avance son départ d'un jour, el 
évite ainsi d'être victime de la cat:îstiophe- 
« Une prulection visible l'accomjiagne tout le 
long de la roule, » éerit-il, a les jierils semblent 
s'é.'arter sur son passage; les malli.urs dan» 
lesquel- il devait périr, n'arrivent que lorsqu'il 
est à l'abri de tout danger (1). >- 

Dans l'automne de l'unnéc j8"ï2, une jeune 
fille d'Alcanar est frappée de la foudre, mai» 
elle s.; relève saine et sauve ; sa robe était en- 
tièrement brûlée par le feu du ciel, seule la 
pocbe était demeurée intatle. Cette singulière 
coincidecce lui remet a'.ssitot en mémoire le 
précieux trésor qu'elle y avait renbrmé : 1« 
neuvaine à Notre-Dame du Sairé-Ccear, mo- 
deste petite brochure qu'elle avait achetée pe« 
de jours auparavant, et dont elle avait déjà 
commencé la lecture avec oiété, afin de se 
mettre entièrement sous la protection de cetta 
Vierge. La protection avait été visible. Toute 
tremblante, la pauvre enfant reconnaît à ce 
1. l.ettre de la Mère S»iote-Eululie, supirieure du m»- 
nastère de Jésns-Uarie, 13 janvier 167$. 



f434 



LA SEMAINE DL CLEllGE 



signe que la maîtrpsse du cœur de J'sus vIcl!, 
de la souslraire à uiif mortiinminenle; elle fait 
monter vers sa ci'lesle b cnfaiirice le cri de sa 
reconn;ii.ssanoe, et sa famille émue jusi|u'aux 
larmes, s'iiuil à elle pour remercier 1 Espérance 
des désrspt'rés ()). 

Mciniieu{irE!<fj(iyne), 18 féurivr 1873. Le 31 
janvier dernier, à l'entrée de la nuit, cinq ou 
six brigands se présentèrent au bureau de la 
fcibrique de fil, dans laquelle je suis employé 
eomme secrétaire. Sans me donner une minute 
de temps, et en m'empêchant de crier au se- 
eours, ces malfaiteuis s'emparcrent de ma per- 
sonne et me conduisirent dans un lieu éloigné 
d'environ une heure de la population. Là, ils 
me menacèrent de me faire mourir, fi je ne 
leur faisais avoir pour ma rarçon une très-forte 
somme. Dans un si efirayant danger, je criai 
Tcrs l'Avocate des causos désespérées, répélant 
à plusieurs reprises celle invocation : Notre- 
Dame du Sacré Cœur, priez p(iu< nous ! (]elte 
tendre Mcre entendit mes soupirs et récom- 
pensa ma confiance. Ces misérables changèrent 
aus-ilot lie sentiment à mon égard : sans que 
j'eusse subi le œciindre mal, sans que j'eusse à 
payer ni à i romettre un centime, on me perçoit 
àe retourner chez moi où je suis revenu sain et 
sauf. Pour té:i oigr.er toute ma recounaissaixe 
à Notre-Dame du Sacré-Cœur, ijui m'a si admi- 
lablement serouru, nous avons résolu de faire 
télébrer un oflice ^olennl•l d'action de grâces 
dans la chapelle qui lui est dédiée à Tarragone. 
— Isidore B..., zélateur. 

Notre-Dame du Sacré-Cœur en Amérique. 

Le Canada, peuplé par les eufants de la 
France, et longtemps une de nos plus prospères 
toloiiies, envoie, dis IHlJfi, par milliers des noms 
de nouveaux a-sociés à la coofrérie d'Issoudun. 
Cet élan extraordinaire est causé par les nom- 
breuses faveurs obtenues. Le 8 so;ilemltre 1869, 
jour du couronnemi'ut de la Vierge d'Issoudun, 
Mgr l'évècjue des Florides dépose, eu présence 
t!e l'archuvèque, à Québec, une couronne d'or, 
tnrichie de pierres précieuses, du prix de dix 
mille francs, bénite par Pie IX, sur |a tète d'une 
statue de Notre-Dame du Sacré-l!œur. 

l-.i dévotion pjiièlie, dès son début, aux Etals- 
Unis. Une grande fête a eu heu, eu 1866, dans 
riu.haiia, Notre-Dame d'Issoudun en est l'objot. 
L'iudlaua est au no;d de l'Améiique et cijmjite 
an uondire des Etats-Unis. Riche et fertile con- 
trée, aux foièts vierges, aux b? ;ntés sauvag.^s, 
à la .alure encore primitive, e!!o otlVe au u'ya-i 
tout ce que l'ou peut désirer de plus pittoresiue 
et de plus grandiose. C'est là, dans une pro- 
fonde et gracieuse vallée, dite de Sa ut-Joseph, 
sur les bords toujours verdoyants de la rivière 

1. Extr. des Annales exii»gr.olis,]vù\\<:\. 1873. 



de ce nom, et auprès de deux grands lacs aix 
eaux limpides, que Notre-Dame du Sacré-Cœ ir 
est allée se choisir une demeure. 

Une garde d'honneur de Notre-Dame du Sa- 
cré-Cœur se forme, elle offre à cette Vierge de 
rindiana une riche couronne. Sa pose est fobjit 
d'une seconde solennité, le 31 mai de la même 
année. Rarement ou a vu une cérémonie au si 
splendide eu ces contrées. Cinq mille personnes 
uue centaine de prêtres et six évêques! Cela 
serait beau en Euiope où le clergé est pourtant 
nombreux et les é\ èques très multipliés : mais 
eu Amérique, une pareille afûuence est chuse 
étonnante. Les évèi|ues présents sont NN. SS. 
Spalding, archevêque de Baltimore; Luers, évo- 
que de Fort-Wayne; Henni, évêque de Mil- 
waukee; Timon, évoque de Buffalo; Rapp, évèque 
de Cléveland ; Grâce, évèque de Saint-Paul. 
Immédiatement ap:ès la sainte messe, la pro- 
cession détile et arrive dans le jardin de T Uni- 
versité. Les évêques et les piètres siègent sous le 
portique du collège ; à lu gauche, les étudiants, 
au uombre de tiois cent soixante-dix, les ap- 
prentis et les frères ; à la droite, les élèves et 
les sœurs de l'Académie de Sainte-Marie ; au 
ceutre, sous le frais ombiage des arbres du 
parterre, se rangeut les nombreux visiteurs. Au 
milieu du portique s'élève une chaire impro- 
visée, où parait le savant archevêque de Balti- 
more. Nous ue signalerons qu'un passage de 
son instruction : « La première pulsation du 
cœur sacré de .lésus, le premier rayon d'amour 
qui brilla dans ses yenx, fureut pour sa Mère 
chérie, et le dernier soupii qu'il exhala dans ce 
monde, fut aussi pour celte Mère tendre, dé- 
vouée, aimante. Nu.^uère, les arbres étaient en- 
core dépouillés, leurs branches arides s'entre- 
choquaient au souffle de l'hiver; mais aujour- 
d'hui, voyez le beau soleil du prinleiu[is, ii a 
donné aux rameuix un verdoyant feuillage cl à 
la terre un é['ais gazon. Aiusi s'cpaiiouissLnt 
les cœurs catholiques à la do.xe chaleur du nuoi 
de Marie; ainsi fut reuouvelé le monde, quand 
la Vierge devint Mère d-, Uicu : l'hive.- du pécho 
s'i ntuit devant le printemps de la Ré.k'mplion; 
h '.erre devint uu paradis, a Après ce discours, 
Mgr de lîallimore déposa la courouue sur le 
fronl de la Vierge. 

La poésie américaine célèbre la Fleur du 
Cai mel, ses accents sout ceux de la lyre fran- 
çaise . 

LE PARTERRE DE NOTRE DAME DU SACRÉ-CGUa 

Du beau Mngnnh'a la suptrbe corolle, 
Doniiiiunc cet Ë :en de ^a Muiciicj auiùolej 
Est l'eiiiblème de :a gran leur; 
Le LU au Joux ijaifum, sur ?a i gti élancée, 
N'isL-il |ia> voire imagi^ 6 Vie i;e itniiaculée, 
Nuiri.-Daice du Sdcré-CjBiii? 



L\ SEMAINE DU CLEHGÉ 



1435 



Dans les vives couleurs de la Roie mystique. 
Je vois In C/iiirité, doiil le divin cantique 

A célébré la sninle ardeur; 
IJélas! j'y tmuve i-ncore la douloureust; Éiiine 
Qui di>chii-a le Cœur ilo lu Vioige divine, 

Noiru-Diime du Sacré-Cœur, 

L'Anémone nous peint l'indicible tristesse 
Ub Celli' qui Voulut partager la détresse 

De JESUS notre R<îdempteur. 
O Reine des niartyi-sl c'est surtout au Calvaire 
(Jue vous méritez il'èire à la fois notre Mère 

Et la René du Sacré-Cœur. 

Tu le caches en va n, limido Violetle, 

Ton p.irrnni le triliii: telle, et bien plus parfaite, 

Kt MAn;E aux yeux du Seigneur. 
I.;i l\:\iT lin souMnir, la brjllaute Pensée, 
Î.I- 'lit i|ue ni.i pi '.ère en va^n n'est pas montée 

Vor.-i la ftoine du Sacré-Cœur. 

\.a Reine-Slarguerit', à la triple couronne, 
Cjnime garde d'Iionneur. Qeurit autour du trAns 

U' lu Reiue du Sacré-Cœur; 
Cis furls lin jar l;n rappell'jiU Marguerite, 
<Jai puifa laut d'amour, de gloire et de mérite 

Lîuus le Cœur sacré du Sauveur. 

Je te salue, ifimalile et modeste Pervenche; 
Sur la mousse des bois ton £enillage se penche, 

Doux tinblinii! du vrai bonheur. 
Ainsi Marie aimait à vivre solitaire. 
Ainsi DIEU pri^parait, loin des bruits de la terr», 

Notre-Dame du Sacré-Cœnr. 

El la R llp-de-nwi s'ouvranl quand tout sommeille. 
ile ri p.: elle ce mot ; « Je dor s et mon cœur veille, 

Toij urs brùijnt pour le SBijçneui. » 
Cesl ainsi que Marie, ea des n éUs de prière, 
Exerç.irit snr.IESL'3 son onipii-i; de idere, 

lievenait Ue.iie de Cœur. 

TenJro ,t/j^"«o i"', c'ct Marie Elle-même 

Qui ; ar la s.n.iv.h! ■ire :t, Aiirez-nioi je vous aime. 

Souvenez-vous de ma donlenr. » 
Ahl ié|iiii!.(:-Ui^ [loni nous, modeste Pâquerette, 
Bl reiijs iioire amour, (;r..t:i' ose interprète, 

A la Heine du Sioié-Cœ ir. 

Dans la Louisiane, des listes de milliers d'as- 
sociés sont ciivoytes à [s.so:.diui. Aia Nouvelle- 
Orléans, une paroisse est • i iu;ée sous le vocable 
lie .Notre-Dame (lu S;ifnvCœiir ; c'est l'évêque 
lui-même, Mt^r Perclié. qui l.i ini dédie. En I8G9, 
un l'ufani de dotize iiiis toiuLe et se démet la 
bai'.cbe; la jumbo mn'.ttdi! s'alloiiçe démesuré- 
meul. .Aprùb une openitidu sans résultat, les 
mé iteins déclarent que rctilaut restera estro- 
pié. «Aloi-s, 1) coiitiiuic la mère, «je m'adressai 
.4 la Reine du divin <.œur, i".\ lui demandant que 
sic'éiait piiur la gioiie ^le itieu et pour le saint 
■de mon entant, elle m'ob,i:;t sa ;;uérison. Mes 
.'Oîurs coramciicèrcnt nue iicuvaiue à Notre- 
Dame du Sacre-liœur, eti lui demandant de 
guérir mon iils. U fal.ut ci-n^er l'eufant de lit. 
Son père, sa tante et moi, nous lui vînmes en 
aide; ratiis, u ce moracni ni.ine, A me cria que 
•ses deux jambes éiaieni p:ii élites. Je me rendis 
ii son lit, ainsi que touti' la familie, et nous 
•vîmes tous que ses denxjaitJije- éiaieni pareilles. 
Je vis tout de suite In [iriileclioii dunt Notre- 
•Dame avait enviionaé mon enfant; c'était 



rhcure où mes sœurs commençaient la neu- 
yaine. Le médecin arriva le lendemain, et au 
lieu de fixer le jour pour la troisième opération, 
il déclara que l'cnfanl elail en voie àc-. guérison; 
il fut trés-étonné en voyant ce cbaiigcment. Un 
mois et demi après, l'entant marchait comme 
s'il n'avait jamais rien eu. — Lima Liva.ndait. • 
Un mi»r.iun;iairi; de Mexico, ijui a visité 
le sanctuaire .!e Noire-Dame du Sacré-Cœur à 
Cbàteau Gombert, près de .Marseille, et y a 
conçu le iiri.jct de porter dans son iiays la nou- 
velle dévotion, rend ainsi com[ite de .-es S'uccès. 
» Durant ma traversée d'Euiope en Amérique, 
mes piedicaliuns quotiiiieunei, failes à bord 
du vapeur tt offertes à noire céleste Souve- 
raine, curei.t pour résultat la conversion de 
deux jcunis liliei tins qui retournèrent au seiu 
de leur lainilb'. Avant mon arrivée à Mexijo, 
j'i'ciivis à ma mère en lui envoyant une mé- 
daille de Notic-Dame du Sacré-Cœur, dont je 
lui raciinlais les saintes merveilles. .Ma ferveiUe 
mère, se trouvant en danger de mort, par suite 
d'une trèr-grave maladie, pmlita de ce pieux 
moyen pour demander la grâce de voir ses 
trois enl'ants avant de mourir. Cette faveur, 
qui était, buniainemenl parlant, des plus difli- 
cles, à cause de notre élciigm-menl l, s uns des 
autres, et de l'ignorance où nous étions du 
danger de notre mère, fut cependant obtenue 
d'une manière singulière. Tous trois nous re- 
tournâmes en même temps à la maison mater- 
nelle sans avoir été appelés, et nous enten- 
dîmes les derniers conseils de notre vertueuse 
mère, qui, peu de temps après, pleine de con- 
fiance eu Noire-Dame du Sacré-Cœur, quitta 
cette ttiste vallée d'exil... 

« Le 1er juin 1868, un mois après mon ar- 
rivée à Mexico, on plaça solennellement dans 
cette ville, en l'église paroissiale de Sainte- 
Catherine, un grand et beau tableau représen- 
tant Nidrc-Dame du Sacré-Cœur. Un nombre 
ciinsh.. Table de personnes se firent inscrire 
pour que leurs noms fussent envoyés à Issou- 
dun, et S. G. Mgr Ladron de Guevara, évêque 
de Chinpa-el-Heal, ainsi que M^r Carpena, 
abbé de la collégiale de la Guadeloupe et évê- 
que dOlena, demandèrent à faire [lartie de 
1 Association. Un an après, me trouvant dans 
le dî^ cose de l'isthme de Panama, j'eus la 
consolation de voir une importante mis-ion, 
placée .sous les auspices de Notte-Dame du 
Sacré-Ca;ur, réussir au-delà de toutes les espé- 
rances et porter les plus henreux fruits de 
salui. Le l'S avril 1869, on plaça aussi d-ius 
cette ville, en l'église de Saint-François-d'As- 
sise. un magnifique tableau de la Souveraine 
du Cœiir de Jésus ; la fête eut lieu avec une 
rem.uqiiuble solennité. M;,'r Ldouard Vacquez, 
évcqu do Panama, loua l'Associaiion et s'y lit 



Uoi. 



A SEMAINE IL CI.EUCI; 



inscrire. ïr.;nie Iroià prèlres, a^ipartenai;! li^s 
uns au Mexique, les iiulrcs ù l'uiiaïua, ool 
voulu être inscrits cumuiL' associé;, ainsi ijue 
de nomln eux laïques. Oh! que loule-^ les lan- 
gues clianloiit Notre-Dame du Sacié-Cœur, 
<|ue ti)us se- enfants la bénissent ! » 

San Francisco, i\'oi(ie//f-Cfl/î/b>?î!e,r' iwrem- 
bre 1871. — « S; le témoignage d'une raèr,', 
voyant son enfant ra[ipelé'' à la vie par Noire- 
Dame du Sacr.-Cœui, peut êlre cousidéré 
comme ayant quelque valeur, le mien, je l'es- 
père, inspirera une pleine confiance en celte 
bonne Mère, à laquelle ji^ dois la conservation 
du plus cher de mes trésors. Le vendredi 
13 octobre, ma petite lille jouissait d'une sanle 
aussi bonne que de coutume ; je n'avais remar- 
qué qu'une légère altération dans ses yeux, à 
laquelli' je n'attachai aucune importance. Mais, 
Il lendema n malin, en sortant celle chère en- 
fant de son berceau, quelle ne fut jias lua stu- 
peur! c'est à peine si je pouvais la reconnaître; 
elle n'élait plus que l'ombre d'elle-même. Aus- 
sitôt commencèrent les vomissements et les 
crises, symptômes indubitables d.i choléra des 
enfants : le mal fil de si rapides progrès que, le 
dimanche, le docteur m'avoua ne conserver 
aucune espérance. A dix heures du soir, la vie 
était [ires jue éteinte, nous n'attendions plus 
que sou dernier soupir; nous crûmes même un 
instant qu'elle était devenue un ange du ciel. 
C'est alors que l'extrèm'' ilouleurme fit res-ou- 
vcnir de N tre-Dame da Sacré-Cœur. Nous 
Tîiiiîs adressâmes à cette loute-pui-sante pa- 
ir, n ne des causes désespéréi-S, pour lui deinan- 
<1c;- la guérison de mou enfant : un cieigc bénit 
fut allumé près de son lit ; j'otai ma mél aille 
I I je \'. suspendis à sou cou ; puis je fis pri -rla 
s-ipéiieure du cous'enl de l'inscrire au aombre 
i.i-é associrs. Li'S prièr<« pour cette chère ago- 
nisante ne furent plus interrompues. 

(A SMi'we.) 



CHROMOUE HEBDOMADAIRE 

1<6 eplion- au Vuticaii. — l^etlix- il i miaisti' ^tes cui- 
los lalien ea fiveni' d« iu S-zCiété tniHnc-).ni ne-- . — 
l'èlcnnag ■ iiaiionil a Lourtifï.- Trois guf'ri-ons mir;!- 
ou Hiii. s. — Sousori|>lion pour comluii .- g^ aiuilemeut 
■\ Lom-lcs lies iiialud.s pamri-s. — S luiuissiou Jcs 
J!o 11 t.iust.^.s de Vem.-e au Saint-Sié^;!;. — Leur 
nouvel abbé géuérol. 

Paris, 26 *GÙl 1S76. 
llOME. — Malgré les grandes chaleurs p ,r 
lesqutUes nous venons de pas-er, et qui on! cn- 
co-e I té plus ai.cnblantes a Rome, le Pap' eon- 
lihue de jouir de la santé la plus parfaite, de 
va([ue:- a loules ses occupations et de recevoir 
tous reuxque Trunour eoniluil à ses pie<!s 

Ces joui s derniers, c'était une dépulaiion de 
l'arcliiconfrérii' liu Précieux-Sang, érigée ilans 
l'cgli-e d.' Saint-Nicolas in carcerc l'enda-il 
quelque Icuips, rarchiconfrérie s'était vue pri- 



vé; de -son p:imi«'ier, el elle avait résolu d'où 
remettre l'éleclo;i an Pape. Kn elFct, Sa Sain- 
teté a ddignc satisfaire le ''c-ir des confrères et 
nommerai;! charge vacante Mgr J'anicci, cha- 
noine de Sainl-Jcan-iic-Liitriin. (.'est pimr re- 
mercier le Saial-Père qu'une d ■[•ulation de 
rarchiconfrérie s'e^t rendue au Vatiian. Elle 
était présidée par .M. le comte Soderini, officier 
(le la garde | alatine. Le Pape a adressé à l'as- 
sistance des paroles de louange pour son zèle 
en faveur de l'arcfaiconfrérie, et d'encourage- 
ment pour qu'elle se di'voue à les [iromouvoir 
de plus en plu-, sous la direction du nouveau 
primicier. 11 a parlé des avantages spirituels 
des pieuses ligues qui se forment parmi les chré- 
tiens, et il a ajouté que ces avantages durent 
au-delà même de ta mort. A cet effet, le Saint- 
Père a rappelé, en la louant, l'acquisition il'un 
terrain spécial que les coi frères du Précieux- 
Sang- ont faile au Canj/)o Vcrono. ou cimetière 
de Saint-Laurent, poury ensevelir lears ilii'funts 
sans les confondre avec les juifs, les protestants 
et les athées, que Ton enterre aujourd'hui péle- 
mèle dansle eimelière ratholique. 

Le Saint-Père a également donné audience, 
un antre jour, à une nombreuse députation de 
Popolane (femmes du peuple) dn Traostévère, 
auxquelles il a adressé de sa^es exhortations et 
distribué des secours. Ces femmes vraiment 
Romaines, par l'ardeui- de leur foi et par le zèle 
qu'elles déploient pour prévenir ou réparer les 
lava'-'cs de la corruption révolutionnaire, ont 
institué dans leur quartie.- du Translévère, à 
Saialc-Riiine, une congrégation en l'îioruieur 
et sous la protection de .Marie. Tous les diman- 
ches cl jours de fétcs. elles se réaniss-'ul daus 
le couvejit de Sainte-Rufiue, où elles pratiquent, 
avec leurs pieuses direc^lrices, les dames du Sa- 
ci-é-Crîuv, des exercicts de piété capables de le» 
aflermirdans la bonne voie. 

Unetroi-iè.Tie au lience, signalée par les jour- 
lîaux de Rome, rst<elleque le Pape a accordée 
à u: e vin^taine de religieux capucins qui se 
dévouonl à l'assistance des malades dans 1 hô- 
pital du Siiut- Esprit, où la municipalité les /o- 
1ère l'DCore, faute de personnes qui les rempla- 
cent. Le fime P. Francesco da Villafrauca, su- 
pêr.eui- de ces religieux, a exprimé leurs 
sentiments dévoués envers le Sainl-Sié,--. et, en 
même temps, il a imploré la benéiiicli m i)onti- 
ficale pour eux et pour les infirmes qu'ils assi-^- 
tent. Le Pape a répondu par des paroles de 
lo;:auge à l'adresse des reUgieux, et il les a ex- 
hortes à redoubler de ferveur, ^urIout en cette 
s.ii'On où se multiplient les maladies, afin 
qu'auiun .le ceux qui sont reclus à l'iiôpilal du 
Sdiiil-Espril n'a t à mourir sans le secours de la 
ril'giiiii, où à sortir de l'hôpital sans s'être pu- 
l'ilié eti piissaiit par le creus -t de-< soufFrances. 
Le Sainl-Père leur a aus=i recommandé avec 



LA SEMAINE KL' CLEUCÉ 



U37 



une afl'eclioD spéciale les icli{;icux conceltiiii 
(de la Coiicpplion), dout le? cypiuins ont la di- 
reclidii spiriltielle, el qui se dévoueut c'j;u1c'- 
ment à l'assistance des malades. 

On pensait bien que la Société pour l'élection 
populaire du Pape, dont il a déjà été plusieurs 
lois ici question, était l'œuvre des révolution- 
naires déclarés qui sont aujourd'hui à la lèle du 
gouvernenieiit subalpin. Une lettre du ministre 
desculteSj M. Mancini,au pié-idrn( de celle so- 
oiété, ne lairse plus aucun doute à cet é.i;:ird. 
Dans celte lettre, M. Maucini assice à lauile so- 
ciété que, lidèle aux promesse- l'.iites pen.laiit 
qu'il n'était que député, il ne ni,t:]|uera pas de 
répondre aux vœux de la Socicié quiilifiée d'é- 
manL-ipatiice. 1° 11 soumettra à la CliamUie, 
lions le plus bref délai, un projet de loi [>our 
la conliscation des iiiens des œuvres pics et de.- 
biens i>aroissiaux dan-s toute la péninsule. '2° 
L'idée de l'élection populaire des supérieurs cc- 
clé^iasliques, jusqu'au j)lus haut dej;ré de la 
hiérarchie, trouve dan.s; l'àme du ministre la 
plus profonde sjmpathie ; cependant il ne lui 
parait pas que le moment soit encore venu de 
présenter un projet de loi sur celle ijueslion. 
Mais il engage l:\ Smiélé émaucipatrice (quelle 
nouvelle appellation hy(iocrite 1) à travailler 
dans le sens de ses principe?, et lui promet 
• l'appuyerdans l'ordre des faits tous ceux qu'elle 
parviendra à accomplir. 3° M. le ministre pro- 
mel de fournir aux ecclésiastiques qui feront 
p-irtie de la Société émaucipatrice les moyens 
i:'exi.*tence, et des ressources pour l'accomplis- 
sement de l'œuvre dans la mesure des fonds 
dont le ministère pourra disposer. 4° Eufin, 
M. le ministre promet encore défaire, tout son 
possible pour livrer à la Société au moins une 
église à Naples, conformément à la demande 
que la Sociéléluien a faitedans un»a^mo?an</i.»n 
t|u'elle lui a récemment adressé et auquel 
fil. Muncini répond par la lettre que nous venons 
d'auali^ser. 

pRAhCE. — Un pèlerinage national à Notre- 
Dame de Lourdes, organisé par le comité 
général des pèlerinages, est parti de Paris, le 
il août. Les pèlerins étaient au nombre de 
plus de mille, parmi lesquels une centaine de 
malades, dont quelques-uns étaient presque 
mourants. En allant, le pèlerinage s'est arrêté 
à Cadouiu, diocèse de Périgueux, pour y véné- 
rer le Saint-Suaire qu'on y conserve. Arrivés à 
Lourdes, les pèlerins ont d'abord entendu la 
messe à la basilique, et le plus grand nombre à 
fait la sainte communion. 

Aucun pèlerinage n'a encore été favoiisé 
d'autant de grâces de premier ordre. Trois ma • 
lades, condamnés par leurs médecins, y ont 
recouvré instanlanémeut la santé. 

La première miraculée est une pieuse jeune 
^lle de Reims, nommée Maria Jaspierre, ftgée 



l'e vingt six ans. l^lle elait uLieii.tu à la lois de 
quatre maladies, dont trois mortelles : pf^rilo- 
nite aiguë, méningite tubeiculeuse, maladie de 
coîur. Elle ne pouvait ni marcher, ni [iiul r, 
ni manger, et l'on a traité de folles les per- 
.«onne- i]ui l'emmenaient dans cet étal. Depuis 
plus d'un ;in,elle n'avait ]<n quillir le lit, même 
puur a'ier à la mc?se. Un témoin raconte sa 
gnérisoa de la manière suivante : « Ariivée 
à Lourdes, elle a voulu èlre porléo immé- 
diatement à la basilicjue. Là elle a e:. tendu 
la messe et communie avec une joie intcrimir-: 
que rien ne saurait peindre. Klle voulait se 
bver pour aller à la table sainte; mais. comme 
elb' ne pouvait exprimer ce qu'elle épronviiil, 
on l'a forcée de rester assise, et on l'y a portée. 
Après la me-se, elle a voulu être tr.insportée à 
la giotle, où elle s'est mise à prier avec fer- 
veur. Environ une heure après, on a amené 
une auîre malade pour bu|iiellc on a fait des 
prières à haute voix. Maria s'eèt mise de la 
partie, et elle, qui ne pouvait plus ;irtiruler de 
façon à s ' faire entendre des [leisonnes qui ap- 
proebaienl leurs oreilles de se.s lèvres, ;i récité 
tout haut \'Ate Mari'i avec les nu;rcs. Un mo- 
menl aprè-, comme l'autre raalade se trouvait 
plu- mal, o;i a demnndé une chaise pour l.i 
faire asseoir. Maria s'est levée el a donné la 
sienne av. c le coussin sur lequel elle élail ap- 
puyée. Llle a entonné elle-même le Magnificat^ 
au milieu d'une émotion facile à comprenilre. 
Après de chaudes actions de grâces, le groupe 
de Reinis, qui jusqu'alors ne s'était occupé que 
de prier, s'est enquis d'un hôtel, el Maria Jas- 
pierre s'y Crt rendue parfaitement guérie; elle 
a déji'uné comme tout le monde sans éprouver 
la moindre souffrance. » C'était une vraie ré- 
surrection. 

Le iendcmain, le nommé Constant Goud.- 
mant, concierge à Levai lois, près l*aris, élait 
amené à la grotte vers deux heures de l'aprcs- 
niidi. Ce brave homme, api<s une fluxion de 
poitrine, était atteint depuis dix mois d'une 
malailie de cœur compliquée d'une grave ma- 
ladie (! enliailles. A[irès avoir prie devant la 
statue de .yarjc. il se ilt plonger trois fois dans 
lapisciuc, et on allait 1 • remettre dans la voi- 
ture qui l'avait amené, lorscju'ildil: «Attendez, 
il me semble que je jiuis marcher. 1) 11 essaya» 
et, enelfet, il niarchi seul. Noyant qu'il ne se 
faisait pa.T illusion, il dit qu'on pouvait renvoyer 
la voituie, et il cuurut remercier la sainte 
Vierge. 

La troisième personne quia obtenu sa guéri- 
son miraculeus ■ se nomme '^"icloiine P'ourdin. 
Elle ist de I iilc et e^t âgée de 27 ans. Sa ma- 
ladie était une péricardile, dont elle élaitatteinte 
depuis l'âge d.; quatre ans. A [ilusieui s repri-es, 
cette maladie a»ait amené des crisi s redouta- 
bles, ( t sept Wii la malade avait reçu les der- 



1438 



LA SEMAINE DU CLEKOE 



niers sacrements. Vcnuo à Louriles avec ie pè- 
lerinage national, la yucrisou de Marie Jaspierre 
augmenta son espoir de guérir elle même d^ins 
ce lieu bénil. Son espoir ne la trompa pnint. Le 
«limiiuche matin, apns avoir communié, elle 
entendit distinctement un craquemcut subit se 
produire dans sa poitrine. Aussitôt elle porta 
ia main sur l'oriianc nialade; toute douleur 
avait di.-paru instantanément. .\p; es la messe, 
clie monta et descemîit ks lacets de la mon- 
tagne, pendant plus d'une heure, en récitant le 
losaire à haute voix, sans éprouver ni oppres- 
sion ni latigKB. Sa guérisou était aussi com- 
plète qu'elle avait été instantanée. 

Le pèlerinage national, si merveilleusement 
favorisé, a témoigné sa reconnais-ance en se 
chargeant de payer deux des quatre piliers du 
sanctuaire de la nouvelle > glise p a'...i;siale de 
Lourdes, dont les travaux marchent avec activité. 
Cette église poss dera ijuatoi z>^ piliers elcentdix 
colonnes monolithes en marbre des l'jrénées. 
Aucune église de France ne lui sera comjiarable 
sous ce rapport. Les deux autres piliers de 
sanctuaires unt été payés dans cette même cir- 
coiistaiice. l'un par une pèlerine de Blois, l'autre 
par un pèlerin anglais. 

Au r tour, lc> pèlerins ont passé [lar Tou- 
louse, où ils ont visité l'église Saint-Sernin. Ils 
sont allés aussi à Pihrnc, offrir une lampe et 
une couronne de lumières au tombeau de sainte 
Germaine. 

t:'est sur l'initiative du Pèlerin qu'un si grand 
nombre de maludes ont été meaés gratuitement 
celte année à Lourdes. Les grâces dont le début 
de cette œuvre a été favorisé lui donnent l'heu- 
re'.îsc id.'C de la généraliser. « Il faut, dit-il, 
q le l'au prochain, au li^ u d'un groupe de ma- 
lades 1:0. s ayons un train complet où chaque 
malade ai: pour le ser\ir un riche. Dès aujour- 
d'hui nous ouvrons la souscription dans le 
l'èkiin (rue Fiane:à< I", à Paris), et nous comp- 
tons u'èlre pas di'çusdans nos espoiances. Que 
toutes les ùmcs ''e bonne vo'o l'.é se fassent ins- 
crire. Aux UDS lie se i;iire renrésentir au pèle- 
rir.Hge par un pauvre dont ils iiayeront ;a place, 
à d'i.utres de payer leur [jlace à eux et d'ajou- 
ter aux fatigues du pèlerinag:e la fatigue et le 
méiiie de soigner et de conduire à Marie-Imma- 
•culee un pauvre malade. » 

Nous renvoyons à notre prochain numéro le 
comiite rendu du congrès des œuvr^ s ouvriè- 
res qui s'est tenu cette semaine à Bordeaux. 

Italie. — Depuis le concile du Vatican, la 
congrégation des PP. Méehilaristes de Venise 
donnait des craintes relativement à sa soumis- 
si -n au Siège apostolique. Plusieurs oe ses 
mea;bres résidant à Constantinople s'i liiient 
ranges parmi les nouveaux scliisuiatiiju. s, et 
leur- supérieurs n'avaient point éli-ve [ i;!oi]ne- 
uicnl ia vois contre ces liis dégénérés. 



La mort de l'abbé général, Mgr Georges Iliir- 
raCz, archevêque de Siouie, vient de fournir 
l'occasion au Pape de dissiper les nuages qui 
planaient sur cette congrégation, et de la réha- 
biliter aux yeux de ses nationaux et de J'E- 
glise tout entière. Avant d'accueillir l'instance 
faite par les moines, à l'effet d'obtenir la per- 
mission de se réunir en chapitre général pour 
l'élection d'un nouvel abbé, le Suint Père dé- 
cide que ces moines seraient invités à faire au- 
paravant quelque acte solennel, capable de 
détruire les soupçons auxquels ils avaient 
donné lieu précédemment. 

Dès que celte décision leur fut connue, les 
PP. Méehilaristes s'empressèrent de répondre 
aux paternelles soUiwtudes de Sa Sainteté. En 
premier lieu, ils souscrivirent une profession 
de loi selon la formule ordonnée par le Saint- 
Siège pour les Orientaux, et dans laquelle, après 
avoir fait mention de la formule d'Urbain VHI, 
on admet explicitement la doctrine déhnie par 
les conciles œcuméniques de Florence et du Va- 
tican pour ce ijui concerne la primauté du 
Souverain-Pontife, son magistère infaillible et 
son autorité universelle, non-seulement dans 
ce qui regarde la foi et les mœurs, mais encore 
pour ce qui a trait à la discipline et au gouver- 
nement de toute l'Eglise. De plus, ils adressè- 
rent également au Saint-Père une autre pièce 
signée de tous les membres du chapitre, dans 
laquelle il est dit: 1° qu'ils réprouvent toute 
division d'avec l'Eglise de Rome, et par consé- 
quent la conduite de quelques uns de leurs 
frères qui ont pris part au schisme arménien; 
2* qu'ils ont fait savoir à ceux-ci qu'ils les te- 
naient pour séparés de leur ordre tant qu'ils 
persévéreraient dans leur révolte; 3° qu'ils 
reconnaissent comme unique et légitime pa- 
triarche de l'Eglise arménienne catholique, 
Mgr Hassoun. 

Satisfait de ces déclarations, la Saint-Père a 
autorisé la nomination de l'abbé général, (jui 
s'est faite le 2 août, sous la présidence du car- 
dinal Luigi Trevisanalo, patriarche de Venise, 
délégué pour cet ofdce par lettres apostoliijucs 
du 28 juill't. L'abbé élu est le P. Ignace Giu- 
rek. qui s'e^t empressé d'écrire au Saint-Pcre 
pour lui renouveler les assurances de sa sou- 
mission et le priiT d'appeler les bénédictions 
du ciel sur son institut. 

Ces faits, en dissipant tous les soupçons, per- 
mettent d'espérer que les Méehilaristes contri- 
bueront pour leur part à ramener le repos et 
la prospérité chez la nation arménienne calho- 
ll.jue. P. d'Hauterive. 



Tome Vni. — N* 46. Quatrième année. 



6 septembre 1876 



SEMAINE DU CLERGÉ 



PLAN D'HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE 

DU XV' DIMANCUE APRÈS LA PENTECOTE 

(St-Luc, VII, tl-17.) 

I%é»ui*re<-tloii i!ii niA «le la veuve de nTatm. 

Comme Jcsns allait enlror tlans une char- 
mante ville (le (îalilci! appelée Naïm, un eor- 
tége funclirc en sortait avec pompe, pour aller 
ensevelir hurs dis murs de la ville, selon l'u- 
sage du pays, un mort appartenant à une fa- 
mille considoiable de l'endroit, comme on en 
peut juger parle no:ubr';ux eortpge qui lac- 
compagtiaif. Celait un jeune liommi! que l'on 
portait en terre; lanière de cejrum; homme 
suivait le coi'ii> de son lils; sa de.solation était 
extrèmi', ses cils et srs larinrs allendrisfaient 
tous les cœurs. i'Ille avait déjà perdu son mari, 
et, en perdant ce fils unique, elle perdait, ce 
qu'elle avait de plus cher au monde, elle i er- 
dail sa consolation, son soutien, sa gloire et 
tout son bonheur. Le divin Sauveur, i|iii ne 
voyait pointde malheureux sans être touche de 
leur sort, fut ému de compassion en voyant 
l'état d'alfliclion de cette pauvre mère si désa- 
lée. C'est alors que Jésus s'approcha, fil arrêter 
les porteurs, toucha le cercueil, commanda 
au jeune homme de se lever, et le rendit vi- 
vant à sa mère, à la grande stupéfaction de 
tous les assistants qui ulorifiaieul Uieu en di- 
sant : Un grand prophète a paru au milieu de 
nous, et Dieu a visité son peuple. 

Application de cet évimyiie. — Tel est le récit 
de l'Evangile, lequel s applique merveilleuse- 
ment à lu résurrection di; l'âme ensevelie dans 
le péché. Ce j''une homme que la mort vienlde 
frapper à !a lleur de l'âge est l'image de tant 
de jeunes gins, de tant de jeunes personnes (jue 
le péché dépouille de la grâce sanctifiante, et 
qu'il frappe d'une mort plus terrible que celle 
qui ôte la vie du corps. Cettj mère désolée, qui 
accompagne à sa dernière demeure le corps 
inanimé de son fils, c'est l'Eglise, noire méi'c 
commune, qui nous a engendrés en Jésus- 
Christ; qui, dans notre enfance, nous a nourris 
du lait de ses premières le(;ons; qui n'a cessé 
de nous instruire, de nous exhorter, de travail- 
ler à nous faire croître en vertu et en piété. 
Celle mère suit, avec des pleurs continuels, ses 
malheureux enfants à qui le coup funeste du 
péché a fait perdre la grâce. Mère, après que 
loul espoir semble perdu, elle ne les abandonne 



pas ; elle les red.^rannde ;i .Iésu?-Christ. par ses 
gémissements el par .-es larmes. Touché de .sa 
douleur, Jésus s'émeut sur le sort d'un mal- 
heureux pécheur que les passion», comme d'in- 
fâmes porteurs, coud. iivntà l'enfer.La conduite 
que lient Notie-.Suigmur pour ressusciter ce 
jeune homme et le- actions du jeune homme 
lui-même nous imliqucnl i° ce que la grâce 
fait pour les pécheurs, 2° ce que le pécheur doit 
faire pour correspondre à la grâ /e. 

Premier point. — Jcivs s'approc/ie, c'est la 
première comlilion du retour à Dieu et à la 
vertu. Malheiireiisemont nous pouvons bien,, 
par notre volonté dépravée, nous éloigner de 
Dieu et courir à notre pei te, mrds il nous est. 
impossible de revenir â la vertu, si Dieu ne nous 
prévient pas par sn grà^'o, .s'il ne s'approche 
pas de nou-. Que Dieu est bonliiu lieu d'a- 
Iwndonner les pécheurs, il les cherche, il les 
poursuit, il les presse de revenir à lui el de se 
sauver. 

2° Il touche le cercueil : accessit et tetigit loculum . 
— Ainsi Jésus touche le pécheur par les bons 
sentiments qu'il lui inspire, il l'agile par les 
remords qu'il lui envoie, il l'éclairé par de bous 
conseils, il l'encourage par de saints exemples, 
il l'ellraye par la crainte de la mort el du juge- 
ment qui doit la suivre. 4 cette touche s ciète 
de la grâce, la conscience se réveille comme d'un 
long sommeil. 

3° Ceux qui le portaient s'arrêtent : Steterunt 
qui portabant eum. — Les passions qui enlrai- 
naieut le pécheur à la mort éternelle s'iirré- 
tent. 11 commence à ne plus trouver les plaisirs 
si flatteurs, le monde aussi aimable. Souvent 
Dieu étend sa main sur cequiétail l'occasion 
et la matière du péché; ou bien il arrête le 
cours de la dissipation et de la licence par l'ou- 
verture d'une mission, d'une retraite, d'un ju- 
bilé, des solennités de Pâques. En un mot, les 
moyens que Dieu emploie sont iufinis comme 
sa miséiicorde. Du moment que le pécheur 
s'arrête dans la voie de l'iniquité, el rentre en 
lui-même, il est sauvé! L'enfant prodigue ne- 
s'aperçoit ni de son ingratitude, ni de sa dégra- 
dation, ni lies haillons qui le couvrent, tant 
qu'il est absorbé par les plaisirs; mais, dans le. 
malheur, il rentre en lui-même, et ce simple 
retour lui suffit pour lui révéler toute sa honte 
et le ramener à son père. 

Deuxième point. — Ce que le pécheur doit 
faire pour correspondre à la grâce. 

1° A peine le mort a-t-il entendu la voix qui 



liii 



LA SEMAl^E DU CLERGÉ 



l'appellp, qiril se lève sur son séant. Quelle fut 
sa surprise. 1 isqu'il se vit dans un cercueil, 
t-nviroimé >ie peuple et conduit daus le tom- 
beau ! Telle doit être la première démarche du 
pécheur, lorS(iu'il a enlei du la voix qui le rap- 

Felle à la vie ; il doit élever la tèle au-dessus de 
abîme daus lequel il est plongé, et considérer 
l'élat horrible où il se trouve. Celle prompti- 
tude à correspondre à la grâce au mnment ou 
elle se fait sentir, est une d' s conditions les 
plus essentielles de la conversion. Très-peu sa- 
vent profiter du moment de la grâce. Ils hésitent, 
difièrent, remettent de jour eu jour; pendant ce 
temps, la lumière disparaît, la voluuté devient 
plus faible, les habitudes s'invétèrent, la grâce 
se retire, et on reste dans le péché. C'est ce qui 
vous explique pourquoi tant de prédications 
sont infructueuses, [lourquoi tant de grâces 
restent stériles, et lant de pécheurs se damnent 
malgré toutes les prévenances de la pià.e. Pour 
éviter un si srand malheur, il faut dire comme 
l'enfant [irodigue: Surgam,ie me lèverai, etibo 
adpatrem meum, et j'irai trouver le prêtre qui, 
par la grâce de l'absolution, me tirera de ce 
malheureux état du péché. 

2° L'évangéliste observe que le jeune homme 
après s'être levé parla, et cœpit loqui. 11 parla, 
mais que dit-il? Cela n'est pas rapporté; mais 
il est certain qu'il ne dit pas aux porteurs de le 
conduire au tombeau ; il est vraisemblable, au 
contraire, qu'il dit aux ministres de la mort 
de le laisser, et iiu'il annonça sa résurrection. 
Te! doit être le langage d'un pécheur qui veut 
sincèrement sortir de l'état du péché; il doit 
parler pour congédier, pour écarter de lui tout 
ce qui l'a engagé dans la mort du péché, pour 
rompre avec hs mauvaises occasions, les fu- 
nestes habitudes, et cela d'autant plus que 
tout est possible avec la grâce de Dieu ; quani! 
l'Esprit-Saiut réi and sa sainte ardeur dans une 
ème, les liens les plus forts sont parfaitement 
rompus : voyez Madeleine aux pieds de Jésus- 
Christ! Voyez les mages franchissant tous les 
espaces pour suivre l'étoile qui les conduit à 
Bethléem, voyez saint Paul devenir un vase 
d'élection après avoir été le plus ardent persé- 
cuteur. Tout est donc possible avec la grâce de 
Dieu. Enlin le pichcur est tenu de manifester 
la réalité de sa résunection par l'éclat de ses 
vertus; il doit parler pour édifier le public par 
la modestie, la retenue de ses discours, d ma- 
nifester ainsi la vérité de sa résurrection ; et 
cœpit loqui. 

Jésus couronne son œuvre en rendant le 
jeune homme à sa mère. Quelle allégresse pour 
cette pauvre femme, si dé^olee il n'y a qu'un 
instant! Il contie de même a l'Eglise ceux qu'il 
arrache à la mort spiritU' Ile; et cette tendre 
mère les entoure de ses soIls. Elle les instruit 



par pes leçons, les soutient par ses exhortations 
les fortilie parles sacrements, afin de les empê- 
cher de returabir dans la mort. Tel est le beau 
rôle confié à l'Eglise. Ah ! puisse-t-elle, cette 
bonne mère, voir bientôt la résurrection d'un 
grand nombre de ses enfants qui s'obstinent à 
demeurer dans le tombeau du péché! Puisse- 
t-elle les lendre à la vie de la grâce et les con- 
duire à la gloire éternelle I 
Ainsi soit-il. 

L'abbé d'Ezerviue, 

curé de Saint- Valérien. 



INSTRUCTIONS FAMILIÈRES 
SUR LES COWIWIANDEMENTS DE DIEU 

33* Inalmction. 

OUATRIÈME COMMANDEire.N'T. 

4* Instruction. 

SUJET : Devoirs des parents envers leurs eufauU 
(suite); les parents doivent corriger leurs enfants, 
leur donner le bon exemple. 

Texte : Hmiora palrem tnum etmatrem tuam... 
ut tonfjo vices Icmpore... Tes père et mère ho- 
noreras, alin de vivre longuement.. .(ûe«/eron,, 
ch. v, vers. 16). 

Exoude. — Vous n'avez sans doute jamais 
assisté, mes frères à une cérémonie de premiè- 
res comuiunions, dans ces maisons de charité 
où sont élevé- les o:plieliiis, les orphelines, que 
le malheur ou d'autres circonstances ont privés 

de leurs parents Je le regrette, pour vous 

surtout, pères et mères qui m écoulez... Vous 
auriez été témoins d'un spectacle attendrissant, 
qui, peut-être, vous eût in-piié des réflexions 
sérieuses... Vous eussiez vu les frères, qui élè- 
vent les jeunes garçons, les sœurs, qui sont 
chargées de l'éducation des petites filles, les 
accompagner à la table sainte, et demander, 
pour ces chers orphelins, dont par leur dévoue- 
ment ils sont devenus les pères et le.-' mères, la 
grâce de la persévérance... Vous savez, frères 
bien aimés, si les parents sehui la nature, ont 
pour leurs enfants cette même affeetiuu reli- 
gieuse et éclairée... Hélas 1 ils sont en bien 
petit nombre, dans cette paroisse et dans d'au- 
tres, les parents qui se font une obligation d'ac- 
compagner leurs enfants, lorsque la première 
fois ils approchent de la table sainte!... 

Cependant, prier poui vos enfants dans cette 
circonstance el dans d'autres encore, c'est p 'Ur 
vous un devoir, pères et mères; et ce devoir, 
vous devez le comprendre, et vous elToicer de 
le remplir, si vous aviz la foi... L'âme de vos 
enfants, on vous l'a dit, c'est une terre neuve, 
dans laquelle vous devez jeter la bonne se- 



L.\ SKMAINE DU aERr.É 



mence; vos prières sont la rosiie, que la grâce 
du bon Dipu att'iiii, pour faire germer, croître 
celte semence et li tlisposer à produire des 
fruits... L;i sainte tcrilure appelle le patriar- 
che Job, un hornmo ?aint, just.î et craiguant le 
Seigneur... N' n-s<uilomi?nt, par sa soumission 
à la volonté dn Dieu, au milieu des plus terri- 
bles éprenv('>, il nous apprend comment nous 
devons nous résiu;ner et nous soumettre aux 
desseins de la Providence, mais on peut aussi 
le proposer omuie uioiléie aux pères et mères 
dansVédU'ation de leurs entants... Souvent il 
oUrait pour les siens d'issairilices au Seigneur. 
Ils sont jeunes, pensait-il, la légèreté de leur 
âge a pli les purlfr à méconnaître certaim-s 
ob!igations, à ollenscr le L)ie;i qui les a créL'~... 
Et alors il immol.ilt dos vjclimos pour obtenir 
leur pardon, et alllriT sur eux les bénédictlous 
du ciel (1). Faites ain.^i pères et mères, n'ou- 
bliez p.ii, d^uis \os prière-, de recommander 
à Notre-Seigneur Jo?us-Clirist et à sa sainte 
Mère, ce fils, celte fille que vous aimez tant. 

Phoposition. — Daiis l'instruclio:! prècédeute, 
nous avons dit que li's pirents doivenl nourrir 
leurs euf.inls, leur donner ou leur faire donner 
l'instrui'tio.i de l'école et surtout celle de l'E- 
glise ; nous allons aujourd'hui parler de deux 
autres 'ibligations. 

Division. — Premièrement : Les parents doi- 
vent corriger leurs enfants. Secondement : Ils 
doivent les édifier, leur donner le bon exemple. 

Première partie. — Les parents doivent cor- 
riger leurs enfants. La corredion ?... Comm.'; 
ce mol semble dur!... Je vois d'ici certaines 
mères trop faibles, fri,-s<>nner sur leurs bancs... 
Krappcr mon enfant, donner un châtiment à 
ma lille!... Non, je ne le pourrais pas I... Je me 
"demande, frères bien aimés, ce que prouve 
l'indnluence si grande de ces pauvres mères; 
elle serait presque pour moi la preuve que ce 
fils, que celle fille, qu'elles n'osent ni reprendre, 
ni corriger, doivent être des enfants capricieux 
et gâtés... 

Mais, avant d'expliquer ce qu'il faut enten- 
dre par correction, je veux vous raconter un 
trait que j'emprunte à la vie de saint Anselme, 
archevè'iuc de Canlorbéry... Il visitait un mo- 
nastère, et, comme dans ce temps, il n'y avait 
pas d'aulresécoles, les religieux étaient chargés 
d'élever un bon nombre de jeunes entants... 
Le saint remaniua que tous ces petits enfants 
paraissaient tristes, défiants et maussades. — 
Père, dit- il au supérieur, vos enfants me sem- 
blent peu intelligents , ils tremblent quand on 
les regarde, on dirait qu'ils sont hébétés. — 
C'est, répondit l'abbe, que nous n'avons que 
des idiots, nous n'en pouvons rien faire. — 

1. Job, ch, I, Tcr», 5. 



Comment donc vous y prenez-vous po ■:• "(>s 
élever.continua le ^^aint archevêque? — Hélas ! 
fit l'abbé, nous les fouettons continuellenien!, 
et ils n'en deviennent ijue pires. — Mais, ajouta 
saint Anselme, que deviennent-ils lorspi'ils 
ont gran.li? — Des slu|iides, des hommes sms 
instruction et sans esprit. — Je n'en suis pas 
étonné, observa le saint archevêque, ce n'est 
point ainsi ({u'on élève des enfants... Si vous 
aviez un aibre, dites-moi, seigneur abbé, l'en- 
fermeriez-vous de tous les côtés =ans lui lais-cr 
étendre ses branches? Qu'en fericz-vnu-, si 
vous le tourmentiez sans cesse? Un arbre inu- 
tile, qui ne pourrait vivre, et qui jamais ne 
porterait des fiuits ; ain-i ces pauvres enfants, 
battus chaque jour, traités avec trop de ru- 
desse et de sévérité, se replient sur eux-mêmes, 
se roidisscnt contre vos corrections, et ne p3u- 
vent faire que de tristes sujets... Croyez- moi, 
mon père, l'âme des enfants est une plante dé- 
licate, il faut la traiter avec douceur et affec- 
tion (1). 

Oui, frères bien-aimés, le devoir de la cor- 
rection à l'i'gard des enfants, ne consiste pas 
à les rudoyer à tout propos et pour des liens, 
à vomir contre eux des imprécations, à les 
accabler de coups. Un animal ne résisterait pas 
à ce genre iTcducalion; sous uq paieil rci,'ime, 
le meilleur cheval deviendrait rétif et méchant. 
Jugez donc ce que peut devenir l'âme d'un en- 
fant... Commencez par reprendre vo- enfants 
avec douceur, lorsqu'il leur est arrivé de com- 
mettre quelque chose de ré[)réhen-;ible; -que 
vo; r^irocae!' s'adressent à leur inteiligence 
et à leur cœur... Quoi, mon cher enfant, lu dis 
des mensonges, lu profère^ des blasphèmes !... 
C'e-t mal, personne ne te croira si lumens; 
on n'aime pas celui qui jure, c'est un vice fi 
grossier!... Oh! si tu devais continuer à te 
livrer à ces défauts, moi qui t'aime beaucoup, 
c rougirais d'avoir un tel enfant... l'uis, leboa 
Dieu qui te voit, le bon Dieu qui t'entend, te 
punira un jour, si tu continues : promets-lui 
bien de ne plus recommencer, et demande lui 
pardon... « Et l'on a vu d's jièi'es cl mères 
chrétiens, imposer, dans ces circonstances à 
leurs enfants, l'obligation d'embrasser trois 
fois le crucifix,de dire une dizaine de chapelet.. 
La correction n'était pas moins dure, mais elle 
était atlectueuse et intelligente ; les enfants en 
ont i)rolité... Si vos enfants commettent quel- 
ques petits larcins, obligez-les à re?liluer eux- 
mêmes et de suite, ce qu'ils ont pris ; vous en 
ferez ainsi des honnêtes gens, et vous graverez 
profondément dans leur cœur le sentiment de 
la probité... 

Que si vos fils ou vos filles retombent dans 
ces mêmes défauts, que vos reproches devien- 

1. V\', di laint Anteliru. 



liij 



l. ■. o...i.Ai.Nfc DU *„:.: 



ncnl alors plus fi-rir.os, plus sévères; que la 
po,nilciiceirapo-cesi)il plus rigoureuse... Vousen 
avez mille ù clioi-ir , prenez celle à laquelle volie 
cnl.tul w; montrera le plus seusible... PiiurTun, 
ce sera le pain et l'eau, la privation d'un repas ; 
p 'Urunautre, ce sera l'interdidion de tel ou tel 
VL'ti'n;ent. un jour de fête ou de dimanche... 
M lis poyez fermes... Surtout, je vous en prie, 
n'oncouratcez jamais vos enfants, quand ils 
viennent se plaindre d'une punition reçue à l'é- 
cole, ou imposée au catéchisme; nous les ai- 
mons assi^z, soyez-en sûrs, pour ne les punir 
que lorsqu'ils ronlmérifé... j'ai vu, dans ce cas, 
des parents intelligents, aj'iuter eux-mêmes un 
châtiment à celui qu'avaient donné les maîtres 
et m.iîires'es; et, dans la suite, ni les parents, 
ni les enfants n'ont eu à ?e repentir de cette in- 
telligente fermeté I... Lorsque vous avez épuisé 
les moyens de douceur et le? fortes réprimandes, 
devez-vous, selon le mot de l'Ecriture (I), recou- 
rir aux verges?... Je le crois; il estcertai!)es na- 
tures indociles et obstinées, ijui ne cèdent que 
devant la douleur et la crainte, et ces natures 
ne sont pas rares surtout de nos jours... 

C'est assez et peut-être trop de détails, sur 
ce devoir de la correction... Citons à ce sujet 
les malheurs tombés sur une famille, par suite 
d'une éducation trop molle; puissiez-vous tous 
en faire votre profit !... Il y avait chez les Juifs, 
un grand-prêtre nommé Héli, homme plein de 
Diodération et d'honnêteté. Ce prêtre avait deux 
enfants; les voyant marcher dans la voie du 
vice, il ne les corrigea pas, ou, s'il le fit, il ne 
le fit pas avec la vigueur nécessaire... Dieu, 
irrité de la faiblesse du père et des scandales 
doimés par les enfants, les envelojipa tous dans 
u:i châtiment commun... Les enfants périrent 
dans un combat; le vieux père, eu apprr-nant 
cette nouvelle, tomba de la chaise sur laquelle 
il était assis, et se fracassa le crâne... Et pour- 
tant, dit saint Jean Cbrysostome (ï;), ce vieil- 
lard était sage' et pieux, Uieu n'avait â lui re- 
procher que sa faiblesse pour ses enfants... 
Celte faiblesse est donc, aux yeux du Seigneur, 
un bien grand crime, puisqu'il l'a châtiée, et 
la châtie souvent encore, d'une minière si ter- 
rible et si exemplaire... 

Seconde partie. — Je passe, frères bien aimés, 
an devoir le plus important que des pères et 
mères ont à remplir à l'égard de leurs en- 
fants... C'est l'édification, c'est le bon exemp'*!... 
Vos enfants, ne l'oubliez pas, ont les regards 
lixés sur vous. Vainement vous les livrerez aux 
m ideurs maîtres; en vain, nous, vos pasti'urs, 
nous nous efforcerons de jeter dans leurs cœurs 

1. Proverb. chap. xm, t?er». XXIV. — 2. Voir troisièmt 
discours contre les adversaires de la vie monaslique. — 
Lhistuire des malheurs d'Héli y est longuement et admi- 
vblement racontée. 



de bons principes, des semences précieuses do 
pii'tc t»' de vertu; tout re'a ne produira qu'un 
cllit passager; ce sont vos exemples surtout 
dont les effets seront durables... Imaginez une 
balance; mettez dans un des plateaux, les ins- 
tructions données parles maîlies les plus ha- 
biles, par les maîtresses les plus pieuses; joi- 
gnez-y les leçons et exhortations du prêtre le 
plus dévoué. Ajoutez encore dans ce même pla- 
teau les réprimandes, les châtiments et les 
corrections... De l'autre côté (éi-outez bien 
ceci, pères et mères, vous comprendrez quelle 
énorme responsabilité pèse sur vous, quand il 
s'agit de vos enfants), dans l'autre plateau dis- 
je, mettez uni' seule de vos parois, une seule 
de vos actions, ijui ail scandalisé l'àmede votre 
enfant, et la balance penchera de ce côté, je 
vous l'affirme ; et nous serons presque impuis- 
sants â réparer le scandale que v us aurez 
donnél... 

C'est vrai, c'est mal heureusemen t trop vrai I . . . 
Permettez-moi de vous citer un trait trop naïf 
peut-être, et peu digne de celte chaire. Cepen- 
dant il pourra vous être utile; hélas! de pa- 
reilles choses se reproduisent si souvent !... La 
discorde régnait au sein d'un ménage; le père 
et la mère se disputaient fréquemment, et se 
disaient les plus grossières injures... On de- 
mandait à leur petit enfant, à peine âgé de 
trois ans... — Comment se nomme ton père? — 
Etiirépor.daii : Maman l'appelle ùvo^ne.'... — El 
ta mère, mon enfant, quel est son nom? — Papa 
lui dit : charogne !.. . (1) Vous f;émissez, et moi 
aussi !... J'ai pourtant adou.i les termes, et je 
suis resté au-des-ous de la vérité !... Voyez donc, 
pères et mères, comme vus enfants vous obser- 
vent... Pitié, je vous an conjuic, oh! pitié pour 
leur jeune âge, pitié pour leurs âmes, it res- 
pect pour leurs ancres gardiens... Gardez-vous 
de faire devant eux la moin.lre action, qui 
puisse les scandaliser ; évitez toute parole licen- 
cieuse, tout discours impie... Ils ne savent pas 
parler, que déjà ils vous observent, et, je vous le 
dis lis dans ma dernière instruction, les pre- 
mières impressions sont ineQaçibles... 

Non, ce ne sont pas seulement de belles jia- 
roles, de sages conseils que vous devez à vos 
esfants, ce sont surtout de boas exemples... 
Regardez donc autour de vous; vous connais- 
sez, (lu tout au moins, vous avez connu des fa- 
milles, dont les fils sont respectueux et soumis; 
dont les filles sont sages, pieuses et modestes... 
Or, dites-moi si les uns et les autres n'ont pas 
eu, pour se fortifier dans ces bons sentiments, 
l'exemple d'un père honoiwble, et surtout celui 
d'une mère chrétienne... Jetez d'un autre côté- 

1. Conf. Jacques Marchant. Le Candélabre mystique, où. 
il raconte un trait presi^ue semblable. (Traité VIII, Le- 
çon xil.) 



(,.\ SlCMAi-NE btl CLF.IU^f. 



Hi7 



VOS regards sur cerliiintv-. f.nnill'!!, ijii: sci:i!>Ioi)t 
vouées nu vice, au ('éroiiln;, à Ui |iris')n, il 
dites : N'esl-il [>as vnii que ce fils ivrogne et 
querelleur est lu portrait dssouiière, (|uc celte 
fille légère, volage qui a secoue le tVeiii de la 
pudeur, ne fait i[u'iiniler la conduite de sa 
mère?... 

Doue, pères et mères, puisque Dieu, qui vous 
a donué des enfants, veut que vou-* les éleviez 
daus sa craiute et dans sou am'inr ; puisqu'il 
vous en demandera compte un jour, âme pour 
âme, œil pour œil, atUnlic/. une i;raiide imior- 
tanci" à leur donner l'exempli.' de toutes les ver- 
tus clirétieunes... Ne vous conteniez p;îs de les 
envoyer au-x otfices, vemz-y vous-mêmes. Rien 
n'esl absurde et insensé, comme re raisonnemeut 
que nous avons entendu faire plus d'une fois 
par certains parents. — Je ne v.iis pas à la 
messe, moi, mais je veux que mes enfants y ail- 
lent. — Pauvre homme, tu n'y vas pas, toi !... 
Eli bien, sois-en sûr, tes enfants n'iront pas 
longtemps... Tu frt'q'.ieutes les < ;ibarets et les 
mauvais lieux, atten.ls; quelques se!naines, 
après leur pre'P.ière cmumunion, tes lils iront 
te rejoindre... Feninic léifére, coquelle, et d'une 
réputation douteuse, i s tilles marcberonl sur 
tes traces I... Oui, Irèios bien aiu:és, je le ré- 
pète, les leçons et les bous conseils sont peu de 
cho.-e, fi le bon exemple ne les soulieut pas, 
car c'est presque toujours et infailliblement 
l'exemple des parents qui fait pencher la ba- 
lance... 

Péroraison. — Frères bien aimés, ce sujet 
serait intarissable ; mais je dois me borner... 
Résumons en deux mots les obligations des 
parents... Dieu voU'^ donne un enfant; c'est 
uuo àaie qu'il dépDfc entre vos main^^ ; qu'en 
allez- vous faire?... Y avez-vous pensé d'a- 
vance?... Jeune femme, l'avez-vous, comme 
tant de pieuses mères, consacré à Dieu dès 
avant sa nais-ance, et demandé pour lui, 
comme première grâce, celle de recevoir le 
baptême?... Si vous avez de la foi, de la piété, 
vous avez fait vos efiforls, n'est-ce pas, pour 
qu'il reçût le plus tôt possible ce sacrement; 
il vous répugnait de voir plus longtemps ce 
tlier enfant esclave de Satan et souillé de la 
tache originelle... Ils sont à blâmer, les parents 
qui attendent de longsjours pour faire baptiser 
leurs enfants... Il me semble qu'une mère 
pieuse doit Lâler ce mom 'ni, afin de pr^-sser 
un petit ange contre son cœur... Mais ce que je 
tiens surtout à vous dire en terminant ce sujet, 
c'est (]ue les parents qui élèvent bien leuis en- 
fants sont bénie de Di' u et bénis de leur fa- 
mille... Ceux qui les élèvent avec mollesse, qui 
négligent de les corriger et de leur donner le 
bon exemple s'exposent souvent à d'ailreux 
malheurs... 



Il y a trente ans environ, un incmlrier cé- 
lèbre, appeli- Lacenaire (1), périssait sur l'eclia- 
faud... Des parents impies, usant à son égard 
d'une indui-;once extrême, avaient laissé croître 
tous les vic'S dans cettejeune intelligence, que 
Dieu avait faite si belle... Safez-vous quelles 
furent ses dernières paroles, au sujet de ce 
père et de eettir mère qui l'avaient j;âlé... 
« Qu'ils soient maudits, s'écria-t-il, à la vue du 
couteau fatal... Qu'ils soient maudits, ceux qui 
m'o:it donné le jour; c'est à eux ([ue je dois la 
mort ignominieuse que je vais subir!... » Fiè- 
res bien e.imés, que d'enfauts, en enfer, feront 
ce même reproche à leurs parents I... «Vous qui 
avez en,;ouragé nos défauts, leur diront-ils, 
vous qui ne nous avez pas corrigés ; vous, pères 
•t mèie-, qui nous avez scandalisés, soyez à 
jamais maudits 1... Puisse notre supplice ajou- 
ter à Vitre supplice et nos tourments accroître 
vos toui:':ents !... » Et cela durera pendant l'é- 
ternité; [lauvres parents, comme vous serez à 
plaindrel... Oh 1 que j'aime mieux le sort de 
ces parents de saint Grégoire de Nazianze, dont 
les enfants, élevés d'uuc manière clirétienne, 
ont tous été canonisés parl'Eglise... « Bons pa- 
rents, leur disent-ils dans le paradis, c'est à vous, 
c'est aux sages conseils, aux saints exemples 
que vous nous avez donnés, que nous devons 
ces félicités du ciel; jouissez de notre boidieur, 
puisse-t-il augmenter le vôtre !.... » Pères et 
mères, élevez bien vos enfants, et rendez-vous 
dignes d'entcnlre de pareilli's félicitations dans 
la bienheureuse éternité!... .\in-i S'dt-il. 

L'alibé LoBRY, 

curé de Vauchassis. 



Théologie dogmatique 

LES DOCTRINES DU CONCILE DU VATICAN 

ET DU SYLLABUS. 
NATURE DE LA FOI. 

{Suite). 

Nous l'avons vu, dans l'article précédent, 
l'objet formel de la fui, c'est l'autorité de Dieu 
révélant son autorité doctrinale. En effet, on 
appelle objet formel de la foi le motif propre 
et intrinsèque pour lequel nous croyons. Or, 
d'après le concile du Vatican, nous croyons à 
cause de l'autorité de Uieu, pt'opter auctoritatem 
Dei révélant is. En second lieu, la foi est la sou- 
mission de notre intelligence à Dieu, u'e^l par 
elle que nous lui fai-wns hommage de nuire 
raison, et que son domaine propre sur elle 
s'exerce. Or l'attribut divin auquel se rapporte 

1. Voir son procès dans les journaux du temps... Dani 
ses études, il avait été le condisciide et le rival, parl'oil 
heureux, de Mgr Cœur et d'autres hommes célèbre». 



1448 



LA SEMAINE DU GLERCfi 



direcipmcul la soumission, c'est l'autorité, et 
ici l'autorité doctrinale, puisqu'il s'agit de l'in- 
lelligence et de la vérité. 

Celte dernière observation nous mène à la 
solution d'une question agitée parmi les théo- 
logiens et qui les divise en deux camps. La ré- 
vélation fait-elle partie de l'objet formel de la 
foi, n'en est-ell'» pas un motif partiel et secoo- 
>1aire? Ou bien est-elle seulement un p'-œiequi- 
iitutn. uu élément préalablement requis? 

L'autorité, qui est le motif propre de la foi, 
d'après le concile du Vatican, n'est pas l'aulo- 
fité de Dieu coosidérée en général, mais bien 
son autorité doctrinale, l'autorité de sa parole. 
Celle-ci, ou la révélation, entre donc essentiel- 
lement dans l'objet formel de la foi, en tant 
que révélation divine. Elle n'est pas un mo- 
tif spécial, partiel et distinct. Le motif complot 
Je la foi divine, c'est l'autorité doctrinale de 
Dieu parlant; nous croj'ons, dit le concile, 
oropter aucloritatem ipius Dei reoelantix. D'un 
iutre côté, cette autorité inclut la véracité ou 
l'infaillibilité divine; elle est en quelque sorte 
jomposée ; mais c'est comme autorité doctri- 
aale que Dieu commande la foi, et c'est devaut 
ille et à cause d'elle que l'intelligence s'incline 
jt accepte la vérité. 

De tous les autres éléments qui contribuent à 
ameuer l'homme à croire, aucun n'entre dans 
l'objet formel, aucun n'est le motif de la foi. 
La grâce est une action de Dieu qui incline l'in- 
telligence et 11 volonté à croire, L-t élève celte 
croyance à l'état surnaturel; mais elle n'est 
pas un molif sur lequel on s'appuie pour don- 
ner son asseniiment. La proposition de foi faite 
par l'Eglise, la dèfinilLonqu'elle donne, n'entre 
pas non plus dans l'objet formel de la foi. Elle 
se tient au-dehors de l'acte. Elle nous dit : voiià 
uni' vérité révélée ; et nous croyons sur l'auto- 
rité de Dieu qui l'a révélée. Nous croyons ce 
que l'Eglise nous propose; mais cetîe proposi- 
tion n'entre pas dans l'acte de foi, bien quelle 
nous y amèn ^ El ; lors même (jue cette propo- 
sition est nécessaire à l'acte 'le foi, parce que 
la vérité dont il s'agit n'est pas évidemment et 
clairement exprimée uns l'Ecriture, la délini- 
tion de- l'Eçlise n'entre pas davantage dans le 
uiolif propre de la foi ; elle se tient "au dehors 
et comme à l'entrée du saocluaire où elle nous 
amène. La foi est divine. Par conséquent, son 
objet formel .!oit l'être. Car celui-ci est ce qui 
signifie l'acte, ce qui lui donne ^a forme. La foi 
humaine est celle qui s'appuie sur un motif 
humain, la parole de l'homme. La proposition 
ou la définition de l'Eglise nous fait connaître 
la pirole de Dieu, mais elle ne l'est pas elle- 
même. 

Il faut dire la même chose de ce que l'on ap- 
pelle les motifs de crédibilité ou le miracle dans 



les divers ordres de choses où il peut se pro- 
duire : l'ordre intellectuel, l'ordre physique eJ 
l'ordre moral. Il nous fait cunnaiire l'existence 
de la révélation; mais c'est tout; il demeure en- 
dehors de la foi. Au rese, toute vertu théolo- 
giqui! ne pput avoir que Dieu j our mo'.if, ou 
un allribut de Dieu : tout doit y être divin, 
sans quoi elle ne serait pas absolument théolo- 
gique; ce qui est inadmissible. 

D'après la définition même de la foi, elle a 
pour objet les vérités révélées Mais les théolo- 
giens se clemande;:t, à cet égard, si les révéla- 
tions privées peuvent être cet objet, si l'on peut 
y croire de foi divine, et même si l'on es* 
obligé de le taire. 

Une rcvéîalioo privée est celle qui, faite à 
un particulier, n'est pas destinée à devenir 
l'enseignement public de l'Eglis;, comme celles, 
par exem[ile, que l'on trouve dans la vie des 
saints, et comme de nos j >'irs les révélations 
de la Salette et de Lourdes, qui, bien que pu- 
bliquement acceptées, ne sont pas imposées 
par l'Eglise. 

Prenons d'abord la question eu général et en 
elle-mèm'>. Une révélation privée peut-elle 
être l'objet d'un acte de foi divine, au moins 
pour celui qui la reçoit? Il nous semble diffi- 
cile de le nier. La foi, d'a[>rè3 le concile du Va- 
tican, est une vertu surualurolle pur laquelle, 
sous l'action de Dieu et le secours de sa grâce, 
nous croyons vraies les vérités révélées, à 
cause de l'autorité de Dieu même qui les ré- 
vèle. Or, les éléments de celte définition peu- 
vent se trouver réalisés même relativement à la 
révélation privée. L'autorité d' Dieu, qui est 
le motif Je la foi, s'y rencontre; sa grâce peut 
s'y trouver également. La seule difficulté qui 
puisse exister, est relative à la certitude de 
l'existence même ou du fait de la révélatiou. 
Quand il s'agit de la révélation chrétienne, ca- 
tholique, nous avons, comme garants de son 
existence, les motifs de crédibilité, l'Ecriture 
sainte, l'autorité infaillible de l'Eglise, et au- 
cun doute raisonnable nj petit sulisisler. Ces 
moyens de certitude n'exi-lent pas, dit-on, 
quand il s'agit de révélatioo privée. Mais Dieu 
ne peut-il pas éclairer tellement l'intelligence 
qu'elle ait ta certitude que <'e4 lui qui parle? 
N'est-il pas la lumière inlinie? Or, à la lumière 
infinie, rieu ne maiique. Et ne peut-elle pas se 
communiquer à l'intelligence humaine au de- 
gré qui produit la cerlilmle ? Il n'y a à cela au- 
cune impossibilité, et pour Dieu aucune diffi- 
culté. La certitude peut donc réellement exis- 
ter. Et dès lors rieu ne s'oppose à ce qu'il y ait 
acte de foi divine. 

L'Ecriture semble confirmer ce sentiment. 
Saint Paul porte aux nues la foi des patriarches 
depuis Abel jusqu'au christianisme (1). Et, 

l H«6r.,xi. 



LA SliMAlKE 1>U l.L..i...i 



parmi les rcvrlalimis auxiiuelles il l'ait allusion, 
plusieurs sont dc-î rt^vélalionâ privées. L<' con- 
cile de Tri'iilc déclare que l'hoinnin ne peut 
être iifsiiri! ilu don de persévcrancii linalc, à 
moins (l'une révélaliou Sj écialc, »ii.>i ex specioU 
revQlitione {\). (le qui indique a.-scz iju'il peut 
y avoir des révélation? privées auxquelles on 
puisse croire d'une foi divine, au moins celui 
qui en est l'objet. 

Mais peut-il y avoir un précepte d'y croire? 
Si la personne ipii l'a rerue en a une certitude 
véritable, co:n[iléle, il peut très-bieu y avoir 
pour elle ohlii^ation de croire. Au reste, ceux 
qui ont lu les admirables écrits de sainte Tlié- 
lèse et d'aulres mystiques savent qu'il leur 
aurait été quelquefois comme impossible de ne 
pas croire. 

Cotte obligalion exi-te-t-elle pour les fidèles 
qui connaissent ces révélations, ces a;qiarilious? 
BmoilXlV, dont l'autorité en ces matières spc- 
ciilemeut est considérable, répond ainsi à celte 
•[uestion : a Je dis que, alors même que c^s ré- 
vélations sont approuvées par l'Eutlise, nous ne 
devons, ni ne pouvons les croire d'un acte de foi 
eaîbolique, mais seulement de foi humaine, se- 
bm les règle-i de la prudeuce, qui nous les mon- 
treut commiT probables et comme pouvant être 
crues pieusement... Et il est permis, saos bles- 
serla foi catholique, salca et intégra fidecatholka, 
de ne pas admettre ces révélations et de les re- 
jeter, pourvu que l'on ait pour cela quelque rai- 
son, et qu'on le fasse avec la réserve conveua- 
bb' el sans ancnne rfiièce de iîjé;iris (^). » 

Cette décision est pleine de sagesse. D'abord 
il ne peut être question ki de foi proprement 
dit'!, c'est-à-dire divine et caUholique. Ces révé- 
lations n'appart'ennent pus au dépôt des véri- 
tés divines, et l'lîirli>e ne les propose pas et no 
peut pas les proposer à la foi des fidèles. En se- 
cond lieu, il n'y a pa- d'obligation propremei t 
dite de les admeltre. Mais il faut .se garder de 
tout ce qui sentirait le mépris. H est certaii), 
par exemple, que l'on ne peut se permettre i!:; 
mépriser les laits de la Saletle et de Lourdes il 
les honneurs qui y sont rendus à Marie. Rom ; 
elle-même les permet et les approuve par sa ma- 
nièred'agir. Et quant à l'obligation d'admetirc. 
bien qu'elle n'existe pas, et qu'il ne soit jiiis 
question de foi catholique, c'est une di.spositioii 
fâcheuse de rejeter ce que l'Eglise honore el 
vénère. 

Nous avons dit que la proposition ou la défi- 
nition de rEjr'ise n'entre pas dans l'objet for- 
miil on le motif propre de la foi, qu'elle n'en 
fait pas pailio intégrante. Mais est-elle néces- 
saire pour i.ons conduire à la foi. pour nous 
jimener à faire un acte de foi véritable? 

1. Sess., VI, c. xn et eau. 16. — 1. De Canonit. tanct., 
. III, c, 53, n. 15. 



Les théologiens dislingncnt la foi divine et la 
foi catholique. La première est celle dont nous 
avons parlé jusqii ici, et que nous avons définie 
d'après le concib; du Vatican : une vertu sur- 
n.iturelle par laquelle, sous l'action de la grâce 
divine, nous croyons h's vérités révélées, à 
cause de l'autorité même de Uieu qui nous les 
révèle. Cette foi est divine sons tous les rap- 
ports. Elle l'est par son motif, l'au'orité de 
l)icu; elle l'est par son principe, la grâce; elle 
l'est par son objet, les vérités révélées. La foi 
catholique est celle même foi divine, en tant 
tpie son objet est proposé par l'Egli e à la 
croyance générale. Il n'y a donc pas de difî'é- 
I oiii.o intrinsèque entre l'une et l'autre, et la 
pio;iosition de l'Eglise ne fait qu'ajouter un élé- 
ment extérieur. 

Cela posé, il est évident que la proposilion île 
l'Eglise, au moins impliciic, est prèalablrnicnt 
néi essaire à la foi catliolique. Elle esl, en < [X:i, 
incluse dans sa définition mèmi', comme nous 
venons de le voir, et c'est cetif jiroposition qui 
la fait appeler foi catholique. .Mais e^t-elle né- 
cessaire à la foi appelée simplement divine? En 
soi, elle ne l'est pas absolument. Il suffit, oi ef- 
fet, i|u'une vérité soit certainement révélée, con- 
tenue dans l'Ecriture ou la tradition, pour 
qu'elle soit crue de foi divine. Ainsi, par exem- 
ple, avant le sixièaie concile œcuménique, qui 
dcfiiiit qu'il y a deux volontés en Jésus-Christ, 
les fidèles pouvaient parfaitement fa re un acte 
de foi divine à cet égaid. Si quelqu'un préten- 
dait qui',dans ce cas et autres semblables, il y a 
une proposition de l'Eglise, en ce sens qu'en 
nous pro[iosaut à croire l'Ecrilnre el la Tra li- 
tioo, elle nous propose par là même toutes les 
vérités révélées, ce serait alors une question de 
mots, et la discussion n'aurait pas d'objet. 

Les hérétiques peuvent-ils avoir une foi di- 
vine et véritable? L'hérésie la rend-elle impos- 
sible? Généra i;meat parlant, les hérétiques, sur- 
tout dans les commencements, ne sont eu 
désaccord avec l'Eglise catholique que sur cer- 
tains points déleimiuéa, et il y a des véritéi 
qu'ils admettent comme elle. Les protestants, 
par exemple, quelle que soit la secte à laquelk 
ils appartiennent, -dmcttenl rincarnation, sans 
quoi ils ne seraient pas chrétiens. Ont-ils su- 
cet objet, cl sur d'autres où ils ne dilTèrent pas 
des catholiques, une foi réelle et divine? 

Si nous supposons un hérétique ou un schis- 
matique d'une bonne foi coxnplèle,_et se croyant' 
sincèrement dans La véritable Eglise, il a uij 
f li divine et véritable, relativement aux points 
où il ne ditfcre pas d'elle. Il a reçu au baptême 
la foi infuse, il l'a exercée en pleine sincérité ; 
elle est donc réelle et divine. Elle n'est pas ca- 
tholique en ce sens qu'il ne croit pas sur la pro- 
position de l'Eglise romaine et véritable;, mais 
T. VIII. N» 46. 



liSO 



LA SEMALNE DU CLEIlGE 



elle est la ini''me quant au fond ; et il appartient, 
du reste,à l'àme de l'Eglise, bien que, extérieu- 
rement, il n'en soit pas membre. 

Il en va tout autrement de l'hérétique formel, 
c'est à-Jiie qui n'est pas dans la bonne toi, et 
dont l'hérésie est coupable. Sa foi est une adhé- 
sion purement bumaïuc. 11 croit tel ou tel point, 
parce que cela lui pUiit ainsi; il croit à lui- 
même plutôt qu'à Dieu. C'est ce que disait saint 
Augusliu aux manichéens, dans son livre contre 
Fauste : « Vous ne croyez pas à l'Evangile, car 
en croyant ou ne croyant pus ce que vous vou- 
lez el selon votre bon plaisir, c'est à vous que 
vous croyez plutôt qu'à l'EvaufAile iVoliis potius 
quant Ev'anfjeliocreditis. El, eu effet, la foi, (^uaod 
elle est sincère et réelle, est la disposition à 
croire tout ce qui doit être cru. Mais cutle ilis- 
posilion n'existe pas, lorsqu'on refuse, au con- 
traire et d'une manière coupable, d'admettre 
tout ce qui est révélé. Le concile de Trente a 
donc eu raison de dire que la foi se perd par 
l'infidélité, c'est-à-dire, par l'erreur coupable 
en matière de doctrine révélée (1). Et saint Paul 
ne sigiiaie-t-il pas comme ayant fait naufrage 
dans ia tni, c'est â-dire comme l'ayant perdue, 
deux hérétiques, Hyaiœnè et Alexandre, qui 
cependant n'ituient da:)S l'eireur que relative- 
n.ent a la risuncction (2). La foi des hiréti- 
tjiîes est doue une fui humaint^ et i[ui n'a rien 
àe ùiviu. L'abbé Desorges. 



Droit canonique. 

LA QUESTION DES DESSERVANTS 

— TROISIÈME SÉRIE — 

(8* article.) 

M. l'abl éCraissonnous oppose la proposition 
onzième, tirée du Bien social, et sa condamna- 
tion [lar l'archevêque de Paris. Le Bien social 
avait enseigné que l'inamovibilité est inhéi-eute 
au caractère pastoral, dans les pasteurs de 
second ordre ainsi que dans ceux du premier. 
« Cette proposition, dit Mgr Aflre, en tant qu'elle 
assure que l'inamovibilité des pasleurs du se- 
cond ordre est inhérente au caractère pastoral, 
d'après la conslilnlion divine de l'Eglise, est 
fausse, téméraire, injurieuse au Sainl-Siége, 
qui, en suivant les traditions des siècles pas-és, 
confie la charge d'àmes par une mis^ion tem- 
porelle et révocable, quand il le croit utile aux 
églises (1). » 

Selon nous, les termes confie... quand le Saint- 
Siège le croit utile aux églises sont trop géné- 

1. Conc. deTr. sess. vi. c. 15. — î. I TJm. i, 19, et II. 
Tlm., Il, n. — 3. Iteiue dea icitncts tccléaiasliquet, sept. 

1874. 



raux. Néanmoins, comme il s'agit ici de l'action 
du Saint-Siège, nous n'avons pas de limites à 
imposer. Mais le lecteur est prié de suivre 
M. Craisson qui, au moyen d'une stratégie qui 
lui est familière, va transporter aux évèques le 
pouvtiir illi;uilé du Sainl-Siége. Ecoutons : 

(1 L)'a[ircs ces paroles, la réj^le observée par 
le Saint-Siège n'est donc pas de n'auloriser que 
la mission irrévocable à charge d'à:ni's; mais 
la mission temporaire el révoc^ilde est permise, 
quand le même Saint-Siège le trouve conve- 
nable et utile aux églises. C'est donc l'utilité 
des églises qui est la règle canonique et non 
pas l'inamovibilité des pasteurs. » 

Nous nions la conséquence, en ce sens que, 
en vue d'avantages particuliers résultant des 
cireonsta.'ues, il serait facile à un évêque de 
s'écarter d'une discipline générale. Poursui- 
vons : 

« Mais, nous fait observer M. Pelletier, la 
censure- de la proposition XII porte que la dis- 
cipline de l'inaaovibililé a été modifiée en 
France, depuis h- concordat, par le concours 
de tous li's évèques et le consentement au 
moins tacite du Sairjt-Siége. C'était donc, avant 
le concordai, dil-il, la discipline en vigueur en 
France que les curés fussent inamovibles. — 
Oui, répondons-nous, cette discipline existait 
généralement en France avant la révoluliou de 
d"89 : la loi civile surtout l'exigeait ainsi. Mais 
il faudrait prouver que les saints canons inter- 
disaient d'en suivre une autre, quand le bien 
des églises pouvait le demander. Nous alten- 
don-^ que M. Pelletier ait fourni celte preuve. » 

[f Abord la révolution de 1789 n'a rien à faire 
ici. Ensuite, la loi civile, eu égard à runioa 
éUoite des deux puissiinces sous l'aucici.ne 
monarchie, était, sur le point ipii uous occii[>c, 
en parfaite harmoide avec la discipline univer- 
selle ; toutefois si, en fait, il y a eu yà et là, des 
empiétements sur le domaine ecciei,iaslique, 
nous n'entendons pas les approuver. Eulin, 
nous répétons '^ue la raison tirée du bien .les 
églises est un piée[ite dont les no\aîeurs en 
disciiline se sont toujours cnuveits pour justi- 
fier leur> excès. .Nous en avons la preuve dans 
les propositions émises (lar le synode de Pisloie 
el eontiamnées j-.ar Pie NI, notamment dans ia 
sixième, ainsi conçue : 

a Doclrina synodi q«a profitetur persuasum 
« sibi esse episeopum accepisse a Christo omnia 
«jura necessaiia pro bouo regmine suœ iliœ- 
« cesis perinde ac si ad bonum regimen rujus- 
« quediœcesisuecessarianon sint superioresor- 
« dinationes speclantes sive ad fidem et mo.es, 
« sive ad generalem disciplinamquarum jus est 
« [lenes summos Poutifiecs et loncilia gencra- 
« lia pri uuiversa Ecclesia schismalica, ad 
« minus erronea. • 



LA SEMAINE DU CLEllGÉ 



!Î5I 



Ainsi on nons dit que le bien des églises ré- 
flarae l'amovibilité; on dil encore que le bien 
lîes églises réclame l'abolilion des concours; on 
rfijait Baguères que le bii-n d' s églises exigeait 
fî maintien des liluigics loc.iles. Le bien des 
♦glisc.^I C'est le motif chéri de nos gallicans 
pPHtiqiies pour jiistifiiT leurs f'anlai.-ies et mul- 
tiplier leurs divergences d'avec les [irincipes, 
qu'on se borne à entoiucr d'une admiration 
Sléfiie, pour se dédomtnager par toutes les 
exceptions imaginables. Comment uu iiomme 
sérieux, tel que M. Crai-son, n'a-t-il pas senti 
sur quelle pente il glissait? Ecoulons-le en- 
core : 

« U est i-lair, assurément, qur*, pour opérer 
d'une manière générale, il fallait l'asscnlimcnt 
du Siège apostolique, dans le cas même où il 
était d'une utilité évidente. » 

Parfait! c'est k tour de M. Pelletier d'at- 
tendre (ju'on prouve l'assentiment du Siège 
apostolique. Mais, aussitôt, noire excnllont cri- 
tique se dérobe, il quille le droit chemin [lour 
se jeter dans les broussailles; il conliuue en ces 
termes : 

« Quant à la création individuelle de pirnis=es 
amovibles, M. Pellctiei' nous accorde (ju'elh^ 
n'était pas interdite, s'il s'agissait de paroisses à 
patronage ou de celles dites unies; mais comme 
il paraît rcslreinilre à ce^ cas le pouvoir des 
évi'ques, nou'^ atlen;lons également qu'il ait 
déuioiilré ■pi'il leur était prohibé de l'éleodre à 
d'auUc-, notamment à iclui, où, ayant à leur 
di-posilioa les ressources nécessaires pour uue 
pareill»; ércclii;n, et la trouvant évidemment 
utile à une notable poilion de leur troupeau, 
ils opteraient pour celle mesure. » 

N'avons-nous pas eu r;ii,-ou de dire plus haut 
que, pjir la plus étrange .lialeclique, le cano- 
niste de Valence transporte aux évéques le droit 
que, en commençant, il n'attribuait qu'au 
Saint-Siège? 

D'abord, en fait, les évêques, en 1802, ne se 
sonl nuliement délermini's par les motifs qu'il 
plaît à M. Craisson d'allé^lle^; ils n'ont, en 
aucune manière, pesé les avantages et les 
inconvénients de l'ioamovibiliie ; pour eux, la 
question n'élail pas là; elle était tout entière 
dans la nécessité de s'adaider aux idées émises 
par le pouvoir civil, celui-ci ayant déclaré vou- 
loir dci succursalistes amovibles; le côté pra- 
tique a dominé tout le reste. Los théories ne 
sont venues qu'après coup; elles ont été inven- 
tées pour le besoin d'une cause qui périclitait, 
et qui n'est consolidée que provisoirement. 
Ensuite, toujours eu 1802, les évêques n'ont 
fait aucun rcci>urs au Saint-Siège pour obtenir 
son as^eu'.imenl, et le Saint-Siège lui-même, à 
ladite Cjioquo, n'a rien ratilié, ni apirouvè. Ce 
point a cle par nous démontré, jusq-.i'à la der- 



nière évidence, dans notre dei'xième îéric. Qui*, 
reste-t-il donc de l'argumentation de notre 
alversaire? Absolument rien. 

Ce]iend.int, nous voulons mettre en relief la 
proposition chérie de W. l'ahlK- Craisson, et en 
faire eentir de plus en plii^ i'trangelé. Voici 
celte proposition : les saint- canons n'inter- 
disent pas l'érection de priroisscs à titulaires 
amovibb's^ quand le bien des ('■^ilsesla demandai 

Que faut-il entendre par ces paroles? 

Scliiu nous, il faut entendre que l.i discipline, 
aux ter mes de laquelle les curés doivent èlre 
iu.'imovibles, admet des exceplioi.s. Quelles 
exceptions? N m-seulement les exceptions vou- 
lues p.'ir un fondateur, les exception-. tir/'O! de 
l'.eonditinn d'iin curé priii'.'ij':il, ch'piti-o ou 
monastère; mais encore tout^'S les exee[i!ious 
qui sembleront, à un évciine, jnslilièes par le 
bien des âmes. C'està-ilire que v ilà une disci- 
pline, voilà une loi dont l'observation est à 
la merci d'une raison individurlle. Cependant, 
puisque la slatiililé des curés a été reconnue 
tellement avania,:;euse que Giraldi nous affirme 
que celle stabili:i; est le cri de tous les saints 
canons, clamont sacri canones! un partit ulier, 
lùl-il évèque, ne saurait avoir le droit d'aller à 
rencontre, et d'entendre le bien des églises 
bulicmentque le légitlaleur. 

M;ii-, réplique à ?o!i tour M. l'a'jliè Craisson, 
moutr. z-noiis ilone la défense faite aux évéques 
d'ériger des paroisses à titulaires amovildes, 
quand ils le jugénl à propos pour le bien des 
églises. 

Nous eonslalons de nouveau que, sur le 
mo<!ù!e proposé par noire critique, un adver- 
saire des concours peut raisonner ainsi : le con- 
cours est, à la vérité, prescrit par les saints 
canons, mais les saints canons ne défendent 
point à un évoque d'omettre le concours, quand 
il juge l'omission opportune au point de vue 
du bien des églises. l>'analogie est e«lière. Par 
conséquent, l'espèce de mise en demeure, que 
nous lance ,V1. 1 alibè Craisson, n'est, en 4éiini- 
tive, qu'un sophisme et un subi rfuge. 

Quelle singulière condition vient donc impo- 
ser au législateur le canoniste de la Bévue? 
D sormais, afin qu'une loi ecelè-iastique oblige 
en toute circonstance, l'autorité devra édiclei 
expres-émenl que ladite loi sera observée, 
même dans le cas où le sujet trouverait plus 
utile de ne pas l'observer. Cette clause faisant 
défaut, la loi ne tient plus. Telle est la consé- 
quence du système de M. Craisson, Jusqu'à ce 
jour la loi était réputée sagesse écritp, la peusce 
du légi-lateur était acceptée comme pensée 
diiigeanle, sauf dans ;es cas formellement pré- 
vus. U n'en est plus ainsi. La discipline de 
ri!i::movibililéesta Imise pa'-M. Craisson, mai; 
co.i;m.;, selon lui, les suints canons ne défendent 



U'ât 



lA SOIAINE nu CLEUCE. 



pas de s'en écarlor, si le b"en des églises le 
di'jnanilc, ladite discipline resli^ 5;ins force, du 
moment que la laison individuelle i roit disier- 
I cr que le liicn dus éi^lises réclame i'amovild- 
lilc. Ce n'est pas plu? ditficile que cela. Avec 
on tel principe on irait loin; on ir.âl jnfcpi'à 
l'anéantissement de tout le droit canonique, ■ t 
il n'y aur; it plus qu'à crier : Vive rr.rbitrairel 
M. l'abbé Craisson, nous en sommos convaincu, 
repousse cette conséqufnce de toute £';n éner- 
gie; mais ici une protestation ûe sutlil pas, il 
faut, avant tout, attaquer la conséquence dans 
les préinis es, c'est-à-dire retirer le priuci^je 
impiiulernmsnt posé. 

ViCT. PïItBtIER, 
chanoine de l'église d'Orléans. 

(A rat'we.) 



jyRiSPHUDEN'CE CIVILE ECCLÉSIASTIQUE 

POLICE DU CULTE. 
(G< article.) 

I>:sriiIP.UTIOΫ DE PUBLICATIO.N'S IIELIGIECSES. — 
ClilKin l'UBLIC. — PL,\CEME>"T DES OBJETS MOEI- 
ULRS DANS L'iXLlSE. — EMDLÈMLS POLITIQUES. 
— E.X-VUTO. 

i"= QuMlion. — Le curé peut-il, sans anlorisa- 
îion préalable, faire distribuer, dans son enlise 
ou sous le porche de cet édifice, des publications 
religieuses, opvscules? etc., etc. 

R. — Le curé ne peut faire ou faire faire 
celte distriliulion sans aulorisalion préalable, 
laquelle est difféiunti; selon qu'il sauit il'un sim- 
ple écrit ou ojiusiule ou d'une feuille [ crioili- 
que. Dans le premier c.;s, l'écrit ou npuscule 
doit être soumis à l'estampille. La distribution 
dans l'église, lieu public, sans l'ai complissemeut 
de celte form.dilé, exposerait le cuié et toi'.s 
ceux qui pariicipcraient à la disLiibuiion aux 
peines encourues par quiconque enfreint la loi 
sur le colportage. Dans le second cas, il siiTit 
que le curé ou, à son défaut, le distributeur, 
ubtienne une simple au'orisation de distribuer 
telle ou telle publication périodique. Cette auto- 
risation est accordée, à Paris, par la préteclnre 
de police et, dans les départements, par le 
préfet. {Journal des conseils de fabriques, annce 
1815, page HO). 

2°^» Question. — Le euré qui, ayant oublié 
d'annoncer en chaire une cérémonie religieuse quel- 
conque, croit devoir recourir au intnutère du 
ci-ieur puilic, est-il obligé de demander au maire 
de la commune taulorisation de faire au»cnier 
publiquement cette cérémonie? 



R. — Non. Sans doute le curé ne doit avoi^ 
recours au erieui- public que dans des circons- 
tances graves et [iressautes; mais, si cette néces- 
sité se présente, il ne peut être obligé de de- 
mander une autorisation spéciale au maire de 
sa commune. Lorsqu'un crieur public a été 
nommé par le mnire d'une commune, il se 
trouve l'cyuli^'ri'ment investi de la mission de 
publier non-seulement les arrêtés ou avis de 
l'autorité, mais encore les autres annonces qui 
peuvent être faites dans \m intérêt soit public 
soit privé. Ceux qui ont recours à lui n'ont 
nullement besoin de se pourvoir d'une autori- 
sation (['.clconque. Dans tous les cas, c'est sous 
sa respiiiisaliilité personnelle que le crieur se 
cbargc d'une annonce, et lui seul pourrait être 
incriminé, en raison i!o la publication qui lui 
aurait été confiée. (Solution émise par le Comité 
de rédaction du Journal des conseils de fuonqucs, 
12 septi-mbre 1874). 

3"' Qu si ion. — Le curé peut-il exiyer, nonobs- 
tant l'opposition du. maire et du conseil de fabri- 
que, que la rhaire ou un autel, etc.. soient placés à 
tel 0'! td cri'lroit ffe fonlise, lorsqu'on tes place 
pour la première fois ? 

II. — Oui. Les curés ont le pouvoir d'adopter, 
dans leui-s cglLscs, toutes les dis[:03itii)ns inté- 
rii';i es qu'ils jugent les plus convenables, sauf 
recours à l'évèque, si le conseil de fabrique ou 
le maire le croient nécessaire. Ce droit es! f )r- 
mel'ement reconnu dans la lettre suivante adres- 
sée à M«' l'Aichevèque de Lyon par le ministre 
des cultes, le 6 août 1876. 

« Monseigneur, JMM. les vicaires iiénéraux 
« capitulaires du diocèse de Lyon m'ont fait 
<i riiouneur de m'imformer, le 28 juillet der- 
<i nier, que la commune des mes (Rbône) 
« avait fait reconstruire son église et que les 
« travaux allaient recevoir leur couronnement 
B par rctablissement du maitre-autel, lorsqu'un 
'( conflit s'est élevé entre le desservant et le 
« niaiie an sujet de la place qu'il doit occuper 
« dans le cbœur 

« Invitée à régler ce difléreud et à se pronon- 
« cer sur les deux emplacements eji_litige, l'au- 
a torité diocésaine, trompée par de fausses in- 
a dications, a d'abord donné raison au maire ; 
M puis, mieux informée, a fini par adopter l'a- 
« vis du desservant, qui, tout bien examiné, 
« serait, sous tous les rapports, le plus conve- 
« nable. 

o 11 semblerait que tonte difficulté avait dis- 
«paru; le trésorier de la fabrique s'était mis 
a en devoir de faire exécuter la décision de 
« MM. les vicaires généraux capitulaires, lors- 
« que le maire, interposant son autorité, a lait 
(t arrêter les travaux, en déclarant que l'autel 
« ne serait élevé que sur la place par lui 
n choisie. 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



14V 



« Dans celle siluation, MM. les vioaims gé- 
« nérauxcapitulaires m'onl ilemandà à ijui, île 
« l'autoiilé civile ou ild'.iulorilé eiclésiasliiiuc, 
<( il apiiailicnt iJe ilésiyner l'cnJroil où sera 
« placé l'iuilel. 

« Mon iléparlement n'a jamais hésité, Mon- 
« seigneur, à ri.'connaitre que te d-oit nij/jor- 
« tient au curé ou defserumit. Ln direction du 
« culte, en effet, n/jpartient exclusivement aux 
«cures daiii; leurs paroisses. L'article 9 de la loi 
« du 18 i^crminal an X esl formel à cet égard. 
<i 11 en ic-uil qu'ils oui le pouvoir d'adopler, 
« dans leurs églises, les disjosilionf intérieures 
« qu'ils jugent les plus convenables. Les curés, 
« eu eflet, sont [dus à mt-nie que i'autnrité 
« civile de juger ces que- lions iiuioulun carac- 
« tère exelusivemcnl religieux. 

« J'estime, en conséquence, Monseigneur, que 
(I l'opposition de .M. le m;uie des Olmes n'est 
« nullement fondée; je vais donner des ordres 
« pour que les travau.x de construction de l'au- 
« te! puissent reprendre leur cours. » 

4°" Question. — Le curé pt ut -il, de sa pro- 
pre autorité, déplacer un autel fixe, une cliaire 
attenante à Cun des piliers de l'église., un tableau 
sc'lté au mur? etc. 

It. — Non. Li!3 curés ne pouvant faire exé- 
cuur, même à leurs frais, des travaux quel- 
coii.jues clnns l'éyli'^e sans avi:ir préalablement 
obicnu au moins l'aotorisation du conseil de 
fabrique, sont toujours obligés, pour opérer le 
déplacement dont il est question ici, de s'en- 
tendre avec les fabriciens. Il ne peut y avoir de 
difficultés sur ce point. 

l'iiur savoir si, par exemple, une chaire cons- 
tru te dans une éi^lise et attenaDte a l'un des 
pili'TS doit èlre considérée comme un objet 
rcob.lier ou comme un^! parlie intégrante de 
l'édifice religieux, il suffit de lire l'arl. 525 du 
code civil ainsi conçu : « Le propriétaire est 
« censé avoir attaché à son fonds des effets rao- 
(1 biliers à perpétuelle demeure, quand ils y 
« sont scellés en plâtre, ou à chaux, ou à ciment, 
« ou lorsqu'ils ne peuvent être détachés sans 
« être fracturés et détériorés, ou sans b:iser ou 
(i détériorer la partie du fonds à laquelle ils 

« sont attachés » 

E-i cas de désaccord entre le curé et l'autorité 
municipale ou le conseil de fabrique, il fau- 
diail en référer ù l'évéque et au préfet ijui dé- 
cideraient. ( Manuel pratique de droit civil eccl., 
par Campion, p. 30;j. — Cours alphabétique, etc., 
par .IM André, tome 11, page 64. — Encyclopé- 
die des Conseils de fabriques, [lar Bost, page 120. 
— Bulletin des lois civiles ecclésiastiques, 1836, 
page 223 ; 1838. page237. —Journaldes Consei/s 
de fabriques, 187 i, paf;e 19'.) 

5°" Que.-tion. — /^ curé peut-il déplacer, 
tant l'autorisation du conseil de fabrique, un meu- 



ble nnelconque de règlise non attaché à perpé- 
tuelle demeure, uri autel mobile, une chaire mo- 
bile, un tableau, une statue ? etc., ric. 

R. — Le curé, ayant exclusivement le droit 
de présider à loul^s 1rs dispositions intérieures 
de l'église, lorsqu'il ne doit résulter des dépla- 
cements aucune dépense, il est incontestable 
que le curé a le droit de déterminer la place 
que ces divers objets occuperont dans l'élifice 
religieux. Tous les auteurs sont d'accord sur ce 
point. 

Quant aux stalu(>s placées dans une niche 
p-^atiiiuée exprès pour bs recevoir, elles sont 
irameuldes, aux termes de l'art. S2o du code 
civil, encore qu'elles puissent être enlevées sans 
fracture ou dôlérioration. Kn con-équence, le 
curé ne peut les dô[placer sans l'assentiment du 
conseil de fabrique. 

(Code civil, art. 523. — Manuel pratique de 
droit civileccL, [ar Campion, p. 303. — Bulle- 
tin des luis civiles coc/., 1850, p. 223; 1838. p. 
237. — Journal de% Conseils de fabriques, 1874, 
p. 199. — Encyclopédie des conseils: do fabriques^ 
par i{ost,p. 120.) 

G""" Question. — L'évéque a-t-if le droit d' faire 
dispiiruitre d'une église de son diocèie les objets 
mobiliers, statues, tableaux, etc., qui lui parais- 
sent inconvenants ou ridicules ? 

R. — Le droit de révê.|ue, en pareille ma- 
tièie, ne saurait être contesté. Nous nous con- 
tenterons de citer, à l'appui de notre sentiment, 
la lettre suivant' adressée, le H décembre (842 
à M. le préfet du Calvados par le ministre de 
lajusiice et des cultes. 

« Monsieur le préfet, la proposition faite par 
« M. le d.csservanl de Jurques de remplacr^r une 
« statue de la Vierge placée dans l'église de 
o cette succursale a été la cause de divisions 
a parmi les habitants. 

« Après avoir ajourné l'exécution de cette 
« mesure, une enquête a été ordonnée par 
a Mgr l'évéque de Bayeux, et il résulte du pro- 
(( eès-verbal dressé par le commissaire épisco- 
(i pal que la statue est à la fois indécente et on 
« ne |irul plus ridicule. 

« Mgr l'évéque a donc aunoncé qu'il se réser- 
« vaii de statuer sur ces difficultés ainsi qu'il 
« croyait en avoir le droit, suivant les anciens 
a canons reçus en France et reconnus par la loi 
du 18 germinal an X. 

« En me communiquant le dossier de l'affaire, 
« vous m'avez demandé, Monsieur le [tféfet, de 
a vous foire connaître si les prétentions de Mgr 
« l'évéque sont fondées et, dans le cas deraffir- 
(i mative, quelles doivent on être les limites, 
(I puis.[ue les communes y sont intéressées à 
cause de l'obligation où elles se trouvent de 
« pourvoir à l'insulfisance des revenus des fabri- 
M qucî. 



«454 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



« Parmi les objols places dans une église, il 
a convient de distinguer ceux qui, comme les 
« statues, tableanx, e*.c. sont de«tinL's à exciter 
M la piété des flilèles et ceux qni font simplement 
partie de l'ameublement nécessaire. 

« Les premières concernent le culte ot, aux 
« termesde l'art. 9 de la loi du 18 germinal an 
« X, le culte catholique doit être exercJ -nus la 
« direction des archevêques et évèquesdans leurs 
a diocèses et sous celle des curés dans leurs pa- 
(( roissos. 

(' Si, comme dans l'espèce, une ftaine placée 
a dans l'église est réputée prêter au ridicule plu- 
a tôt qu'à alimenter la di'votion. lévêq-ic est 
a donc en droit de la I;;irc di<iia:a!l;re, s'il le 
« juge convenable; mais là se borne son inter- 
« vention. 

« Qu'int aux autres olyels qui sont dans l'é- 
« glise, il n'est appelé à statuer sur leur dépla- 
« cernent qu'autant qu'ils ieraicnt obstnclo aux 
« céiémonies religieuses. Ces! ainsi qu; l'art 30 
« du décret du 30 liécembre 1809 ouvre le re- 
« cours h l'évèque, lorsqu'il y a conîeslalion sur 
« le placement des bancs et chaises. 

je pense, iM. le PreÎLt, que ces explications 
« rempliront l'objet de votre demande. » 

7"» Question. — L'n maire a-t-il le di'oit de 
faire placer, malgré le Conseil de fibrirpœ et le 
curé, des emblèmes fgiUii'p'xs dans l'église ? 

R. — Non. Un maire ne saurait revendiquer 
le droit de faire pincer, dans l'église, malgré le 
cure et le conseil de f.ib'.i |ue, des i'n;b';itncspo- 
litiques, parce que ce n'est pas dans 1 .s lieux 
saints que les sentiments politiques doivent se 
manifester. Vouloir introduire dans l'église des 
emblèmes dece genre, des drapeaux, ;les bustes, 
etc., serait une infraction aux règlegcanoniqr.es 
et une inconvenance. C'est d'aillen.rs au conseil 
de fabrique et au curé è. décider de quelle ma- 
nier.' l'église doitou ne doit pas être décorée, et 
le curé, qui est investi du droit de police dans 
le temple, et maître de s'opposer à un mode 
d'ornem;-ntation que ne lui paraît [tas con;porler 
le caractère du lieu. {Inurnal des Conseils de fa- 
briques, 18:5-1836, /7(T,t(;o. — Manuel pratique 
de droit ceci., par Compinn. page 30i). 

H"" Que-tion. — Peut-on placer des ex-voto 
dans l'/ylise, san^ l'au.inyifation du. cure ? 

\\. — En principe, dit le Journal des Conseils 
de faOriqucs, les ex-voto placés dans les églises 
consliluent de vcrilables inscriptions. A ce titre 
et par application de 1 art. 73 du décret du 30 
décembre ISO'.i, Userait ligoureusement néces- 
saiie, [lonr le placement di^chacun d'eux, d'ob- 
tenir une auturisation spéciale du Ministre des 
Cultes. C'est d(uic p n pnretoléianceqne des ex- 
volosont éiablis, s ins l'aocomplisse.Tienî de cette 
lorniilité, ilans nng:and nombre d'églises. Pour 
cvilei l'a-similalion complote entre les ex-voto 



et les inscriptions, on s'abstient d'ordinaire d'y 
faire figurer des noms propres ou, au moins, on 
n'inscrit que les premières lettres de ces noms. 
Dans tous les cas, une entente doit nécessaire- 
ment s'établir entre le curé, à qui appartient la 
police de l'église, et la fabrique, chargée de l'en- 
tretien de l'édifice religieux, soit pour le pince- 
ment des ex-voto, soit pour la lixation de la 
somme à payer par ceux qui obtiennent cettt; fa- 
veur. Toute difficulté sur ce point devrait cire 
soumise aux autorités diocésaine et dépaite- 
mentale et, en cas de désaccord, au iJIinistre il s 
Cultes. (Journa/ «/es Conseils de fabriques, ISlo, 
page 277. 
{À suivre) H. Fédou, 

curé de Labastidelte (diocèse de Toulouse). 



Biograp hie 

M. VOURIOT 

■VICAIRE GÉ.NÉRAL DE LAXGRES. 

Alexandre-Joseph Vouriot naquit à Saint- 
Urbain en 1799.SaiQt-Urbain avait été autrefois 
une vicomte et avait possédé une abl):iye lélèbr.? 
fondée par Cliarlemagne, Lolhaire, Clurles b; 
Chauve et Ei ch'îvraus, évèque de Cliâlons ; 
mais, à cette dote, il avait perdu sa dignité po- 
litique, il portait le deuil de son alit^a^'e ré- 
cemment ruinée, et ne gardait plu-, de ses an- 
tiques gloires, qu'un renom dû à la finesse de 
ses vins. Pourtant, comme certaines familles qui 
n'abdiquvnt pas facilement leurs prérogatives 
patriciennes, avant d'entrer dans l'insi^ai- 
liance commune de la démocratii-, Saint-Urbain 
avait donné, à l'enseignement, le professeur 
FurgauU, et, à l'armée, le chef d'escadmu 
Frossard.dontlefilsagagnéla dernière victoire 
qui ail réjoui la France. Puis, pour garder un 
ressouvenir de sa luissance ecclésiastique, il 
donnait le joar à Joseph Vouriot, dont on a pu 
dire, sans exagération, qu'il avait été, comme 
canoniste, le conseiller de la France. 

La famille du jiniU'î Vouriot était une famille 
patriarcale ; elle avait des enfants de bonnes 
mœurs, un grand esprit de foi et une cerlaine 
aisancL'. Si l'on liiait, dans la Haute-Marne, de 
Saint-Urbain à Louze, une ligue passant par 
Doulevant, on trouverait, dans tout ce parcours, 
des membres de la famille, tous conformes au 
type originel. Dans la famille dont nous par- 
lons spécialement, il y avait une fille, morte 
sous le voile de la religieuse, et un fils qui vient 
de s'éieindre doyen du chapitre de Langres et 
vicai:e général de l'évèque. 

La destinée de Joseph Vouriot est d'avoir été- 



LA SEMAINE DU CLERGE 



UKS 



loulesa vie un hommi! séparé et réellement à 
[>Avi : segreç'ilus, J3 ne dis pas a pecralor ibus. 
Après les premières études, nous le trouvons 
étuillaut à Caris, d'abord dans une pension, 
puis à Saiul-Suli>icc ; dès celle époque, il était 
î'iiouimo recueilli (jue nous avons connu, se 
mêlant peu, acceptant peu d'influence. Un de 
ses condiscipli'S, devenu son évoque, prélat que 
sou talent administratif réservait à l'honneur 
de comprendre la vocation de l'abbé Vouriot, 
aimait à rappeler, plus tard, le petit habit de 
so!i ancien camarade et sa précoce distinction. 
Après sa promotion au ?acerdoce en 1823, 
l'abbé Vouriot fut nommé successivement curé 
de Mns?('t cl d'Kclaron. C'était un curé pieux, 
régulier cl édiliant, mais timide de caractère, 
peu doué pour la parole publique et dépourvu, 
je crois, de cet esprit actif et habile qui, dans le 
gouvernement d'une paroisse, sait agir partout 
sans se montrer nulle part. En dirigeant son 
troupeau, il s'occupait, avec un soin particulier, 
du temporel de son église; mais, peu satisfait 
des protocoles en usage, il en dressait d'autres 
qu'il s'eû)rçait de faire cadrer avec le décret 
constitutionnel des fabriques. Pour dire le mot 
dont on a fait deiiiiis une si effroyable con- 
sommation, c'était un orgueilleux qui croyait 
savoir, mieux (^ue les vicaires généraux, mieux 
que l'évêque, comment il fallait tenir une 
comptabilité et régler un exercice. L'émotion 
m'oblige à terminer sans plus cet alinéa. 

Le curé d'Eclaron avait, avec l'évèché, d'in- 
termiu.iblos .li-seulimeuls, dont i! se lirait en 
répétant toujours ce qu'on ne voulait pas 
comprendre, linlîn, l'évêque mort ayant été 
remplacé par Mgr Mathieu, l'abbé Jacquinol, 
curé de LouvcnioiU, crut devoir signaler, au 
prélat, ces fameux, budgets qui avaient valu 
jusque là tant d'ennuis à leur auteur. luconli- 
neul l'êvè iuc lit da curé d'Eclaron son chance- 
lier éiiiscopal, et son successeur, en 1837, en Qt 
son gran I vicaire, spécialement chargé du tem- 
porel du culte public. Pendant quarante ans, 
l'abbé Vouriot resta silencieux à ce poste, 
visaul des comptes, approuvant des budgets et 
répondant aux consultations. 

A partir de 1836, l'abbé Vouriot, soumis à 
l'action directe et à l'initiative élevée de Mgr Pa- 
risis, dut poursuivre l'œuvre inaugurée dans 
son presbytère. Le jeune évèque élail persuadé 
avec raison, que la bi^mne tenue des exercices 
financiers l('ucha;t giavem ni aux intérêts 
de la foi; il savait d'ailleurs, [lar sa propre 
expérience, combien, pour y réussir, il fallait 
s'appuyer fortement sur le décret de 1809. Son 
jeune collaboiolcur, fondé sur les mêmes con- 
victions, s'était déjà initié avec un certain 
succès, aux i!élails d'une gestion intelligente. 
Ces deux hommes se mirent donc à l'œuvre, 



résolus d'élaborer à eux seuls tout l'édifice 
d'une législation qui concilierait, dans une 
juste mesure, les exigences de la loi civile et 
les principes du droit canon. Ces deux hommes, 
on peut le dire, étaient faits l'un pour l'autre, 
et très-propres tous les deux à ce grand travail. 
Le [irélal avait l'esprit plus élevé, le vicaire 
l'avait plus pùr; l'un posait les princip''S et 
ouviait les grands horizons, l'autre, terre à terre, 
dénouait le problème des applications irrépro- 
chables. De là, le grand nombre de circulaires, 
adressées au clergé diocésain et communiquées 
confiilenliellemeul à l'épiscopal, circulaires qui, 
pour devenir le Manueldes conseils de fabriques, 
n'eurent besoin plus lard que d'un lourde main 
et d'un fd de brochage. 

Lorsque l'autorité centrale donne nue impul- 
sion, il e-t rare, dans le clergé, qu'elle ne soit 
pas reçue, parfois exagérée. En présence de ces 
réformes incessantes, les curés s'abonnèrent an 
Journaldes conseils de fabriques; il n'y eut bientôt 
plus de presbytère qui n'eut son Vouriot. De 
là, avec Tinfluence combinée des controverses 
sur la liberté d'enseiguement, un certain esprit 
processif, pour l'emporter par la voie du con- 
tentieux et de haute lutte. Ce fut le temps où 
l'abbé Favrel disait ne pas comprendre qu'un 
bon prêtre restât plus de Irois ans dans la 
même paroisse. On ne voyait plus sur les routes, 
que des ménages de curés; un, qui vit encore, 
eut trente-six changements en vingt ans. 11 y a 
là un évident excès. Sans appuyer sur la ques- 
tion de l'inamovibilité, il est clair que des pro- 
cédés si péremptoires sont plus malheureux 
que sérieux. Il est bon, sans doute, de tenir 
parfaitement ses budgets et d'ajuster ses dé- 
libérations ud unguem; mais il n'est pas né- 
cessaire de les lancer ni de les défeod:e 
unrjuibus et rostio. La plupart des maires et 
des conseillers municipaux n'entendent rien à 
ces procédures. Dès que vous les abordez, il»- 
croient que c'est une déclaration de guerre e( 
se refusent, sans y regarder, aux demandes le- 
plus légitimes. Le salpêtre s'enflamme dan- 
toutes les têtes, les afl'aires s'embourbent et la 
pratique religieuse est en souffrance. Il van( 
beaucoup mieux taire les choix un peu plus 
bonnement. Le curé qui obtiendra le plus des 
administrations municipales est encore celui 
qui demandera le moins et qui n'enverra pas 
de papiers impératifs. 

Mais ceci n'ôle rien au mérite scientifi {va 
de l'abbé Vouriot — Pour préciser les cliord- 
avec toute la netteté désirable, le vicaire gé- 
néral lie Langres [^mbliait, en 18oi, et réédiiait 
en iSli, son Maintrl des conseils de /abnques. Lî 
titre en dit l'objet. C'est un livre complei, 
exact et clair, très-fondé sur les principes,. 
Irès-explicite pour tous les détails : il just:li'> 



l 'iliC 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



bien s.)ii nom île Mnnnnl. Fj'aut'^ur avait publié 
pi'éi'(;ii.;mm nt doux L'ili'.ioiis irune Instructùm 
pratique sur la cnm|italiililé l'abricionue. î'ar le 
fait, l'édition do 1872 est doue la quatrième. 
C'esluiivoluine Jg230 pnqr-sin-ijiiui compte six 
séries de pagination, par où \'tn\ croil qu:i cer- 
tains scrupules d'exactiludeaboutissentaisémrnt 
à de véritables confuéions. Daus sa deuxième 
forme, cet ouvrage comprenii, outre l'instruc- 
tion pratiiiuo sur tous les objets d'administra- 
tion cléricale, un code des fabriques, renfermant 
les diî^posilions du droit ecclésiastique et du 
droit civil qui les concernent, et un appendice 
de documents historiques, plus un répertoire 
servant de table analytique et alphabétique à 
l'Instruction prafiqve, et d'autres tables qu'il 
est supirflii d'énumérer. Dans l'ensemhle, c'est 
va travail magniliqu'; il a été honoré des 
suûVai^es du cardinal Matthieu, du |irii!i'e de 
la ('(jur-d'Auvergne, archevêque de Boiii'ges, 
des évèqucs de Laugres, d'Orléans et «l'Arras, 
il est classique daus un certain nomiire de 
diocèses. 

L'administration :!es bilans exléjiasliques 
soulève des questious d'autant plu< j4'raves, 
qu'elles tiennent souvent à la conslitution 
raïune do l'Eglise et aux conditions nécessaires 
de fon u;!iuvi'rnemenL Ces questions, liien que 
très-imjiiiitin'.e-, étaient plulôt tlvoiiques 
et histoiiques ijue pratiques; elles n'avaient 
pu trouver place dans le M niiiel, parce qu'elles 
n'étaient pas du domaine <les co:iseils -Ai- fabri- 
ques; mai'r comme l'Iles iiniiortalent nus gar- 
diens aus-i saines que lidcii's, du dcpoi sacré, 
l'abbé Vouriot eu iil le sujet d'un <iuvra^c à 
part. Ce fut le Traité de la propriété et de 
Vadndaistralion des biens ecclésiastiques, publié 
en 1872, ^raml in-8 Je i2oO pages, suivi, en 
■187.1, d'un complémanl de liO page.-. 

Voici en quels termes nous rendions compte, 
en 1872, dans le Courrier de la Hante- Marne, 
du Traité de la propriété des biens ecclésiastiques : 

« La propriété c clésiasiique éUiit autrefois 
un principe de droit public. Après trois siècles 
ai perséculion, l'Egiise s'était vu; admise, 
comme plus lLauleex[iresion de la persounalité 
morale, à la [lossossion permanente des biens de 
ce monde. De Con^tanlin a Théodos", de Jus- 
tinienàCliarlemagne, de saint Louis ilc France 
à Louis XIV, sous des furmes diverses, le prin- 
ci:ie de la propriété cléricale avait été admis 
sans conteste et le fait n'avait soulTert d'at- 
tciulc's que celles d-s prissions. Louis XIV, le 
premier, abusé par les ïîlusions du césarisme 
païen, s'était attribué, sur les biens de l'Eglise, 
un oroit de rêve ulication. l'iu- laid Mirabeau, 
s'emparunt des idti-es du ^ran 1 roi, et trans- 
pi. riant ù la naliuu l'absolutisme du pouvoir 
{ivit, avait fait cnicer, dans le domaine na- 



lionil, tons les biens immeubles des églises de 
France. C'est sur celle spoliation i|ue reposa 
le légime actuel du morccllcm'nt propriétaire, 
régimî, au reste, que rEj:lisc respect^', par 
décision expresse et irrévocable du Souverain- 
Ponlife. 

» Mais après la confiscation îles biens ecclé- 
siastiques, il fallait pourvoir au culte de Dieu 
et à l'entretien du clergé. La i]ui\slion de pro- 
priété, supprimée en fait revenait donc en 
principe et, depuis Ît2, idle s'impose à toutes 
les mélilalioas du législateur. En France, où 
la tradition révolulionnaire se poursuit tou- 
jours contre l'Eglise et se retourne, par suite, 
contre toutes les aulre- institutions, le prince 
n'a guère fait que maintenir les conliscations 
et octroyé un semblant de pro|iriété, toujours 
révocable, soit par une décision d'arbitraire 
sans appel, soit par nn coup de force des 
émeutes populaires. Depuis le concordat et le 
décret du 30 décembre 1809, on a enregistré 
avec joie les petites concessions du prince et 
l'on s'est appliqué à asseoir, sur ces concessions 
gracieuses, une jurisprudence qui en assare 
les bicnfails à nos pariri>>e?. Nos orateurs de 
1790, rarilievèqucd'AixBoi-gelin, l'abbé Maury, 
l'abbé de .Montesquiou, l'iibbé d'Eynard, l'évê- 
que de Nîmes, avaient, on peut le dire, épuisé 
la question. Mais I urs discours avaient été 
étouifés par les cris de la révolte, et les biens 
de l'Eglise dispersas par la cruelle inepti • de 
gouvernements qui firent plusieurs fois ban- 
queroute, malgré ces vols. N s modernes apo- 
logistes ont donc du reprendre en sous-œuvre, 
la défense de la propriété ecclésiastique. Trois 
hommes se sont spécialement consacrés à ce 
service, l'abbé Balmès, Mgr Alfre et M. Vouriot. 
Le philosophe espagnol étuiie la propriété 
ecclésiastique au point de vue des résultats 
historirpies. thèse très-solide, trahie depuis par 
tous les libéraux, même c itholiques, Mgr Affre, 
à propos de la destruction oe l'archevêché de 
Paris en 1831, pose la quf^s^ion juridique et la 
discute en jurisconsulte d'ailleurs ému par les 

récentes avanies de son église. M. Vouriot 

C'est de son écrit que nous voulons parler. 

» Après une vie de silencieux labeur, au seuil 
d'une vieillesse enviroouée l'une considération 
unanime, l'honorable vicaire général de Lan- 
gres publie, coup sur con|>, quatre ouvrages : 
le Maniet des conseils de fabriques, seconde édi- 
tion remaniée di- fond e.i comble; les Pouillés 
du diocèse de Lan.;res depuis le xV siècle, que 
l'auteur, avant d'en avoir achevé l'édition, 
croit devoir compléter par un supplément et 
que l'on pourrait rendre plus utile, par une 
longue intrjduction, dont Guérard a offert le 
type; une Dissertation sur la capacité civile 
des diocèses, des paroisses et des établifscm'^nri 



LA SRMAINE DV CLmr.t 



14U7 



diocésains, ili*?i'iliilioii qui vient cl'è!re con- 
sacrée par Qoe réoonlo ilécisiou ila minisliTC 
de* cullos ; enfin le tr.iité De la propriété et de 
Fadminislrution d'S hinns ecclésiastiques. Voilà 
une viei!li'i=-e i]ui se renouvelle comaie la jeu- 
nesse de l'aigle. 

» Le traité De la propriété ecclésiastique est 
divisé en qu;itre sections : la première con- 
cerne la propriété en général et la propriété 
commune en particulier; la seconde, les églises 
et lei cialiiissements ecclésiasliiiues; la troi- 
sième, les paroisses et les établissements pa- 
loissiaux; la iiuatrième I nfin, les attributions 
respectives de l'antorilé religieuse et de l'au- 
torité civile, ainsi que la compétence des lois 
civiles relativement aux matières ecclésias- 
tiques. 

» Ce plau, très-logiquement conça, va du 
général au particulier el embrasse le sujet dans 
toute son étendue. Toutefois les dernières sec- 
tions nu sont que les conséquences des pre- 
mières ; les droits de juridioliou et d'adminis- 
tration reposent, en clkt, sur te droit de 
propriété. C'e^t donc sur les premiers points 
que doit se cunceutrer tout l'elTort de la dis- 
cussion. L'auteur les expose d'une manière 
méthodique et les élucide dans une tiès-L;iande 
abondance de lumière. Non content d'mlerr.'ger 
les juristes et les eanonistes, il s'informe près 
des historiens et des philosophes, et se prévaut, 
par opposition, même des arguments du socia- 
lisme. C lie parllL- 40 la disinssion est la plus 
neuve. Il y manque pourtant quelques cano- 
nisles contemporains; nous aurions voulu 
aussi de plus larges emprunts à l'histoire et 
à la philosophie moi aie, mais l'abondance des 
matières aura sans doute contraint le vénérable 
auteur à rali:tcr:tion; à part cette légère obser- 
valii-n, le livre est aus-i s li lement rempli que 
logiquement conçu ; la trame des chapitres 
serre ses liens avec une force invincible; et 
chaque chapitre, pris en détail, ressemble à 
un rouleau de fil de fer. 

» Dans les dernières sections, l'auteur passe 
de la spéculation à la pratique. 11 est là sur son 
terrain. L'ancien et le nouveau droit n'ont pas 
de secret pour sa fidèle raéiucdre. 11 n'y a pas 
un arrêt des anciennes cours, pas une déci- 
sion du Coi;seil d'Eiat, pas une circulaire mi- 
nistérielle, pas un arrêté préfectoral ou un acte 
diocésain dont il n'ait examiné à loisir toutes 
les parties, pesé les mots, saisi le sens et gardé 
laforce. Ue ce chef, M. Vouriot estun maîlrepins 
fort que Mgr Alfre, plus pratique que Mgr si- 
bonr, trés-redouté au ministère des cultes. Dès 
que son livre sera suffisamment connu, il sera 
consulté des avocats et prendra, au Conseil 
d'Etat, contre Vuillefroy, Vivien et plusieurs 
iutres, la défense de l'Eglise. Noas ne serions 



pus étonne d'a|i;.ren Iro q;ia njus lai devons 
déjà quelques victoires. 

» Le matériel du livrj laisse beaucoup à dé- 
sirer : le caractère est trop petit, 1 1 composi- 
tion trop compacte, le papier pas assez ap[>a- 
rent et le volume, par suite, un peu étriqué. 
J'aurais voulu, jiour ce maître livre, un maitre 
in-octavo. De plus, il y a beaucoup de fautes 
typographiques. Si la vue, fort courte, de Tau- 
leiir, ne lui permettait pas de les éviter, nous 
nous étonnons que, dans une ville qui compte 
tant d'illustrations, il ne se soii reixontré per- 
sonne pour 61er ce lustre de fautes. 11 y a bien 
des errata bons pour rétablir h) vrai sens de 
l'auteur, mais les errata n'empêcheront jamais 
les lecteurs d'iiicriminer le prote de l'impri- 
meur. 

» Malgré CCS fautes typogrnphiqn.s, l'ou- 
vrage de .M. Vour ot sera dèsnrm.ii.s, avec les 
écrits des Aûre. dei Gaudry, di-s Sibour, des 
André, desD;eulin,un monument de la science 
ecclésiastique, le dernier en date, l'un des 
premiers parle mérite. Il suffira, croyons-nous, 
de le signai, r, pourqu'il passe immédiatement 
sur les rayons de tous les presbytères où l'on u 
l'amour de l'Eglise, l'iulelligeucc de ses droits 
el la résolution de les faire respecter. » 

Ce compte rendu fait pour !e pubhc ne per- 
mettait pas, eu égard à la situation de l'auteur, 
des critiques motivées. Cependant, comme 
toute œuvre humaine, cet ouvrage avait ses 
imperfections, qui furent signalées confiden/iel- 
levient à l'abbé Vouriot. Nous les donnons iii 
avec les réponses du vicaire général. 

On lui reprochait d'abord d'avoir trop ap- 
puyé sur le principe rationnel de la propriété, 
as assez, et surtout pas as=ez évid 'mmeut, sur 
e principe surnaturel de ce droit. Vous parlez, 
lui disait-on, de la ti.éorie de la propriété en 
général et de la propriété commune en parti- 
culier; vou- glosez sur la distinction des choses 
des biens el des pei^onnes ; vous épiloguez, sur 
les personnes morales réelles on fictives; vous 
vous étendez sur les di-linctions de [iropriélé, 
de domaine, d'administration et île juridiction. 
Très-bien; mais vous laissez trop à l'écart le 
souverain domaine de Dieu, le d'-oit divin de la 
propriété, surtout le droit divin dii la propriété 
eccÙsiaslique. Sans doute, vous ne méconnais- 
sez pas ces vérités capitales; mais ce qui de- 
vrait éclater au premier plan, ne se trouve 
chez nous que po- transennam. Aussi remarquez 
bien que, sur ces principes acceptés de vos ad- 
versaires, vous ne i>ouvez asseoir que des ar- 
guments douteux; qu'entre eux et vous, per- 
sonne ne sait où est le droit ; que les socialistes 
tirent trés-jusleraeiit de ces mêmes principes, 
la négation radicale du droit de propriété; et 
que le deru'er dél'eoseur du droit proprié- 



l 



J458 



LA SEMAINE DU CI.EKGÉ 



taiic, Thiers, dans ses famoux raisonnoments 
coulre l'rouilhon, trmive Un\i jns'.e Cl^ «jui lui 
prrmctlait, i!:ais ['f/isloirc de- ta liévolulitm, 
fl'innofinier la spolialioii de l'Egllsi-. Kvidem- 
menl votie base d'aigumenlalion manque de 
solidité. 

En fécond lien, on reprochait à l'alibé Voiv 
riot, de n'avoir pi-; parlé dans sou livre de la 
Jégi-Ialioii canonique df, la propriété. Comment! 
Jui di?ait-on, voli> faites un livre sur la pro- 
priété ecelsia-ilique, et vous ne dites pas un 
mut des lois tra.litiniinelies de l'Eglise, sur 
cette proprirté sacrée. Mais c'était là votre pre- 
mière manifestation du droit, votre [U'emier 
argiimei'.t de presiiiplion, la meilleure sourcj 
de lumière pour découvrir les raisons suprêmes 
de ce droit auguste. Les canonistes en parlent 
longuement; les jurisconsultes y recourent 
avec attention ; les so ialisles et les libéraux 
se ruent contre cette barrière historique ; et 
vous, prêtre, vicaire général, apologiste de la 
propriété ecclésiastique, vous ne parlez de cet 
ar-jimont qiie par prélérition. C'est WiS^i d'un 
mo!, ou plutôt sans rien dire, la discipline de 
Thomas-iii. 

En troisième lieu, on reprochait à l'abbé 
Vouricit de >'ètre tû absolument sur les bien- 
/oifs sncinvx et pcflitiques de la propriété cléri- 
calo. Dans un siècle ulilitairt, lui disait-on ; en 
un temps où la propriété civile est battue en 
brèche à c<iuse de S'» abus présumés, où la 
propriété ecclésiasti'|ue est niée, parce qu'on 
n'y voit qu'uue usurpation sur la généralité des 
cit lyens et ute inja-ùie envers le pauvre pe;;- 
p!c, vous ue di'.i s pas uti traître mol îles etleis 
publics de Cf; droit. Vous revendiquez votre 
droit comm :■ un bien absolument dû ; vous vous 
enfeimez dans voire {iropriété comme dans un 
tiibernacle soustrait aux regards d' la foule. 
Vous ne faites valoir de voire drot, que ce 
qui le rejid odieux ou suspect, vous passez sous 
silence ce qui lui vaut la gratitude, ou, au 
moins, un décret d'amnistie. Pourquoi compro- 
œetire ainsi votie thèso par le silence el lais- 
ser peser sur le< béneiiciers ecclésiasliijiics, 
l'imbécile accusation qui ne veut voir, dans 
leur bénéfice, que matière à sensuelles jouis- 
sances? 

L'abbé Vouriot répondit qu'en effet, il n'a- 
vait pas parlé, dans son livre, de ces trois 
choseSj au moins avec le détail qu'on eût voulu, 
parce (\w. tel n'était pas l'objectif de son livre ; 
que son livre était avant tout pratique ; que 
ces considérations seraient mieux à leur place 
dans uu traité historique et plus général sur la 
propriété ecclésiastique ; que le point de vue du 
canonique pur aurait eu [leu de force contre ses 
adversaires; qu'eiiliri des déductions plus har- 
die»., eusenl été, à son gré.urématuréeset qu'il 



voulait aller lentement, pour aller plus sûre- 
ment. Uu leste, rendant [deine justice aux ob- 
seivalionset aux intentions de la critiipie, pour 
priiteslr contre les mauvais propos de plu- 
sieurs faux frères, l'abbé Vouriot voulut offrir 
an exem[daire de son appendice, comme mar- 
que de sa particulière estime. Ite quoi il fut 
remercié devant Dieu, le cnusour jugeant inu- 
tile de se prévaloir devant les hommes des ho- 
norables sympathies de l'abbé Vouriot. 

{A suivre.) 

Justin Févre, 

protonotaire apostolique. 



COURRIER DES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES 

UNIVEKSITÉ CATilOi.I'jUE DE LILÎ.C. 
Ses origines. 

C'est au sortir m'-me des épnuva'ites de la 
dernière guerre et de la Commune que les ca- 
tholiques de la région du Nord, les premiers, 
se groupaient en comités, embrassaient avec 
ardeur toutes les œuvres de réparation et de 
salut, et préparaient dans la méditation et la 
prière les premières assises d'une Université 
catliolique 

C'-s premières assises appiraissent au cor - 
grès régional de Lille de 1873, qui réclamait 
a de nouveau et avec plus d'instances, la li- 
berté de l'enseignem^ut supérieur, au nom du 
droit imprescriptible des pères de famille, au 
nom du droit sacré des pasteurs de l'iiglise à 
qui il a été dit : Allez et enseigne! toutes les na- 
tions; et qui émettait le vœu « que des éco- 
les de hautes études servant de préparation et 
d'acheminement à une université fussent fon- 
dées dans la région du Nord. » 

Ce vœu ne demeura pas stérile. Après quel- 
ques séances de la commission spéciale qui 
s'occupait uC cette matière, et que présidait 
iMgr Monnier, évéque de Lydda et aux liaire de 
Cambrai, il fut résolu qu'en attendant le v-ite 
du projet de loi sur la liberté de l'enseigne- 
ment supérieur, l'on ouvrirait à Lille, pour 
l'année scolaire 1874-75, des cours où se don- 
nerait l'enseignement de la première année de 
droit. C'était une résolution hardie et sage, 
car on aurait à présenter, en lemp^ utile, des 
faits à l'appui des demandes, et l'Assemblé ■ 
nationale ne pourrait se refuser à reconnaitr;! 
possible ce qui avait un commencement d'exis- 
tence. 

Aussitôt, l'anciin hôtel de la préfecture fui 
loué pour eu faire le berceau de l'œuvre nais- 



LA SEMAINE DU CLERGÉ 



UBt 



santé, et quelques i^Ièves purent èlrc réuni» 
autimr de trois inofesscurs. Ce début modeste 
jioiivait donner ]>en d'espérances à teux qui no 
voient que le côlé liumiiiu dc>: choses; mais les 
organisateurs élaiinl des hommes de foi, el, 
dans ce ficrm^, ils virent déjà l'arbre puissant 
qui porterait tant de fruits à l'avenir. L'on 
peui augurer sûrement dès aujourd'hui qu'ils 
ne siMOUt pas déçus dans leur espoir. Ajoutons 
qun. pour mieux s'assurer le succès, ils deman- 
dèrent iiu Souvernir-Poutife de bénir leur en- 
Irepiise et tous ceux qui y prèturaicnt leur 
c> ncDurs, ce que Sa Sainteté doigna faire en ces 
t( unes : « Que le Dieu tout-puissant dirige vos 
conseils, et, pouivu qu'en toutes clioscs vous 
soyez soumis à la direction du premier pasteur 
lîe l'Eglise, je bénis vos tiavaux et vous ac- 
corde ce que vous demandez. » 

L'Insli tut ca;hol:que de Lille, tel est lenom qu'il 
porte encore mainleiiout, fonctionnait déjà depuis 
un an quand la loi sur la libeité de rensii^ne- 
jueut supérieur fut votée. Jusque là il n'.ivait 
existé que par loléraiice ; désoimais il avait la 
loi pour lui. Mais cette loi faillit lui devenir 
■funeste. Car plusieurs évèques, sur le corf ours 
desquels ou avait espéré pouvoir compter, don- 
nèrent leur adhésion à l'universilé ca'liolique 
de Paris, en sorte que l'œuvre de Lille n'eut 
plus pour la palroner et la soutenir que l'ar- 
chevêque de Cambrai et l'évêque d'Arras. 

Notons, en passant, que les catholiques de 
Lille ont déjà à supporter de lourdes charges. Il 
Inir faut, premièrrmcnl, payer environ 40,000 
IVaucs chaque année pour l'enseignement des 
Frrres, le conseil municipal, qui est radical, 
ayant supprimé toute subvention pour l'ensei- 
gni>ment congréganiste, et fondé 'les écoles 
protestantes ; et, en second lieu , subvenir à une 
souscription annuelle iudispens^ible pour bàlir 
des paroisses et entretenir le clergé, le conseil 
muniripal laissant des populations entières sans 
églises et sans prè'r s, et ne voulant bâtir que 
des temples protestants et ne donner de trai- 
tement qu'à des hérétiques. 

De plus, le ministère de l'inslruction publi- 
que venait se joindre à tant de haines, et après 
l'école de plein exercice promise, se décidait à 
ouvrir une faculté de médecine de l'Etat pour 
ruiner les eSorts des catholiques. 

Telle était la situation. Les bâiiments étnient 
acqui', non enlièreaiLiit payés. Ne valiil-il pas 
mieux abandonner l'entreprise et se joindre 
aussi à Paris? 

Bénis et encouriigés par le Pape, les fonda- 
teurs pensèrent qu'i:s devaient continuer leur 
<euvre. Le 2 août, unebéunce de la commission 
eut lieu, et il y tut arrêté qu'on ouvrirait, à la 
rentrée des classes, 1° des cours de sciences et 
de leUr s pour la préparation au baccalauréa 



et à la licence, et qu'on transformerait, l'année 
suivaide, en lacultés; 2» une faculté de ilroit 
complète, et 3» des cours de première année d» 
médecine. 

l'our les cours de médecine, il fallait des mtf 
ladcs; la loi du 12 juillet fait à cet égard aux 
uiiivcrvités libres une situation presque sans 
ssu' . La Providence vint au seiours de l'uni» 
versilé de Lille : elle fitariiver aux mains des 
fondateurs une auu:one de près de 150,000 
IniiKS pour les pauvres iiialades. C'était le 
comon-ncement de la fondation d'un hospice 
catholique. Mais il fallait cnmmencer de suite. 
Or, la municipalité de Lille possède un splen- 
dkle hôpilal déjà liâM, mois qui, faute de res- 
sources, ne s'ouvre puini. Un ufirit de payer à 
la miuiicijialilé 140,000 francs pour avoir le 
dioit de faire le service médical de deux pavil- 
lons lU; cent lits chacun. La municipalité, mal- 
gré ses icpugîiances ladicales.ne put faire au- 
liemi ni que d'aciep'.er; on ne refuse pas les 
se:\ices d'un excellent serviteur qui, au lieu 
de demander des f-ages, offro de [ayei' un gros 
rt;vcnu à si d maiire. Ce]iendant des difficultés 
d'un autie erdre, 1 1 ini iiialement l'élahlisse- 
ment des laboriUoires tt la formatinn des col- 
leclinns, duienl laire ajourner li l'année sui- 
vante l'ouverture des cours de médecine. 

Quant aux cours de la fuculté ce droit, ils 
s'ouvriient, ainsi nue cela avait été préalable- 
ment annoncé, le jeudi 18 novembre. Nous en 
reproduisons ci après l'affiche, qui fait connaî- 
tre en même temps le personnel et le règle- 
ment. 

Cour* et ConPérencee, Personnel, 
Règlement de la Taculté de droit. 

Première année. — Cours de droit romain, 
par M. Ory, les mardi, jeudi et samedi, à 
10 h. 1/2. — Cours de Droit civil, par M. de 
Vareilles - Sommières, pro-doyen, les lundi, 
mercredi et vendredi, à 10 h. 1/2. 

Deuxième année. — Cours de droit romain, 
par M. Arlhaud, les mardi, jeudi, samedi, à 

9 heures. — Cours décode civil, pai- M. Rolhe. 
les lundi, mercredi et vendredi à 9 heures. — • 
Cours de procédure civile, par M.Vanlaer. pro 
fesseur suiipléant, les mi.rili, jeudi et samedi, 
à 10 h. 1/2. — Cours de droit criminel, par 
M. Selosse, les lundi, mercredi et vendredi, f 

10 h. 1/2. 

Troisième année. — Cours décode civil, pa^ 
M. Delachenal, les mardi, jeudi et samedi, f 

9 heuies. — t^ours de droit commercial, pai 
M. Troiley, les lundi, mercredi el vendredi, f 

10 h. 1/2. — Cours de droit administratif, pa* 
M. trousseau, les mardi, jeudi et samedi, à 
10 u. 1/2. 

Duriùial. — Cours de pandectes, par MM 
Ailbuud el Ory. ~ Cours de droit des gens 



«460 



1^\ ùLilAlAE DU l.LhlU.t.. 



par U. Sclo«se. — C^'urs île droit civil appro- 
tondi, pav M. de Vareilles-Somniiùros, — Con- 
férences sur le l'.roil financier, ioduslriel et 
mariliiiip. p ir MM. Trniley l't Grousseau. 

11 esl i'uit, en première anuée, un cours de 
di-oit naturel, et, eu U-oisicme année, un couis 
de droit canon. 

Des conférences obligatoires pour la prépa- 
ration aux examens sniittaites.par chaque pro- 
fesseur, sur les matièics enseignées dans scn 
cours. 

« 1. — Tout étudiant qui se présentera pour 
prendre une preniièie inscription sera tenu de 
déposer, eutre les mains du secrétaire: 

« {" Son a. le ilo naissance, constatant qu'il 
est â-<é lie seize an? accomplis; 

« 2o S'il es', miueur, le consentement de son 
père ou de son InU-ur; 

o 3" Son diplôme de bachelier es lettres ou 
un certificat d'admission à ce grade. 

« Ceux qui n'aspirent qu'à obtenir un ci-rti- 
ficatdc capacité no sont pa> tenus de prudaiie 
le diplôme de bsche ier es iellr.'S. 

« Les étudiants ne peuvent obtenir de nou- 
velle inscription qu'après avoir justifié de leur 
assiduité aux cours, pendant le trimestre 
écoulé. Ceux qui viennent des facultés de l'Elat 
doivent produire un certificat constatant les 
inscripliDUS dej j prise^:. 

« Le prix des iu~criptions sera le même que 
dans le-- facullés de l'E'at. 

« II. — Les cours de la faculté, obligraloires 
pour les étudianis, sauf dispense accordée par 
M. le recteur, pourront aussi èlre suivis par des 
auditeurs non iuscrits, avec l'agrément du pro- 
fesseur. 

« 111. — Des concours et des examens seront 
établis pour les élèves de chajue année et don- 
neront lieu à des récompenses, médailles et 
diplômes d'honneur. 

IV. — L'orgaui=;ition des autres facultés 
qui doivent compléter la future univrrsilé de 
Lille permettra aux étudiants de jouir, dans un 
avenir pruchaiu, du bénéfice du jury mixte. 
Dès maintenant les inîcriplions sont valables 
au même litre que celles qui sont prises dans 
les facullés de l'Etat, » 

Suit l'indication des dates pour prendre les 
inscriptions. 

Voici maint>?nant les: 

Cours et Profeaseurs des Oantea 
Ktades. 

1° Philosophie de la religion (démouslration 
de la religion chrélienne), par M. l'abbé de 
Kernaëret, prélat romain, le vendredi, à trois 
ueuros. 

2° Philusophii^ (logique et métaphysique), 
ar le II. P. Ùelcrme, lecteur en théoloi:ie, des 



Frères Prêcheurs, les lundi, mar ii, mercredi 
vendr-'di et samedi, à neuf hcur.'s. 

3" Droit naturel, par M. Taldié Je Kernaëret, 
les lun li et mercredi, à neuf h 'ures. 

4° Litlérature générale: de l'alliance du vrai 
et du beau dans la littérature, par M. l'abbé 
Ohrand, docteur es lettres, le mardi, à trois 
heures. 

3" Physique, par M. l'abbé B )ulay, licencia 
es scieuees physiques et naturelles, les lundi et 
mercredi, àdeux heures et demie. 

6° Sciences naturelles, par le même, le sa- 
medi, à trois heures. 

7* Langue allemande, par M. Van Becelaere, 
les mardi et vendredi, à onze ln'ures. 

8" Langue anglaise, par le même, l.'S lundi 
et jmdi, à onze heures 

Ces cours sont principalement suivis par les 
meilleurs élèves des séminaires liiocésains, qui 
y sont euvoj'és pour s'y préparer au baccalau- 
réat et à la licence, soit dans les lettres soit 
dans les sciences, et être employés dans le pro- 
fesr^orat, suivant les nécessités. 

Termnons ce parjgrapUe par deux noms que 
nous aurions dû mettre à la tète du personnel, 
et qui sont Mgr Monnier et l'abbé llautcœur. 
Mgr Monnier, évèque de Lydda, auxiliaire de 
Cimbrai, est investi du titiede chan elier pon- 
tifical, c'est-à-iliro qu'il représente le Sainl-Siége 
et garantit l'orthodoxie. .\I. labh^ Hautcœur, 
docteur eu Ihéulogie, remplit la charge de r c- 
teur. 

(A suicre.) P. d IIauïjîrive. 



Variélés. 



M. CHALLEÎ51EL-LAC0UR 

ET LES l'Ki'îli.-^ l::; l.'liv-LisiJ. 

{I-in). 

Lactance. — « L'on lira peut-être : Si l'àoif 
est immortelle, pourquoi la faites-vous passil» e 
et l'ouvrez-vous à la douleur? Si elle esl punie 
à cause de ses faules, elle sentira la souflrajijcf 
et même la morU Que si elle n'est pas suj -11': à 
la moi't, elle ne doit pas non plus soufiVir. Les 
stoïciens répondent aiasi à l'objection : L'âaïF 
des hommes demeure, et n'est point anéantie 
par l'aiTivée de la mort : celles des justes, pure? 
et impassibles, remontent au séjour bienheureux 
du ciel, qui est leur origine; où elles sont ravies 
dans des champs fortunés, qui leur ofïrent la 
jouissance d'admirables plaisirs : mais celles des 
impies, qui se sontsouillées de crimes, tiennent 
une moyenne entre la nature immortelle et la 
nature mortelle, et gardent les faiblesses qu'elles 
ont conlractées dans la compagnie du corps^ 



I,.\ SKM.MNE DU CLElU.i 



li'it 



Eîi laves (les (i'sir^ ot dc^ [lussions <h- la cliair, 
elles traîncnl irn-vitablement après elles la fu- 
mée et les souillures de la terre. Après avoir 
vécu longtemps au milieu di' ces désoidrcs, les 
àmc's prennent une telle natui'e que, sans périr 
en entier, puisqu'elles viennent de Dieu, elles 
tleviennent sensibles aux tourments, a raison 
des taches du corp- qui, gravées en elles par le 
jiéché, leur donnent accès à la douleur. » 

Qui ne verrait, dans ce système d'S stoïciens, 
le principe mal entendu et mal appliqué parle 
rhéteur Arnobe? 

Mais Lactance n'eat satisfait qu'à demi de e^tte 
réponse: « C'est presque vrai, dit-il {Diiiin. 
inst., 1. VII, c. xx). Alors q\iclle est donc, sur 
la n.iture de l'ame, l,i vérité tout entière? 
Lactanca va nous l'apprendre : « Lorsque l'âme 
est jointe au corps, dit-il, si celui-ci manque 
de loices, celle-là est aOaiblie par le mal ; et, 
en vertu de l'union (|ui existe entre les deux 
naturis, rim[ierfec!i 'n de la thiàr rejaillit 
jusque surràmc. M« .=, quand l'esprit sera séparé 
(lu cuips, il auia It vie en lui cl sera déli- 
vic de toutes les inlii mités de la comiiliun pré- 
sente, parce qu'il se ^cra dépouille de son enve- 
loppe fiagile. Cepriidan), nous dit-on, l'œil 
arrac'hé au corps et sépare de lui, ne pourra 
plus rien voir; aiii.-i l'âme, séparée du corps, 
ne sentaucune impression, puisqu'elle fuit partie 
du corps. Le principe est faux, et ia comparai- 
son cloche; car l'âme n'e.-t point une partit! du 
corps : seulement elle l'haljde. Ce qui est con- 
tenu dans un vase ne fait point partie du con- 
tenant, et ce qu'on voit dans unii maison n'est 
pas une partie de la maison elle-même. Ainsi 
l'âme n'est point une portion du corps, puisque 
le corps est le vase ou la maison de l'âme 
{//j., c. Xll). B 

Qui ilonc, malgré des témoignages aussi for- 
mels, prit sur lui de mettie au nombre des ma- 
térialistes le philosophe Laclance? Mais l'on a 
même osé faire cette injure à saint Hilaire, 
évèque, confe-seur et docteur de l'iiglise. 

Saint Hilaire. — En son commentaire sur 
l'évangéliste saint Matthieu, l'évêiiue de Poitiers 
écrit les paroles suivantes : « Jl n'y a rien qui, 
dans sa création et sa substance, ne soit corpo- 
rel; et les élén.enls de toute chose, soit an eiel, 
soit sur la terre, soit visibles, soit invisibles, ont 
été formés de la sorte. L'espèce des âme*, qni 
vivent dans le corps, ou qui sont sorties de la 
chair, ont la substance corporelle de leur nature; 
car toute créature est nécessairement dans sa 
place. {Comment, in. Mail., c. v, n" 8). n 

Il semblerait d'abord que saint Hilaire donne 
la main au.x partisans d'E|.icure, en snppo-ant 
notre âme i>élrie de matière, comme notre 
corps. L'n tel sentiment est loin de sa pensée. A 
auelle occasion narle-t-il de la sorte? Il se pro- 



jiose de guérir les vaincs frayeurs des hommes 
au sujet des destinées de leur corps. Aujourd'hui, 
est-ce que la vie n'est pas plus que la nourriture 
et le corps plus que le vêlement? Si votre l'ère 
vous accorde la nourriture et le vêlement, â 
combien plus forte raison maintiendra-t-il 
l'unioB entre votre corps et voire âme, puisqu'il 
a fait l'âme pour habiter le corps, et qu'il tant 
que toute créature soit à sa place? S'il en est 
ainsi, atlemlez-vous de mèoie à ce que votre 
âme, qui doit se Siiparer momentanément de sa 
demeure terrestre, retourne un jour dans \i: 
corps, qui est son vêtement nécessaire. Mais ne 
vous inquiétez ni de la nourriture, ni du vête- 
ment que Dieu vous donnera au jour de la ré- 
surrection, parce qu'un tel souci ferait peu 
d lion neurâ votre Dieu : « Puisqu'il faut que 
t.ute créature soit à sa place, Dieu, blâmant 
l'impudence d'une interiogation inutile , ne 
so\ilire pas, qimud il doit placer b; corps et 
l'àme dans le séjour de l'éternité, que l'on ait 
de la soUiciluile au sujet des vêtements et des 
habits de l'antre vie; de crainte que le Seigneur, 
qui se proposa de nous faire la grâce la plus 
précieuse, c'est-à-dire de réunir le corps et 
l'âme, ne soit injurié par vos défiances à l'occa- 
sion des choses de moindre importance (Ib.) » 

Tel est le fond de la pensée du célèbre docteur, 
comme l'on pourra s'«n convaincre soi-même 
en lisant attentivement ce passage, avec ce qui 
le suit et le précède. Au reste, si nous enten- 
dions le texte en question dans le sens de la 
matérialité de l'àme, il nous serait impossible 
de 11' coucili I avec d'autres endroits où^l'évèque 
enseigne primitivement que l'âme est incorpo- 
relle. 

« L'intelligence, dit-il quel ; no [lart, est une 
faculté propre à la raison humaine; et c'est 
pourquoi nous avons rei;u la nature spirituelle 
de l'âme; alin que, par elle, nous courions au 
sens de l'intelligence, leijuel seul participe à la 
rai-on. Mais, accablés de vices et tyrannisés par 
les plaisirs de la nature charuelle, nous négli- 
geons le soin de contempler les choses intelli- 
gibles {In Ps. LU, n" 7). » 

Ailleurs il fonde la spiritualité de l'âme sur 
la vision intuitive, qui fait le bonheur des cœurs 
purs, dans l'éternité : car, dit-it, personne n'a 
vu, ni ne verra Dieu des yeux de la chair {In. 
Ps. CKViii, n* 7 et 8.) » 

En expliquant le psaume cxxix, saint Hilaire 
s'étend, avec un visible plaisir, sur la doctrine 
de l'imm itériulité de nos âmes : « Dieu, dit-il, 
qui est pait( ut le même ot toujours entier^ 
venait de terminer le monde et allait commen- 
cer son plu- bel ouvrage : il lit donc l'homme à 
son image, le composant d'une humble nature 
et d'une nature céleste, c'est-à-dire d'ânie et de 
corps. (1 créa d'abord l'âme, par sa puissance 



1402 



lA ^;L^!Al^l-l;C ci.i.:;;.:: 



infinie, et toutàfnit inoompréhensilile pour 
nous. Ce n'est p;is pour faire l'homuie à son 
image, qu'il donuait l'existeuce au coips. La 
Gi nèse a déjà dit que l'hoiame fut créé à l'i- 
mngo de Dieu, quand elle nous repr<''Sinle le 
Seigneur prenant de la [loussiore et formant le 
corps; elle nous raconte ensuite que le souffle 
de D'eu lit passer l'hommi; à l'état d'être viviint, 
et réunit en une seule personne, la nature ter- 
restre à la nature célesle. Le lùenlieureux apôtre 
Paul connaissnil bien les luttes que se livraient, 
chez lui, l'homme extérieur et l'homme inté- 
rieur. L'homme du dedans le portait à aimer la 
loi, taudis que celui du dehors l'empêchait d'agir 
Selon sa volonté. L'un désirait les œuvres de 
l'esprit et l'autre convoitait les plaisirs sensuels 
(Rom., vil, 22 et 23). L'homme intérieur, créé à 
l'image de Dieu, est donc laisonnable, agile, 
remuant, prompt, iniorporel, subtil, immor- 
tel. Aulant qu'il est eu lui, il imite la nature 
divine, voyage, s'envole, passe plus vite que la 
parole au-delà des mers, monle aux cieux, des- 
cend ilnns les abîmes, se transporte à l'orient et 
à roccidrat, ce trouvant nulle part la mort, 
parce que la nature de Dieu est partout, et ne 
quittant jamais sa demeure, bien qu'il paraisse 
se rendre ailleurs. L'âme humaine, dout l'acti- 
vité riip[iellc l'image de son ciéateur; ce foyer 
■de vie peipéluel, qui figure l'artion incessante 
de Dieu, n'a rien de coiporel, rien de terrestre, 
rien de caduc [In. Ps. c.xxix, u"'' 5 rt 6). » 

Quelle magnifique peinture del'àmel Quelle 
élevutiou de style et de sentiments ! Vous re- 
gretterez peut-être de voir qu'une tache dépare 
:e tableau : saint Hilaire pense, en eflet, que 
l'âme du premier homme fut créée avant le 
.jorps. Mais il est bon d'observer que son opinion 
regarde Adam seul. 11 se garde bien de généra- 
liser le f ;it, en soutenant, .ivec des philosophes 
et des hérétiques, que Dieu créa dans le prin- 
cipe toutes les âmes qui devaient animer des 
coips dans la suite des temps. 

Saint Ambi'oise. — Nous sommes enfin arrivé 
au dernier des docteurs de l'Eglise, sur lequel 
on a fait planer des soupçons de matérialisme. 
L'on cite à l'appui de crtte accusation les paroles 
qui suivent : a Nous croyons que rien n'est 
■étranger à la comparaison matérielle, excepté 
la seule nature de l'adorable Trinité, qui est 
vraiment pure et simple, exempte de tout mé- 
lange {De Abraham., I. II, no oS). « 

Nous allons voir, par cet exemple, combien 
il est dangereux de juger il'un texte sans tenir 
compte de ce qui le précède et le suit : en agis- 
sant de la Sorte l'on fait souvent dire à un auteur 
le contraiiê de ce qu'il [lense. 

S.iuit Ambroise, dans le passage que nous 
venons d'iudiquer, nous révèle, avec une grande 
hauteur de vues, la loi des contrastes qui régit 



l'univers : il ;iv.iil --.lus doulc à la pensée If 
texte de i'Eccli'siasticpie, i ù nous lisons que 
Dieu lit toutes choses ilcux à deux, une contre 
une. L'homme nous olîre Inimèaie une preuve 
de cette dualité, puisqu'il se compose .l'une 
âme et d'un corps. La chair subit la loi de l'an- 
tithèse, car la plupart de nos membroe sont 
doubles, comme les yeux, les oreille^ h s mains 
et les jamlics. 11 y a aussi deux héuiisphère^ d • 
l'âme : d'un côté elle est ruisonnable, et de 
l'autre côté irraisonnable. La raison perce dans 
l'intelligence et les discours; le seusil)le repose 
dans l'ouïe et la vue, deux organi'S (]ui font 
l'agrément de notre vie. Le monde, à son tour, 
nous [irésente partout une double face, ou si 
l'on aimi' mieux, comme des membres opposés. 
C'est ainsi que l'on voit des montagnes et des 
plaines, des eaux douces et des eaux amères, 
du froid et du chaud. Quelques philosophes 
supposent (jue l'éilier est plus subtil et plus pur 
que les autres êtres de la création; que le monde 
supérieur échappe à cette loi des contrastes, 
que l'on retrouve partout ailleurs. Saint Am- 
broise n'épouse pas ce système, et pense qu'à 
l'exception de la sainte Trinité, tous les êtres 
sont i;'un" nature mixte. 

Lors même que 1 homme aurait une double 
nature, s'ensuit-il que son âme doive être répu- 
tée matérielle? Saint Ambroise nous apprend 
que certains auteurs donnent à la nature divine, 
qui est la siinplicité même, une sorte de vête- 
ment ou de demeure spiritualisés, mais [lourt.mt 
matériels. Ils se fondent sur ces passages, où il 
est dit que Dieu est environné de l'univers 
comme d'un vêlement {Ps. cm, 2); et sur cet 
autre, où saint Paul nous enseigne ijue le Sei- 
gneur habile une lumière inaccessible (l Tim., 
VI, 16). Le docteur de Milan n'adopte pas cette 
hypothèse; il repousse de même hi supposition 
que noire âme serait formée de particules ma- 
térielh'S, ou divisibls : « C'est le Créateur, 
dit-il, ijui -A établi des contrastes dans l'univeis. 
Mais, pour notre âme, qui est agile comme les 
oiseaux, participe à la vertu des autres créatu- 
res, et jouit d'une force particulière pour s'en- 
voler ajx cieux, Dieu ne l'a pas désirée ; parce 
qu'elle s'attache à la Trinité, ijui divise tout, et 
reste elle-même indivise. » Ainsi saint Ambroise 
défend la 'piritualité de l'âme dans le texte 
même où il semblait vouloir l'attaquer. Serait-il 
nécessaire de citer d'autres passages du saint 
docteur? 

Toutefois, avant de terminer cette défense des 
Pères de l'Eglise, nous devons nous arrêter un 
instant sur le nom de ceux auxquels ou a fait 
l'injure de les traiter de matérialistes, sous |)ro- 
texte qu'ils attribuèrent aux mauvais an -'es un 
commerce charnel avec les filles des hommes. 

L'on ne saurait le mettre en doute: beaucoup 



LA SEMAINK DU i.!..„.„. 



14r,3 



de Pères de l'E^li'^e, au commencement, se fi- 
rent les érhos lie cetli; erreur, jioiir'ant assez 
lonnle. Saint Justin i.lit posilivemont que le.-san- 
î-'es, transgross \nt les onlres de Dieu, s'éiirirent 
d'amour pour les femmes, et ençceudrr'ri'.ut des 
filsciu'onapnelad(''moiis(ll Apn/Dij., n°5). AtUé- 
nagore nous rappo te égilenKint que les anj^es 
se souillc'rent avecd îs vierges, et (pie los cnf.mts 
nés de cette union su'rili'£;e hr-rilériiit du nom 
de géants (.A;;ofogr., n° 2i;. Cliiment d'Alexan- 
drie va mi'mo jusqu'à penser tpie l'amour des 
anges pour les filles di's hommesfut la [)rr'mière 
cause de leur chute (Pad -g., 1. n, c. 2), Tertul- 
lien voit, dans le? dcipons, les déserteurs du 
ciel, les araauts des fnioincs et le* auteurs du 
Inxe (Pe/diil,c. ix). SjintCyprieu admet (pie les 
démons sont fourbes el va:^nbon 's, qu'ils se je- 
tèren; dans les vicesdece monde perdirent hnir 
vigueur céleste à la suite de leur commiu'ce 
charnel, el perdent le-; autres après s'être eux- 
mêmes perdus (Oe Id'd. vnniinte). Laetance 
croit aussi que les au^'es se laissèrent éb!(unr 
par la beauté des femmes (y«s/. Div. II c. xn). 
EuS' be regarde les gi5ants comme fils des anges 
déchus {Prap. évang. 1. V). 

B"()ù venait donc cette fausse hypothèse? 
Quelques exemplaires des Septante, où ou lisait 
que les anges de Dieu, voyant la beauté des fil- 
les des hommes, les prirent pour épouses ; la 
persuasion où l'on étui que les esprits immon- 
desexerceulunnvi-rilableaction sur notre chair, 
qu'ils veuli;ul li;dac;' dans la fanue ; nos livres 
S.duls, qui nous racontent des apparitions sensi- 
bles du prince des enfers parmi les hommes, 
Joanèreut peut-être lieu à cette croyance lé- 
çendaire. 

Mais entre ce péché des anges et la matéria- 
lité de leur nature ya-t-il une connexion rigou- 
reusem' nt nécessaire ? Nullement : La preuve 
en est (jne les écrivains, dont nous venons de ci- 
ter les passages, reconnaissent eux-mêmes la spi- 
riiualité des démons. TcrtuUien, a>ant de les 
accuser de fornication, les nomme substances 
spirituelles; et il assure aux païens que ce nom 
n'est pas nouveau parmi eux (/l/)o/., c. xxii). 
Laetance. après avoir parlé des géants el de leur 
origine diabolique, les distingue de leur père et 
de nous, en disant qu'ils n'étaient ni anges, ni 
hommes, mais qu'ils avaient une nature in- 
termédiaire (Jus/. Div., 1 II, c. xiv). Enfin, Mi- 
nuiius-Féiix, cité par saint Cyprien, s'exprimait 
ainsi tout à l'heure : ce sont des esprits hypo- 
crites, vagabonds... 

Mais les auges, étant esprit.<, peuvent-ils donc 
s'unir charnellement à de- femmes? Sans aucun 
doute. « Il est vrai, dit le cardinal de la Lu- 
zerne, que quelques-uns d'entre les Pères ont 
eu sur la substance spirituelle des opinions sin- 



gulièr(îs, qui ne seraient plus admises aujour- 
d'hui. Telle est celle que des an^'es avaient eu 
Ciimmerceaveiî lt;s filles des hoinniis; mais ceux 
qui \\n\i ado|it('e, croyai(;nl que e'('!aient des 
substances spiritU(dles, (jui s'étaient rc^i'lues des 
cor[>s, pour s.' pnieurer les plaisirs du commerce 
charnel (/}/.«. sur la spiritualité de l'âmi: v). >> 
Telle scra-.taujsi la r:'ponse qu'aurait faile saint 
An'-Viistin. s'il avait jugé convenable de dirimer 
la question {De cioit. Dei, 1. xv. c. 23). 

Pour nous résumer : 

Parmi les neuf écrivains de l'iî^ujlise, qui ont 
traité de la nature de l'àme, et que l'on accuse 
de londames malérialisti-s : 

Un seid, Arnobe, ne p'»ut être invoqué ni 
pour, ni contie ; ce (jui i;ou3 éïonne peu de la 
p irl d'un rhéteur du siècle. 

— Deux, qui furent pères d'hérési(!S, sem- 
blent d'aborii favoriser le matérialismi! qu'il? 
abjurent ailleurs : ce sont le ])!d!osnii!i(! Tatien 
et le prêtre Tertnllien. 

— Deux autres, Thr^opliile et Laclaac;!, n'of- 
frent même pas une seule tracede l'erreur qu'on 
leur suppose. 

— U.i l'élèbre catéchiste, Ori:;ène. professe la 
doctrine spiritualiste dans le passage mèuic, que 
l'oa a indigité, ainsi que dans le reste de se? 
écrits. 

— Trois savants et saints évoques, Irénce, Hi- 
liire el iVmbroise, ne sauraient même être 
soupçonn.'s d'avoir cru à la matérialité de 
l'âme. 

— Bref, des neuf écrivains ecclésiasliqnes, 
dout les noms furent mis eu avant, soit [nu- les 
héréii(pies de l'Allemagne, soit par les plidosn- 
plies de Fiance, pas un seul, — écoulez bien, 
M. Challemel-Lacour, — pas un seul n'a admis, 
soutenu et ijrop igé la doctrine abrutissante de 
la matérialité le l'àme. 

Nous avouerons que l'un découvre, çà et là 
dans leurs ouvrages, quel(iues expressions im- 
propres et les opiuioas auj eard'hui démodées ' 
mais le fond de la pensée de nos auteurs reste 
toujours dans l'ortlioloxuîel la vérit '. Philoso 
plies, ils s'embarr:;Sicnt quelquefois dans le la 
byrinthe des systèmes du paganisme; clirétiens, 
ils retrouvent bien vite le til de la foi, qui les 
ramène à la lumière intelligible de notre esprit, 
créé à l'image de Dieu. 

PlOT, 
curé-doyen de Juzennecourt 



Sanctuaires célèbres. 



NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR A ISSOUDUN 

{Suite.) 

Quandle docteur revint le lendemain, il trouva 
mon enfant hors de danger. J'avais mis toute 



•M 



r,A r.i:.\iAi.\E uu clkuc.é 



aia confiance en In Pn^ine du divin Cœur; aussi, 
ïtiis-je convaincue que les prières, faites par les 
re!i>;icuses de Notre FJamo et leurs clcvc.-;, ont 
©bletiu la guérisou de mon enfant. J'ai voulu 
hii en témoigner ma rc'Onnaissanre, en fai- 
sant connaître C(îtte nouvelle preuve de sa ma- 
lernelle bonté. — Estelle Knox. » 

Mur Dnpuis, évêque de Galveslon, au Texas, 
propatjfe la dévotion de son diocèse et demande 
ù Is.'-uiiilun, en 18G7, un (liplôme d'af;t!i:ition 
j)Miir les UrsuliiK's, afin qu'elles [luii-sent célé- 
brer dans leur chapelle les fêtes de l'associa- 
tion. L\ même année, une asîociée écrit de 
Saint-Pierre de la Martinique, en date du 
5 octobre, au supérieur d'Issoiiduu : « Entin, 
après une Ionique et cruelle épreuve, je suis 
guérie par Nolrc-Dime du Sacré-Cœur. Je lan- 
guissais, lié as! depuis cinq ans, et je n'avais 
plus d'espoir de sortir jamais de cet horrible 
état de souffrances, quand je connus la dévo- 
tion à Nutie-lJame du Sacré-Cœur. J'invoquai 
avei' conliance cette tendre Mère; vous avez 
daigné faire prier pour moi les Associés, et 
aujourd'hui la santé m'a été rendue au-delà 
de tout ce que je pouvais espérer. Voici l'of- 
îraui'e que j'avais promise. C'est le fruit de 
tout un mois de travail. Je me réjouis de ce 
que le premier argent gagné, depuis mon re- 
tour ;i la santé, soit consacré à l'ornementa- 
tion du Sanctuaire de ma céleste Bieufai- 
tiice. » 

Au Guatemala, un jeune homme d'honora- 
Lle famille, compromis dans une des dernières 
lévoluiion-; américaines, est condamné à être 
fusillé. Sa pauvre mère, en proie à la plus vive 
douleur, essaye en vain d'obtenir une commu- 
tation de peine. Les juges, sourds à ses prières, 
détournent la tète, pour ne pas être témoins 
du navrant spectacle de sa désolation. Une 
mère ne se décourage (las ! Son cœur, où ne 
peut mourir l'espérance, cherche encore un 
muj'en de salut, quand tout est dése péré, et 
cette femme forte tressaille tout d'un coup à la 
pensée de Marie, qui peut consoler le chagrin 
de toutes les mères. « Puis |ue Notre-Dame du 
« Sacré-tlœur, » s'écrie-l-elle, « est la protec- 
trice des causes déses[iérées, je vais m'adresser 
à Elle. )) IMeine de foi et d'amour, et l'âme for- 
liliéi- par la prière, cette humble chrétienne 
n'hésite plus. Qu. Ique chose lui dit de ne [las 
craindre. Elle entrevoit le succès de son auda- 
cieuse cnlre|irisi', ei la vodà qui fait toutes les 
démnr hes pour obtenir le pardon de son mal- 
heuieux lils. Le succès h- plus inattendu cou- 
ronne ses ellorts. A sa requête, la peine de 
mort esi coiimuée eu celle de l'exil. Son en- 
fant ne !■ iiil)eia pas foudroyé par les balUs, il 
aura la vie sauve, il l'embrasse et pari pour 
*'exil. 



On mande 'le Valparaiso, au Chili, en date 
du M n'iveralire !8UG, que l'association compti» 
de nombreux .'ilMliés, et reçoit beaucoup de 
grâces sjiirituelh s et le:nporolli'S. telles ijuc 
coiiversi.ins, guérisons, soins des plus chers in- 
térêts. On écrit de Copiapo, autre ville ilu Chili, 
la mè::ie année : Deux fuis la semaine, le di- 
manche et le vendredi, nous recoinmai.dons, 
aux prières des Associés, des intentions parti- 
culières ; nous ne doutons pas que cette sainte 
pratique, ne soit une source de bénédictions. 
« Ah ! Père, combien je vous suis reconnais- 
sante de nous avoir fait connaître celte dévo- 
tion, x nii; ilisail, il y a queliuc temps, une 
pauvre mère de famille; « j'é:uis sans ressour- 
ces pour nouriir me< noinbr.'ux euf aits, je ne 
savais {juc faire; j'ai invoqué Notre-Dame du 
Sacré-Cœur, et voici qu'une personne vient 
frapper à ma porte • l dépose chez moi le |iain 
nécessaire, me disant qu'elle a ordre de répéter 
cette vi-iite tous les jours. Je n'avais rien pour 
payer le propriétaire de la maison que j'oc- 
cupe, 1 1 j'étais en arrière de plusieurs loyers. 
Le proiiriélaire me fait appeler; je me rends 
toute 11 omblaute chez lui ; je m'attendais à être 
renvoyée. « Je connais votre [losition, » me 
dit-il avec bonté, « restez sans iiic]nietude dans 
« la mai on que vous occupez; quand vous 
« pourrez payer, vous le ferez. — Demarais. » 

Ile de Cuba, Guanobacoa, 15 février 18";3. — 
J'étais réduite aux augoisses et aux dernières 
lalle< lie l'agonie. C'est à ce moment supri-me 
qu'une de mes amies vint me visiter, et m'an- 
nonça l'existenee d'une asseciation nouvelle, 
qui portait le titre de Notre-Dame du Sacré- 
Cœur. Elle me raconta les grâces extraordinai- 
res que Marie accordait aux âmes qui l'hono- 
raicmt sous ce glorieux titre et qui s'inscrivaient 
dans sa co ifiérie. Elle me conjura fl'accepter 
une médaille de Notre-Dame du Sicré-Cœur; 
avec joie j'accueillis sa proposition. A l'instant, 
comme si un rayon il'espérance eût pénétré 
dans mon âme, je repris courage, et je promis 
une aumône annuelle en faveur de la Petile- 
Œuvre, si la Souveraine du Cœur de Jésus lais- 
sait tomber sur mei un regard de compassio i. 
Admirable bonté de Marie I A peine mon nom 
ctuit-il inscrit parmi ceux des autres a-socii s do 
la ville, que je me sentis revivre, les for.r's 
revinrent, toute infirmité et toute douleur <lis- 
pamrent, et je pus aller rendre grâce à Notre- 
Dame du Sacré-Cœur dans la chapelle ijub lui 
ont déd ée 1-s religieuses le Guanobacoa. — Be- 

lEN DOMINGUEZ (1). 

Le (!ulte de la Souveraine du Cœur de Jésus 
s'établit à Jérusalem. Sa statue est installée 
dans le lieu le plus apparent et le plus fréquente 
du monastère de VEcce-Homo. Aux fêtes de 

I. Extrait des Annules espagnole^ de mai 1873. 



LA SEMAINE DU CI FROÊ 



iUS 



Jlarie, on l'entonre de lumières el de fli'urs, et 
!.■ imblic va la vénérer. I>e là, sa dévotion se 
jépiiiid à Bethichem et à Nazarclli, qui dovicii- 
Dt'/it deux centres de l'associalion d'issoudun. 

Jérusalem! Rome! quels noms! quelles villes! 
L'une fut le berceau douloureux et sanglant de 
uotrc foi; l'autre est le centre et le foyer per- 
manent de l'Kglise, A Rome, c'est sur le lieu 
même du marlyr de l'Ajiôtre des nations, de 
ri:iiaiorlel Paul, à Saint-Paul-aux-trois-Fon- 
Ir.iiies, que la Heiue du Sacre -CoMir a (dacé so i 
trône. A Jérusalem, c'est sur les ruines du Pié- 
toire, tribunal de Pilate, lieu de la condamua- 
tiiiU à mort du Sauveur, qui fut sa victoire sur 
l'Enter, c'est là qu'un Juif converti par la II: ine 
des Patriarches, le P. Mario-Alphouso de lîalis- 
bonne, a installé Nolre-Uame du Sacré-Cœur. 

Dans le Liiian, des circonstances merveilleuses 
ont signalé l'arrivée en Syrie, sur la fin de 1871, 
de la siatue. La caiss;' qui la renfermait est 
loiubée dans la mer, et elle en a été retirée, 
sr.!!-: que les belles décorations de cel!:' grande 
statue aient été détériorées. Les chefs maronites 
n'ont pas pcrmi.* que des champaux portassent 
Notic-Dame ilu Sacré-Cœur : ils ont voulu por- 
ter eux-mêmes cet énorme colis, sur leurs lètes, 
jusque air la niont^igne, par des seiiticis pier- 
reux et presque impraticables. Lorsqu elle fut 
installée dans l'église, la foule l'iuue uc remar- 
qua pas qu'un cierge était tombé sur l'autel, où 
il s'est consumé, pendant quatre heures, sans 
qu'aucun linge ait été brûlé. 

D'autres merveilles récompensèrent leur 
amour. Une jeune personne de Kt'our-El-Fétouh, 
atteinte d'une maladie incurable depuis environ 
huit ans, après avoir cons'.'.lté, pour sa gnéri- 
SOD, les medleurs et les plus célèbres médecins, 
qui épuisèrent tous les moyens effii-at-es sans 
aucune ui.ililé, demimda qu'on l'aiilât à se ren- 
dre à l'église où se trouve la statue, parce que 
seule, elle n'avait pas la force de se tenir ni de 
faire un seul pas. La visite achevée, elle revint 
sans aide de personne, et elle recouvra une par- 
faite santé. 

Cette statue miraculeuse dont l'aspect est si 
beau et si gracieux, parut clairement à tous, 
prêtres it fidèles, le matin du Yendreli-Saint, 
avec un visage empreint de la plus vive tristesse; 
SCS couleur- vermeilles s'eftacèrent, ses Irait- si 
joyeux se voilèrent d'une inexprimable douleur, 
de telle sorte que tout le monde fui stupéfait 
de et étonnant cbaugement. Elle demeura ainsi 
jusqu'au Samedi-Saint à midi; alors elle chan- 
gea tout à coup el revint à son premier aspect, 
plus belle qu'elle n'était auparavant (I). 

Le culte de Notre-Dame du Sacré-Cœur est 
porté au lliilibi par les missionnaires : l'un 
d'eux, M. De-_0'ims, écrit à Issoudun : « Celte 

1. Lettre du Liban, iO avril 1872. 



dévolii'n est recommandée pour les succès des 
(1 œuvres désespérées. Humainement parlant, 
« notre mission était désespérée. Et voilà que, 
n depuis que beaucoup d'âmes ferventes de 
« votre association piient pour le Thibet et sa 
« conversion, nous commcnf^ous à entrevoir 
« des signes d'heureux présage; de nouveaux 
« édits favorables de l'autorité paraissent en 
« notre faveur et ordonnent de nous rendre 
« Boiga, établissement naguère florissant. Qui 
• donc a provoqué, chez des autorités qui nous 
«sont toujours aussi hi.stiles, ce retour à des 
«pensées de juslioe? ijui, si ce n'est Notre- 
u Da:ne du Sacré-Cœur... Avec la permis-ion 
a di! Vicaire apostolique, tout notre distrlLl des 
« Salines a -été con-acré à celte patronne des 
« causes dési.s(iérées. Sa statue préside à nos 
« réunions, elle reçoit les vœux et lys prières 
« de nos chers Thibélains... Elle nous a obtenu 
« du chef l'autorisation officielle, scellée de son 
CI grand caciiet, de construire noire maison et 
a sa chapelb\ Voilà que Notre-Dame du Sacré- 
« Cœur est dcveuue officiellemeut citoyenne 
« des Salines auTliibel. Elle en sera la p;itrouue 
« toute-puissante. Elle nous a fait donner un 
« écrit qui change eutièrement notre position. 
« D'étrangers que nous étions, nous voilà re- 
« connus officiellement (1). » 

Les missionnaires portiml également le culte 
de la Reine du divin Cojur dans les Imles. 
Tirouviàr, la plus belle el la plus riche ville du 
royaume de Tandjaour, aune maison royale où 
sa majesté indienne, dans ses beaux jours, 
venait de temps à autre se récréer. C'est une 
ville bien bâtie. Le passage du fleuve Kavery, 
dont les eaux sont sacrées pour les païeus, fait 
que Tirouviàr est comptée parmi les vill>s saintes 
de l'Inde. Quiconque se liaigne d.ms les eaux 
de ce dieu-fleuve ne peut manquer d'obleoir le 
bonheur suprême, ainsi le dilBrahma. Tirouviàr 
compte une population d'environ vingl mille 
habitants, appartenant pres.iue tous à la Iriliu 
brahmanique; le paganisme y a de profondes 
raciui s. C"tle ville peut être considérée comme 
le Versailles d 's anciens rois de Tandjaour ; à 
ce titre, on cimprendra facilement que le pa- 
ganisme, avec, tout son cortège impur, doit y 
occuper une large place : pago tes cl bayadères 
y sont en nombre considérable; c'est la que se 
trouve la plus remariuable pagode, que lord 
Valeotia regarde comme le plas beau morceau 
d'archileclure pyramidale de l'Inde. La vii!e^ 
habitée en gra:;de partie par des brahmanes, 
porte partout le cachet du paganisme, et, au 
premii-r abord, se prendrait facilement iiour un 
immense temple païen (2). Jusqu'ici, notre 

1. Desgodins, Miss, apost., Lettres du 22 srjit. 1806, Ju 
18 août 1871, du ibjuilln 1872, datée» U Yercalo, au Thi- 
bet. — 2. Géoj/r, de Mulle-Jtrun, t. lU, p. 42i. 



14G6 



LA SEMAINE DU CLERGE 



sainte Religion no possédait rii'n dnns cette ville; 
tandis que les sacrificateurs des démons répan- 
daient, chaque jour, à profusion le sang des 
animaux; là, le ministre du Itieu de paix ne 
pouvait offiirla véritable Victime du salut. C'est 
dans ce royaume de Tandjaour.iUL' .\olre-l)ame 
du Sacré-Cœur est allée se poser en souveraine 
inattendue, pour arracher les âmes à l'ira- 
piéié (i). 

Le K. P. Lequeux, malgré les oppositions, 
les supplications et les efforts des Brahmanes, 
achèti; un terrain à Tirouviâr, et y jette les 
londalious d'une église, prés de la grande pa- 
gode dû Siva, dans leqnartierie plus populeux. 
Lui-même donne les curieux détails suivants, 
dans des lettres, en septembre 18'i7 et en mai 
1868. « Je dus penser à la pose de la première 
pierre et au nom .'i imposer au nouveau sanc- 
tuaire. J'inclinais pour le Sacré-Creur de Jésus 
ou pour le Saint-Cœur de Marie; j>; ne pouvais 
me décider à prendre l'un et à !ais=er l'autre, 
quand m'arriva un numéro du Messager du 
Sacre-Cœur, dans lequel il était fait inenlion 
du t tre de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Ce litre 
réunissait admirablement les deux dévotions 
dans une seule, je le choisis. 

« Comme, d'aprôs les goùtsindiens, le grand 
bruit e.-t insénarable d'une belle fête, j'avais 
envoyé chercher les tambours et la musique du 
palai- royal de T;i^.djaour. Le 1" juillet s'an- 
nouie bien. Dès le milin, la musique royale 
arrive et tou- les arlist^'s sont en costuiue de 
guerriers, 'foule ia matinée a été emrloyée en 
préparatifs, c'est-à-dire à orner de fleurs la 
place où les prêtres devaient se réunir pour la 
cérémonie. A quatre heures, on se dirige vers 
l'emplacement de la future église. A notre as- 
pect, les musiciens se mettent à jouer tous les 
airs de leur répertoiie. Une foule nombreuse de 
païens lie toutes les conditions, mais surtout de 
braiiiuanes, stationnent aux apiiroches de l'en- 
clos et même dans l'intérieur. Une belle pierre 
nous manque : un musulman nous l'oifre. Pen- 
dant tout le temps de la cérémonie, les païens 
eux-mêmes gardent le plus resjiectueux silence. 
Une fois terminée, les piètres se retirent au 
bruit des fanfares, tandis que les chrétiens se 
donnent la satisfaction de distribuer du bétel 
et du sucre aux païens, comme cela se pratique 
dans les grandes circonstances. 

« Voici qu'on me racnute un fait assez ex- 
traordinaire qui a eu lieu dans l'intérieur du 
temiie de Satan, au moment même où nous 
bénis--ions la première pierre de l'église. Dans 
la principale pagode se trouve, montée sur uu 
piéde3;al, l'énorme statue du dieu Pouloyâr le 
Ventru, qui porte sur sa têle, en signe de s". 

1. V. Les lettres et rapports sur cette ville des Indes, 
lans les Amialtt de Notre-Dame du Sacré-Caur. 



royauté, une couronne de métal précieux» 
Cett" C'iuronne est tellement [lesaule, dit-on, 
que pour la soulever plusieurs hommes sont 
nécessaires. Or, à l'instant même où l'eau 
sainte tonibaitsur la première pierre de l'église 
de Nolri'-Uame du Sacré-(]œur, M. Pouloyâr 
se trouvait sans couvre-chef; son dia lème s'é- 
tait détaché de lui-même et avait roulé dans la 
^oussièie. — Lequeux, miss, apost. .; 

« M,?"' Dépommier, vicaire apostolique de 
Coïmliatour, voulut bien venir bénir cette 
église. L'aifluence des chrétiens et des païens 
était grande. R stait le couronnement indis- 
pensable de toute grande manifestation du 
culte dans ce pays, je veux dire la procession. 
Elle se fit avec une pompe véritablement so- 
lennelle, au grand étonnement des païens. I! 
va sans dire que la musique indienne était l'i 
pour donner ru graudiose à la fête. Les auto- 
rités angln-cs nous ont prêté, dans cette cir- 
constance comme toujours, l'appui de leur 
concours ferme et sincérf. S'il faut en croir<> 
un bruit répandu, la sainte Vierge aurait révélé 
elle-même à une personne pieuse, qu'il ne fal- 
lait pas retarder davantage le tri"m;)he qu'on 
lui préparait. — Patard, miss, apost. » Bientôt 
une antre église est construite à Serlanonr, 
sous le vocable delà Vierge d'Issou !un, et c'est 
un Indien qui reveniique l'honneur t]c sculp- 
ter la statue de Notre-Dame du Sacré-Cœur, 
qu'il façonne de grandeur naturelle. 

« J'i tais plongé dans la tristesse, i> écrit de 
Bomiiay, en 1870, le P. Péreira, de la Société 
de Jésus, « en apprenant qu'une révolte allait 
« éclaier au milieu de mon peuple; je m'adres- 
« sai à la Mère de Dieu. Je pris la résolution de 
« propager de tout mon pouvoir, durant toute 
o ma vie, la dévotion à Notre-Dame du Sacré- 
« Cœur, et je recueillis aussitôt une première 
« liste d'associés. » Une religieuse, la mère 
«Saint-Léon, écrit également de Bombay: 
« La Souveraine du Cœur de Jésus est en 
« grande vénératioa dans notre paroisse. Le 
« jour de sa fête, 31 mai 1870, eut lieu une 
« nombreuse communion générale. La grand'- 
« messe fut des plus solennelles. Sa statue re- 
« posait sur un trône éteincelant de lumières. 
« L'enceinte de l'église était ornée des drapeaux 
« de toutes les nations, afin de les mettre 
« toutes sous sa protection. L'illumination était 
n spleudide. La procession s'avança dans la 
« ville, à travers des milliers de lumières et de 
« feux de bengal. Notre-Dame a eu pour agréa- 
« blés les honneurs qu'ew lui a rendus; un 
« nombre considérable de grâces ont été ac- 
« cordées. Parmi ces faveurs on cite la guéri- 
a son de plusieurs malades, d'une personne 
t( atteinte le la léiire, d'un enfant moribond; la 
conversion d'un pécheur endurci, la délivrance 



U SEMAINE OU c!.i:!'.';f; 



146T 



« d'un procès cl l'apaisement d'une révollc. 
« Un grand noral)ie de personnes sont entrées 
« dans l'association. » 

L". 2 ociobie I8t>7, la statue de la Vierge 
d'Issouduu était inslailée dans la chapelle du 
Pclit-Séniinaiw l'e Pondicliory ; on récitait les 
litanies de Motrc-Damc du Sacié-Cœur en 
langue tamoule, et v.n zélateur du culte de 
Maiio, le K. P. Leliodev-, cure de la mission, 
qui arrivait sans savoir ijowquoi, arrivait juste 
à poi ut pour présider la ccréniouie. Le soir il 
y ava t procession, salut et feu d'artifice. En 
avril 1869, Mgr Laouer.au, Lvùquede Fl:ivioiio- 
lis et du vicariat apostoliciue de Pondiclicry, 
écrivait à Issoudun : « Je salue avec bonheur 
celle ilévotlon : ijuand on (st, comme nous le 
sommes en ce pays, [ilongé au milieu d'un 
océan sans bornes et sans fond d'infidélilé et 
(fiJolàliie,sans esiiéruncc humaine de pouvoir 
en faire sorlir quelipic chose; quand on voit 
CCS pauvres chréliei:s, noyés en quelque sorte 
dans cette mer immense, ayant à lullcr contre 
les exemples, lopin on publique, les persécu- 
tions, on se tourne vers le ciel, et, comme un 
hiimme (jui se noie, on saisil avec empresse- 
ment toutce qui |jeut èlie un moyeu de salut. 
J'étais justement sous ces diverses impressions, 
quand vos ducuments me sont parvenus : des 
nouvelles radieuses de divers po ni du Vicariat, 
des difiîculiés [nesquc s;ins issue, humainement 
pariant; ici me. ne un.'chiéiienté de deux cents 
âmes qui peut être poussée à l'hérésie par 
quelques meneurs ambitieux : tout cida pesait 
gravement sur mon e.-pnt et le remplissait de 
chagrin. Gràue à la divine Mère, mes inquié- 
tudes se sont dissipées, la confiance est rentrée 
dans mou àme. J'ai pris la résolution de tra- 
vailler à répandre celte dévotion dans ce Vica- 
riat; et, pour premier acte, j'ai décidé que 
l'église de ce lieu, qui est en cimstrucliou, [or- 
tera, comme cellesdeTirouviàretdeSertauour, 
le titre de Notre-Dame du Sacré Gœur. » 

M. Tardinel, missionnaire chez les sauvages 
deCaranie, en Asie, écrivait à sa sœur, en mars 
1870 : M Notre-Uamédu S.cré-Cœur est ici dans 
mon oratoire. Elle prêche en secret. Vous ilire 
les fruits de son apostolat est chose imiiossible. 
Mes pauvres Cariaus s'.itUoupent autour d'elle 
le dimanche, ils la regardent une hture sans 
cligntr de l'œil; assurément elle leur dit des 
choses intéres.-anles, car, pour mui, je n'ai pas 
le talentde fixer leur attention. Marie, les yeux 
inclinés sur son divin Fils, le leur présente 
comme autrefois aux Mages de la gentilité. 11 
parait que c'est la volonté de Dieu d'amener les 
sauvages à Jésus par Marie; les Gaulois sauva- 
ges l'ont connue et vénérée avant son Fils; et 
louB les peuples bouddhistes de l'Orient, dont 
on regarde les croyances comme une altération 



du christianisme, rendent un culte à K/aîa, Mère 
du dii'U Ganilaraa, <lc[uiis un temps immémo- 
rial. Marie a clé lafumpagne et l'appui des pre- 
miers apô'.res; moi aussi, j'en ferai plus qu'au- 
paravant m i comri.i-'iiet.t mon appui.» 

Les religieuses de Jésus-Marie à Agra, dans 
rindouslan, traduisaient en langue anglaise le 
Souvenez vous de Kolre-Dame du Sacré Cœur, 
et celle prière leur obtenait des faveurs signa- 
lées, qui les encourageaient à propagcrson culte. 
La (lévotion à la Vierge d'Issoudun pénétrait 
tout léceniment en Cochinehine, on y tradui- 
sait en langue annamite le Souvenez-vous, et on 
y recueillaillesnoms de glorieux associés, à la 
suite desquel son lit: exilé pour la foi, emprisonné 
pour la foi, tenaillé pour la foi, fils d'un mandarin 
mort pour la foi. 

(A SMiwe.) 

CHRONIQUE HEBDOMADAIRE 

Résipiscence de Mgr do Giacomo. — Succès scolaires 
de notie séminaire lie Sjnta-Chiara. — La polce 
piénioula^se et les proces3i('n«. — Partage (Je fonla- 
tions p euseâ enire lus jeunes filles qui se marient 
à ''église et celles cjui ne paraissent que devant 
l'oflicicr i;ivil. — Suppression du iraitemont îles 
aun;ônier-> militaires et de^ jrofesseurs des facultés 
de lliéo'ogii3 d'Aix etRouen. — Vole ih: fonds pour 
la créiliO:! d'une faculté de théologie protestante à 
Paris. — Proclaœalion solennelle des décrets du 
■Vatican dans le diocèse de Coutances. — Vœux 
de la chambre de commerce de Lyon pour le repos 
dominical. — Compte rendu analytique du con- 
grès de Bordeaux. — La corporation ouvrière chié- 
tienne. 

Paris, 2 septembre 1S76. 

Rome. — Le blâme sévère infligé par le 
Saint-Père à l'ancien évêque d'Alife, Mgr di 
Giacomo, qsi avait osé venir s'asseoir sur les 
bancs du sénat italien, lui a ouvert les yeux. 
Dédaignant les largesses de M. Mancini el n'é- 
prouvant plus que de l'horreur pour les éloges 
dont l'accablait la presse sectaire, il a écrit une 
lettre de soumission à Pie IX, "dont le cœur a été 
délicieusement consolé elréjouipar ce providen- 
tiel retour. Honneur au vieil évèqni'. qui a su 
briser enfin avec les idéf s dites libi'r.iles, les- 
quelles l'auraient mené à l'abîme, comme elles 
y ont mené déjà les Reinkens, les Doellinger, 
les Passaglia, les Hyacinthe. 

Le correspondant romain de VUnivers écrit 
qu'à la distribution solennelle des piix qui a 
ou lieu le 22 août au collège romain, main- 
tenant appelé archigymuasse grégorien, notre 
séminaire français de Sainte-Cla rc a obtenu 
de brillants succès. Les RR. PP. de la cong e- 
gation du Saint-Esprit ont la sali-faction do 
voir dix de leurs élèves proclamés doileuis en 
théulogie, (quatorze licenciés en théologie, citiq 
bacheliers en théologie. Un de ces élèves, 
M. l'abbé Henri Vergneau, a obtenu le premier 



1468 



LÀ SË.\UhNE m CLERGE 



prix de théologie dogmatique. Les révérends 
i'ères voient aussi Irois de leurs élèves pro- 
clamés docteurs en iiliiiosophie, deux ba- 
cheliers en philosoiiliie. M. l'abbé Pierre 
Ménétrier a obtenu le premier prix de ma- 
thématiques. Les mentions honorables sont 
très-nombreuses. C'est un vrai triomphe, qui 
nous en promet d'autres. 

L'ukase piémoiitais contre les processions est 
appliqué avec rigueur, même à l'accompagne- 
ment soleunel du Saiiit-VialitpiC, qui pourtant 
n'est pas une procession. Tout comme en Suisse, 
on ne tolère plus le port de cierges allumés. 
A Frascali, village silué aux portes de Rome, 
en portait aux mala ies chroniques la sainte 
cnmmuoion ; suivant l'usage un certain nombre 
de personnes formaient cortège en portant des 
cierges allumés. Tout à coup des gendarmes et 
des gardes de la questure sont intervenus, ont 
fait éteindre les cierges et forcé les fidèles à se 
disperser. Uaus d'autres localités, les pro- 
cessions, accoutumées sont encore faites par 
les seuls fidèles, sans les prêtres. Mais si le 
gouvernement le peut, nul doute qu'il enverra 
partout ses gendarmes pour renouveler la scène 
de Frascati. 

Le cardin.il-vicairc, voulant sauvegarder le 
plus possible l'honneur dû ati Saint-Viatiiiue, 
a adressé aux liilch-s l'irivitalion de l'accompa- 
gner au moins s;uis soL unité. Comme il n'y a 
jusqu'ici aui'une loi ni aucune circulaire limi- 
tant la nomiue d^s pers.Hinps qui peuvent 
accomp;igner le Saint-Viatique, on verra si la 
haine des sectaires ira jusiju'à proscrire tout 
coitégo au Dieu des chrétiens, alors que le 
moindre des leurs, mort dans l'impénitence, 
reçoit sur la voie publique les plus scandaleux 
triomphes. 

Il ne se passe presque pas de jour sans que les 
envahisseurs piémon tais ne fassent litière de quel- 
que nouveau droit des cathaliques. Une récente 
circulaire ilu préfet de Kome, M. Bella Ca- 
racciolo, enjoint aux synilics de la province 
de réformer le mode de distribution des dois 
que de pieux fondateurs ont laissées aux jeunes 
filles pauvres. Or, la comlition générale indi- 
quée dans les testaments pour ce genre de 
fondations porte que les jeunes liUes soient 
honnêtes et pieuses, et qu'elles aient déjà célébré 
le mariage. Le préfet prétend que les dots 
doivent être aussi distribuées aux femmes ma- 
riées pardevant le seul magistrat municipal, 
par la raison que les fondateurs n'ont pas pré- 
cisé le genre de mariage qu'il faut célébrer 
pour avoir droit aux dois. Mais d'abord le ma- 
riage dit civil n'existait pas ou n'était même 
pas connu à l'époque de ces fondations. Et, 
fl'un autre côté, peut-on dke que les (emines 
qui se marient seulement au civil soient honnê' 



tes et surtout pieuses? Qu'importe! il s'agit de 
violer un droit îles catholiques, de [)ervertir 
une insiitution sainte, cl comiucul s'en empê- 
cher lorsqu'on a la force en main et la haiue 
dans le cœur? La morale publique, l.i volonté 
sacréi! des défunts, tout cela n'est rien auprès 
de cette force et de celte haine brut de. 

France. — Avant de se prorogi-.r, la Chambre 
des députés a voté la su|t[)ression du tiuite- 
ment des aumôniers militaires cl des crédits 
alloués aux facultés de thécdo-ic d'Aix cl de 
Rouen. Par contre, elle a volé les fonds néces- 
saires pour la création d'une faculté île théo- 
logie protestante à Paris. Le créJil voté esl de 
soixante-seize mille francs. 

La proc'amation solennelle des décrets du 
concile du Vatican, qui n'avait i>as encore élé 
faite dans le liiocèse de Goutauccs et d'Avran- 
ches, a eu lien le 28 juillet dernier, à la fin de 
la retraite pastorale. C'est jMgr Germain, le 
nouvel évèque de Coutances, qui a fait lui- 
même cette proclamalion, du haut do la 
chaire de sa cathédrale, en présence de plus 
de quatre cents prêties et d'une multitude de 
fidèles accourus à cette cérémonie. Le compte 
rendu de celte imposante manit'eslalion reli- 
gieuse a été adressé à tous le> curés du diocèse, 
qui en ont donné lecture à leurs paroissiens. 
En même temps, Mur Germain el son «lergé 
ont envoyé au Saint-Pcre une adresse pour 
lui annoncer ce grand fait, l'assurer de leur 
dévouement fidèle en lui demandant de bénir 
leur miràstêre. 

La chambre de commerce de Lyon vient de 
décider, coulormément aux conclurions d'un 
rapport fait par un de ses membres, .M. Vindry, 
qu'une demande sera adressée à M le ministre 
des travaux publics, à l'etiet : 1" U'eludier les 
mesures à prendre dans les gares de chemins 
de fer, pour coucilier les besoins du service 
avec le repos et ies devoirs du dimanche. 
2° Spécialement, il'examiner, eu ce qui con- 
cerne la petite vitesse, s'il ne serait pas pos- 
sible de fermer les gares pendant la journée 
entière du dimanche. 3° Accessoirement, de 
reclierch.r si les autres services ne peuvent 
admettre, dans le mêtne but, cerlaini.s amélio- 
rations. 4° A ces fins, de nomm 'r une commi" 
sion et d'ouvrir nue enquête au ln-^n ii. 

Du lundi -21 août au vendredi :23, s'est tenue 
à Bordeaux la neuvième assemldec générale 
des directeurs d'œuvres ouvrieies cathniiques. 
La première de ces réunions s'' lait tenue :i 
Angers, en 1838; viiigt-einq me nbru- y avaient 
pris part. La seconde, ti-nue à P.'ris eu 1850, 
compta quarante membres. La trois ème n'eut 
lieu que onze années plus taul, en 1870. à 
Versailles; il s'y trouvait qua anle-ciuq eon- 
gréjjanisles. L'asscutblce de 1871, tenue à Ne» 



LA SKAiAl.NK l;L CLLiUiE 



lia 



vers, compta soixantc-iininze mcmlires; celle 
de 1872, tenue h l'oitier?, en cocupta trois 
cents; ils étaient onze cents à celle de 1873, 
tenue à Nevcrs. C'est Lyon qui vit celle de 
1874, et Reims celle de 1875. Bordeaux vient 
d'offrir l'hospitalité à celle de cette année. 

La |iremiére séance g<'nérale se résume dans 
le discours de sou Em. le cardinal Donnet, t|ui 
a salué 1rs coagri'nanistes par ces paroles de 
suint Paul aux Coi iuihicns : Que la grâce et la 
paix foienl avec vous. Apre- leur en avoir fait 
l'aiiplicalion, il s'est féli.itc de voir à Bordeaux 
une semblable assemblée, composée d'hommes 
de foi et de zèle. Puis, il a ajouté : a Ne crai- 
gnez ri'-n, petit trou[ieau, phalange sacrée de 
Godéont il a [du à votre pi'ie du ciL'l de vous 
donner le triomphe. L'avinir appartient à la 
vérité : vous êtes les soldats de la véi ité. L'a- 
vetiir apparlieut à l'anionr et à la paix : or, 
vos œuvres le procLimciil, vo;is éles les apô- 
tres de l'amour et de la [>aix. Il viendra un jour 
où le peu|de saura enlin reconnaître (juels 
sont ceux qui le si rvcnt tt (jui l'aioient. Alors 
ce sera fini de toutes ces utop is malsaiies qui 
passionnent lesàu^LS. Tous regarderont le ciel; 
une espérance immuable et une charité uni- 
verselle opéreront celte merveille : on verra 
l'ouvrier manger encore le travail de ses mains, 
comme parle l'Ecriture; mais il sera heureux 
et sont sort digne d'envie : Lahores manuvwi 
tuarum manducabis; beatus es et Lene tibi eut. 
L • problème social est là, Messieurs, et non 
ailleurs. C'est vous qui en avez la solution. 
Que la grandeur du but nous jns[iire une sainte 
énergie! ne regardez pas aux obstaclns, fer- 
mez l'ureille aux clameurs intéressées de ceux 
qui ue vous connaissent pas; justifiez votre 
œuvre par ses résultats. Le succès ne couron- 
nera pas immédiatement vos efforts dans la 
mesure que vous ambitionnez; mais la n con- 
naissance des épouses et des mères, auxi|uell s 
vous aurez rendu ou conservé un lils ou un 
époux vous sera une précieuse récompense. » 

Après quelques autres réflexions génei aies r;t 
un chaleureux éloge de M. de Muu. S>n Kuii- 
nence a lermifié en préconisant la soumis ion 
au Saint-Siégo et en rappelant que jamai-. ù 
cet égard, « ni uu journi une heure, son cœur 
n*a connu de défaillance, » même danslesjours 
troublés ou la notion de l'église s'était momen- 
tanément obscuicie dans quelques âmes. Ce; te 
réponse à l'accusation d'être un des derniers re- 
présentants du gallicanisme, lancée contre le vé- 
nérable archevêque de Bordeaux^ en plei e 
Chambre i!es députés, par M. Waddinglou. qui 
croyait lui faire uu compliment, a été couver te 
d'applaudissements. 

Dans la siconde séance, après un discouis de 
Mgrde Ségur, surlts travaux du bureau crulral 
pendant l'année, et la lecture du couple 



vendu des recettes et des dépenses du burea» 
cuiilrul, la parole est donnée au R. P. Map- 
quigny,di! la com|ia.;niode jÉsus.Le travail que 
lit le célèbre cont'orcncier montre sur quelles 
bases il importe d'établir la cor[)oration chré- 
tienne, pour que l'ouvrier reprenne dans la 
société le rang qui lui convient, alin de n'être 
plts une menace pour elle, mais de devenir ui 
de ses éléments et une de ses forces. Nous ea 
rapportons ci-de-sous les conclusions, qui rcsii- 
meiit tout le diseours : 

Première résolution. — Les directeurs <f œu- 
vres réunis à Bordeaux se déclarent unanime- 
ment convaincus, p ir les enseignements catho- 
liques et par les leçons de l'expérience, q»e 
l'iutlucnce surnalurelle du principe chrétie». 
peut seule ramfnicr la prospérité dans io^ ate- 
liers, et que la paix sociale ne sera jamais soli- 
dement établie si la foi, la justice et la charité de 
l'Eglise ne dirigent la conduite des maitres et de% 
ouvriers. 

Deuxième résolution. — D'après les meilleures 
monographies présentées dans nos assenibbies 
générales, les pratiques principales des ateliers 
chrétiens peuvent se réduire à sept : l" le rep<» 
du dimanche; 2° la répression des blasphèmes et 
des propos licencieux; 3° la séparation de ssexet 
et la conservation de l'esprit de famille; 4' la 
rapports paternels du patron et de ses ouvriers; 
5°le choix decoutre innîtreséprouvcs; 6'lapaje 
effectuée, autant que ii'jssihlc, uu autre jour que 
le dimanche ou le saiiiedi [lar le patron lui- 
même aux chefs des familles ouvrières; 7° l'or- 
ganisation de l'instruction et des fêtes religieu- 
ses, messes, mariages, funérailles chrétiennes. 

Troisième résolution. — Avec la bonne admi- 
nistration des ateliers, nos congrès ont toujours 
recommandé deux sortes iroeuvres: les a-uvrci 
de préservation et de moralisation chrétiennes^ 
les cercles, patronages, associations de prêts, 
les œuvres écoiiomiques, sociétés de secoursmu- 
tue's, assurance sur la vie. — Les institutionK 
économiques ne peuvent réussir <iue par lecoa- 
cours des patro;is et des ouvriers. 

Qunirième résolution. — Le congrès de Cor- 
deaux applaudit aux efforts tentés par l'œuvre 
des Cercles catholiques et aux résultats di'jâ ob- 
tenus sous l'inspiraiiou de cette œuvre par quel- 
ques chefs d'industrie, en vue de l'établissement 
de corporations libres qui étendent la sidutaire 
influence de l'association catholique à toutes les 
familles industrielles, aux jiareuts, aux simples 
travailleurs. 

Cinquième resolution. — La corporation chré- 
tienne, en unissant les ouvriers entre eux et 
avec, leurs patrons, non pour mettre de~ i iitra- 
ves à une légitime iudè eudance, mais pour i-étt- 
nir en faisceau toute les bonnes volontés, ré- 
lio'id p.irf litement aux aspirations simères qû 
Se lo.'it jour daus le monde du travail, et, mieas 



J470 



LA Si.MAINE DU CI.tl'.CÊ 



fpi'iincnne nutre inslitiiiinn, cllf^ pont romiilaccr 
par l'attectioa réeipioiiue ce qui muuiiue à l'u- 
nion sociale. » 

Ceb résolutions, disculées dans le fond et la 
forme, par les membres de la commission, ont 
été adoptées à l'unanimité, et votées :ius5i à l'u- 
nanimité par l'assemblée générale. Puis la 
séance a été close,s>iivanirusage et le règlement, 
par une allocution de piété. 

A la troisième séance, on a entenilu d'abord 
M. Touroamille, de Toulouse, ([ui a lu un 
compte rendu des travaux de toutes les commis- 
sions; puis M. le baron Gérard de Moulesquieu, 
qui a prononcé un remarquable discours sur la 
formation de l'esprit d'association dans le [lor- 
sonnel dys œuvres. M. l'abbé Tournamille a eu 
de nouveau la parole pour traiter des iristilu- 
tions éconiimiques, et la séance s'est terminée 
par une admirable improvisation duR. P.. Joseph, 
îie Genève, sur l'au:n6nerie militaire et sur les 
orphelinats. 

Au début de la quatrième séance, le R. P. 
Dulong de Uosniiy demande la parole pour sou- 
haiter lu fêle à Mgr Louis de Ségur, auquel il 
adresse, sous l'oims de compliment, une char- 
mante allocution, l'un M. l'abbé Tournamille 
lit un résumé rajùde des travaux des commis- 
siouSj el M. Desroy du Roure un rapport sur les 
travaux des bureaux diocésains et des corres- 
pondants, pendant l'anuéc qui vient de s'écou- 
ler. L'assemblée a ensuite entendu d'importantes 
con-iilérations de M. de Gliaulnes sur lamorali- 
sati m des ouvriers dans les manufactures et 
alcKeis, et un rappoit du P. Germer sur la 
>,uc.-tion du drame ilans les cercles ouvriers. 
Knliu M.H;irmel, le piopii^'taire et directeurde 
l'iifiue du Val-des-Bois, a lu une très-belle 
élude sur la corporation chrétienne, voici com- 
ment il la définit et eu cxpesc l'économie : 

« La corporation peut se définir comme il 
Euit : La corporation chrétienne ouvrière est 
formée par l'ensemble harmonisé de diverses 
sociétés, qui comprennent les patrons aussi 
bien (|ue les ouvriers et les diveises membres 
de la famille. La c-riioralion est établie par un 
comité; elle csl basée sur les principes catholi- 
ques, le respect des hiérarchies sociales et la 
soumission à rEj^lisc. 

» Lesassociationsquila composent sont consti- 
tuées cl gouvernées d'après les deux principes 
adoptés par l'œuvre des cercles catholiques d'ou- 
vriers: 

» !• Le dévouement de la classe supérieure 
aux ouvriers ; 

M 2° La participation des membres ouvrier j 
au gouvernement iulèricur, sous la direction 
d'une paternité alfectueuse, mais eiflcace. 

M Chaque association a son conseil élu, qui 
arlmiuiblre réellement, sous la présidence d'un 
directeur ou d'une directrice. 



» Ch.-'.qiie :ir5oria!lnn est représentée dans le 
comité corporatif, les associations d'hommes par 
leurs directeurs, les associations de femmes et de 
filles par des délégués (l'aumônier et des mem- 
bres du comité dont les femmes s'occupent spé- 
cialement de ces associations). 

» L'union de ces associations cstmanifesîée par 
ces réunions communes faites avec ordre, sans 
confusion, où chaque association a une place 
spéciale, sous la conduite de son directeur ou de 
sa directrice et de son conseil. 

» Celte union est cimentée par la charité 
chrétienne et entretenue pardes institutions éco- 
nomiques qui étendent la sollicitude de la cor- 
poration à tous les licfoins de ses uiembrcs au 
point de vue moral el matériel. Ces institutions 
économiques sont gouvernées et entretenues 
par un conseil des cercles et du comité. 

Ce n'est pas là une œuvre nouvelle, c'est l'içsiia 
logique où sera con'luit tout homme désireux 
de convertir ses frères liès qu'il aura reconnu la 
puissance de l'association. » 

La séance de clôture a eu lieu dans la cathé- 
drale, où étaient accourues environ 4,000 per- 
sonnes, pour entendre le discours d'adieu de 
Mgr de La Bouillerie, archevêque de Perga et 
coadjuteur de Bordeaux, et recevoir de Son Em. 
le cardinal Uor.net la bénédiction papale. 
Mgr de La Bouillerie a pris pour sujet de son 
allocuVion ces paroles : Dieu a fait les nations 
guérissables, et il a montré que Dieu seul pou- 
vait les guérir, et qu'elles ne peuvent être gué- 
ries que par le vin de la doctrine et l'huile de la 
charité. Mais il a engagé les fidèles à se méfier 
de certaines doctrines et de certaine charité. Le 
libéralisme s'est trouvé suffisamment désia;né et 
énergiquement flétri. Après ce discours le car- 
dinal a paternellement félicité les congressistes 
du magnifique exemple qu'ils donnaient à sa 
ville archiépiscopale, et l'assistance s'est relirée 
après la bénédiction du Saint-Sacrement, eu 
proie â une douce et profonde émotion. 

Ajoutons que les congressistes sont allés eu 
pèlerinage le samedi 2G, au nomhre d.' près de 
mille, à Notre-Dame de "Verilelain; et qu ils ont 
assisté à l'inauguration du cercle des Charlrons 
où plusieurs beaux discours ont encore été pro- 
noncés. 

Enfin, avant de se séparer, ils ont envoyé au 
Saint-Père une adresse, pour lui renouveler les 
sentiments de soumission et de dévouement des 
membres de l'OEuvre. Le Saint-Père s'est em- 
(Tcssé de leur répondre pour les remercier en 
les encouriigeant à persévérer dansla voie où ils 
sont entrés et où ils opèrent déjà tant de bien. 

P. d'Uauterive. 



Tome VIII. — N* 47. Quatrième coni^e. 



13 ieplombra 1875 



SEMAINE DU CLERGÉ 



Prédication. 



PLAN D'HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE 

DU SEIZIEME Di:>lANCUE APRES LA FEr^TECOTB 

(r.uc, XIV, 1-14). 

La Snnctineatlon du Dlmaacbe. 

Dans l'Eviinjjile de ce jour, mes frères, Notro- 
Seij;neur J«'sus-(;hiist si> voit contraint de re- 
vt'ndi(iuer le droit de fuir.» le bien le jour du 
sabLpat. Sans doute, c'était di' la part des phari- 
siens un travers fort condamnable de vouicdr, 
sous prélixle de repos, interdire jusqu'aux 
bonnes oeuvres. Mais hélas! mes frères, nous 
sommes bien loin de ces scrupules. Actuellement 
le jour C.n icpos hebdomadaire ne se distingue 
des autres jours de la semaine que par l'ardeur 
plus fiévreuse qui anime au travail et par la dé- 
bauche (]ui le souille et le prostitue. On tra- 
vaille; on s'aniusi'; on veut jouir. Voilà le di- 
manche du xix" siècle. Et ce désordre qu'on 
opère au nom de l.i liberté, on le léyitime,au nom 
de la nécessité Voyous donc un peu ce que va- 
lent ces prcttxles. 

I. — Et d'abord, mes frères, travailler le di- 
manche n'est point un aclc de liberté. Cette 
révolte contre l'aulorilé de Dieu est un acte de 
dégradante servitude. Le travail, en effet, mes 
frères, tel qu'il jièse sur riiumanito depuis la 
chute origiiiclle, est un châtiment, une expia- 
tion : il fatigue, il huiuil e .. Cependant, mes 
frères. Dieu, en puDijsautrhomuie,n'apas voulu 
en faire un cotid;imi.c aux travaux forcés à 
perpétuité, un fi-rçat sans dignité et sans hon- 
neur . Il a consenti à ce qu'après six jours d'un 
pénible lalieur, nous nous arrêtions et qu'à l'au- 
rore du septième jour, relevant notre front bai- 
gné de sueur, nous jouissions en repos d'un 
reste de notre primitive liberté. Et voici, chré- 
Uens,que sous prétexte d'ailirmer une chiméri- 
que indépendance vous voulez spontanément 
retourner au travail et à la chaîne! Mais c'est 
le renversement de toutes les notions du sens 
commun. Voyez ce for(;at qui ne peut plus po- 
»er ses fers... ce condamné qui ne peut plus 
l'arracher a son cachot... Malheureux, qu'as-tu 
fait de la gloire? qu'est devenue ta noblesse et 
ton honneur? 

Mais je veux bien qu'il vousplaise de changer 
Oonr vous les notions du sens commun, que la 



servitude vous somMe lihcrlé; mais pour Dieul 
di' quel droit voulcz-vou> luiposer aux outres 
vos abrutissantes théories? De quelle autorité 
ravissez-vous à votre serviteur, à votre servante, 
à votre femme et à vos enfants le repos que 
Dieu leur a réparti? C'est une injustice, mes 
fifres, l'injustice la plus criante qu'il y ait sous 
le soleil .. Un homme, san« autre mandat que 
son impiété, srn orgueil ou sacupi i.c, s'ai ais.-c 
siir le pauvre, le pns.-ure et boit ju>qu'àla der- 
nière goutte de son sang. Va qui prœdaris, 
noune et ipse prœdaberis?... cum consummavtris 
depredationem, deprœdjbcris (1). 

Mais ce n'est point tout. Ce sabbat de la terre 
n'est-il pas pour les âmes ce que k- lepos calme 
di! la nature entière est joui les corps ? N'avons- 
nous pas besoin de cette solitmle [lour reposer 
nos cœur;? Et s'il en i st ainsi, de quel droit 
venez-vous fatiguer mou cœur et mes yeux par 
le spectacle d'un travail privilégié? De quel Av<\i 
avez-vous l.risé l'hurmonie de ce concfrt qui, 
le dia.anche, s'élevait vers le ciel? — Au nom 
de la liberté!... Mais que diriez-vous demoi, si, 
au nom de la hberté, j'allais cette nuit à votie 
porte et que, là, par tous les moyens en mon 
pouvoir, je vous empêche de prendre le re|;os 
nécessaire? Que diriez-vous si, au nom de la li- 
berté, je choisissais, pour exercer ce tapage in- 
sultant, l'heure que vous aviez consaciée à des 
affaires île la première import^mce? Eh bi:-n, 
mon frère, le dimanche, pour le cliiétien, est 
l'heure où son âme se repose... c'e^t l'heure i^ù 
son esprit s'applique aux affaires les plus graves, 
les plus sérieuses, aux affaires de son éîeri.ité. 
Et tandis que, chaque nuit, vous pourriez j')iiir 
de la liberté de reposer vos membres fatigués, 
lechrétien ne pourrait, unefois la semaine, avoir 
la liberté de renouveler son cœur dans le re[>os 
sacré du dimanche! Tandis tiue vous pourriez 
revendiquer le droit à n'être point troublé dans 
l'étude de vos affaires commerciales ou autres, 
le chrétien ne pourrait revendiquer celui de 
vaquer aux affaires de son âme une fois la se- 
maine... Vœ qui condunt leges miquas : El soi. 
tentes injustiliam seripserunt : ut opptimennt in 
judicio pauperes et vim facerent causœ humilium 
populi mai (2). 

Dieu s'est réservé le jour du dimanche. Il en 
a fait son jour à lui, son bien, sa propriété, sa 
chose propre. Eh bien, mes frères, de quel droit 
mettez-vous la main sur ce bien, sur celte pro- 

1. Uai., ïxxin, t. — 1. liai., X, 1, S, 



I47C 



LA SEMAINE Dl' CLEKGE 



priétc de volro Dii-u? Au nom île la liberté !.. . 
Mais alors c'e^t la liberté du fripon qui viendra 
mettre la main sur votic bourse... C'est la li- 
berté du voliur nui s'abaltra comme un oiseau 
de proie sur \otre bien et se l'appropriera sans 
que vous soyez admis à vous piainMre... iSex 
diebus operabeiis et faciès omnia opéra tua. Sep- 
timo aulem die sabbatitm Domini tui est (1). 

Rien n'est donc plus contraire, plus subversif 
de la vraie liberté que la profanation ilii diman- 
che. Et, au nom de la liberté chrétienne, je vous 
répèle : Los dimauches tu garderas en servant 
Dieu dévotement... 

II. — Vaincu au point de vue de la liberté, le 
profanaleurdu dimanche se rejette sur la néces- 
sité... a On mange le dimanche, donc il faut 
travailler le dimanche»... A moins de nier l'exis- 
tence de Dieu et de sa Providence, ce prétexte 
qui traîne depuis si longtemps sur la table des 
c.ibari'ts accuse, dans celui qui le répète, une 
iiiepiie à dose bien élevée, ou une mauvaise foi 
fonemonl caractérisée. Comment! le Dieu qui 
nourrit lous les êtres répandus sur la surface 
du globe, qui habille le lis du jardin et la fleur 
de la prairie, qui fournit à toutes ses créatures 
le nécessaire, ser.i impuissant à vous le donner 
à vous sa créature privilégiée? Pourrait-il vous 
le refuser? Est-ce que, en nu laissant à votre 
travail i|U(; l'espace de six jours, il ignoraitqu'il 
vous landrait manger le septième? Oh! mes 
frères, je ne m'étonne plus de voir tant d'hom- 
mes malKeureux, mendier leur pain et manquer 
souvent ilu nécessaire!... Ils n'ont point voulu 
de Dieu [iour icouome. Ils se sont crus [ilus 
sages ipie la sagesse éternelle, et les voici qui 
promcneut sous leurs hailions l'éclatante et 
flétrissante vengeance d'un Dieu méconnu. 

« J*ai des eufants à nouirir et à élever. » 
Est-ce que Dieu, mon cher fière, est-ce que 
Dieu, quand il disait au père de l'humanité, 
crescite et multiplicomini, et ajoutait mémento ut 
diem sabbati sanctifiées, n'avait pas toutes ces 
choses présentes à l'esprit et au cœur? 

Mais je vais plus loin, mes frèi es, et je pré- 
tends qu'il y a une nécessité inéluctable a ob- 
server le repos du dimanche, une nécessité 
d'hygiène. Suffisantes pour travailler six jours 
avec un jour de repos, les forces de l'homme 
sont impuissantes à fournir un travail continu. 
Dieu nous l'enseigne {Deut,, v, 12-14). La science 
nous l'affirme : « J'ai observé, dit un savant 
anglais, que l'homme, qui, dans l'excès de son 
ardeur, travaillait constamment sans se reposer 
un jour sur sept, était bientôt excédé de fatigues 
et se trouvait hors d'état de travailler à un âge 
bien moins avancé que l'ouvrier qui avait, ilans 
le cours de sa vie, consacré un jour par semaine 

1. Exod.. XX, 9, 19. 



nu repos (1). Proudhon, qu'on ne saurait «niip- 
çonuer de pnrtialité sur les questions religieuses, 
Prouiih'in démontre longuement que U: repus 
du septième jour, ne saurait être remplarc par 
aucun autre repo? (2). Le docteur Farr, dan<na 
rapport célèbre jirèsinlé au Piirlcmenl anglais, 
a démontré que le repns du dimauclic est 
nécessaire à l'homme [lOur sa santé et pour sa 
vie, et il n'a pas craint d'appeler le travail du 
dimanche un véritabi ■ suicide. — Ce que la 
science atteste, l'e.xiiérienoe le (onlirme, hélas! 
d'une manière trop douloureuse! On n'a pas 
voulu croire à la parole de Dieu, et voyez, mes 
frères, voyez ce qu'c'^t devenue la belle vigueur 
du peuple depuis qu'il i e prend plus le repos 
au jour m.irqué par le Seigneur. La moyenne 
de la vie humaine diminue d'une manière cons- 
tamment progressive Ou meurt jeune... les 
santés s'uQaiblissent. Avez vousconteniplctoules 
ces fleurs flétries avant d avoir pu donner leur 
[larlum, ces jeune< liouiraes atix yeux creux, au 
visage fâle, aux membres aniiiigris?... Avez- 
vous renconiré ces enf n ts, ces jeunes filles (jue 
vomissent chaque soir les ateliers? Dans quelques 
mois, avant (ju'elles n'aient achevé le matin de 
leur jouruée, l'ange de la mort les aura touchées 
de son aile... Je sais bien que le travail du di- 
manclie n'est point l.\ cause uni ,uede toutes ces 
ruines... Il y a la débauche, la misère... Mais 
sans oublier que le travail du dimanche est le 
plus actif destructeur de l'homme, je sais aussi 
qu'il I st le p^TC de la débauche et de tous les 
abrutisseinenis, et c'est de là, de ce travail sa- 
crilège, que -ortent toute- les misères de l'homme. 
Le piofanatcur du dimanche. Dieu l'a dit (3), est 
un homme condamné à mort, morte moiietur. 

Un jour, mes frères, des Juifs infl.ièles vinrent 
trouver I ■ roi Antiochuset lui dirent qu'au Icm- 
ple de Jérusalem il y avait des trésors considé- 
rables dont sa main royale pouvait reveailiquer 
la possession. Et Antioclius envoya lléliodore 
Son ministre pour s'emparer de cet argent. Le 
ministre vient et, au nom du roi, il ordonne au 
grand -prêtre de livrer tout ce liésor sans 
emploi. Le grand-prêtre vainement lui repré- 
sente que c'est le bien du Seigneur et le pain de 
la veuve et de l'orphelin. Rien n'y fait, Hélio- 
dore s'avance avec ses serviteurs.. Mais, soudain, 
il est arrêté parun brillant cavalier ijui le frappe 
à coups doublés et le renverse sans vie sur le 
pavé du temple... Vous savez le reste. 

Eh bien, mes frères, de notre temps aussi des 
infidèles sont venus trouver le peuple et ils ont 
dit à ce roi toujours pauvre : « Dans le temple 
de Dieu tu perds des trésors inappréciables... 
Soixaule jourm es de travail... il y a là de quoi 

1. Le C'tcj. de l'an Diémen, par Cli. Rowcroft. — 
ï. ProiiJlion, De la célébration du rffm.mcfcf — 3. Emoi.^ 
XXXI, li. 



LA SEMAINE DU CLERGË 



1477 



l'enrichir... Et le peuple trompé a élemlu la 
main pour prendre soixante journées du bon 
Dieu... Le prèlre est venu lui représenttT que 
cela n'était point permis. Mais, comme Hélioilore, 
il n'a rien eiitendu... Soixante journées de tra- 
vail I... Mais voici qu'au moment où il tenait la 
richesse, un bras nerveux l'a renversé et lui a 
enlevé plus de milliards qu'il n'en avait gagné 
le dimanche. 

Mes frères, ne reprenons pas le chemin de nos 
vieilles erreurs; car il nous conduirait infailli- 
blement aux mêmes désistrcs, parce que Dieu 
l'a dit : Celui qui [irofanera mon sabbat sera 
puni par la mort. 

1. Deguin, 
curé d'Ecliannay. 



INSTRUCTIONS FAMILIÈRES 

SUR LES COMMANDEMENTS DE DIEU 

34' Instruction. 

QUATRliÈME COMMANDEMENT 
5* Instruction. 

SUJET : Devoirs des serviteurs enverslenrt maltret : 

1- respect; 2' fidélité. 

Texte : Honora putre m luum et matrem tuam... 
ul longo viuas tempore Jïm père et mère liouoreras, 
afin de vivre longuement. [Deuter., ch. v, vers. 
16.) 

E.xoRDE. Peut-être, mes frères, au lieu du 
texte que je viens de citer eu commençant cette 
instruction, aurais-je di'i prendre ces paroles 
de saint Paul : Serviteurs, obéissez en tout à ceux 
qui sont vos maîtres (I). C'est, en effet, des obli- 
gations il'"S serviteurs envers leurs mùtres, que 
je me propose de vous parler... Donnons 'l'abord 
quelques explications. J'entends par serviteur 
quiconque a des obligations à remplir à l'éi^ard 
des autres, et touche un salaire pour les rem- 
plir... Ainsi compris, le titre de serviteur s'élend 
non-seulement à ceux qui demeurent constam- 
ment chez des maîtres, mais à tou^ les ouvriers 
i]u'on emploie. Dieu, en destinant l'homme à 
vivre en société, a voulu que nous ayons tous 
les uns env.rs les autres des devoirs il remplir... 
Nous sommes, il est vrai, égaux devant lui; 
Jésus-Christ est mort pour l'âme du plus petit, 
du plus humble de vos enfants, comme pour 
celle du plus srand potentat de la terre. 

Devant notre Père qui est aux cieux, ce n'est 
pas la richesse qui élève; c'est la vertu prati- 
quée, c'est le devoir accompli... Mais tant cpie 
nous vivons sur cette terre, les conditions sout 
différentes; autrement la société ser.iit impos- 

1. Ephéi., ch. VI. ver«, 5. 



sihle... Il y a des riches et des pauvres, des 
supérieurs et des inférieurs; cela s'est toujours 
vu, cela existera ju<ipi'i\ la fin du monde... Si 
nous sommes parmi hi- inférieurs, si notre con- 
dition nous appelle à gn^jncr notre pain de cha- 
que jour en travaillant pour les autres, nous 
devons nous y soumettre... Non-seulement la 
religion, mais le bon sens le pins vulgaire doit 
nous mettre en garde contre ces [lensées folles 
et ces déclamations insiinsées, qu'on n'entiuid 
que trop souvent de nos jours: Pourquoi des 
riches? Pourquoi sorais-je l'esclave, le serviteur 
d'un tel ou d'une telle? (/est injuste; ils sont de 
même nature que moi, et je suis leur égal! — 
Eh! oui, frères bien aimés, devant Dieu, je le 
disais, l'ouvrier est l'égal du maître qui l'em- 
ploie; mais comme ce dernier lui paye lui sa- 
laire, il d.'\ient alors le uiaitre et peut fixer les 
conditions du travail qu'il réclame... 

Proposition. — Dans l'irtstruclif'U suivante, 
nous dirons quels sout les devoirs des maîtres et 
maîtresses envers hnii s domestiques et les ou- 
vriers qu'ils emploient; nous allons, ce matin, 
parler des obligations des serviteurs à l'égard 
de leurs maîtres. 

Division. — 11 me semble qu'on peut les ré- 
duire à deux : premièrement, le respect ; seconde- 
ment, la fidélité. 

Première partie. — Que c'est beau un servi- 
teur respectueux et dévoué pour ses maîtres, ne 
les servant pas seulement pour le salaire qu'il 
en reçoit, mais ayant pour eux l'affection, la 
tendresse, l'intérêt d'un véritable membre de la 
famille!... Je vois le patriarche Abraham devenu 
vieux; impossible à lui d'entreprendre un long 
voyage; sa femme vient de mourir, le chagrin 
l'accable, lui-même s'incline vers la tombe... El, 
pourtant, il lui reste une œuvre importante à 
accomphr, c'est l'établissement de son tils 
Isaac... A ([ui confiera-til la mission dclicst; 
de choisir une épouse à ce fils si jeune encore? 
« Viens, Eliézer, dit-il à l'uu de ses serviteurs, 
je connais ton atlection et ton dévouement; j'ai 
une affaire importante et délicate à te confier. 
Je vais bientôt mourir; sois eu quelque sorte le 
tuteur d' Isaac, jure moi que tu ne lui laisse! as 
pas épouser une des filles de Chanaau; va toi- 
même lui chercher dans ma famille une femme 
craignant Dieu, digue de moi, digne des pro- 
messes que Dieu a faites à ma postérité. » 
Eliézer s'incline, il reçoit avec soumission l'or- 
dre de son maître, il jure de l'exécuter. 11 part 
en Mésopotamie ; arrivé au terme de son voyage,, 
il prie Dieu de donner un heureux succès à la 
mission dont son maître l'a chargé; puis il 
ramène la fidèle Rébecca pour épouse au fil» 
d'Abraham [!)•■• 



J . Gfni:sf, 



XXIV et XXV, 



1178 



LA SEMAINE DU CLI-.aCE 



Frères liii'ii aiinos, il y a à peiMc risquante 
ans. on l'ùt encore rencontré au sein de nos 
villes et jusque dans nos campagnes, cette race 
de serviteurs respectueux et dévoués pour leurs 
maîtres... Eliézer, après avoir servi Abraham, 
servait Isaae; ainsi vous eussiez vu des filles 
pleines de dévouement, des serviteurs pénétrés 
d'affection et de respect, remlre aux descendants 
de leur premier maitrc, les mêmes s rvices, 
avoir pour eux le même dévouement qu'ils 
avaient prodigués à l'ancien... Et jusqu'au 
sein de uos villages, ce même respect, ce même 
attachement, se transmellait dans les familles 
d'ouvriers. « Mon père, disait-on, a travaillé 
pour son père; moi, je tiavaDle pour !e lils; 
jamais nous n'avons eu de difficultés... » Et 
ces relations douces, affectueuses, se propage ■ lent 
ainsi d:; génération en génération; la famille 
pauvre était dévouée à la famille riche, et, de 
son côté, celle-ci subvenait généreusement à 
tous les besoins de ses serviteurs dévoués 

Que les temps sont changés ! Difficilement on 
trouverait des serviteurs, ayant un véritable 
dévouement pour leurs maîtres, les aimant, 
leur étant soumis; on leur résiste, on exécute à 
moitié leurs ordres, puis, s'ils font une observa- 
tion, ou leur répond avec insolence. Ah! dans 
ces temps d'insubordinatiou où nous vivons, si 
ceux qui doivent servir sont à plaindre, je crois 
que bien souvent ceux qui doivent être servis, 
sont plus à plaindre encore!... Je ne vous 
représenterai [las ces domestiques, ces servantes, 
trompant odieusement l:i confiance de leurs 
maîtres, et devenus eu quelque sorte autant 
d'ennemis domestiques et d'espions ipi'on in- 
troduit dnnspa maison... Uneditliculté survient 
dans le ménage, vite ils Vont la grossir et la 
raconter; rien ne leur sera sacré ; ils se feront 
un jeu de divulguer les choses les plus impor- 
tantfl:*, les secrets les plus intimes, s'ils ont pu 
les surprendre... Misérables! si du moins ils di- 
saient la vérité ! Mais non, ces serviti'urs indis- 
crets sonttoujours desfourbes et desmenleurs!.. 
Un '■ervileur chrétien agit bien autrement ; il 
obéit, selon le conseil de l'An'iIre, à ceux qui 
sont .'es maîtres, avec respect, dans la simpli- 
cité lie son cœur, comme il obéirait à Jésus- 
Christ lui-même ; il les sert avec aûection , 
(juand même ils seraient d'une humeur diffi- 
cile; c'est Dieu qu'il voit en ses maîtres, et non 
les hommes, il sait ([uc là-liiiut chacun recevra 
la récompense qu'il auraméritée. Il fait promp- 
tement, avec docilité, sans humeur et sans 
tnuimuier. ce (juiluiesl couimandé. Son cœur 
s'élève plus haut; la volonlé de ses maîtres est 
pour lui lavolonUîde Uieu... Ai .^i se sont sanc- 
tiliées, dans la co;;.ii;ion la plus humble, une 
foule d'àmi'S sim[(les et pienses, qui ne serf nt 
connues que dans l'éterniié... 



Dier. pourtant a voulu en illustrer (luc.l'.jucs- 
unes; sa bonté a daigné donner aux serviteurs 
et aux servantes d'illustres jialrons, dvmt ils 
peuvent suivre les traces, et qui s; rout à jamais 
cités comme des modèles de sainteté et de per- 
fection... Le voyageur qui parcourt l'Italie, s'il 
traverse une ville assez célèbre, qu'on appelle 
Lucques, aperçoit dans chacune des églises plu- 
sieurs tableaux représentant la vie d'une douce 
petite sainte, ([ue celle cité invoque comme sa 
patronne... C'est sainte Zile... Qu'était-ce donc 
que cette sainte? Son histoire est intéressante, 
je veux vous en dire quelques mots... D'abord, 
c'était une pauvre petite fii;e,née de parents dans 
l'indigence... A l'âge de douze ans, se voyant à 
charge à ses père et mère, elle les supplia de 
choisir une maison bien chrétienne et de l'y 
mettre en condition, afin que, par le salaire 
([u'elle gagnerait, elle pût les aider à élever ses 
petits frères et ses plus jeiinessœ.urs... Dieu, dit 
l'Ecriture 1^1), bénit la raaiso i dePuti[ihar, lors- 
que Joseph y entra comm" intendant... Les bé- 
nédictions du Seigneur entrèrent également 
avec la jeum; fille dans la noble maison qui 
avait agréé ses services... Chaijuejour l'enfant, 
se levant matin, assistait à lHsainte|messe, pour 
ilemander à Dieu la grâce de bien s'acquitter 
des devoirs de la journée... Le Seigneur voyant 
la piété naïve de cette enfant, s'éprit d'amour 
pour cette âme candide; elle égala, par sa sain- 
teté et les prodiges qu'elle opéia, même pen- 
dant sa vie, les saint' Thérèse, les sainte Ca- 
therine de Sieuue, et tant d'autres épouses bien 
aimi-es i!u Sauveur Jésus... Quelle douceur, 
quelle humilité, quelle obéissance, quelle sou- 
mission à l'égard de ses maîtres !... Un jour 
piiUitant, dil-ou, sa charité pour les pauvres 
lui fit oublier une pre'scription de son maîlre... 
La saison était rigoureu-e, c'était une nuit de 
Noël... Zite, à peine couverte de quelques vête- 
ments légi'rs, car la chère sainte donnait pres- 
que tout ce qu'elle gagnait aux pauvres, Zite 
se rendait à l'otfice de minuit... Elle grelottait 
de froid; son maître s'en aperçut. — "Tiens, lui 
dit-il, jianvre enfant, prends ce manteau pour te 
couvrir, ei surtout ne le donne pas aux pauvres. 
— Or, d une des portes de l'église, qu'on appelle 
encore aujourd'hui la [lorte de l'ange, S(^ trou- 
vait un pauvre, poussant des cris plai-itifs, et 
dont le froid faisait clacjuerles dents. — Qu'avez- 
vous donc, mou frère, lui demanda la sainte? — 
Li! vicii.ard ne répondit rien, mais sou regard 
et son geste convoitaient le manteau. — Tenez, le 
voila, répondit Zite, couvrez-vous en pendant 
le temps l'es olliecs, jeb; reprendrai en sortant. 
Heureuse elle même de soulfrir du froid pen- 
dant cette nuit Je Noël, oi'i Jésus commença à 
souffrir pcjur nous, elle cuutemplait l'enfant di« 
1. Genèse ch, xxxiz, vers. &. 



LA SEMAINE r.U CLLIiGÉ 



li79 



TÎn dans sa crèelie; sa rlévotion, son amour la 
retinrcul longtemps Hans le lieu saint... Qiiaud 
elle sortit, le pauvre avaitclisparu l'mportMnt It; 
manteau... Le lendemain, ?on maîiie lui fit de 
vifs reproches; la sainte s'humiliait et lui de- 
mandait pardon, quand tout à coup, un être 
mystérieux rap;iortf. cet halùt, en répandant 
sur le- témoins de cette scène une clurié i.' ac- 
coutumée... (t) Klait-ce un ange? Etait-ce Notre 
Soigneur lui-même, tjui avait voulu éprouve- la 
charité ife celte humble fille ? Je ne sais... 

Je m" suis étendu un peu longuement sur 
l'histoire de cette saintsj; j'aurais pu endire bien 
davantag'- encore, i'ni voulu simplement vous 
montrer parla, que, comme le dit saint Paul, 
devant Dieu, l'àme du plus puissant roi du 
monde, comme celle de la plus humble ser- 
vante, ont le nièii:e prix et la même valeur; et 
que si nous oÏJi'i-sons avec docilité, avec sou- 
mission à ceux i\v.\ sont nos maities, comme 
nous obéirions à Jésus-Christ lui-même, outre 
le salaire que nous pouvons gagner dans le 
temps, il nous en. réserve un plus précieux pour 
l'éternité... 

Seconde partie. — Deux mots seulement sur 
la fidélité que les serviteurs doivent avoir en- 
vers leurs mailles et maîtresses... Si j'avais à 
parler dans une p.iroisse de ville, j'aurai- bien 
des observations à faire sur ce sujet; je dirais à 
ces servantes, qui se font faire des remises ou 
donner des tableaux par les fourni-seurs de 
leurs maîties : l'renez f,'arde, vous n'êtes peut- 
être p.i-; en rè^le avec i'e.xacte probité; cequ'on 
vous donne dans celte circonstance est peut-être 
tout simplement un vol que l'on fait à vos maî- 
tres... J accompagnerais au marché, et dans 
d'autres circonst.mces encore telles ou telles 
domcitiqucs, puisj"éc(v,terais le compte tpi'elles 
rendent à leurs uiail:esses, et, soyez-en i-ùrs, 
pour plusieurs, ce coraj.te no serait pas exact; 
la confiance qu'on leurdonue.e les ne la mé; itent 
pas; ce sont des domrsiiquesinliiléles... Débat- 
tez, leur dirais-je, avec vos maîtres, vos maî- 
tresses, le gage que vous voulez gagner ; ii a's 
gardez-vous de ces petits larcins, qui vous con- 
duiront rapidement sur la pente du vice... 

Je pourrais dire également à d'autres domes- 
tiques : a II est des maîtres que vous ne devez 
jamais servir, desmaisons duus lesquels vous ne 
devez jamais entrer... Si le pain qu'on mange 
chez les étrangers e?t toujours dur, sacliez-le 
bien, il devient plus durel plus amer, quand on 
l'achète au prix du déshonneur, n Un trait en- 
core tiré de la vie de cette sainte servante, dont 
je vous parlais tout à l'heure... Elle trouva des 
•dangers dani la maison de son maître ; un de; 
serviteurs, cédant aux inspirations du diable, 

1. Voir )a vie de cette saiute dans Ribadéneira, 17 avril, 
tt dars Rohrbacber, Oinoirt ecclésiaslhue, livre LXXlt. 



essaya delà corrompre; il voulut même user de 
violence, sainte 2'ile résista coura-jcusement. 
Elle allait même ab.uidonnur la maison de si>s 
maître? pieux, ijuand ce serviteur libertin fut 
honteusi-meut chasse.. On peut rire pauvre, 
mes frères; m is rhonnetir c'est le [)remier des 
biens. Comme tous le-i vices se liennent, ne 
soyez pas surpris de m'iiilcndre vous parler de 
la bonne con ;uite, en traitant de la fi iélité que 
les serviteurs et les servantes doivent à leurs 
maîtres. 

Je n'aime pas ces ilomcsli^U'^s qui sacrifient 
volontiers leur dimanche, qui ne se réserv^'ut 
pas la liberté d'assis.er aux: flicesct desanclilier 
le jour du Seigneur. Inlidèies au:; promesses 
qu'ils ont faites à Dieu, le jour de leur baptême, 
ils seront égakiiic:.! [cn liuëlo.-i a ieiub ujuilres. 
C'est facile à compieudre; celui qui n'est pas fi- 
dr'e à son Dieu manquera aussi de fidélité en- 
ver- ses maîtres d.; la terre. 

Un jour, un paien de bon sens, qui, dit-o; , 
moui'ut chrétien, (ioiisla'ice Chlore, le pèreà:i 
granil Con=tanliii, voulant éprouver la fidélité 
des (d'ficiers qui servaient à sa cour, s'avisa de 
cet expédient (I). Comme la plupart étaient, 
chrétiens: «Je nepuis, leurdit-il, garder àmon 
servies des hommes qui n'adorent pas mes 
dieux; je vous propose donc de reuon 'cr au 
Christ, si vous voulez rester à mon service... » 
Quel ;i:is-uus, préférant leur place, les hon- 
neurs dont ils jouissaient au joug du Sauveur 
Jésus, apostasiérent. Mais voici quellefut la ré- 
pon e du plus grand nombre de ces chrétiens : 
« Le Chiiît est notre Dieu: par notre baptême, 
nous sommes devenus ses discples, nous hsi 
avons juré fidélité. Prince, nous luiapiiartonons. 
avant de vous appartenir, il est notre [iri-mier 
maître; décidez de nous ce que vous voudrez, 
mais nous lui resterons à tout jamais fidèles, a 
Ce prince avait le cœur noble, l'iatelliuencc 
élevé'; il garda près de lui ceux qui vou aient 
demeurer Êdèles à leur Dieu, et bannit de sa 
cour ce\ix qui avaient apostasie; il se di-ait et 
avec raison : « L'homme qui est fiiiele à s'jn 
Dieu sera fidèle à son prince. » 

Et moi, je vous dis aussi : Serviteurs, servan- 
tes, ouvriers, tiui que vous soyez, si vous êtes 
fidèles à servir Dieu, je répondrai de vous en 
face de vos maîtres; vous aurez le dévouement, 
vous aurez la probité, vous aurez toutes les con- 
ditions voulues pour faire un bon et lldèle ser- 
viteur. 

l'ÉRORAisON. — Frères bien-aimés, résumons 
en peu de mots les devoirs des serviteurs envers 
leurs maîtres et maîtresses, et terminons par un 
trait qui montre l'importance, la dignité de leur 
âme, et comment oevant Dieu, ils sont ainsi 

1. Robrbaclier, BUtoire ecclésiasiique, livre XXX- 



1480 



LA SEMAI^E DU CLERGE 



que je le disnis, les t'sanx des rois et des puis- 
sants. Je disdoiii' (]ue lis serviteurs doivent res- 
pecter leurs muîlics, leur obéir avee docilité en 
tout ce qui ll'e^l lias conlraiie à la lui de Dii'u; 
je dis (le plus, iiu'ils doivrnl employer reli^ieu- 
scmenl Icui teiiiiis, cl conservcrieurs biens avec 
fidélité... limlil' d'ajouter qu'ayant la confiance 
de la maison, ils ne doivent foire^ contre ceux 
qui les eaiploienl, ni iiiédi-ancos, ni calomnies. 
Voici inaintanaiil ce trait par lequelje termine. 
Un serviteur, un est-lave, appelé Oné-ime, après 
avoir volé son maître, s'était enfui à Rome... 
Saint Paul, alors chargé de chaînes pour Jesu- 
Clirist, écrivit à Philémon, le maître de cet es- 
clave, une lettre touchauti; pour demander sa 
grâce. mII est baptisé, disait-il, il est votre fière; 
je vous supplie donc de pardonner à ce cher 
Oiiésjme, que j'ai engendié à Jésus-Christ, étant 
au sein de la prison. Recevez-le comme moi- 
même; ce n'est plus un serviteur, c'est un dis- 
ciple de Jésus que je vous envoie; s'il vous a 
causé quilque dotimage, je le [irends sur moi, 
je me chari;e de le réparer. » PLili'mon était 
digne d'euteuilre un pareil langage; il accorda 
Don-seulemeut le pardon, mais la lil.erté à son 
serviteur, qui, plus tard, est devenu saint Oné- 
sime, évéque d'Ephèse... Vous le voyez, frères 
bicn-aimés, devant Dieu, il n'y a ni maîtres, ni 
serviti'.urs, mais simp emenldes âmes, rachetées 
par le saug de Jé-us et desti.iées à jouir, dans 
une sainte romn.unauté, de ces délices du Pa- 
radis (lui nous sout promisesàtous. Puissent les 
maîtres et les serviteurs, les plus petits comme 
les plusgrauds d'en'.r- nous, ramplirassez chré- 
tiennement leuis devoirs pour avoir le bonheur 
de les obtenir un jour. Aii;si soit-il. 

L'abbé LoBRY, 
curé de Vauchassi». 



Liturgie. 



tmîmi DU CULTE 

DE LA LAMPE DU SAINT- SACREMENT. 

5* art!i;;e. 

Renseignements dwers concernant Vhuile à brû- 
ler dans la lamjje. — Quand on acticti; en 
gros la provision d'huile dont on a besoin, ce 
qui est beaucoup plus économique que de le 
faire en détail, il faut acheter au poids et non 
à la mesure, car l'huile est un des liquides qui 
se dilatent le plus par la chaleur ; en raison 
de celte propriété, la mesure qui, en hiver, con- 
tient un litic d'huile, ne le renferme pas eu été, 
à cause de la dilatalion de ce liquide; il peut y 



avoir une dilTércnce de GO à 70 grammes pae 
livre, ce qui esi. à considérer. Les huiles d 
colza el de navette sont exposées à être coupées 
avec des huiles de camelinc et de poisson, par 
conséquent il est utile de savoir distinguer les 
unes des autres. Les caractères généraux de 
ces huiles sont d'être li(iuides à bi température 
ordinaire, d'étic douces cl onctueuses ou lou- 
cher, de brûler avec flamme, de tacher le 
papier et de lui communiquer une demi-trans- 
pareiire, d'ctie [ilus légères qi:c i'( m et inso- 
lubles dans ce liquide. 

Ces huiles se composent de deux corps gras, 
dont l'un est solide à la température ordi- 
naire, et l'autre est liquide. On nomme oto'ne 
ou l'iaïne le principe liquide, el titéarine le 
principe solide. Ces deux principes sont éga- 
Icui^'ut les constituants des graisses, lesquelles 
soni, à proprement parler, des huiles plus 
ou moins s')lidcs, suivant la quanfit • de stéa- 
rine qu'elles coutieuneut. Les proportions 
d'oléii.e cl ;le sli';:rine vniient ''ans bs huiles. 
Ainsi, sur cent parties, 1 huile de C(dza se com- 
pose de 54 d'oléine el de 46 de stéarine; l'huile 
d'olive de 28 d'oléine el de 1-2 de ^téuriue. 
Exposées à l'action du Iroid, ces huiles se figeai 
à des températures plus ou moins basses, selon 
que les deux principes qui les consliluent, 
l'oléine et la stéarine, sont en proportions ditTé- 
rentes. Plus elles sont riches en stéarine, plus 
elle firent promptement, parce que la stéarine 
est, à proprement parler, le suif des huiles. 

Si on les laisse exposées à l'aclion ■la l'air, 
les huiles éprouvent uue altération qui estpius 
prompte el plus marquée dans certaines es(ièces 
que dans d'autres. Les unes s'épaississent, se 
recouvreul d'une couche tiatisparente, jaune 
flexii-le, qui finit par se durcir, comme le l'e- 
raieul certains vernis; les autres s'épaississent 
lussi, puis prennent une odeur désa-;réalile, de- 
viennent moins combustibles et rancissent. Les 
huiles sout très-combustibles ou inflammables; 
aussi les applique-t-on avantageusement à l'é- 
clairage. La combustibilité des huibs n'esl pus 
la même pour toutes; elles brûlent plus mi 
moins vite les unes que les autres. Ainsi, 
l'huil.^ d'olive cl de colza se consume moins 
vile, à flamme égale, que celle de noix, el celle 
de noix que celle de lia. 

Les principes élémentaires deshuiles sont les 
mêmes; mais il s'en faut de beaucoup que les 
propriétés soient identiques. Parmi les huiles, 
les unes sont plus propres aux u-agcs culi- 
naires ; telles sont celles d'olive el d'œillelte; 
d'autres conviennent mieux à la peinture; ce 
sont celles de lin, de noix el de chènevis; 
d'autres sont préférables pour l'éclairage : ce 
sont celles de colza el de navette. 

Les huiles qui ont les mêmes qualités ot qui 



LA SEMAINE DU CLERCÊ 



im 



s'emploient aux mêmes usages, iliffcrent en- 
cure de qualité entre elles. Les huiles il'olive, 
(le, colz;i, de lin, tiennent le premier rang, cha- 
cune dans sa spécialité; les autres sont classées 
parmi les huiles secondaires et inférieures. 
Pour trouver un débouché à ces dernières, 
qui, dans quelques espèces, sont les plus abon- 
dantes, les fabricants ont été obligés d'en 
baisser firaduellement les prix; et néanmoins 
plusieurs de ces huiles seraient presque bannies 
de la consommation, si les fraudeurs ne s'en 
servaient pour les mêler aux huiles qui leur 
sont supérieures. C'est le mélannis de ces huiles 
secondaires qui fait que suuveiit les veilleuses 
s'éteignent si vite dans les lampes du Saint- 
Sacremeut. Il n'est pas facile de recoiiniâtrc le 
mélange des huiles, et c'est là une des causes 
qui ont le plus contribué à cette fraude; de 
sorte qu'il est rare de trouver dans le commerce 
une huile, exempte de mélange surtout parmi 
celles qui proviennent de graines. 

Voici quelques procédés qui peuvent aider 
à reconnaître ce mélange. L'huile d'olive est 
souvent mélangée d'huile d'œiilclte. Pour dé- 
couvrir cette fraude, il faut mettre, dans un 
petit malras à long col, une partie de l'huile que 
l'on veut éprouver, et trois parties d'acide 
hyponilrique préparé. (Cet acide s; compose 
de trois parties d'acide nitrique h 25 degrés, et 
d'uue partie d'acide hypocitrique.) On agite de 
temps en temps, pendant la première demi- 
heure, puis on laisse en repos. 

Si l'huile d'olive est pure et de première 
qualité, elle sera .^ohdiOée dans cinquante-cinq 
minutes; si elle eft de deuxième qualité, sa so- 
lidification n'aura lieu que dans soixante où 
S'iixiintc-cinq minutes; et si elle cunti'nt île 
i'iiuile d'œilleUe, elle ne deviendra soiile 
qu'après un espace de temps beaucoup plus 
long. 

Les huiles de colza et de navette sont expo- 
sées à être coupées avec les huiles de cameline 
et de poisson, c'i st surtout le cas qui nous oc- 
cupe, car il se présente souvent pour l'huile de 
l.i lamj e. Or, pour distinguer ce mélan,i;e, on 
mettra trois parties d'acide hyponitrique pré- 
paré dans uni' partie d'huile de colza et de na- 
vette. Si ces huiles sont pures, elles seront so- 
lidiliées en moins de six heures; si elles con- 
tiennent de l'huile de cameline, il faudra un 
temps beaucou[) [dus long pourlasolidilication. 
Ce temiis sera pruportiooné à la qua:ilité du 
mélange; c'està-dire i|ue plus le mélar.ge sera 
fort, plus la solidification sera longue à se 
faire. 

Si on soupçonne les huiles de colza et de na- 
vette d'être mélangées d'huiles blanches de 
poisson, on emploiera le chlore yazeux. La 
réaction du chlore gazeux est peu u^pareute 



sur les huiles végétales; elle est, au co..l.ai;e, 
tiès-marquée sur les huiles animales, qu'elle 
colore en brun noirùlre. Ainsi, en faisant pas- 
ser uu courant le chbjre gazeux dans une 
huile à brûler suspecd-e, on y reconnaîtra de 
suite la j rcsence d'u e huile animale, à la cou- 
leur foncée que ce gaz y développera après 
huit à dix minutes de '!é,;;agement. 

Il faut bien le recounailro, ces procédés ne 
sont pas à la portée du grand nombre «les con- 
sommateurs; la plupart ne peuvent y recourir, 
ou bien n'en prennent pas le temps ni la 
peine. Cependant, quand un cure achète une 
certaine quantité d'huile pour les lampes de 
l'église, il fait Irè.s-bien d'en prendra', d'abord 
un litre à es^.ii, et de l'analyser CDmme nous 
venons de riiidi([uer. Quant aux autres, ijui 
achètent au détail, ce qu'il y aurait peut-être 
de mieux à faire, ce serait de s'a Iresser à quel- 
que marchand honnête ei consciencieux, t[ui 
s'engagerait à fournir de la boune huile ;! 
brûler, moyennant uu prix convenable. 

Pour donner une belle lumière, les huiles 
doivent être non-seulement de bon le qualité, 
mais il faut encore qu'elles soient bien épu- 
rées. 

Lorsque les huiles sont réci'ntes, elles sont 
plus ou moins pures, en d'autres termes, elles 
sont plus ou moins chargées d'une substance 
mucilagineuse, qui en trouble la transparence 
et la dispose à la détériuration. En outre, elles 
ont une odeur et une saveur particulières, qui, 
souvent, sont loin d'être agréables; elles sont 
aussi plus ou moins colorées. On emploie di- 
vers moyens pour les puriher, c'est-à-dire pour 
les dépouiller des principes qui peuvent nuire 
à leur qualité et à leur conservation; nous al- 
lons en indiijuer quelques-uns : 

Les huiles peuvent s'épuier d'elles-mêmes 
par le repos. La substance mucilagineuse qui 
les trouble se dépose peu à peu avec le temps. 
Mais, comme ce temps est ordinairement tîop 
long, on a cherché à procurer l'évuporation par 
d'autres moyens. Eu mettant l'huile dans un 
filtre, l'huile passe f icilement à travers le tis-u 
du liitie, taudis que le mucilage, é;;iut plus 
c^ense, ne peut pas y passer. Ou [icut se servir 
pour filtre d'un tampuii de colon ouaté ou 
cardé, que l'on place sur un cnto ;:)oir de fer- 
blaHC ou de v;'rre. L'huile que l'on verse des- 
sus se clarifie en le travcrsanl, et tombe suffi- 
samment épuiée dans la bouleille (jue l'on 
place dessous. Si une première lillralion ne 
suffit pas, on a recours à une secouile, à une 
troisième, jusqu'à ce que l'huile soit bien cla- 
rifiée. Pour s'éviter de manipuler i'huiie aussi 
souvent, et pour opénT plus promptement, on 
peut superposer trois entonnoirs de lèrlilanc en- 
clavés dans des rondelles de bois reliées et 

T. VIII. N» 47. 



U82 



LA SEMAINE DU CLERGE 



maintenues l'une au-dessus de l'autre par trois 
pieds en bois, que l'on fera assez élevés [lour 
jierm'tlrc doplacer dessous un vase qui recevra 
riinilo paifaiteineut purifiée, après avoir tra- 
versé sucre-sivemenl les trois épurateurs su- 
perjiosés : l'ouate devra être renouvelée de 
ti-mps h autre. Pour l'utilité de mes conirères, 
j'ai fai\ fonctionner un clariticàtcur seml.lalile 
à ce que je viens d'indiquer. C'est un objet 
commode, simple, propre et très-solide; on le 
Irouvcra chez INl. Chazelle, facteur d'orgues, à 
Av,iil(iu (Yonne), qui l'enverra franco, ut prêt 
à fonctionner, coutre un mandat-poste de 
huit francs. 

Pour ckirifier l'huile, 9n peut prendre encore 
de l'alun de roche, de la grosseur d'une noix, 
que l'o;! f it dissoudre dans un verre d'eau. On 
verse cette eau ilaus un litre d'huile. On a^ite 
le tout lorlement pendant cinq minutes; l'huile 
prend un aspect d'un bleu verdàtre.Ou la lais-e 
reposer jii-qu'à ce que les matières crasseuses 
soient [.iceipitées. puis on la soutiie. Dans des 
alelieis d'épuration, on a des procédés plus 
expéditil's et plus énergiques; mais nous 
n'avons pas à nous en occuper ici. 

Une hnile bien épuice ne doit, en brûlant, 
ni noircir ni cbarbonner la luêche, ni la couvrir 
de petits champignons; le fait contraire 
annonce une épuration incoujplète. Elle ne doit 
point non plus être trouble, ni colorée, ni avoir 
per.lu toute sa viscosité, ui couler comme l'eau ; 
parce qu'alors elle se consume trop vite. De 
plus, on a remarqué que moins les huiles sont 
chaullées moins rapidement' lies brûlent, moins 
vite se charbonne la mèche, ti ;>lus vive et pure 
est la lumière qu'elles répandent. 

Il y a divers degrés d'épuration dans les 
huiles, et elles se vendent plus ou moins cher, 
selon le degré de puieté. Les huiles à quinquet 
et à veilleuses doivent être de première qua- 
lité ; les huiles à réverbère sont de la seconde. 

On ne doit employer à l'épuration que des 
huiles de froissage, c'est-à-dire de première 
qualité. Aussi, l'huile de colza est-elle presque 
exclusivement employée à cette épuration. 
L'huile de navette d'hiver ne donne pas d'assez 
beaux produits, et celle d'été ne fournit à l'é- 
puration qu'une qualité hien inférieure. 

Les autres huiles ne sont employées qu'ac- 
cidentellement à cet usage. On mêle quelque- 
fois de l'huile de chènevis à celle de colza pour 
l'éclairage; mais c'est parce que la première a 
la propriété d'empêcher la seconde de se figer 
par le froid. On conseille de conserver l'huile 
épurée et bien claire dans des vasi'S de bois ou 
de cuivre, car la très-petite quantité d'acide 
sulfurique qu'elle relient toujours de l'épura- 
tior, attaque le plomb ou le zinc, ce qui lui 
donne un aspect louche et trouble. Ou a essayé 



d'épurer les huiles de ; oisson ; on est parvenu 
à les rendre limiddes et à leur donner l'aspect 
d'une belle huile; maison n'a pu jusqu'au- 
jourd'hui les déiinrrasser entièrement de leur 
mauvaise odeur. Ou les utilise à l'éclairage en 
les mêlant aux huiles de graines. Mais, dans 
ce cas, il faut en diminuer le prix; autrement 
il y aurait fraude, car il y a une grande diflé- 
rence dans les prix respectifs des huiles de 
graines et des huiles de poisson. On a vu que le 
chlore j^azeux est un excellent moyen de recon- 
naître le mélange d'huiles de poisson avec celles 
de graines. 

On sait que les huiles douces exposées à l'air 
s'alïJrent et se détériorent facilement. Un des 
principaux effets do cette exposition à l'air, 
c'est la rancidilé, qui communique à l'huile 
une odeur forte et un goût désagréaî>le, et en 
même temps la rend moins propre à l'éclairage. 
Chaque espèce d'huile rancit plus ou moins 
vite, selon les degrés de la température. Celles 
qui sont constamment solides au dessus de 
zéro, y sont moins sujettes que les autres. La 
rancidité se dévelopjie d'autant plus vite, que 
la chaleur est habituellement plus grande. 
Ainsi, il est très-difficile de conserver les huiles 
dans les pays chauds; celles que l'on tait 
chauffer, et surtout bouillir, rancissent plus 
vile. 

Les huiles provenant de graines peu mûres, 
ou d'olives qui sont encore vertes, se conser- 
vent plus longtemps en bon état que celles qui 
viennent d'olives trop mûres ou de vieilles 
graines. On attribue cet effet à une plus grande 
quantité de mucilage que contiendraient les 
premières, ou bien à un commencement de 
rancidité dans les dernières. 

Pour ces différentes raisons, on conseille de 
conserver les huiles à l'abri de l'air, dans des 
vases bien bouchés et dans des endroits frais 
(les caves), où la température ne varie pas sou- 
vent, et d'éviter, autant que possible, de les re- 
muer et de les déboucher. 

On a essayé de détruire la rancidité par dif- 
férents moyens. 1" Pav l'eau pure et salée. On 
mêle vingt-cinq parties d'huile rance avec 
quarante parties d'eau chauffiie à 30* centigra- 
des ; on agile le mélange pendant un quart 
d'heure; on laisse déposer: ou soutire l'eau et 
on répète jusqu'à six fois ffetle opération. Ce 
moyen enlève aux huiles, une partie de leur 
rancidité ; mais ces effets sont beaucoup plus 
marqués si l'on dissoul quatre parties de sel 
dans trente parties d'eau. Par ce dernier 
moyen, oa doit conserver les mêmes huiles 
avec la même eau salée, et les agiter de temps 
en temjis. 2° Par le vinaigre. On prend vingt- 
cinq parties d'huile et cinq de bon vinaigre, et 
ou les agite ensemble. On répète celle opéra- 



LA SEMAINE DU CLERGE 



148? 



lion (rois ou quatre fois. Ce moyen ne vaut pas 
celui de l'enu salée. 3° l'ar l'alcooi. On prend 
quatre-vingt-dix parties d'iiuiie et dix dalcool; 
on les agite pendant longtemps ; on soutire et 
l'on répète jusqu'à trois fois celte opération. 
Ce moyen est supérieur aux deux précédents, 
L'éllier produit aussi un bon eftét. 

Enfin terminons eu disant qu'il importe à 
la durée des huiles de les platcr sous clef à la 
sacristie. 

L'abbé d"Ezerville, 
curé Je Saiut-Valérien. 



Droit canonique. 

LA QUESTION DES DESSERVANTS 

— TROISIÈME SÉICE — 
(0' article.) 

M. l'ai bé Craisson croit trouver, ca faveur 
de son système, un poinl d'appui dans les dé- 
crets du concile d'Avignon, célébré en 18i9. 
Les Pères de ce concile s'cxpri;nent ainsi, nous 
traduisons : 

a Touobaul l'ordre présent du réi^ime ecclé- 
siaistiquc en ce qui concerne les disservants, 
quoique très-différent de celui qui a été en vi- 
gueur depuis plusieurs siècles, le concile estime 
et déclare que cet ordre n'a rien de contraire 
à l'esprit de l'Eglise et à la nature du saint mi- 
nistère, attendu que ce régime a été réellement 
pratiqué, soit daus les premiers siècles, soit 
plus tard en divers temps. Les Pères de ce con- 
cile provincial ne peuvent donc s'empêcher de 
se plaindre de ce que, dans cette province d'A- 
vignon, sur la question des desservants, une si 
ardente controverse ait été soulevée, contro- 
verse qui a provoqué dans beaucoup de dio- 
cèses de France de graves dissensions. Car, 
d'après les monuments de l'antiquité ecélésiasti- 
que, et d'uprès le droit nouveau issu du con- 
cordat de Pie VII, des réclamations du cardinal 
lé^at Caprara, couire les articles organiques, 
réèlam; lions où l'amovibilité des desservants 
n'est nullement contestée, et des déclara- 
lions des Souverains-Pontifes, notre concile 
décrète qu'il ne faut point avoir d'autre senti- 
ment que celui exprimé ci-dessus. » 

Il importe ici de ne pas oublier que les dé- 
crets des conciles provinciaux, récemment cé- 
lèbres en Fraut'c, quoique révisés à Rome par 
une congrégation spéciale, ne peuvent reven- 
diquer le bénéfice de l'approbation apostoli- 
que; i/wr conséquent, leurs affirmati'jns et 
décisions ne sont aucunemejt soustraites à l'exa- 
men respectueux des théologiens et des cano- 
oistes. 



D'abord, 1! y a lieu d'être surpris d'entendre 
parler de graves dissensions que la controverse 
touchant les desservants aurait provoquées 
dans un grand nombre de diocèses de France. 
Nous n'ignorons pas la sensation causée élans 
le diocèse de Viviers par l'ouvrage des frères 
Allignol, et peut-être dans quelques autres 
contrées; mais que ce livre ait occasionné ce 
qu'on appelle proprement de graves dissensions, 
nous ne le croyons pas. 

Ensuite il nous est impossible d'accepter 
l'existence d'un droit nouveau résultant ducon- 
cordat de 1801, des réclamations du cardinal 
Caprara et des décisions des Souverains-Pontifes. 
Ce qui frappe, au contraire, soit dans les actes 
apostoliques annexésauconconlat, soit dans les 
réclamations du légat, c'est la recoramandalion 
constante d'observer les saints canons, et, l'ceil 
le plus exercé ne saurait découvrir la moindre 
dérogation à la discipline générale, sauf les 
deux ou trois points relatifs au concours du 
gouvernement dans le choix desévèques et des 
curés, ainsi que pour la circonscription des 
diocèses et des paroisses. En somme, le droit 
strictement concordataire se réduit à peu de 
chose. Touchant les réclamations du légat, il 
faut reconnaître que ces réclamations furent 
adressées au gouvernement et que l'érection des 
paroisses amovibles est uniquement le fait des 
évèques. Quant aux décisions des Souverains- 
Pontifes, nous demandons pourquoi le pluriel? 
Eu 1849, on ne pouvait citer que la réponse du 
1" mai 1845. Cette décision a régularisé la si- 
luiliou, ce qui fait supposer que le Saint-Siège 
la considérait comme peu régulière. 

En définitive, le concile d'Avignon, après 
des promesses si accentuées, se borne à dire 
que l'amovibilité n'est contraire ni à l'esprit de 
l'Eylise, ni à la nature du saint minislère : 
celte conclusion, conçue dans des termes aussi 
vagues, n'est pas faite pour décourarjor les par- 
tisans de l'inamovibilité. Ceux-ci, notamment, 
répéteront avec les Pères du concile d'Amiens, 
tenu eu 1853, que, par l'amovibilité des desser- 
vants, une grande dérogation a été certaine- 
ment faite au droit commun, grandis profecio 
facta fueril sub eo respectu juri commuai dero- 
galio. Ici, dérogation est l'équivalent de dévia- 
tion. Seul le Saint-Siège pouvait consentir une 
dérogation, et nous avons itérativement prouvé 
que les évèques, en 1802, n'ont point eu son 
assentiment. 

Le droit commun demandait donc que toutes 
les paroisses fussent érigées sur le pied de l'ina- 
movibilité. Le même concile d'Amiens dit, à la 
vérité, que le nouveau régime a été introduit 
pour de bonnes raisons, ^'«s/w de causis intro- 
a'«c/j/)«; ceci est affaire d'appréciation. D'ail- 
leurs, admettre que, pour de bonnes raisons, oa 



«48i 



LA SEMAINE DU CLERGE. 



peut s'ccavler des pre?cvi[iliùns delà discipline, 
c'est ouviir la porte à toutes les fantaisies du 
libre examen. Si, en matière 4e foi, le libre 
examen est l'ennemi de l'unité de doctrine, en 
matière de discijiline, il est l'ennemi de l'unité 
de régime : or, l'unité, soit dans la doctrine, 
soit (îans le régime, est un des caractères es- 
sentiels de l'Eglise. 

Le droit commun! Dans un des premiers ar- 
ticles de cette troisième série, nous disions que 
le droit commun, quant à l'inamovibilité des 
curés, avait pris sa source dans des dispositions 
conciliaires, aux termer. dcsiiuclles les curés 
principaux ont élé assr.jcllis à se donner des 
vicaires perpétuels. Nous devons être, à cet 
égard, plus explicite. 

Dans notre deuxième série, nous avons parlé 
d'un mémoire adressé à l'épiscopat français, en 
1848, par quatre évoques, à la tête desquels se 
trouvait rare'aevêijue de Tours, Mgr iMorlot, 
depuis cardinal et archevêque do Paris. Ce mé- 
moire était intitulé : Véritable exposé de l'état 
présent de l'Eglise en France, et de la conduite 
des éviques dans le gouvernement de ktos diocèses. 
A ceMe occasion, Mgr Tbibaull, évêque de 
Montpellier, qui, le 1" mai 1843, le jour même 
où Sa Sainteté Grégoire XVI donnait àl'évèque 
de Liège la célèbre réponse, tant de fois citée, 
avait publié une lettre pastorale eu faveur de 
l'inamovibilité; Mgr Thibault, disons-nous, ex- 
posa, de son côté, ses sentiments dans un mé- 
moire adressé au Saint-Siège. Dans ce mé- 
moire, le prélat se déclare de nouveau partisan 
de l'inaDiovibilité, et il passe en revue les mo- 
numents de l'antiquité ecclésiastique. Il partage 
ces monuments en tiois classes : I. Décrets 
conciliaires en vertu desquels les prêtres doi- 
vent être attachés à leurs églises respectives 
par un titre certain et pcrmaneat; 11. décrets 
qui défendent qu'un prêtre soit privé de son 
titre sans jugement canonique; ili. décrets qui 
prescrivent que des curés ou vicaires perpétuels 
soient substitués aux vicaires amovibles. Les in- 
dications sont prises dans Fagnan, De officia 
vicarii; Devoti; Thomassin, Ancienne et nouvelle 
discipline de l'Eglise; et les conférences d'An- 
gers sur la hiérarchie. La nouvelle édition du 
Jus canonicum universum de Reiflenstuel, donnée 
par la maison Vives, contient, au tome IT, sous 
le n" XLiv, une note étendue, ayant pour objet 
l'analyse de l'Exposé des quatre évêques, et 
celle du mémoire de i'évèqu'e de Montpellier. 
Ce travail de Mgr Thibault est évidemment 
plus complet que celui du docteur Bouix, et 
l'on se demande avec étonnement pourquoi ce 
canonista s'est contenté d'insister sur les mo- 
numents de la troisième classe. Etait-ce pour 
avoir l'occasion d'avancer que l'amovibi- 
lité, combattue par les conciles, n'avait rien de 



commun avec l'amovibilité, telle qu'elle est 
pratiquée en Franci; au xix° siècle? Soit. Res- 
taient toujours les m.onuments de la première 
et de la deuxième classe; ceux-ci suffi- 
sent simplement pour démontrer que, dès 
qu'une église sort de la condition propre aux 
pays de mission, dès que le mic.i-tère des 
âmes peut s'exercer en toute sécurité et per- 
mauence, il y a lieu d'ériger des paroisses, et 
que ces paroisses, conformément aux principes 
de stabilité acquis aux titulaires ecclésiastiques, 
évêques, chanoines et curés, doivent être éri- 
gées sur le pied de l'inamovibilité. 

Nous venons de nommer les chanoines; sans 
doute aucun, même aux yeux de M. l'abbo 
Craisson, les canonicnts eu 1802 ont dû être 
érigés sur le pied de l'inamovibilité. Cependant 
l'estimalile canoniste pourrait-il nous montrer 
les canons qui, pour emprunter son langage, 
interdisaient aux évêques d'ériger les canoni- 
cats sur le pied de l'amovibilité, si le bien des 
églises eût paru le demander? Le concordat, 
les lettres apostoliques annexées parlent de ca- 
nonicats et de paroisses, de chanoines et de 
curés; recommandent aux évêques de suivre 
dans leurs actes les prescriptions cauoniqKcs. 
Or, tout le monde sait que de droit commun 
les chanoines et les curés sont inamovibles; 
néanmoins M. l'abbé Bouix et son trop fidèle 
disciple iU. Craisson cherchent à introduire 
ici une distinction. Cette distinction, admet- 
tous-la pour un instant et disons : si les évêques 
ont pu canoniquemeut ériger des cures à titu- 
laires amovibles, pourquoi n'auraient-ils pas 
pu également ériger des canonicats amovibles? 

L'institution capitulaire avait bien contre 
elle, eu 1802, plus d'une objection. Le sénat de 
l'Eglise n'a pas toujours été vu d'un bon œil 
par certains évêques. Si nous avons aujour- 
d'hui des chapitres en France, nous en sommes 
redevables à la fermeté du Saint-Siège, qui a 
voulu que l'existence des chapitres fût recon- 
nue, même sans imposer au gouvernement l'o- 
bligation de les doter. Or, supposons un évêque, 
imbu de préjugés contre les chapitres, per- 
suadé que ce rouage est inutile, qu'on nous 
permette cette expression trop familièri^ forcé, 
néanmoins, d'en ériger un; cet évêque, arguant 
enfin du bien de l'Eglise, ne pouvait-il pas dé- 
créter que les canonicats seraient amovibles? 
C'était assurément le moyen d'avoir des séna- 
teurs complaisants. A cet évêque, que pourrait 
répondre M. l'abbé Craisson? Il répondrait évi- 
demment que l'Eglise veut la stabilité et une 
juste indépendance dans les chanoines; autre- 
ment l'administration épiscopale demeurerait 
sans aide et sans contrôle. Mais l'évèque répon- 
drait à son tour qu'il n'a pas besoin d'aide et 
que c'est injure lui faire que de le soumettre au 



LA SEMAINE DU CLKl'.f.E 



Ii83 



conlr61c tic ses subordonnés; de plus i]ui> l'ins- 
titution capitiil;iin; iiu pouvant servir iiu'ii cri'er 
des (liffKult.'s à l'administration dioi-ésame, il 
est à propos d'on liniitor l'actiou el, à cet i'll'.!t, 
de ne crocr que des cliaiioinps acuovihli s, le 
bien île l'Eylisi! et de la paix IV'xiiicanl ainsi. 

Nous nous faisons peut-être illusion sur la 
force de cet argument, mais vraiment nous 
ne voyons pas comment M. l'abbé Craisson 
pourrait y ccliapper. 

(A suivre.) Vict. Pellf.tieu, 

chanoine de l'Eglise d'Orléans. 



JURISPRUDENCE CIVILE ECCLÉSIASTIQUE 

POLICE DU CULTE. 

HOMIXATION DES ENFANTS DE CHŒUR ET DES HIVERS 
SERVITEURS D'kGLISE. — TRÉDlCATEUnS. — SER- 
MONS. — PUBLICATIONS ÉTRA^GÉRES AU CULTE. 

i" Question. — A qui ajipartlent le droit de 
nommer et de rt'voquer les en/anls de chœur, le 
sacristuin-pièire, le fossoyeur, ta personne eliar- 
gée du bulaycKje de l'église ou du bkmeliissaçie du 
linge, le sonneur et autres serviteurs d'êglisv? 

R. — La Domination desenf>iiilsde cliœur, du 
sacristain-prétre etdu chanlre-piétreapparliont 
exclusivement au curé, dans toutes les [laroisses. 
Il en est de même de la liomiiK-.tion di;s cleics- 
laïques participant directement aux cérémonies 
du culte. {Décret du 30 décembre 1809, ort. .'JO. 
— Décision ministérielle du 13 ootobre 18; "2. — 
Encyclopédie des Conseils de fabriques par Hosf, 
page 315. — Bulletin des lois oiviles eccl.. I.S.j3, 

Quant aux véritables serviteurs d'Eglise, son- 
neurs, bedeaux, suisses, organistes, sacri.stai us, 
cbantres, etc., nous estimons, quoique l'ordon- 
nance du 12 janvier 1825 ue soit pas aseez 
explicite à cet égard, que leur nomination et 
révocation apparlienoeiit, dans les villes, aux 
marguilliers sur la proposition du curé ou des- 
servant, et au curé seul dans les parnisses ru- 
rales. Presque tous les auteurs partagent notre 
sentiment. (Décret du 30 décembre 1809, art. 33. 
Ordonnance du [2 janvier 1825, art.l. — (,\iurs 
alphabétique, etc., par Mgr André, tome iV, 
p. 374. — Encyclopédie des Conseils de fabriques, 
par Bosl, page 709. — Bulletin des lois civiles 
eccl., 1853, page 133. — Affre, Traité de l'ad- 
ministration temporaire des paroisses, 8° édUion, 
page 60. — Manuel du fabricien par Lucien 
Roy, 4" édition, p. 30. — Dieulin, Le Guide des 
curés, 6e édition, page 60. — Vouriot, Manuel des 
Conseils de fabriques, 3° édition. Répertoire, puge 
7. — Ravelet, Code manuel des lois civiles eccié- 
siastiaues. 2' édition, mue 168.') 



Lorsque, dans les villes, le curé a fait aux 
mari:uillicr3 plusieurs présentations et que 
celles-ci ont été sysléinati([ueiiieiil ropoussées, 
l'évéque peut intervenir et nommer. C'est ce 
qui résulte d'une décision mini>térielle du C 
août 1819, citée par l'aldié Dieulin [Guide des 
curés, G" éilition, |iage 6')). N'uillefroy, au con- 
traire, dans son Traité de l'Adniiniitralion du 
cul'e catholique, page 3-40, cite une décision mi- 
nistérielle du 25 janvier 1812 disant que si, au 
sujet de la nomination ou de la révocation dont 
il vient d'i'lre parlé, le curé et les marguilliei-s 
ne peuvent s'entendre, on doit recourir au Con- 
seil de fabrique qui, aux feraies de l'ait. 12 du 
déciet du 30 décembre I8U9 lonnaît d>' tnut ce 
qui excède l'administiation ordinaire. [Manuel 
de fabriques d'Eglise, par Molineau, pot;e 10, — 
Bulletin des lois civiles ecclésiastiques, \i}S3, page 
132.) 

La nomination et rcvocalion des pci sonnes 
chargées du blanchissa;.;e ilu linge de la fabri- 
que appartiennent exclnsiveuieiit, même dans 
les paroisses ruialcs, au buriMu des marguilliers. 
Le curé ne pourrait 1 s imposer, lors n^ème 
qu'elles oilriraient de travailler graluilcment. 
[Décision ministérielle du 10 avril 18:^8. — Cours 
alplwbétique,etc. ,par Mgr André, tome !,page 349, 
et l V. page 47. — Journnl des conseils dt fabriques., 
\%iÇ>, page 'àiTi.) ha Journal des Conseils de fa- 
briques et plusieurs auteurs pensent qu'il eu est 
de même di-s personnes chargées d'e.;lrelenir 
les ornements et les meubles, de balayer l'église 
et la sacrislie, de réparer les chaises, en un mot 
d'entretenir le temple. Volontiers nous adoptons 
cette décision, sauf en ce qui cnnccrne le ba- 
layeur ou la balayeuse d'église dont les fonc- 
tions nous paraissent avoir beaucoup de rap- 
ports avec celles du sacristain,chargé de veiller 
à la propreté du lieu saint. [Cours alphabétique, 
etc., par Mgr André, tome I, p. 419.) 

Les jurisconsultes ue sont pas d' .accord sur 
la question de savoir par qui doit être nommé 
et révoqué le fossoyeur. Quoi qu'il en soit de 
celte controverse, la jurispiudence des deux 
ministères de l'Intérieur et des Cultes est au- 
jourd'hui fixée en ce sens que le fossoyeur ne 
peut èlre nommé et révoqué que par le maire, 
à l'ixclusion de la fabrique et ducuré.(Z>ecisîon.'; 
ministérielles, 12 juin 1838; 13 avril 1840; 9 oc- 
tobre 1851 ; 27 juillet 1870. — Journal des Con- 
seils de fabriques, 18';2, page 108. — Bulletin 
des lois civiles ecclésiastiques, 1853, page 135.) 

2"" Question. — Par qui doit être nommé et 
révoqué le sotineur, lorsque les cloches de l'église 
servent à des usages civils ? 

R. — La solution de cette question est toute 
entière dans l'avis du Comité de législation du 
conseil d'Etat du 17 juin 1840. Dans les cas, est- 
il dit, où les cloches de l'église servent à des 



9486 



LA SEMAINE LU CLtîlGÉ 



usagers civils, il paraît jr.'lc que la ci-mmune 
conlribue au payement du sonneur en propor- 
tion (les sonneries an'cctécs aux besoins com- 
munaux ; mais le sonneur ne <Ioit èlrc nommé 
et ne peut être révoqué (\i\c [lar le curé ou di's- 
servant, dans les communes rurales, et par les 
marguiiliers, sur la pioimsiliou du curé ou 
desservant, dans les communes urjjaines. Toute 
nomination faite ou tout a'-tc passé conlrairc- 
Kicnt à celte prescriptton ne sauraient être 
maintenus. {Manuel pratique de Droit civil eccL, 
par Campion, p. 166.). 

3"' Question. — A qui appartient le choix de 
la personne chargée de distribuer le pain l/énil dans 
l'Eglise? 

li. — Le distribution du pain bénit dans l'é- 
glise rentre dans les attributions des marguii- 
liers qui peuvent s'opposer à ce que ceux qui 
l'ont oti'eit le distribuent eux-mêmes aux iîdè- 
les. Mais, s'ils ne veulent pas remplir cette 
fonction, le curé a le droit de choisir seul la 
personne chari;ée de b.s remplacer. En tout cas 
li'est à lui qu'il appartient de régler l'ordre 
dans lequel le pain bénit doit être présenté et 
fie désigner le moment de l'ottice où la distri- 
liution en sera faite. 

Une question de préséance s'est élevée rela- 
tivement à la distribution du pain bénit. Des 
m:MguilliL'rs ont piétendu qu'on devait le leur 
prés ruter tout d'abord, avant de l'ollrir aux 
aul; es fidèles, attendu que ce n'était pas une 
cérémonie publique, mais un simple usage qui 
s'observait entre les assistants. Une décision 
ilu Gouvernement, intervenue sur le rapport 
(lu i:;inislredes cultes, porleque les marguiiliers 
îOnt d'autant uioins fondés à réclamer cet hon- 
neur que, selon l'esprit de tous les règkmints 
publiés sur cette matière, ils sont censés ofli ir 
eux-mêmes le »ain bénit, les bedeaux ne le dis- 
tribuant qu'en leur nom, et qu'ils doivent, en 
eonsé.iueijce, le présenter au clergé, continuer 
par les personnes élevées en dignité et le porter 
ensuite aux autres fidèles {Encyclopédie des 
Conseils de fabriques, par Bost, p. 613. — Cours 
alphabétique, etc., par Al»' Andié, tome iV 
page 43.) 

4""^ Question. — La nomination des prédica- 
teurs appartient-elle exclusivement nu curé? 

R. — L'article 32 da décret du 30 décembre 
1809 est ainsi conçu : « Les prédicateurs sont 
« nommés par les marguiiliers à lu pluralité 
c; des suffrages sur la présentation faite par le 
« curé ou desservant et à la charge par lesdits 
« prédicateurs d'obtenir l'autorisation de l'or- 
« dinaire. » Cette disposition empruntée par le 
législateur aux règlements particuliers dresses 
le2avrill737,pourla fabrique de Saint-Jcaii-cn- 
Grève, et le20 juillet 1747 pour la fabrique lic 
SainlrLouis de Versailles,n'est nullement confor- 



me au droit ccelôsia^lique commun, c'est-à-dire 
au droit canonique. C'e.-t le sentiment ries juris- 
consultes les plusaut(;r;sé=. Mi^rAffre s'exprime 
ainsi : « Il e>t (s.-e;iliol d'observer que ce droit 
« des marguiiliers n'ayant d'autre fondement 
« que l'obligation rie pnyer les honoraires des 
« sermons sur des fonds de la fabrique, toutes 
« les fois que ces honoraires sont fixés par l'u- 
« sage ou par une délibération, leur interven- 
lion n'est plus que de convenance. L'instruc- 
ti lion exige une mission spirituelle et il n'y a 
« que le curé qui puisse la donner dans sa pa- 
« roisse, sauf l'approha'ion de l'évêque. La 
« seule chose que le curé n'a pas le droit de 
« faire, c'est rie régler et de fixer, sans le con- 
« seulement des marguiiliers, les honoraires 
« des stations, des octaves et même des sermons 
« partieuhers. F-,'art. 32 du décret du 30 dc- 
<i cembre 1809, pris à la lettre, va donc trop 
8 loin, en supposant do la part des^narguilliers 
« une véritable nomination, poui- laquelle il ne 
« laisse au curé que la pri senlalion et sou suf- 
« frage, comme membre du bureau.» Lesavanl 
«M. Gaudr3', dans sou Traité de la lé(,i>latiuii 
« des cultes, n'est pas moins explicite ; v Le dé- 
(1 ciet rie 1809, dit-il, a étendu les allribulions 
« du bureau jusqu'à des choses qu'il eût pcat- 
« être mieux valu abandonnej' entièrement au 
« supérieur ecclésiastique. Aussi l'art. 32 veut 
u que les prédicateurs soient nommés par le 
« bureau. A la véiité cet article ajoute : sur la 

« présentation fuite par le curé ou desservant 

« Cependant il est étrange qu'on aitabandonué 
« au bureau un droit de nomination supposant 
(i une appréciation morale et religieuse que le 
(c curé seul peut faire convenablement. Le bu- 
« reau ne doit user de cette disposition que dans 
V le sens de la surveillance des intérêts de la 
« fabrique c'est-à-dire au point de vue de l'ho- 
« noraire des prédicateurs. » 

Dans la pratique, comme le fait très-judicieu- 
sement remarquer le Journal des Conseils de 
fabriques, les bureaux des marguiiliers laissent 
exclusivement au curé le choix des prcriicateurs 
que la plupart du temps ils ne connaissent pas. 
Lu général, ils ne se prévalent pas du droit de 
nomination que le décret leur attribue et c'est 
ce qu'ils ont de mieux à faire. 

Toute contestation sur ce point devrait élre 
déférée à l'évêque qui prononcerait. 

(Dieulin, Le Guide des cu7-és, 6"" édit. tome I, 
p. 68. — Affre, Traité de l'administ. temp. des 
paroisses, 8°" édit., p. 204. — Gaudry, Traité de 
la législation des cultes, tome 111, 1078, p. 290. 
— Bulletin des lois civiles eccL, 1876. p. 39. — 
Journal des Conseils de fabriques, 1863-1864, 
p. 28.) 

o""» Question. —Le Maire a-til le droit d'jxi- 



L\ SEMAINE DU CLKRGÉ 



im 



ger que le curé f(is>e, en c/iaire, de ia p'ut, uns 
pulÂication élrnnfjère à l'exercice du culte ? 

Ij. — Non. Le curé ne doit obr-ir qu'aux or- 
dres de son évèquc, lorsijue celui-ci juge à pro- 
pos de faire, faire une puMicalion ijui'lcoiMiue 
intéressant la paroisse, le diocèse, iTitat, le 
Souvpraiu-l'ontife, etc., etc. Eu aucun cns, il 
n'est permis de faire au proue aucune publica- 
tion étrangère à l'exercice du culte, si ce n'est 
celles qui seront ordonnées par le Gouvenic- 
menl. Les pulilications Icniporclloscl profanes, 
comme celles des actes de l'administration, ne 
peuvent avoir lieu qu'à l'issue des offiees et à la 
porte de l'église. {Loi du 18 germinal an X, art. 
53. — Aflre, Traité de l'administration temporelle 
des paroisses, 8""-' édit., p. 203. — Journal des 
conseils de fabriques, 1833, p. 21 , note 3. — 
Diculin, Le Guide rfe* cures, 6"=' édit., tome I, 
p. 409.) 

G""" Question. — Le curé pourrait-il, dans 
Vexercice de ses fonctions, se permettre une incul- 
pation quelconque, directe ou indirecte, contre un 
ou plusieurs individus ou même coniic l'un des 
cultes autorisés dans rSlat'? 

R. — L'article 32 de !.i loi du 18 germinal 
an X est ainsi conçu: n ils (les curés) uc se 
t pcrmcllront, dans leurs instrucijous, aucune 
« inculpation, directe ou indirecte, soit contre 
H les personnes, sait contre lis autres cultes 
H autorisés dans l'Etat. » Tout prêtre qui, pour 
un motif quelconque, conlrcviciKliait ù cette 
disposition serait, dit Mgf Atfre, jiis'cm -ni sou- 
mis ù la sévérité dos lois. « Mais il n'a pu eu- 
6 trer, ajoule-t-il, daus l'iulention du légi-sla- 
« leur de prohil.er des controverses souvent 
(I utiles, quelquefois néccssaicLS pour la dé- 
« fense de la vérité. Toutes les fois qu'elles se 
« bornent à la discussion des erreurs opposées 
à la religion c;itlio!ique et qu'un prédicateur, 
« sans blesser la cliarité pour les individus, ne 
K fait que réfuter b-s fausses doctrines et sigua- 
« 1er leurs dangereuses conséquences, il ne 
« remplit qu'un devoir. » Quelques auteurs en- 
seignent qu'un ministre du culte ne peut être 
poursuivi devant les tribunaux, pour crime ou 
délit commis dans l'exercice de ses fonctions, 
sans recours préalable au conseil d'Etat. Cette 
jurisprudence a clé adoptée jusqu'en 1830 ; mais 
il n'en est plu» de même aujourd'hui. {Tribunal 
correctionnel de Libourne, G juin 1833; ai-rêt de la 
Cour de Cassation, 2'! juin 1831, etc. — Affre, 
traité de radministrattsu temporelle des paroisses, 
8"' édition, p. 206.) 
(A suivre.) 

H. Fédoc. 

C'iré de Labastidette piocèse de Toulouse). 



Patroloçio. 

SYMBOLISME 

X. — SOURCES DES SVMIÎOLLS. 

Jusqu'à présent nous avons pnrconru trois 
étapes : dans l'une, il nou'* a f;i!Iu iléfinir la 
nature du rymbole, qui est la soir.nde s'gnifi- 
calion des choses pn-mièremiuit énoncées par 
la parole, ou le langage des clios^î ; dr.iisl'au- 
Ire nous avons cherché les moycr.s soit de de- 
viner, soit de constater la prés.'ucc d'un sens 
mystérieux; dans la dernière l'on a prouvé 
l'exislencc du symbolisme de Dieu, âz l'Eglise 
et du monde. 

Aujourd'hui nous devons cludier ce qu'ua 
ancien nomme les diverses ciruonsl.incHS du 
spirituel, ou, autrement dire, les sources du 
symbolisme. 

Hugues d:î Saint-Victor eut la gloire de pn!- 
parer la somme théologique de saint Thomas 
d'Aiiuin, dont il dessina le plan et rédigea une 
foule d'articles. Cet Augustin modem.', comme 
on l'ajustement apjebS fut aussi le vérita'dc [ire- 
curseur de la somme my-tiqne, au [oiuldc vue 
de nos livrer saints; mais les règles qu'il nous 
a tracées, pour l'interprcliition des Ecriîiircs, 
conviennent également à l'élude des autres 
syuiboles. Voici ce que nous lisons dans son 
livre intitulé des Ecritures et des Ecrivains sa- 
crés : 

« Un lecteur studieux de nos ssinles lettres 
ne doit aucunement négliger le sous des cho- 
ses; les mots nous communiquent, il est vrai, 
la première notion des choses; m.às l'intelli- 
gence de cas mêmes choses, qui nous est ac- 
qui^e par l'examen de leur côté mystique, 
nous otfre encore une lumière plus abondante 
et plus parfaite en soi. Avec tous les livres de 
l'homme, un philosophe ne trouvrra que la 
signitication des mots; sur nos pages inspirées, 
le langage des choses remporte de beaucoup 
sur les termes de la grammaire : c'est l'usnge 
qui firme les langues, tan.iis que la nature 
elle-même est le fondement du .^ymhole. Avce 
l'un, c'e^t l'homme qui parîe; avec l'autre, c'est 
Dieu qui parle aux homm':s. Le sen^ des mots 
dépen I du bon plaisir de l'homme; le sens des 
choses dérive de la nature, ou de l'œuvre du 
Crcatenr, qui a voulu uous faire connaître un 
objet par un autre. D'ailleurs l'espiit a plus df 
portée que la lettre. Eu elfet. l'on rimcontre 
assiz peu de mots qui aient deux ou trois signi 
Rcalions ; mais les êtres nou-~ fournissent, sut 
les autres êtres, autant de données qu'ds ont. 
Soit au dedans, soit au dehors, de propriété.» 
communes entre eux. » 
Après cet éloge du symbolisme divin, Hu- 



1488 



SEMAINE DU CUV.GS. 



pncs l'e Saint-Viclor nous en ir.diqun los 
ioui ces parliculicres, qui sont au uombi e de six. 
(I Les choses signifiées par les mois et (jui si- 
gniticnt à leur tour d'autres choses, se par- 
1:i-i'n!, dit-il, en trois catogcries distinctes: 
di'la chose, de la personne, du nombre, du 
lieu, du temps du geste. C'est dans ces sources 
i,iie l'on puirc la seconde intelligence des cho- 
ses en général. » 

I. « Ici nous entendons, par le terme de 
chose, toute nialière ou substance inanimée de 
la leire et des cieux : les pierres, le bois, les 
herbes, ce (;iii forme les éléments ou en dé- 
coule. Or, les choses symboliques de l'Ecriture 
sainte sont emblématiques dans leur forme ex- 
térieure, comme dans leur nature invisible. A 
ce moment nous prenons la chose dans sa plus 
large acception, c'est-à-dire comme terme gé- 
nénque des six catégories de symboles, dont !a 
matière forme la première espèce. Eh liirn ! 
toutes ces choses, dans l'ombre de leur nature 
et à la lumière de leur forme, nous parlent et 
nous instruisent. Extérieurement, elles nous 
montrent une figure et des couleurs qui tom- 
bent sous nos yeux. Au dedans, elles jouissent 
d"autres propriétés, que nous saisissons à l'aide 
d'autres organes : par exemple, la saveur, qui 
flatte notre goût; l'odeur des parfums, qui cha- 
touille notre odorat; l'harmonie des sons, qui 
captive nos oreilles; la douceur ou lafpérité 
des corps, dont notre tact est le juge. Mainte- 
nant la première source du symbolisme, ou la 
chose prise dans un sens restreint, nous offie 
cette double signification. C'est ainsi que la 
neige, avec sa qualité interne, qui est la froi- 
deur, nous représentera l'extinction de la lièvre 
des plaisirs ; avec sa forme externe, ou sa blan- 
cheur, elle désignera la pureté des œuvres. » 

II. — (( La personne est l'essence individuelle 
d'un être raisonnable. 11 y a, dans les histoires 
de la Bible, dos personnes dont la fortune, les 
œuvres et le reste sont une figure. Ainsi, Jacob, 
en recueillant l'héritage de son père, fait allu- 
sion au Christ, ou au peuple des Gentils. Isaac, 
qui bénit son fils, devient l'image de Dieu le 
Père. » 

III. — « Les nombres ont aussi leur langage 
propre. Six, par exemple, est un synonyme de 
periéction. Voilà pourquoi saint Augustin di- 
sait : Le nombre six est parfait, non point à 
cause que Dieu fil tout son ouvrage en six 
jours, mais parce que le Seigneur voulut bien 
s'assujettir à la loi de perfection que représente 
ce nombre. Les chiffres ont d'ailleurs une foule 
de significations, et méritent quelques dévelop 
pements particuliers. » 

L'auteur nous apprend ici que les nombres 
peuvent avoii- neuf versions symboliques. Mais 
Dous Qons réservons de les rapporter au cha- 



pilic que nous devens consacrer spécialement 
à cette matière. Uujiues huit en ces termes : 
Nous sommes entrés dans lieaucoup de dé- 
tails sur les nombres, à ra'sou de la multitude 
de leiirs sens. Maintenant nous abordons la qua- 
trième source du syinbolisme, c'est-à-dire les 
lieux. » 

IV. — « Les lieux nous instruisent. C'est 
pour cela que lo Seigneur, afin de nous donner 
une leçon salutaire, voulut que certains événe- 
ments parussent sur un théâtre déterminé. 
Exemple : les fils d'Israël, pressés par la fa- 
mine, descendent en Egypte, où ils soutirent le 
plus cruel esclavage. Le Seip;npur les lire de la 
maison de serv'tude; et ceux-ci, après avoir 
passé quarante ans dans le désert, viennent 
dans la terre promise, qui est située entre Ba- 
bylujjr, et l'Egypte. Ces deux deruières provin- 
ces, et l'Egypte la première, firent subir le joug 
au peujile de Dieu. Tout ceci est une figure. 
L'Egyjite, terre de plaisir et regorgeant de dé- 
lie; s, représente le monde, non pas h; globe 
terrestre, mais les voluptés des hommes et les 
désirs du siècle. Le désert, c'est la vie reli- 
gieuse ([ui nous impose l'eloignement des vices 
cl de la concupiscence pour nous ramener à 
notr(! patrie. Bahylone est au nord, séjour des 
glaces perpétuelles et d'une nuit profonde, qui 
n'est jamais éclairée d'un i-ayon de soleil. Les 
Assyriens ou les Babyloniens nous figurent évi- 
demment les démons : car ceux-ci sont engour- 
dis par le froid de l'infidélité, et se voient 
privés des lumières de la vérité. Ce sont les 
Egyptiens qui oppriment d'abord les fils d'Is- 
raël, [mis les Assyriens ; eu ellcl, le démon n'a 
de prise sur nous qu'autant que nous nous lais- 
sons dominer par nos propres concupiscences. 
Aussi lisons-nous : Seigneur, ne me livrez pas 
à la suite de mon désir, au pécheur, c'est-à-dire 
au démon (Ps. cxxxix, 9). » 

V. — « Les temps ont une signification. 
Ainsi, Jésus se trouvait dans le portique de 
Sainmon, et c'était Tbiver. On fait ici mention 
de l'hiver pour faire comprendre, au moyen des 
propriétés de celte saison, l'état des Juifs en- 
dormis et infidèles. » 

VI. — a Nous voyons, dans l'Evangile, que 
le geste a son langage. Jésus vient à Béthanie 
où il ressuscite Lazare; ensuite il franchit le 
mont des Oliviers, pour descendre dans la val- 
lée lie Josaphat, et envoyer ses disciples dans 
la ville... Béthanie est la maison d'obéissance. 
C'est donc uniquement en vue d'obéir que Jé- 
sus-Christ a rappelé Lazare, c'est-à-dire l'âme 
morte par le péché. » 

« Voilà les circonstances, au nombre de six, 
qui déterminent la portée symbolique des cho- 
ses. L»irsqu"un fait nous parle d'un autre fait, 
nous avons l'allégorie; mais si ce fait nous en- 



LA sL:i!.'»!:;i; du clergé 



lîSD 



Beigne nn devoir à prn tiquer^ c'est le sens mo- 
ral. C'est à cette (lo'.iWe école que nous appre- 
nons la vérité ou rorlliodoxic de la foi, l'amour 
du bien on la perfection des lionnes œuvres. Il 
faut lire l'Ei riliire avec l'intention d'y [miser 
les règles d'une saine croyance et d'une con- 
duite chrétienne {t'e scii^jlur. cticriploi; sacris, 
cap. XIV, XV et xvi). » 

Telle est donc la doctrine émise par le cha- 
noine régulier de l'abbaye de Saint-Victor : les 
choses, tjui, en dehors de leur sens littéral, 
peuvent avoir une signification myslique, of- 
frent à notre examen six laces générales. Nous 
avons effectivement la chose proprement dite, 
la personne, le nombre, le lieu, le temps et le 
geste. Ces six points de vue de l'être, nous les 
appelons sources du symbolisme. 

Nous l'avouerons pourtant : m.'.lgré foule la 
réserve que nous impose l'autorité d'uu grand 
homme, nous réformerons cette division, qui 
déplaît à notre logique. A notre jugemint, qui, 
certes, n'est pas en dernier ressort, il n'y au- 
rait que trois sources principales dans les six 
courants dont l'on vient de parler : la per- 
sonne, l'acte et la chose. 

Néanmoins, comme la personne qui agit et 
laisse une œuvre dans le monde sensible doit 
toujours se mettre en harmonie avec le temps 
les nombres et les lieux, chacune des Irois 
sources premières se subdivisera en trois bras 
secondaires ; de cette façon, après avoir boule- 
versé l'ensemble du piirtage fait par Hugues 
de Saint-Victor, nous retombons fatalement 
dans les mêmes détails. 

Nous nous oceuiicrons d'abord des personnes, 
des ac4es et des choses; après quoi nous traite- 
rons des lieux, des nombies et des temps. 

Pioi, 
curé-doyen de Juzennecouit. 



Biograp hie 



M. VOURIOT 

TICAIRE GÉi^ÉRAL DE UNGRES. 

{Suife et fin.) 

Lorsque parut cet apper.>tlice, formant le 
tome 11 du traité, nous eu fîmes ce compte 
rendu dans le Courrier : 

» Depuis la publication du premier volume, 
î nouveau Conseil d'Etat a notablement mo- 
difié et amélioré l'ancienne jurisprudence; il a 
surtout formi-Uement reconnu et solennellement 
proclamé la personnalité morale et la capacité 
civile des diocèses. Celte iaiportante décision 
s'applique, par identité de raisons, aux parois- 
se* comme aux diucè:es, ainsi que le prouvent 



d'ailleurs plusieurs actes récents du Conccil 
d'Etat. Ces améliorations ne concernent pas 
seulement la reconnaissance formelle de la per- 
sonnalité morale et de la caitacitc civile des 
diocèses et des paroisses; elles étenilent encore 
la capacité civile / récéitcinment reconnue aux 
éyéchés, aux cures, succursales et chapelles 
vicariales, ainsi qu'aux fabriques de ces diverses 
éirlises En sorte qu'aujourd'hui, cette capacité 
civile s'étend à toutes les dispositions faites dans 
un intérêt diocésain ouparoissial; et nous ne dou- 
tons pas qu'il n'en suit de même d'une dispo- 
sition en faveur d'une église métropolitaine, 
dans l'intérêt d'une province ecclésiastique. Ces 
heureux changements, qui en fout présager 
d'autres, non moins nécessaires, restituent aux 
institutions ecclésiastiques, les attributions dont 
elles jouissaient de temps immémorial, jusqu'à 
d781), mais que leur contestaient plus ou moins, 
depuis, tous les régimes politiques qui suivaient 
la pensée impie de la llholution. 

I) Le vénéiable M. Vouriot, qui suit d'un œil 
diligent et comprélcensif, depuis cinquante an- 
nées, les actes du pouvoir civil dans leur ap- 
plication aux biens de l'Eglise, vient de réunir 
dans un volume de cent trente pages, les actes 
les plus signiflcatifs du nouveau Conseil d'Etat. 
Cet écrit se divise en deux paragraphes : le 
premier renferme les documents concernant 
les diocèses et les élablissements diocésains, ou 
dimt le caractère de généralité est applicable à 
tous les établissements ecclésiastiques ; le se- 
cond, ceux qui concernent plus spécialement 
les paroisses et les élablissements paroissiaux. 
» Dans la première section, les documents 
se rapportent en particulier à l'établissement 
de prêtres diocésains, aux prédications extra- 
ordinaires, aux écoles, aux séminaires, aux 
bureaux de bienfaisance et aux bureaux de 
charité. Dans la seconde, ils ont trait spéciale- 
ment à la conipétence des fabriques, des cures 
et des presbytères, à la forme des donalions et 
à icur étendue possible, aux œuvres pics, hos- 
pices, écoles, confréries, cercles calhuliqaes, 
patronages d'adolescents, iusliUitious des ro- 
sières, conférences ecclésiastiques. Dans l'un 
et dans l'autre, l'auteur cite in extenso et alter- 
nativement suivant l'opportunité de la cause et 
les exigences de la doctrine, les rapports des 
conseillers d'Etat et avis conformes, les lettres 
ministérielles et décrets en conséquence, les 
jugements des trilmnaux et arrêtés des cours 
d'appel. Après quoi, les observations, notes, 
renvois, établis-ent la concordance des déci- 
sions, les motifs à l'appui, enfin tout ce que 
pouvaient souhaiter les juges bs plus difficiles 
du traité de le propriété ecclésiastique. 

» Nous ne ferons pas l'éloge de ce travail; il 
est, comme le premier volume de l'ouvrage, 



1490 



LA SE.MAk\E DU GLERGE 



nu-flessus de toul éloge : sa place est niarcjnée 
d'avance dans la bibliolhè.iue de tous les pres- 
bytères, sur les rayons où l'on met les livres de 
choix. Nous avons cru reaiartiucr, et c'est jus- 
tice de le dire, que l'impiimeur avait mieux 
soigné SCS épreuves et donné au livre, une meil- 
leure apparence. 

» Le doux, per.-picace et courageux qr.ind- 
vicairc de Langrcs a dû enregistrer la plu- 
part de ces documents avec une vcritalile allé- 
gresse. Après avoir combattu, depuis ISoO, 
pour obtenir, de la législation du culte catiin- 
liqiie, une interprétation conforme av.x tradi- 
tions anciennes et au droit strict, recueillir, 
avant de déposer le rest'', tant d'actes conso- 
lants, c'est, pour l'âme pieuse, uce grande 
joie. L'amour-propre d'autour pourrait trouver 
son compte ; la parfaite modestie de M. Vouriot 
n'enregistre pas ce succès. La phipr.rt de; do- 
cumeuts qu'il publie ne sont pas moins, pour 
l'Eglise, des bulletins de victoire, pour l'ai-ieur 
personnellement, des marques de triomphe. 
Les maîtres de la science ofiicielle, les déposi- 
taires de la puissance publique, après qua- 
rante-cinq ans de discussions ardentes, sont 
donc enfin venus, par la force des choses et 
l'évidence de la raison, à la reconnaissance des 
titres de la sainte Eglise. 

» Après de vaillantes luttes et ses ouvrages 
si pleins de modestie, il y a deux choses que 
M. Vouriot ne nous pardonnerait pas. Ce serait 
de taire qu'il n'a jamais rien fait d'impo: tant, 
$ans consulkr 'préalablement les écêgues de 
France, et qu'il a agi en plus d'une rencontre 
d'après les indicalions et sur les encourage- 
ments d'un prélat illustre dont nous ne nous 
lasserons jamais de célébrer la grandeur. 

» Nous resterons sur ces exemples. A 
soixante-sïizj ans, avec le souci du temporel 
diiicésain, ayant les yeux brûlés par le travail, 
M. Vouriot publie, coup sur coup, sa dissertation 
s'ir la capacité civile des diocèses, son traité 
de la propriété ecclésiastique, les anciens ponil- 
lés du diocèse di Langres, et il nous promet 
l'histoire de l'abbaye de Saint-Urbain. Sa 
vieillesse, non-seulement ne connaît pas le re- 
pos; mais les années ne paraissent s'y ajouter 
que pour augmenter sa sagesse d'un surcroît 
de vigueur. Avant de mourir, comme autrefois 
M;iihHii.is, l'infatigable vieillard pourra dire : 
Aaolesventtbux forte 7-elinquar cxemplum, non 
pas lVxern[ilc du martyr, mais du travail allant 
du livre à la plume et de la plume à rim|in- 
merie. C'est l'ordre naturel; l'esprit de l'Ei^lise 
est qu'on le suive. Dans la légende d'un tlian- 
malurge, l'ICgiise va jusqu'à mettre les écrits 
sur le même pied que les miracbs. Nous savons 
bien que d'iuicuns aiment à se gausser des gé- 
misseaieats de la presse. Il y a pire ; il y a'ics 



gémissemcnis des anges du ciel sur l'insou- 
ciance, la légèreté, la tiédi.'ur, la paresse des 
anges de la terre. Oh! qui nous délivrera de 
ces infirmités? Qui nous donnera de voir, dans 
tous les étêchés, leliioit, dans tous lesprcsliythea, 
LE TRAVAIL. Alors, mais alors seulement, nous 
ne pourrons plus tant craindre, parmi nous, les 
grandes infortunes de la vérité et les cruelles 
épreuves de la patrie. » 

Avant de publier ces deux volumes, pour 
mieux en assurer la doctrine et en préparer les 
effets, l'abbé Vouriot avait publié une disser- 
tation sur la Capacité civile des diocèses, des 
paroisses et des établissements diocésains ou 
paroissiaux. Cette dissertation avait élc sou- 
mise à la plupart dos évèques de France. Les 
réponses furent favorables, très-flalieiiscs pour 
l'abbé Vouriot, mais plusieurs trahissent des 
embjrras, presque des legrets. Dans l'état de 
pauvreté présente, il est, en effet, assez diffieiio 
de faire usage des droits acquis, par exemple, 
sur les églises. La misère des paroisses est telle 
que la plupart des fabriques peuvent ù peine 
entretenir leur mobilier; coma;ent pourraient- 
elles pourvoir aux grosses réparations, et, le 
cas échéant, reconstruire? Il parjîl d'ailleurs 
beaucoup plus facile d'occuper des églises en- 
treteuues par les communes et des cathédrales 
restaurées magniliquemeut par l'Et it. Appa- 
rence trompeuse et pleine de périls. Nous i'oa- 
blions trop ; les clergés qui ont trop compté sur 
les largesses de l'Etat ont fini par se laisser 
conompre ou sont morts un lacet au cou. 
Pour s'épargner l'épreuve de la corruption et 
le daiiger de l'étranglçment, il vaut mieux, à 
tous égards, que l'Eglise s'appuie sur son druil 
divin (l'exislencc. Qu'importe la pauvreté à qiii 
jouit de sou droit, et la jouissance du droit 
n'est-cUe pas le moyen de sortir clficacemcnt 
de la pauvreté? l'our nous, sans nous attribuer 
aucun nîérito de clairvoyance, des lHoT, dans 
notre Budget du presbytère, nous avions dit 
que l'Etal, revendiquant la propriété des édi- 
fices consaerés au culte, si l'Elut devenait uu 
jour hostile à l'Eglise, il pourrait, sans persé- 
cution, par le simple retrait d'une faveur, ne 
laisser plus au clergé d'autre abri et d'autre 
ressource que le ciel. Ce qui se passe en Suisse 
et en Allemagne montre que celte hypothèse 
n'était pas loin de la réalité. Les persécuteurs 
suisses et prussiens ont des a Imirateurs en 
France ; si ces admirateurs des Carterct et 
des Bismarck arrivaient au pouvoir, nous 
pourrions nous trouver momenlanéraenl exclus 
de nos égli-es et de nos presbytères. Les mal- 
heurs de nos frères ne sont-ils pas uno invite à 
préven r, par la reveiidicatiun du droit, de 
semblables malheurs? 

L'abbé Vouriot le pensait, et c'est cette préoc- 



L.\ SEMAINE DU CLERGÉ 



U'JI 



ipnlion gnivcqui exiiliqueson zèle à ce travail 
ingrat, son ardeule persévérance à recueillir 
tous les titres de nos droits. Dans sa pensée, 
faire valoir le droit ecclésiastique, c'était égale- 
ment servir l'Eglise et l'Etat, a La matière des 
biens ecclésiastiques, disait-il dans l'avertisse- 
ment mis en tête de son traité, soulève des 
questions d'autant plus graves, qn'i-lles tiennent 
souvent à la conslitulinn même de l'Egli-e et aux 
condiltons necestairei île son gouvernement. Ces 
quc^^li' is font depuis longtemps ardemment 
controversées par les homme» d'Eiat. » Précé- 
demment, il s'était référé à iellebr;lle parole de 
Mgr Parisis : • L'adminislralioa régulière du 
temporel lies églises, Don-?eulemcnt prèle un 
heureux secours à l'administration spirituelle 
de chaque paroisse, mais tient aujourd'hui plus 
que jamais aux destinée'' calholiqufs de laFrance.» 
Dans la première édition desou il/on«e/, établis- 
sant, entre l'Eglise et l'Elat, une juste solida- 
rité, l'abbé Vouriot écrivait, dès t8o"2 : 

<i Q'on no s'y méprenne pas : la propriété 
privée n'est aujourd'hui si sérieusement mana- 
cée que parce que, depuis longtemps en Eu- 
rope, la propriété ecelrsinsligue n'a pas été assez 
respectée par les législateurs et les gouverne- 
ments. Depuis plus de soixante ans qu'on pro- 
fesse, en toutes rencontres parmi nous, la légi- 
timité de la main-mi.-e nationale sur les biens 
de l'Eglise, que répondre aujourd'hui aux 
classes déshéritées qui demandent qu'on appli- 
que celte maxime au patrimoine de la famille 
et que l'on fasse en leur faveur cet acte légi- 
time? C'est ainsi qu'en croj'ant ne faire la guerre 
qu'à l'Eglise, on a ébranlé l'ordre social. 

H A ceux qui sernicnl de nouveau tentés de 
porter m o main téméraire sur celte délicate 
matière et croiraient pouvoir encore à t:e sujut 
légiférer à leur aise, sans égards pour les droits 
imprescriptibles de l'Eglise, nous disons que les 
malfaiteurs qui commettent l'injustice à main 
armée sont inliuiment moins dangereux pour la 
société que les sophistes qui la décrètent comme 
légitime. C'est une réflexion que nous livrons à 
la médilaliondes hommes d'Etat et des hommes 
du pouvoir. » 

L'abbé Vouriot attachait à ces observations 
une si invincible justesse et une si haute im- 
portance, qu'il les répct'! jusqu'à deux fois dans 
son Truite de la projiriélé ecclésiastique. Ce n'é- 
tait pas qu'il tût un argumentalcur passionné, 
ni uu homme abfolu dans ses résolutions ; au 
contraire, il était plutôt homme de concilia- 
lion et d'enlredeux. Le principe général de 
son Truite et de son Manuel, c'est l'idée d'éta- 
blir la concordance du sacerdoce et de l'em- 
pire. Au lieu de s'emhusqu.rdaus les forteresses 
du droit canonique, îl accepte les lois civiles et 
essaye de les ra[i-ir(>rher du droit canon plutôt 



qu'il ne vcul le leur imposer. La lâche était 
difficile, parfois impossible ; mais, disons-le à 
sa louange, jamais son inépuisable patience ne 
fut en défaut, et sa confiance dans la droiture et 
la justice des hommes était si profonde, qu'il 
espérait même contre l'espérance. L'événement 
a plus d'une fois prouvé qu'il n'avait pas eu 
tort. Nous croyons toutefois que l'abbé Vouriot 
eût pu accentuer davantage sas réquisitions; 
mais comme il n'écrivait pas pour le cabinet, 
il craignait volontiers le moindre excès qui eût 
pu prêter aux exagérations ou aux ombrages. 
Nous croyons aussi qu'il faudrait aujourd'hui, 
pour continuer utilement les travaux du grand- 
vicaire de Langre-, s'appuyer davantage sur le 
droit canon. Ce serait un grand progrès, une 
heureuse révolution, celle qui, rendant inutiles à 
l'avenir les ouvrages de l'abbé Vouriot, nous 
constilueniit d ins le plein exercice de ce droit 
dont le Saint-Siège n'a pas cessé un instant de 
poursuivre l'application. 

Ainsi le vicaire général de Langrcs, par l'ap- 
plication à ses ilevoirs d'état, sut en éclairer 
tous les mystères, et,par sa distinction d'esprit, 
offrit aux autres un précieux exemple. Dans le 
milieu affairé d'une chancellerie toujours ou- 
verte et de conseils presque quotidieus, l'abbé 
Vouriot avait encore des loisirs : il les consa- 
crai! à l'élude de la géologie et de l'archéologie. 
De ses éludes de géologie, il n'est rien resté ; 
de ses éludes d'archéologie historique, il reste 
deux brochures l'uuû de 64 pages, l'autre do 78 
pages, sur VEvêc/ié de Lamjres au xvi' et au 
xviii" siècles. Nous n'avons pas oui dire qu'il ait 
publié le xv" etlexvii' siècles, ni le supplément 
que, sur certaines critiques, il avait cru néces- 
saire de promettre. Ces deux brochures sont dos 
pouillés du diocèse de Langres, suivant l'ordre 
des archidiaconés et des doyennés, avec indi- 
cation des abbayes, des prieurés, des églises 
paroissiales eldes chapelles, le nom des patrons 
et des coîialeurs, plus le chiffre approxim.ilif 
des revenus. Ce sont pièces inlérc-santes pour le 
pays et utiles aux hommes d'étude. L'abbé 
Vouriot a enrichi ces pièces de notes explica- 
tives; nous regrettons qu'il n'ait pas écrit l'his- 
toire, dont ces documents ne sont que les pièces 
justificatives. Par le fait, il n'a été qu'éditeur 
littéraire, et lorsqu'on s'appelle Vouriot, cela 
ne saurait sulfire. 

L'abbé Vouriot avait également consacré des 
années à l'étude de l'abbaye de son village na- 
tal. Mais soit défaut de loisirs, soit scrupule 
d'éiiuilé, il ne l'écrivit point; ou, s'il l'écrivit,. 



nous l'ignorons 



Toute vie a deux aspects sous lesquels il faut 
l'envisager quand on veut la juger équilabk- 
ment; sous l'un de ces aspects, on voit l'homme- 
privé avec son caractère et ses habitudes, sous- 



«402 



LA SKMAINE DU CLERGÉ 



rautre,on voit rhoinme public avec, hi pari qu'il 
aprisoaux ciioses litiinaities, dans leur jeu si 
comiilitiué en y apportant sa part (l'iiiflaeiici 
et d'action. 

Sous le rapport privt', la vie de l'ablié Vuu- 
riot était celle d'un prêtre aussi régulier (jtie 
studieux, aussi modeste que capable; c'était la 
vie sacerdotale dans ce qu'elle a de plus cor- 
rect et de plus sérieux, avec l'étude pour occu- 
pation, la douceur pour tiMnpcrameut, la mo- 
destie pour voile, le dévouement pour i assort 
et pour mérite. Il fallait presque le contraindre 
à se lévéler, pour souii-onniT l'étendue de ses 
connaissances sur les uiatièies les plus ardues 
de la jurisprudence ecclésiaftique, tant sa vertu 
mettait de soin à cacher les trésors (^u'il avait 
acquis; mais il suffisait d'entrer en relation 
avec lui pour bénéficier de l'inaltérable œau- 
suélude qu'il savait toujours garder, comme il 
suffisait de faire appel à sa bonne volonté [lour 
trouver l'appui, le secours ou ie conseil que ré- 
clamai'int les cireonslances. Homme recueilli, 
pi'csque toujours silencieux, mais doux, dclieat 
et distiui^ué, il n'avait qu'à se montrer pour 
phiire et qu'à parler pour découvrir sa solide 
grandeur. 

SoHs le rapport public, c'était, dans le sens 
historique du mot, un défenseur de l'Eglise : 
de/ensor Ecclesiœ. Sous ce r:-pport, il était très- 
apprécié de tout le monde, et trés-redouté au 
ministère des cultes. Un prêtre du diocèse de 
Langres, appelé un jour à ce ministère pour 
aflaii es, fut, cette affaire vidée, interrogé sur 
l'aldié Vouriot. « Mais qu'est-ce donc que cet 
abbé Vouriot, disait l'homme de bureau, estee 
un avocat retors et madré, ou un prêtre? Mais 
si nous en avions seulement deux comme celui- 
là, la place ne serait [lastenable. » Sans le vou- 
loir, le buraliste faisait de l'abbé Vouriot un 
bel elûge, il le sentait plus fort que tous les 
phénix de labureaucratie parisienne; et, ne pou- 
vaiit lui en savoir gré, il le maudissait. 11 fut 
répondu que l'abbé Vouriot était un homme 
également incapable d'un défaut et d'un excès, 
d'une erreur et d'une concession; qu'au surplus, 
il venait de temps en temps à Paris, et que, 
pour le juger plus favorablement, il suffirait de 
lui transmettre le vœu d'une visite. Nous igno- 
rons si le conseil a été suivi, nous ne doutons pas 
que l'abbé Vouriot n'ait mis sa courtoisie à y 
répondre. 

Pour estimer à sa juste valeur rœu\Te pu- 
blique de l'abbé Vouriot, il faut se leprésenler 
quel était, il y a cinquante ans, l'état île l'Eglise 
dans la phipart des dioi-èses. Les nouvelles lois 
sur l'adminislratiim temporelle des jiaroisses, 
pis qui avaient changé tout cet état de choses 
institué par le droit can(jni(iue et consacré par 
-les siècles, n'avaient re(;u jusque là qu'une ap- 



plitation plus ou moins incomplète, parfois un 
peu aibitraire, et il s'agissait de tout ordonner 
au mieux des intérêts spirituels. Celte législa- 
tion était, en général, hostile à l'Eglisi-;" elle 
s'était inspirée du gallicanisme, qui mettait, à la 
disposition du prince temporel, tout le tempo- 
rel des cultes; cependant, elle gardait de l'an- 
cien droit certains reflets qui contrastaient avec 
l'esprit nouveau, certains scrupules de tradi- 
tion où l'on pouvait s'appuyer pour édulcorer 
petit à petit la loi. 11 fallait un homme pour 
comprendre une t die situation, en deviner les 
délicatesses, en écarter les embarras et faire 
passer dans une bonne pratique les lois nou- 
velles elles nouveaux règlements. Cet homme, 
le diocèse de Langres l'avait produit,el Mgr Pa- 
risis le donna à l'Église. Nous ne dirons passes 
études, ses démarches, ses fatigues, ce sont-là 
desfails publics; mais ce qu'on ignore peut- 
être, c'est que sa science administrative était 
connue au loin, justement appréciée, et qu'il lui 
arrivait de tous cotés îles consultations sur les 
affaires les plus importantes de l'ailministration 
labricienne. P. us d'une cause a été gagnée par 
les arguments qu'il a ciu[doyés à sa défense, et 
quand, naguère, on reconnaissait les droits de 
l'Eglise dans l'exercice de la charité, on ne fai- 
sait que consacrer les principes qu'il avait dé- 
fendus, admettre les conclusions qu'il avait su 
en tirer avec une Ionique invincible. Le J/«nMe/ 
des Conseils de fabriques et le Traité de la pro- 
priété ecclésiastique ixudronl témoignage de la 
science du jurisconsulte et du dévouement du 
prêtre à l'Eglise; le nom de l'auteur vivra dans 
l'estime de la postérité; pour le diocèse de 
Langres, c'est une gloire. 

Alexandre-Joseph Vouriot, dans les dernières 
années de sa vie, avait été atteint d'une ma